Dix ans s'étaient écoulés depuis qu'Albus Dumbledore avait confié Bethsabée Isobel Meredith et Harry Potter à la famille Dursley. Harry se réveilla justement ce matin-là, l'anniversaire de son arrivée au 4, Privet Drive, le jour qui se trouvait être aussi l'anniversaire de son cousin, Dursley Dudley, en chassant une araignée prise dans ses cheveux.

Il faut savoir que Harry vivait dans le placard sous l'escalier. Après tout, Albus Dumbledore avait dit dans sa lettre que Pétunia Dursley devait s'occuper de son neveu, mais il n'avait pas spécifié comment. Harry vivait donc dans un placard à balais, il portait les vêtements trop grands que son cousin ne portait plus, et il n'avait pas vraiment droit à beaucoup d'attentions, mais il ne s'en plaignait pas.

Il ne s'en plaignait pas car Bethsabée Isobel Meredith était traitée dix fois pire. C'était bien simple, elle vivait tout bonnement à la cave, avec les rats. Dans la maison bien proprette des Dursley, il n'y aurait pas dû avoir de rats, mais Pétunia Dursley était allée en acheter exprès à l'animalerie pour apprendre la vie à Bethsabée Isobel Meredith. D'ailleurs, elle faisait des tas de choses en ce sens, en lui disant que c'était pour son bien, et qu'à elle, Pétunia, ça lui faisait beaucoup de mal.

En réalité, Pétunia haïssait Bethsabée Isobel Meredith, qui jour après jour, devenait de plus en plus belle, de plus en plus intelligente, et de plus en plus forte. À croire que les mauvais traitements de sa mère adoptive lui faisaient vraiment beaucoup de bien. Au fil des années, Harry et la famille Dursley avait pu voir avec fascination la petite Bethsabée Isobel Meredith s'épanouir comme une fleur sauvage. Les Dursley l'avaient en horreur car tout en elle évoquait à cors et à cris le monde des sorciers. Ses cheveux, par exemple, paraissaient mener une vie propre, ils étaient d'une couleur invraisemblable, flamboyante, et comme secoués perpétuellement par une brise. Pétunia avait essayé une fois de les couper dans une crise de rage folle, mais ils avaient mangé ses ciseaux. Harry avait observé aussi que les yeux de Bethsabée Isobel Meredith changeaient régulièrement de couleur. Ils étaient fuchsia lorsqu'elle était pensive, mauves quand elle était triste, pourpres quand elle était en colère.

Elle ne semblait pas beaucoup se soucier des mauvais traitements des Dursley, pas plus que de Harry, d'ailleurs. Elle se contentait, lorsqu'elle le pouvait, de sortir de temps en temps de la cave, pour se poser à la fenêtre et regarder au loin d'un air pensif.

Pétunia l'habillait avec des sacs poubelles, elle lui faisait manger des boîtes de pâté pour chiens, et Bethsabée Isobel Meredith n'était jamais allée à l'école. Pourtant, elle savait lire, écrire et compter. Elle avait appris toute seule, juste en feuilletant les livres d'école que Harry lui avait prêtée.

Il faisait son possible pour lui adoucir son existence, bien que la jeune fille se soit depuis longtemps fabriquée une armure contre la tyrannie de Pétunia Dursley. Elle n'avait versé des larmes qu'une fois. C'était la première fois que Pétunia l'avait frappé, parce que Bethsabée Isobel Meredith lui avait jeté un regard qui ne lui avait pas convenu. Le père de famille s'était alors insurgé mollement, avant de s'interrompre lorsque à la stupéfaction générale, des paillettes d'or pur étaient tombées des yeux de la petite fille, au lieu de l'eau salée qui compose d'ordinaire les larmes de douleur.

À partir de ce moment-là, Pétunia avait quotidiennement griffé, tiré les cheveux, malmené sa fille adoptive, et son mari l'avait laissé faire en silence, les deux gredins espérant récolter assez d'or pour devenir riches et partir en croisière à Hawaï. En pure perte, puisque Bethsabée Isobel Meredith n'avait plus jamais pleuré.

