Harry Potter et Bethsabée Isobel Meredith attendaient patiemment que le vendeur leur apporte leurs baguettes magiques. Harry en avait déjà essayé plusieurs qu'il avait accumulé les unes après les autres sur le sol. Puis le vieil homme étrange qui tenait la boutique avait pris l'air très inspiré et s'était glissé à l'abri des regards dans une autre partie du magasin. Brisant un silence gênant, Bethsabée Isobel Meredith demanda :
- C'était quoi, déjà, quand Hagrid nous a pris dans ses bras pour qu'on puisse dormir ?
Harry réfléchit et essaya de se brancher sur les mêmes ondes que radio Bethsabée Isobel Meredith.
- De la chaleur humaine, de l'affection, de la gentillesse ? suggéra-t-il.
La jeune fille hocha vigoureusement la tête. Toutes ces choses étaient nouvelles pour elle.
- J'ai bien aimé.
L'étrange boutiquier revint avec un coffret qu'il ouvrit précautionneusement avec beaucoup de théâtralité. Une baguette magique reposait sur un coussin de velours pourpre. Harry la prit et la fit tourner entre ses doigts. Un feu d'artifice rouge et or jaillit de la baguette. Le vieil homme marmonna, fasciné, puis lui apprit que la baguette, faite de houx, avait été fabriquée avec une plume de phénix.
- Et la baguette qui vous a fait cette cicatrice possède une plume de ce même phénix. Quelle coïncidence. J'imagine que vous aimeriez avoir plutôt une autre baguette que celle-là, mais en général, c'est la baguette qui choisit son propriétaire et pas l'inverse.
Bethsabée Isobel Meredith croisa le regard du vendeur et tendit la main. Aussitôt, on entendit un bruit sourd au fond du magasin et une baguette jaillit à toute vitesse du couloir pour se figer aussitôt dans la main de la petite sorcière. Le vieil homme ouvrit des yeux ronds, tellement stupéfait qu'il n'osa même pas demander comment elle avait fait.
- Vous aviez bien dit que la baguette choisissait son propriétaire ? J'ai préféré accélérer les choses pour ne pas perdre de temps. C'est drôle, Harry, elle ressemble à la tienne.
En effet, la baguette, quoiqu'elle fût un peu plus grande, était également composée de houx. Le vendeur, de plus en plus effaré, commenta :
- Oh là là, c'est vraiment un drôle de hasard, parce que figurez-vous que cette baguette, elle aussi, a été fabriquée avec une plume du même phénix.
Les enfants échangèrent des regards atterrés en se demandant combien de plumes le pauvre phénix avait laissé dans la fabrication de baguettes. Finalement, ils payèrent leurs achats, puis sortirent sur le chemin de Traverse.
C'était l'endroit où Hagrid les avait amenés après leur petite croisière en canot à moteur. Il s'agissait d'une rue commerçante uniquement réservée aux sorciers. Le géant les avait d'abord amenés à Londres, où ils s'étaient promené un certain temps avant d'aboutir à la ruelle. Le gardien des clefs avait tapoté quelques briques du mur avec son parapluie rose, et elles s'étaient déplacées pour laisser un accès au chemin de Traverse. Avant d'envoyer les enfants faire leurs achats pour la rentrée à l'école des sorciers, Rubeus Hagrid les avait tous les deux accompagné à la banque, un lieu tenu par des gobelins, et dans lequel on se déplaçait avec des espèces de wagons qui couraient à toute vitesse sur des rails. Harry songea que Bethsabée Isobel Meredith, qui n'avait jamais mis les pieds dans une banque, devait certainement être persuadée maintenant qu'elles étaient toutes comme ça. Au début, il y avait eu un moment de panique lorsqu'ils avaient examiné leurs listes de courses. Jamais les Dursley n'auraient accepté de financer tous ces grimoires. D'autant que sous sa forme porcine, ça paraissait encore plus périlleux d'imaginer Vernon Dursley signer un chèque. Mais l'accompagnateur les avait rassurés, leurs parents décédés avaient laissé une fortune derrière eux. Ils réalisèrent vraiment la chose lorsqu'ils arrivèrent à une grande salle que le gobelin ouvrit après avoir arrêté le wagon.
