Bethsabée Isobel Meredith était quelque peu ennuyée, car Harry n'arrêtait pas de bavarder avec les autres en la laissant à l'écart. Elle avait du mal à réellement sympathiser avec eux et ne se sentait pas aussi à l'aise qu'elle l'aurait espéré. À un moment donné, les maisons de Poudlard étaient devenues le sujet de conversation, juste après que Hermione se soit lancée dans une explication sur les animagus, ces sorciers capables de se changer en animaux. Ron avait expliqué qu'il y avait quatre maisons à l'école des sorciers : Gryffondor, Serpentard, Serdaigle et Poufsouffle. Chacune sélectionnait les enfants sorciers selon leurs qualités. Bethsabée Isobel Meredith n'avait pas tout très bien compris aux explications embrouillées de son condisciple, mais il semblait que lorsqu'on était quelqu'un de bien, on finissait à Gryffondor, tandis que les mauvaises personnes allaient à Serpentard, et que les autres étaient réparties à Serdaigle et Poufsouffle.
Heureusement, Hermione apporta quelques précisions fortement louables, arguant que les plus intelligents allaient à Serdaigle et les plus ambitieux à Serpentard, par exemple. Bethsabée Isobel Meredith écouta tout cela d'une oreille attentive, mais resta néanmoins silencieuse, désireuse de rester secrète. Elle n'était pas dans une zone de confort très large avec tous ces inconnus et le garçon roux lui avait crié dessus.
Et en plus, ils descendaient du train et Harry collait toujours à celui de l'autre garçon, sans même jeter un regard en arrière. Elle commençait à se sentir maussade, et elle savait que ses yeux prenaient une teinte mauve lorsqu'elle était de méchante humeur. Elle décida donc de baisser le nez pour les dissimuler sous de longs cheveux roses. Tout à coup, quelqu'un dans son dos la héla. Elle se retourna pour se retrouver nez à nez avec le garçon au teint pâle de la boutique.
Il avait le nez pointu et les cheveux très blonds presque blancs. Il affichait une mine à la fois curieuse et autoritaire lorsqu'elle l'avait vu la première fois, mais à présent, il paraissait à la fois furieux et craintif. En tout cas, deux garçons faisant au moins le double de sa taille l'encadraient. Bethsabée Isobel Meredith se sentit embarrassée. Elle se rappelait avoir changé le garçon en fouine au début de l'été, le maléfice lui paraissait maintenant remonter à une époque très ancienne, et l'acte de bravoure, avec du recul, lui semblait à présent complètement stupide.
Elle rendit néanmoins au garçon un air de défi, à tout hasard. Celui-ci, quelque peu décontenancé, bomba tout de même le torse pour se présenter :
- Tu es la fille de la dernière fois, n'est-ce pas ? Je te pardonne parce que tu ne savais pas à qui tu avais affaire, mais il faut savoir que je suis Malefoy, Drago Malefoy.
Quelqu'un pouffa. C'était Ronald Weasley. Le groupe du Poudlard Express était revenu sur ses pas lorsque Harry s'était rendu compte que Bethsabée Isobel Meredith était restée en arrière. Drago fronça le nez de dégoût.
- Mon nom te fait rire ? Un roux, et une robe de seconde main, tu dois forcément être un Weasley, dit-il, puis se tournant vers Bethsabée Isobel Meredith, il ajouta : Ceux qui m'accompagnent sont Gregory Goyle et Vincent Crabbe. Je compte sur toi pour deviner qui seront tes vrais amis dans cette école.
- Elle n'a pas besoin de toi pour savoir qui seront ses amis, cracha Harry en attrapant son amie par le bras.
Et tandis que le groupe s'en allait, soudé, Bethsabée Isobel Meredith songeait qu'elle n'avait sûrement pas besoin de Harry non plus pour se les choisir, ses amis.
Les deux petits orphelins eurent l'heureuse surprise de retrouver Rubeus Hagrid, qui faisait monter les élèves dans d'étranges barques arrimées au bord du lac. Il leur adressa un signe de tête et un clin d'œil. Bethsabée Isobel Meredith lui rendit son sourire complice. Le géant semblait vraiment être l'homme à tout faire de Poudlard, il était le gardien des clefs et en plus, il s'occupait des livraisons. Une idée germa tout à coup dans l'esprit affûté de la petite sorcière, ou plus précisément, une question. Ce n'était pas tout à fait le moment approprié pour cela, alors elle la remisa dans un coin de sa tête pour plus tard.