À côté de ça, les petits défauts de Harry, comme sa cicatrice, paraissaient des détails futiles pour les autres membres de la famille qui se contentaient plus ou moins de l'ignorer. Bethsabée Isobel Meredith était comme un paratonnerre attirant à lui toute l'agressivité des Dursley, son existence même était un spectacle à lui tout seul. À onze ans, elle avait déjà de longues jambes et sa bouche était comme un bouton de rose. Elle aurait sûrement brisé bien des cœurs si elle était sortie une seule fois de la maison, mais même le jour où elle s'était évanouie sous la violence des coups, les Dursley avaient refusé de l'emmener à l'hôpital, de peur que les médecins se posent des questions sur la couleur de ses cheveux, de ses yeux, ou pire encore, sur les bleus et les fractures répétées qu'ils auraient sûrement trouvé en plusieurs endroits après examens.

Harry avait conseillé à Bethsabée Isobel Meredith de faire profil bas. Elle refusait cependant de courber l'échine, et ne cessait de jeter des regards insolents à la tante Pétunia. Elle ne disait rien, elle était même extrêmement silencieuse et renfermée, mais ses yeux en disaient long sur ce qu'elle pensait, ou du moins, ils donnaient souvent cette impression. Et peut-être que, quelque part, Pétunia Dursley y voyait le monde de la magie lui rire au nez, elle qui n'avait jamais eu ni le charme ni la beauté de sa sœurcière.

Bethsabée Isobel Meredith se faisait donc gifler, cogner sans prévenir, elle était jetée dans les escaliers, privée de manger pendant trois jours, et n'avait plus droit de sortir de la cave jusqu'à nouvel ordre.

Harry vivait ces terribles événements au quotidien depuis son enfance, et chacun de ces spectacles lui soulevait le cœur et lui retournait l'estomac. La nuit, il tremblait en s'imaginant lui aussi balancé dans la pièce noire et humide qui se trouvait sous ses pieds. Lorsqu'il allait à l'école, il lui prenait parfois l'envie de parler à ses professeurs, mais les mots ne passaient pas plus loin que le fond de sa gorge que la peur étranglait. De manière incroyable, on n'avait encore jamais deviné qu'un troisième enfant se cachait chez les Dursley. Les instituteurs de Harry voyaient bien que quelque chose n'allait pas mais même lorsqu'on lui parlait calmement, il avait toujours l'air aussi nerveux et refusait de dire quoi que ce soit.

Qu'aurait-il dit ? Les agissements de son oncle et de sa tante paraissaient si incroyables qu'il était difficile d'y croire. Une fois, Pétunia avait cassé une bouteille de verre sur le crâne de Bethsabée Isobel Meredith, un autre soir mémorable, elle lui avait brisé les doigts avec un marteau, et régulièrement, elle menaçait l'enfant de lui faire boire toute une bouteille de détergent.

Élisa fit une pause dans l'écriture de son histoire et mordilla le bout de son stylo. Elle se demandait si quelque part, elle n'allait pas un petit peu trop loin. Mais elle avait fait le compte de tous les romans qu'elle avait lu, et le plus souvent, l'auteur faisait en sorte que ses personnages souffrent beaucoup pour qu'ils soient beaucoup plus sympathiques. J.K. Rowling elle-même avait bien commencé son histoire avec un petit garçon enfermé dans un placard. Élisa ne faisait après tout que suivre son exemple, en approfondissant tout de même un poil le sujet. Il était sûr et certain qu'avec une enfance pareille, Bethsabée Isobel Meredith allait s'attirer la sympathie de tous les lecteurs. Élisa prit une réserve de papier et un livre comme support, puis elle se lança à plat ventre sur son lit. Tout en balançant ses jambes d'un air rêveur, elle réfléchissait à d'autres tortures pour la malheureuse Bethsabée Isobel Meredith. Nul ne doutait que durant toutes ces années, sa vie avait été un enfer, et que Pétunia Dursley avait chaque jour rivalisé d'imagination avec les plus grands tueurs psychopathes pour dénicher de nouvelles souffrances à lui infliger. Élisa se demanda si ça paraîtrait plausible que Pétunia crève les yeux à des chatons.

