Trois coups étaient donc frappés à la porte, tirant de leur sommeil les Dursley. C'était comme si la tempête était tout à coup passée au second plan, les coups avaient retenti, nets et sonore, dans la cabane. Dans un silence de mort, ils s'entre-regardèrent en se demandant qui allait se décider à ouvrir. Tout en même temps, des pensées inquiétantes s'entremêlaient dans leurs esprits, tout d'abord, qui pouvait bien leur rendre visite au cœur d'une tempête, à cette heure-ci, alors que personne ne devait savoir qu'ils s'étaient rendus sur ce rocher en pleine mer ? Finalement, le visiteur n'attendit pas qu'on lui propose poliment d'entrer, il défonça la porte qui explosa en plusieurs éclats de bois. Pétunia et Dudley poussèrent des glapissements aigus, tandis qu'une large silhouette noire obstruait l'entrée illuminée par les éclairs. Un coup de tonnerre fort à propos couronna le tout, et l'intrus pénétra à l'intérieur de la masure. À présent que l'obscurité revenait et que les yeux s'habituaient peu à peu, ils purent distinguer un homme aussi large que haut, avec une immense barbe noire. Harry crut qu'il allait mouiller ses chaussettes à la vue de ce postier terrifiant, mais le calme de Bethsabée Isobel Meredith à ses côtés le rasséréna un peu. Le géant se pencha de toute sa hauteur au-dessus des Dursley et loucha sur Pétunia et Dursley.
- Alors, c'est vous, Harry Potter et Bethsabée Isobel Meredith, interrogea-t-il d'une voix tonitruante. Puis, tout en frottant sa barbe d'un air pensif, il ajouta : Je ne vous imaginais pas comme ça.
Vernon Dursley pointa d'un doigt tremblant et furieux l'autre bout de la cabane qui avait échappé aux petits yeux noisette du géant. Harry Potter et Bethsabée Isobel Meredith étaient recroquevillés dans un coin sombre au milieu de leurs dessins creusés dans la poussière. Le géant se pencha vers eux cette fois-ci. Il examina le gamin rabougri avec la cicatrice, et enfin la jeune fille, avec cette fois, un semblant d'admiration dans le regard. Bethsabée Isobel Meredith était belle comme un animal sauvage aux muscles tendus, prêt à mordre. Il n'en fallait pas plus pour que Rubeus Hagrid, le gardien des clefs de Poudlard, tombe sous le charme.
- Je suis Rubeus Hagrid, gardien des clefs de Poudlard, l'école des sorciers, annonça-t-il, je suis venu pour vous y emmener.
Harry, sonné, ouvrit des yeux ébahis. Il protesta faiblement d'une voix, qui à sa grande honte, sortit aussi fluette que celle d'une petite fille.
- Mais je ne suis pas un sorcier, je suis juste… Harry, dit-il.
Bethsabée Isobel Meredith, ainsi que les Dursley, lui jetèrent un regard consterné. C'est comme si leurs pensées flottaient dans les airs et s'exprimaient d'elles-mêmes : Cela fait onze ans que tu habites dans la même maison qu'une fille qui a les cheveux naturellement roses, les yeux qui changent de couleurs, et tu fais encore l'étonné avec cette histoire de sorcellerie ? Tu ne crois pas que c'est légèrement déplacé ?
Harry rougit sous les regards pesants. Puis l'attention fut de nouveau concentrée sur le géant. Dudley faisait la même tête que lorsqu'il était tombé dans la fosse aux serpents, Pétunia n'avait pas l'air d'avoir avalé un citron mais tout le citronnier et la cueilleuse de citrons avec, Vernon quant à lui, affichait la mine changeante de celui qui a été pris dans un très gros carambolage et qui va devoir rédiger le constat de sa vie. Mais l'expression la plus terrible de toutes, ce fut celle d'Hagrid lorsqu'il se rendit soudainement compte de la tenue de Bethsabée Isobel Meredith, un sac poubelle crasseux avec des trous pour les bras et les jambes. Surprenant son regard, les Dursley s'agitèrent. Pétunia précisa que Bethsabée Isobel Meredith en avait besoin parce qu'elle se salissait beaucoup lorsqu'elle mangeait.