Les petits sorciers étaient répartis trois par trois dans les barques, Bethsabée Isobel Meredith se retrouva dans la même que Harry, heureusement, mais également, pour son plus grand déplaisir, avec Ronald. De toute façon, les garçons étaient trop ébahis par le spectacle pour bavarder et gigoter. Les embarcations, toutes illuminées, glissaient sur le lac d'un noir d'encre qu'on ne distinguait plus dans la nuit. Au-delà, au clair de la lune qu'occultaient parfois les nuages, la silhouette d'un château immense et squelettique se détachait du haut d'un sommet. Bethsabée Isobel Meredith inspira l'atmosphère ambiante. L'air était légèrement fétide à cause des marécages environnants, mais agréablement frais, surtout en comparaison des wagons confinés du Poudlard Express. Avec quatre enfants entassés les uns sur les autres et une tension qui était très vite retombée, l'étouffante cabine avait rapidement pris une odeur de vieux pet.
Bientôt, ils arrivèrent à l'autre bout du lac. Des calèches les attendaient, toutes conduites par des chevaux étranges, très grands et très maigres, d'une couleur ébène. Bethsabée Isobel Meredith demanda à Hermione de quel genre de créature il s'agissait. Celle-ci lui rendit un visage perplexe. Croyant qu'elle ne l'avait pas entendue la première fois, la sorcière aux cheveux roses lui répéta sa question, en pointant du doigt à plusieurs reprises les montures surnaturelles. Hermione finit par se mordiller les lèvres, ennuyée. Ses yeux roulèrent au plafond tandis qu'elle répondit d'un air désolé :
- Mais il n'y a pas de chevaux, arrête de dire des mensonges, enfin.
Bethsabée Isobel Meredith, piquée au vif, s'enferma dans un mutisme glacial. Mais autour d'elle, en entendant les exclamations des élèves qui se demandaient comment les calèches pouvaient se mouvoir toutes seules, elle comprit qu'elle était la seule à voir les monstres.
Ils grimpèrent tous dans des voitures ensorcelées, qui gravirent la montagne escarpée, tout en oscillant au bord du vide. Bethsabée jeta un regard au dehors, et contempla froidement les bords du précipice s'effriter sur leur chemin. En bas, le sol paraissait très, très, lointain.
Finalement, ils arrivèrent au château proprement dit, à Poudlard. On les fit entrer dans une grande salle au plafond scintillant. Hermione fit remarquer d'un ton docte qu'il ne s'agissait pas du véritable ciel, mais d'un sortilège qui faisait briller les étoiles comme des vraies. Bethsabée Isobel Meredith, lassée, se demanda s'il lui arrivait parfois de fermer sa grande bouche.
Autour d'eux, et de manière quelque peu angoissante, se dressaient des tables immenses avec des centaines d'apprentis-sorciers attablés qui les dévisageaient avec curiosité. Le regard acéré de Bethsabée Isobel Meredith décela néanmoins le vieux chapeau pointu et rapiécé au centre de la pièce. Harry, lui, jeta un regard trouble et éperdu autour de lui. Il n'était décidément plus du tout au 4, Privet Drive. Les lumières, le bruit, les gens, tout cela lui embuait ses lunettes.
Une sorcière qui se trouvait à la table des professeurs se leva et déroula un parchemin. Elle avait un air étrangement félin et une paire de petites lunettes qui lui donnait l'air sévère. Le silence se fit dans la salle lorsqu'elle commença à parler. Elle expliqua que les nouveaux venus devaient maintenant s'asseoir au centre de la salle à l'appel de leur prénom, poser le chapeau sur la tête, que curieusement elle prononça choixpeau, et il serait alors décidé quelle maison leur serait attribuée. Harry se rendit compte que Bethsabée Isobel Meredith paraissait légèrement déçue, comme si elle s'attendait à mieux, comme combattre un troll ou quelque chose comme ça. Il fut en tout cas soulagé de ne pas avoir besoin de faire démonstration de ses pouvoirs ridicules en comparaison de ceux de son amie. Finalement, ils attendirent que leurs noms soient prononcés, les uns après les autres. Harry espéra fortement se retrouver à Gryffondor, il ne voulait surtout pas se retrouver à Serpentard. Hermione passa sous le choixpeau, qui l'envoya à Gryffondor. Le couvre-chef effleura à peine le crâne de Drago Malefoy lorsqu'on lui attribua la maison de Serpentard.