Harry et Bethsabée Isobel Meredith écarquillèrent les yeux. Ce n'était pas une fortune, c'était le trésor d'une coopérative de pirates avec toutes les cotisations exorbitantes payées à l'heure. Des milliers et des milliers de pièces d'or, tellement nombreuses qu'on n'avait même pas essayé de les ranger, étaient entassées en une espèce d'énorme mare à la Balthazar Picsou, avec ici et là, comme des icebergs émergeant, des bijoux incrustées de pierres précieuses, des couronnes, des sceptres princiers, et d'autres coffres débordant encore de pièces.
Ils ramassèrent autant de pièces qu'ils pouvaient dans des petits sacs. Puis Hagrid demanda au gobelin de les amener dans une autre salle. Éblouis, les deux apprentis sorciers s'attendaient déjà à une autre pièce réservant encore plus de magnificence que la précédente, mais ils furent fort déçus. L'endroit était vide de tout or, il n'y avait appuyé contre le mur qu'un petit paquet de papier kraft enrobé de scotch marron, et Hagrid se le fourragea dans sa poche sans plus de cérémonies.
Après que les fonds sonnants et trébuchants aient été retirés, Hagrid partit de son côté après les avoir laissé à la boutique de baguettes magiques. Il leur avait maladroitement rédigé un plan avec le chemin qu'ils auraient à faire pour acheter leurs fournitures. Des chambres avaient été de surcroît réservées à l'auberge du Chaudron Baveur pour le restant des vacances. Les enfants étaient libres et avaient de la monnaie plein les poches, c'était le bonheur.
Une fois qu'ils furent sortis du magasin avec leurs baguettes, Bethsabée Isobel Meredith regarda la sienne d'un air songeur.
- En fait, je crois que je pourrais très bien…
Elle ne termina pas sa phrase, mais Harry comprit ce qu'elle voulait dire. Il voulait bien le croire, Bethsabée Isobel Meredith n'avait jamais eu besoin d'accessoires pour être bizarre, on voyait difficilement pourquoi elle commencerait dès aujourd'hui.
Plongés dans leurs pensées, ils poursuivirent leur promenade jusqu'au tailleur, qui prit leurs mesures. Un garçon de leur âge, très pâle et très blond était déjà debout sur une chaise, avec un ourlet déjà bien entamé sur sa robe. Harry, gêné, se rendit compte que l'individu les observait avec grand intérêt. Lorsque le couple de tailleurs s'éclipsa dans l'arrière-boutique, il se mit à les interpeller :
- Vous allez à Poudlard ? Pourquoi ton amie est habillée comme un elfe de maison ? Tu as une cicatrice en forme d'éclair sur le front, qu'est-ce que cela peut bien signifier ?
Le quidam avait une voix légèrement perçante et inquisitrice. Les deux autres le regardèrent de travers. Le garçon avait ce que les Dursley appelaient une conception balistique de la curiosité. Autrement dit, il les fusillait de questions. Fort heureusement, l'homme et la femme qui s'occupaient de faire leurs vêtements revinrent déjà. Le tailleur s'affaira pour terminer la coupe du petit garçon insolent, et la femme emmena Bethsabée Isobel Meredith derrière un paravent pour lui retirer ses frusques. Il y eu un silence entrecoupé de coups de ciseaux et de sifflotements travailleurs.
Finalement, lorsque Bethsabée Isobel Meredith fut visible et qu'elle se montra, ce fut comme si le monde s'arrêtait quelques secondes pour reprendre son souffle. Le genre de souffle qu'on ne reprend qu'après un jogging très soutenu. La robe de sorcier couleur de nuit ondoyait surnaturellement derrière elle. Harry ne l'avait jamais vu dans d'aussi beaux atours, Bethsabée Isobel Meredith ressemblait à une princesse des mille et une nuits. Les employés du magasin lui firent moult compliments, tandis que le client qui l'avait traité d'elfe de maison devenait verdâtre. Puis ce fut le tour de Harry, qui eut lui aussi droit à une longue robe noire d'apprenti sorcier pour son entrée à Poudlard. L'artisan avait tout juste fini lorsque Hagrid apparu derrière les vitrines du magasin, chargé comme un mulet. Il fit signe aux enfants qui lui répondirent avec enthousiasme, mais le petit garçon blond pouffa.