- Oui, de la pâtée pour chiens, murmura Harry, qui se rendait doucement à l'évidence, émerveillé, que c'était enfin l'heure des règlements de compte dont il avait toujours rêvé.
Hagrid était encore plus en colère à cet instant que la tante Pétunia lorsque Bethsabée Isobel Meredith osait sortir de la cave. Tremblant et maugréant, il sortit, ce qui aurait dû être surprenant, mais bon, au point où on en était, il aurait pu sortir une cocotte montée sur des ressorts, il sortit donc un petit parapluie rose et il se mit à faire des moulinets avec, sans cesser de grommeler des choses incompréhensibles. Les Dursley poussèrent tous les trois des cris perçants qui se changèrent bientôt en cris encore plus perçants, et aisément reconnaissables pour l'oreille exercée de celui qui fréquente assidûment les foires aux bestiaux. En effet, les cousins de Harry Potter s'étaient changés en pourceaux. Harry se demanda s'il allait lui arriver la même chose en contemplant, fasciné, les trois bêtes baveuses et tachetées de son qui se dégageaient de leurs vêtements. Un cochon dans la vraie vie ressemblait peu aux petits cochons roses qu'on voyait dans les livres d'images. Les cochons Dursley avaient du duvet et des crottes de nez. Le garçon détourna les yeux et se retrouva face-à-face, terrifié, avec Hagrid. Heureusement, la rage de celui-ci n'était pas dirigée contre lui, bien au contraire, accroupi, il le tâtait de tous les côtés comme une mère poule. Puis, comme si une abeille venait tout à coup de le piquer, il lança une œillade mi- étonnée mi- amusée à Harry.
- Mais enfin, oui, tu es un sorcier, comme tes parents, et tu vas aller à la même école qu'eux, où tu crois qu'ils avaient appris tout ça ?
La mine allongée du petit balafré qui exprimait très clairement de l'ahurissement sembla faire regretter au géant de ne pouvoir changer les Dursley en cochons une seconde fois. Bethsabée Isobel Meredith tira doucement sur le manteau de Hagrid, qui se tourna vers elle, l'air attendri.
- Et moi, monsieur, où ils sont, mes parents ?
Un orphelinat au complet aurait pu s'agripper à ses genoux à cet instant, les yeux de Hagrid se seraient mouillés moins vite. Les pauvres gosses ne savaient absolument rien de leur passé, et le pire, c'est qu'il n'avait pas grand-chose à leur raconter.
Finalement, il se laissa tomber, le derrière dans la poussière, et prit les deux petits malheureux sur ses genoux. Les Dursley continuaient de couiner autour d'eux sur leurs petites pattes fourchues, souillant de déjections les murs de la cabane. Il expliqua gentiment, non sans hésiter, car il se demandait si c'était vraiment sa tâche, que les parents de Harry avaient été tués par un méchant sorcier et que Bethsabée Isobel Meredith avait été leur fille adoptive. Et Hagrid ne savait rien au sujet des véritables parents de la jeune fille, malheureusement.
Dans les prunelles de Bethsabée Isobel Meredith, deux couleurs se battaient en duel. Il y avait le mauve, la tristesse de n'avoir toujours aucune information sur ses origines, et il y avait le fuchsia, car elle était ravie de ce nouveau destin qui lui tendait les bras. Les rats qui vivaient à la cave étaient fort sympathiques, mais ils n'avaient pas beaucoup de conversation, et les boîtes de pâté pour chien qu'achetait la tante Pétunia n'étaient pas vraiment de première qualité, ni de première fraîcheur. Il lui vint tout à coup à l'esprit, avec une grande satisfaction, qu'étant donné que sa seconde mère adoptive était à présent une cochonne, enfin, une truie, elle pourrait bien manger ce qu'elle voulait, dorénavant.