Elle sentit qu'elle était en train de perdre le fil de l'intrigue. Que se passait-il déjà dans l'histoire originale ?

Ah, oui, la visite au zoo.

Harry n'en pouvait plus de toute cette violence. Et c'est peut-être pour cela que ce jour-là, il y eu cet acte de courage totalement inhabituel, surprenant, incroyable, et surtout, follement téméraire de sa part. Dudley Dursley était en train de piétiner, fou de rage, parce qu'il n'avait que trente-sept cadeaux, on oubliait volontairement que Bethsabée Isobel Meredith, de son côté, n'avait même pas d'anniversaire du tout, et sa mère tentait de le calmer en lui promettant qu'en rentrant du zoo, il en aurait trente-neuf. Vernon Dursley, son mari, motivait d'ailleurs les troupes pour que tout le monde monte dans la voiture, lorsque Harry se tourna vers Bethsabée Isobel Meredith qui était pour une fois autorisée à sortir de la cave afin de contempler tout ce bonheur, et vit dans les yeux de la jeune fille une incommensurable tristesse.

Entendez par là qu'elle avait les yeux forts mauves.

Un sentiment de défi prit alors naissance au creux de sa poitrine et il se retourna vers ses cousins :

- Pourquoi Bethsabée Isobel Meredith ne viendrait-elle pas avec nous ?

Pétunia, suffoquée, ne répondit même pas. Elle se contenta de lui lancer un regard éloquent.

L'oncle Vernon, tout en essayant avec difficulté de faire entrer son obèse de fils dans la voiture en poussant de toutes ses forces, vint au secours de sa femme :

- Allons, ne soyons pas ridicules.

Le malheur pour les Dursley fut que Dudley était un garçon particulièrement caractériel, et son esprit de contradiction n'avait d'égal que son énorme popotin. Il s'agissait du jour de son anniversaire, et si quelqu'un devait donner des ordres, c'était bien lui.

- Je veux qu'elle vienne avec nous, brailla-t-il comme un veau. Pourquoi elle ne viendrait pas avec nous ? Je veux qu'elle vienne avec nous !

Harry Potter remercia le ciel que son cousin Dudley soit un total abruti. À présent, les parents adoptifs de Bethsabée Isobel Meredith pouvaient protester tant qu'ils voulaient, la partie était gagnée. On parlementa donc un long moment, puis quand il fut définitif que Dudley restait ferme sur ses positions, encore rancunier envers ses parents de ne lui avoir offert que trente-sept cadeaux pour son anniversaire, il fut question de la tenue de Bethsabée Isobel Meredith. Celle-ci, réjouie à l'idée de voir la lumière du jour, était prête à tout accepter, même si elle devait le voyage à un caprice de ce pourri-gâté jusqu'à la moelle de Dudley Dursley.

Finalement, un vieux chapeau de la tante Marge servit à dissimuler ses longs cheveux, des vêtements de Harry remplacèrent le sac poubelle avec des trous pour les bras qu'elle portait comme d'habitude ce jour-là, et pour parachever le tout, Pétunia lui enfonça de grosses lunettes noires sur le nez. Lorsqu'ils furent dans la voiture, Harry lui jeta en coin un regard consterné. On aurait dit que la famille Dursley essayait de faire passer en fraude E.T. l'extra-terrestre, mais Bethsabée Isobel Meredith avait l'air heureux, elle allait voir d'autres animaux que les rats de la cave.

La journée se passa plutôt bien, du moins au début, Bethsabée Isobel Meredith se tenait tranquille, jetant des regards curieux partout où elle pouvait, essayant de ne pas trop s'évanouir avec tout cet air frais qu'elle respirait. Vernon et Pétunia Dursley passaient manifestement un très mauvais moment, ils n'arrêtaient pas de couver du regard la petite sorcière, comme s'ils s'attendaient à ce qu'elle implose après un court-circuit critique. Harry aurait bien voulu dire que c'était ridicule, mais il devait s'avouer que lui-même guettait avec une certaine angoisse la moindre anicroche, d'autant qu'il était responsable de la situation. Seul Dudley, le bienheureux, bondissait d'une cage à l'autre, en braillant et tapant sur les barreaux lorsque les animaux ne bougeaient pas assez vite à son goût.