- Oh, qu'est-ce qu'il est gros. Sa grosse barbe, c'est pour cacher à quel point il est laid ? Qu'est-ce qu'il a l'air rustre…
Il n'eut pas le temps d'aller plus loin. Un éclair or et fuchsia fusa, quelqu'un poussa un cri, et une fouine se retrouva à la place du garçon à la langue un peu trop pendue. Bethsabée Isobel Meredith se retourna d'un air féroce vers Harry Potter, qui avala difficilement sa salive.
- Je savais que je n'avais pas besoin de baguette pour faire de la magie.
Le géant, qui avait tout vu à travers la vitrine, déboula, catastrophé. Il pressa les enfants de payer leurs affaires, puis tout en multipliant les courbettes à l'égard des tailleurs tétanisés, il poussa doucement ses protégés vers la sortie. La fouine n'arrêtait pas de pousser des couinements qui vrillaient les tympans.
Hagrid leur fit la leçon lorsqu'ils furent sortis du magasin. Ils n'avaient pas le droit d'employer la magie en dehors de Poudlard, c'était défendu. Et d'ailleurs, ils allaient très vite voir ailleurs s'ils y étaient, avant que les parents de la petite fouine ne viennent voir ce qui se passait et mettent le holà. Ils circulèrent donc d'un bon pas, pas trop vite pour ne pas attirer l'attention, mais suffisamment pour ne pas moisir plus longtemps près de la scène du crime. Une fois qu'ils furent assez loin, Hagrid soupira.
- Et moi qui venais pour vous faire des cadeaux, je ne sais même pas si vous le méritez.
Il enleva finalement le morceau de tissu qui recouvrait l'un de ses paquets, en réalité une cage avec une chouette blanche, puis il la tendit à Harry. L'oiseau s'appelait Hedwige et elle était magnifique.
- Elle s'appelle Hedwige, dit Hagrid, c'est moins ringard qu'un crapaud et puis je suis allergique aux chats.
Bethsabée Isobel Meredith était contente pour son ami, mais le géant voyait bien qu'elle était déçue de ne pas avoir un volatile. Il sortit alors Fumseck de sa poche. Fumseck était un phénix, qui dans l'immédiat, n'avait pas fière allure, parce qu'il hibernait depuis un certain temps déjà dans le manteau du géant, et un vieux caramel mou était resté collé à son plumage. Mais une fois bien secoué, il reprit contenance et dévoila toute sa splendeur d'oiseau de feu. Dans un cri perçant et clair comme la vérité, il s'envola et se posa sur l'épaule de Bethsabée Isobel Meredith, ravie. L'oiseau magique ronronna lorsqu'elle lui grattouilla le bec.
À présent, le cadeau de Harry Potter semblait quand même un peu moins chouette. Mais il était tout de même bien content parce que si quelqu'un méritait un cadeau somptueux, c'était bien Bethsabée Isobel Meredith. Hagrid les emmena ensuite au Chaudron Baveur, où ils burent des bierraubeurres, une boisson pour les sorciers, les durs, les vrais.
De son côté, Élisa apprivoisait le traitement de texte sur son ordinateur. Elle n'était pas encore connectée à Internet, mais cela lui était égal pour le moment, tant elle avait encore des choses à découvrir. Déjà, écrire en tapant sur un clavier était très loin d'être la même affaire que gribouiller avec un stylo-bille. Déjà, elle tapait très lentement, avec deux doigts, et comme elle devait regarder les touches et quitter l'écran des yeux pour voir ce qu'elle faisait, cela l'obligeait à se relire sans cesse.
Elle ne savait plus quel auteur avait dit qu'écrire, c'était réécrire. Il s'agissait peut-être de Gustave Flaubert. En tout cas, elle n'avait jamais autant réécrit depuis qu'elle avait à sa disposition ce nouvel outil.
Lorsqu'elle écrivait au stylo sur ses feuilles quadrillées, ses mains entraînées faisaient courir l'encre sur le papier à une vitesse phénoménale, et sa connexion cerveau-main faisait couler les mots aussi naturellement que le caramel sur le flan. Elle n'avait pas besoin de se relire, puisque son imagination était débridée et que les mots tombaient en cascade. Elle avait même horreur de se relire, elle avait l'impression que cela pouvait la brider, la retenir en arrière. Elle voulait juste remplir les pages sans discontinuer, sans faire attention.