Hagrid décida qu'ils passeraient la nuit dans la cabane. Il s'allongea contre un mur, et enveloppa de son grand manteau les enfants qui se sentirent tout à coup beaucoup plus au chaud. Le ventre rebondi du gardien des clefs était très confortable. Avant qu'ils ne s'endorment, Bethsabée Isobel Meredith posa une dernière question qui la turlupinait. C'était nouveau, ça, de pouvoir poser une question quand elle voulait savoir quelque chose, elle goûtait l'idée avec délectation.
- Pourquoi votre parapluie est-il rose ?
Hagrid lui rendit un visage grave, mais néanmoins attentif.
- Pour qu'il soit assorti à mes petites culottes roses, bien entendu.
Les petits sorciers s'endormirent en frissonnant d'effroi. Bethsabée Isobel Meredith avait appris une autre leçon ce soir-là. Il y a certaines questions qu'il ne vaut mieux pas poser.
Du côté de chez Élisa, un autre dîner se poursuivait dans le calme. Ses parents, qui s'en voulaient un peu pour la dernière fois, avaient beaucoup discuté et ils avaient une annonce à lui faire. Le petit lutin tripotait ses poivrons de toutes les couleurs, l'air concentré, alors ils attendirent que son étude archéologique de la ratatouille maison soit finie pour lui parler. Finalement, c'est sa mère qui lui fit une déclaration entre deux raclements de gorge.
- Nous avons décidé d'acheter un ordinateur pour la maison.
Élisa leva la tête, ébahie par ce qu'elle venait d'entendre. Elle savait que ses parents s'en servaient à leur travail, mais il n'y en avait jamais eu à la maison. Sa mère lui expliqua tendrement que puisqu'elle s'était mise à écrire, il était peut-être temps qu'elle se familiarise avec le traitement de texte. Et puis, avec l'internet, elle pourrait faire lire ses romans avant publication. Tout cela était présenté avec l'hésitation qu'ont les personnes à moitié persuadées qu'entre les mots traitement de texte et internet se cachent des océans de dangers de morts. Néanmoins, les parents d'Élisa n'étaient pas bêtes. D'ailleurs, sa mère demanda, développant toute la ruse et la sournoiserie de l'hippopotame dans le salon de thé, si sa fille chérie ne voulait pas leur faire lire les premiers chapitres de son histoire. Élisa, vive comme l'éclair, répondit que d'histoires, il n'y en avait plus, que ça lui était vite passé. Mais soucieuse tout de même de ne pas laisser l'ordinateur lui échapper, elle s'empressa de rajouter que l'inspiration lui reviendrait sans doute tôt ou tard. Toute excitée, elle finit par demander pour quand était l'heureux événement. Sa mère prononça les mots fatals, de par-dessus ses lunettes épaisses, déployant toute sa diplomatie parentale :
- On verra.
Élisa hocha la tête, sombrement. Oui, ce n'était pas gagné, quoi. Pas pour tout de suite, en tout cas. Elle entreprit de recompter ses poivrons.
Sa mère, anxieuse, continua de l'observer, des pensées folles tourbillonnant dans son esprit. Elle se demandait si elle avait bien fait de balancer cette promesse, car elle voyait bien mille et une raisons de s'interposer entre sa fille et un ordinateur. Elle était documentaliste. Elle savait que les enfants lisaient de moins en moins. Bon, d'accord, il n'y avait jamais eu énormément de lecteurs en France. Malgré tout, elle voulait que sa fille soit indépendante et originale, et pas une de ces petites gamines à l'air bovin qu'elle voyait parfois en train de faire les magasins. Quand on avait passé une heure sur un ordinateur, avec l'internet vous proposant monts et merveilles, comment pouvait-on revenir au livre, qui vous demandait de la concentration, de l'effort et du temps ? Et puis, pour couronner le tout, il y avait, et la mère d'Élisa ne pouvait s'empêcher de pincer les lèvres avec amertume rien qu'en y pensant, la pornographie sur l'internet.
Le père d'Élisa regarda tour à tour sa fille chipoter son assiette et sa femme froncer le museau avec dégoût. Avec tristesse, il songea qu'il était décidément un bien piètre cuisinier.