Finalement, ils arrivèrent au vivarium des serpents. Dudley se plaignit que les reptiles n'aient que faire de son anniversaire car ils se contentaient d'enrouler paresseusement leurs anneaux. Vernon Dursley tapota la vitre du doigt :

- Bouge.

Dudley Dursley y alla de sa participation à grands renforts de coups de poings et en beuglant très fort :

- Bouge !

Mais le boa constrictor et la vipère du Gabon n'avaient que faire de deux orangs-outangs à perruques blondes. Les Dursley, dépités, s'éloignèrent, laissant Harry et Bethsabée Isobel Meredith devant la métaphore de leur propre enfermement. Le garçon, pour briser le silence contemplatif, se mit à murmurer gentiment aux serpents :

- Vous devez endurer ça plutôt souvent, n'est-ce pas ?

Il faut prendre un moment pour dire que ce fut un sacré anniversaire car comme tous les bons jours d'anniversaire, celui-ci comporta son lot de surprises. La plupart des surprises d'anniversaires, bonnes ou mauvaises, se ressemblent pratiquement toutes, il peut s'agit d'une fête que vos amis ont organisé dans votre dos, de bougies magiques qui ne s'éteignent pas lorsque l'on souffle dessus, ou encore d'une mère qui vous fait asseoir pour déclarer que vous êtes assez grand pour connaître enfin votre véritable père. Même aux confins de l'univers, sur une planète habitée exclusivement par des poulpes à l'intelligence supérieure, une créature ouvre un paquet d'algues fraîches à l'aide de ses tentacules en se demandant ce que les membres de sa tribu ont bien pu lui offrir.

Seulement, les surprises qui secouèrent l'anniversaire de Dudley Dursley étaient d'un ordre quelque peu différent. Tout d'abord, elles ne frappèrent pas directement l'intéressé, ce fut à Harry d'en avoir l'exclusivité. La première surprise fut de voir un serpent se remuer et lui parler, la seconde fut de voir Bethsabée Isobel Meredith répondre au serpent. Il regarda le serpent, puis la jeune fille, ébahi. Le serpent et elles se lancèrent dans une discussion très animée et Harry ne savait pas s'il devait s'inquiéter de la situation, ou du fait qu'il comprenait tout ce qu'ils disaient. Il jeta un regard en arrière pour voir où étaient les Dursley et malheureusement, Dudley se retourna à ce moment-là avec méfiance et croisa son regard. Puis les yeux dévièrent vite vers la vitre qui abritait le serpent et Dudley se mit à brailler en se dirigeant vers eux, la grâce d'un hippopotame en colère en sus. Il poussa comme la brute qu'il était la jeune fille pour se coller contre la vitre et voir le serpent de plus près. Harry nota qu'en toutes circonstances, Bethsabée Isobel Meredith arrivait toujours à s'écrouler avec la grâce d'une princesse. Mais là, en l'occurrence, elle en avait perdu ses lunettes et il découvrit avec inquiétude des yeux de pourpre. Tout se passa très vite, il eut à peine le temps de suivre ce qui se passait, la vitre qui enfermait le serpent s'était volatilisée. Elle avait tout bonnement disparue. Dudley, qui était appuyé dessus, tomba face contre terre au milieu des serpents. La tante Pétunia, arrivée prestement sur les lieux, hurla, et Vernon se dépêcha de repêcher son garçon au milieu des reptiles en colère. Si les choses s'étaient arrêtées là, cela aurait simplement été un désastre. Ils seraient rentrés, Pétunia aurait rossé Bethsabée Isobel Meredith avec le fer à repasser et Harry n'osait même pas imaginer le sort qui lui aurait été réservé, à lui. Mais les choses ne s'arrêtèrent pas là.