Tandis qu'avec l'écran, elle était obligée d'avoir une vue d'ensemble de son travail, de réfléchir et de séparer très nettement les paragraphes et les répliques. Elle revenait sans arrêt sur les mots, en se demandant s'ils étaient bien choisis.
Au début, cela avait été un cauchemar, car tout donnait l'impression de pouvoir chaque fois s'améliorer, et elle avait passé trois heures sur une phrase, en se demandant si sa dernière correction était vraiment définitive, aussi proche de la perfection qu'elle pouvait l'être. Mais finalement, elle avait trouvé la ligne d'argent, le fil invisible qui lui permettait de taper en s'arrêtant le moins possible. C'était bien simple, elle lisait ce qu'elle écrivait dans sa tête, en faisant rouler les sons sur sa langue, et si cela coulait comme une musique, elle continuait d'écrire.
Comment s'appelait le monsieur qui avait dit que tout ce qui se concevait bien s'énonçait clairement et distinctement ? Il lui semblait que c'était un prêtre, ou quelque chose comme ça.
En tout cas, l'ordinateur avait grandement changé sa méthode d'écriture, elle ne voyait plus du tout les choses de la même façon. Surtout qu'elle les voyait à présent avec des yeux fatigués, car l'écran lumineux l'épuisait plus rapidement que les feuilles de papier. Cela aussi influençait grandement sa productivité, qui se trouvait beaucoup plus ralentie depuis quelques temps. Ce qui était étrange, c'est qu'elle remplissait les feuilles par kilos lorsqu'elle avait un stylobille, mais lorsqu'elle emmagasinait la même quantité de texte dans la machine, le rendu n'était plus exactement pareil. En fait, dans le cadre bien formaté du traitement de texte, sur les lignes bien alignées, il était impossible de tricher. Elle pouvait écrire plus ou moins gros sur le papier et avoir l'impression qu'elle avait beaucoup écrit, mais on ne trompait pas l'ordinateur, qui comptait les mots un par un. C'était assez décourageant de retaper un chapitre et de se rendre compte que s'il faisait quatre pages au stylo, il n'en faisait plus que deux sous Microsoft Word. Au final, Élisa n'écrivait plus du tout à la main car elle avait l'impression que c'était une perte de temps, de devoir recopier à chaque fois ce qu'elle avait déjà écrit. Mais son esprit, ses tics d'écriture, sa manière de faire, tout se déformait au fur et à mesure qu'elle passait du temps sur son nouvel ordinateur.
Sa mère fronçait les sourcils, mais il fallait bien admettre qu'elle admirait la pugnacité de sa fille, capable de rester assise et d'écrire durant quatre heures d'affilée. Après tout, ce n'était pas comme si elle perdait son temps devant des jeux vidéo, c'était de créativité dont il était question.
Elle espérait juste qu'Élisa ne finirait pas comme le célèbre écrivain Virginia Woolf, des cailloux dans les poches et plouf dans l'eau.
Élisa, pour sa part, se rendait compte que plus elle se donnait des contraintes, plus il lui était, paradoxalement, facile d'écrire. Elle ne savait pas si c'était l'influence des sujets de rédaction qu'elle avait eu en français, ou si trop de liberté de mouvement tuait la muse, mais étrangement, elle se sentait bien mieux lorsqu'elle se fixait des limites avant de commencer un chapitre. Le sujet était circonscrit, les intervenants et les actions étaient mûrement réfléchis, il ne s'agissait plus de la même démarche qu'auparavant. Lors de ses premiers pas, elle se laissait porter par le courant, emporter par son imagination, mais à présent, elle faisait en sorte d'avoir des notes pour se repérer. Elle savait ce qui allait se passer dans le chapitre qu'elle allait écrire, non seulement parce qu'elle en avait rêvé, mais parce qu'elle s'était fait des mémos.
Elle se demandait nerveusement comment elle pourrait écrire une histoire entièrement de son fait. Tout paraissait déjà si grand, si incontrôlable, lorsqu'il s'agissait d'un univers déjà bien délimité. Pour construire des personnages, des décors bien à elle, des post-it ne suffiraient pas, il lui faudrait sans doute rédiger des encyclopédies. Cela la rendait à la fois triste et songeuse, de penser déjà à ce qui viendrait après l'histoire de Bethsabée Isobel Meredith.
Mais de toute façon, il fallait déjà la terminer, cette fanfiction, non ?