Quand le repas fut fini, Élisa grimpa jusqu'à son antre, la petite chambre dont les livres entassés formaient deux épaisseurs de murs supplémentaires. Ses écrits commençaient à faire beaucoup de feuillets. Il y avait beaucoup de scènes qu'elle avait rédigé et mis de côté, il y avait aussi des morceaux qu'elle avait écrit à l'avance, tant ils l'enthousiasmaient, comme ce qui allait se passer sur le chemin de Traverse, le commerce des sorciers. Elle avait formidablement hâte d'arriver à ce chapitre. Elle avait réfléchi à plusieurs possibilités sur ce qui allait pouvoir arriver à Bethsabée Isobel Meredith et après avoir hésité entre plusieurs solutions, elle avait décidé de toutes les choisir. Pour peu qu'on y aille au marteau, les pièces du puzzle narratif pouvaient toutes s'imbriquer entre elles. Cela ne demandait qu'un petit effort.
Ces efforts qu'exigeait l'écriture permettaient aussi à Élisa de réaliser à quel point les auteurs qu'elle relisait avec passion étaient courageux. Elle ne vouait que plus d'admiration à ces personnes étrangères qui pouvaient écrire des livres de plusieurs centaines de pages à la seule sueur de leur front. Anne Rice, par exemple, qui avait écrit Lestat le vampire, avait rédigé des lignes et des lignes avant d'aboutir au point crucial de son histoire, la transformation de son personnage principal en créature de la nuit. Élisa était admirative devant l'abnégation de son écrivain, qui avait tenu des pages sur la jeunesse de Lestat dans la toundra glacée, avant d'arriver seulement aux nuits sensuelles du buveur de sang. Mais pour quel résultat ! Et puis, il y avait Diana Wynne Jones. La mère d'Élisa lui avait appris qu'elle était récemment décédée, ce qui avait beaucoup chagrinée Élisa. Elle raffolait particulièrement du personnage de Chrestomanci, le gentleman magicien qui voyageait beaucoup et volait au secours des petites filles en détresse. Chrestomanci, le dandy britannique d'un autre monde, qui était toujours là quand on avait besoin de lui.
Le géant Rubeus Hagrid et les enfants se réveillèrent au petit matin, remués par la puanteur des bestiaux qui trottinaient nerveusement dans la cabane. Hagrid ramena ses petits protégés au petit canot à moteur qui les avait conduits jusqu'ici. Ni Harry, ni Bethsabée Isobel Meredith ne jetèrent un coup d'œil en arrière, aucun d'eux ne posa de question sur le devenir des Dursley. Les souvenirs du fouet et de la poêle à frire étaient encore bien trop brûlants et douloureux. Une fois qu'ils furent bien installés, Hagrid sortit son petit parapluie rose. D'un air coupable, il se tourna vers les enfants.
- En réalité, je n'ai pas le droit de faire ça, mais vous ne direz rien à personne, n'est-ce pas ?
Harry Potter et Bethsabée Isobel Meredith hochèrent la tête avec le plus grand sérieux. C'était celui qui avait le parapluie rose en main qui donnait les ordres. Hagrid tapota le moteur avec son parapluie, tout en marmonnant des schmilblicks, et tout à coup, le canot fila à toute allure sur l'océan, en laissant un torrent de lumière derrière lui. Harry avait une foule de questions qui dansaient une conga endiablée sous son crâne. Mais il n'avait pas envie de les poser tout de suite. Bethsabée Isobel Meredith, de minute en minute, paraissait de plus en plus heureuse. Un bon génie veillait sur eux et le vent marin fouettait leurs cheveux, ou du moins, ils fouettaient les cheveux de Harry et Hagrid. La chevelure de Bethsabée Isobel Meredith, avec insolence, flottait à contre-sens pour continuer de donner son meilleur profil à la petite sorcière. Le garçon à la cicatrice songeait confusément que les réponses à ses questions s'amèneraient d'elles-mêmes, bien assez tôt. En attendant, ils profitaient du beau temps qui suivait la tempête. Il faisait frais, on sentait que de grosses énergies s'étaient déchargées, mais ce n'était pas désagréable. Le goût du sel et les cris des mouettes étaient nouveaux et appréciables. Harry se détendit un peu à bord du canot à moteur. Tout était calme, tout était paisible.