Pour la simple et bonne raison que toutes les vitres avaient disparu. Et pas seulement les vitres du vivarium au serpent, toutes les cages des animaux s'étaient évaporées, c'était la panique au zoo. Tandis que les Dursley tentaient un repli stratégique vers le parking, ils croisèrent des girafes, des caribous, des koalas, et une panthère d'ébène poussa un rugissement si impressionnant que Pétunia en fit pipi dans sa culotte. Les visiteurs, tout comme le personnel et les animaux, couraient dans tous les sens, en jouant à qui serait le plus bruyant et le plus agité. Une armée de macaques s'était abattue sur le marchand de glaces comme Attila le Hun sur la Chine et Bethsabée Isobel Meredith riait, riait, comme une petite folle. Harry essayait tant bien que mal en la traînant par le bras, de ne pas perdre la piste des Dursley, sans nul doute tout à fait capables de partir sans eux dans leur précipitation. Ils finirent par retrouver la voiture, et tout le monde s'embarqua tant bien que mal à l'intérieur tandis que Vernon démarrait déjà en trombe dans un crissement de pneus.

- On n'en reparlera plus jamais, déclara l'oncle Vernon dans un frémissement de moustaches, une fois qu'ils furent loin du zoo et que le calme se fut instauré dans la voiture.

Dudley sanglotait et Pétunia n'arrêtait pas de prendre des petites inspirations, comme si elle essayait d'aborder le concept de l'air entrant dans les poumons par petits bouts facilement digérables. Harry se tourna vers Bethsabée Isobel Meredith. Elle semblait très excitée au zoo, mais sa joie était retombée depuis comme un soufflé au fromage, elle était revenue à son apathie habituelle, le menton niché au creux de la main tandis qu'elle fixait les voitures passer à toute vitesse sur l'autoroute. Harry ne pouvait s'empêcher de penser avec une certaine admiration qu'elle était décidément très belle. Déjà, lorsqu'ils étaient petits, elle avait l'air d'une poupée de porcelaine, avec ses grands yeux, son nez mutin et sa masse de boucles retombant sur des joues exquises. À présent, à presque onze ans, elle évoquait un félin aux muscles souples.

Lorsqu'ils rentrèrent au 4, Privet Drive, Pétunia jeta vite fait sa fille adoptive à la cave et ferma la porte à clef. Harry se promit de lui rendre visite dès qu'il en aurait l'occasion.

Plus tard, dans la nuit, Harry ouvrit la porte du placard sous l'escalier le plus silencieusement possible, le léger grincement qu'il provoquait semblant retentir beaucoup plus fort qu'une fanfare les jours de fête, cependant, aucun Dursley n'arrêta de ronfler pour autant. Il glissa ses pieds nus sur le plancher en essayant d'éviter d'une part de se cogner dans les meubles, ombres traîtresses dans l'obscurité, d'autre part, de ne pas faire gémir les planches les plus fourbes. Une fois dans la cuisine, il attrapa la grosse clef noire et luisante qui se trouvait accrochée au clou, puis, toujours silencieusement, il se glissa dans l'ombre jusqu'à la porte de la cave. Il tourna la clef avec délicatesse dans la serrure, et ouvrit la porte du cachot.

Au bas de l'escalier, il trouva Bethsabée Isobel Meredith. Par l'entrebâillement de la porte, la lune éclairait cette pièce qui était en principe d'un noir complet. Une boîte de pâté pour chien entamée était tout ce qui semblait accompagner la jeune fille habillée d'un sac poubelle. Elle se tenait prostrée contre le mur et de sous sa tignasse où le fauve et le rose formaient un panaché de couleurs, elle jeta un œil curieux à son visiteur nocturne. Il descendit à pas de loups et prit place à ses côtés, vaguement circonspect, soulagé qu'elle ne soit pas encore en train de dormir, mais ne sachant pas trop comment aborder la question qui le turlupinait. Finalement, ce fut elle qui chuchota.

- Alors, tu parles aux animaux, toi aussi ?

Harry secoua la tête. Cela ne lui était jamais arrivé avant le serpent. Mais Bethsabée continua tout de même de lui parler longtemps, à voix basse, en regardant le mur d'en face, jusqu'à tard dans la nuit, peut-être plus pour elle-même que pour lui et il l'écouta patiemment, sans l'interrompre une seule fois.