Enfin, ce fut le tour de Harry. Il posa ses fesses sur la chaise et la sorcière sévère lui enfonça le choixpeau jusqu'aux oreilles. Quelques minutes s'écoulèrent. Puis la voix qui venait du choixpeau magique devint tout à coup très forte et emplit la pièce pour crier :
- Gryffondor !
Harry, en nage, se dirigea, reconnaissant, vers la table des élèves qui lui faisaient une ovation. Il applaudit comme les autres lorsque Ronald vint les rejoindre à son tour après sa répartition.
Il ne resta bientôt plus que Bethsabée Isobel Meredith.
Lorsqu'elle fut appelée, elle se posa sur le siège avec la grâce qui lui était caractéristique, et posa d'elle-même le choixpeau sur sa tête. Harry était certain qu'elle serait envoyée à Gryffondor. Bethsabée Isobel Meredith remplissait toutes les conditions requise, elle était une gentille sorcière, forte et courageuse. Du moins, c'était ce qu'il se répétait sans cesse tandis que son amie semblait longuement débattre avec le choixpeau. Celui-ci n'arrêtait pas de remuer et de murmurer des choses à l'oreille de la petite sorcière qui murmurait à son tour. Le choixpeau se mit alors à osciller gravement, comme s'il se disait que de mémoire de choixpeau, jamais négociations n'avaient été aussi difficiles, puis il cria le nom de la maison qui était attribuée à la jolie sorcière.
Harry se leva pour crier hip hip hourra, mais il se rendit compte que quelque chose n'allait pas. Bethsabée Isobel Meredith, confiante comme si elle détenait un secret, se rendait de l'autre côté de la salle.
Le choixpeau ne l'avait pas envoyé à Gryffondor, il avait crié :
- Serpentard !
Troublé, le sorcier à la cicatrice fut incapable de manger un morceau lorsque le dîner fut servi sur les tables. Il ne pouvait s'empêcher de regarder d'un œil fixe son amie de toujours se faire congratuler par les élèves de sa maison ennemie.
Lorsque le festin fut fini, la sorcière aux lunettes sévères invita tout le monde à aller se coucher. Les groupes se levèrent bruyamment, guidés par les professeurs. Bethsabée Isobel Meredith suivit le mouvement lorsqu'elle se rendit compte que la vieille sorcière lui posait la main sur l'épaule.
- Vous êtes convoquée dans le bureau du directeur, suivez-moi.
La scène était passée inaperçue dans le brouhaha général. Bethsabée Isobel Meredith regarda autour d'elle, vit que personne ne se souciait d'elle, haussa les épaules et se glissa à la suite du professeur dans un couloir à l'écart des autres.
La sorcière s'arrêta devant une gargouille et prononça un mot de passe. La gargouille grinça et céda le passage au bureau du proviseur. Bethsabée Isobel Meredith s'engouffra à la suite de la vieille dame et la porte dérobée se referma derrière elles.
Dans son sac, qu'elle avait gardé dissimulé sous sa robe de sorcier, Fumseck le phénix se mit à remuer et à chanter. Intriguée, Bethsabée Isobel Meredith le caressa à travers ses vêtements pour le calmer. Lorsqu'elle releva la tête, elle vit qu'un vieux monsieur l'attendait derrière son bureau d'un air bienveillant. Elle l'avait déjà aperçu lors de la répartition des élèves, il s'agissait d'Albus Dumbledore, le directeur de Poudlard.
- Vous pouvez nous laisser.
La vieille sorcière qui l'avait conduite jusque-là inclina la tête d'un air pincé et s'éclipsa. Le vieil homme, qui avait une longue barbe blanche traînant jusqu'à terre, invita la petite sorcière à prendre place sur une chaise. Elle prit son temps pour s'installer, et surtout, pour l'étudier attentivement. Il avait des petits yeux clairs, plissés et malins, un grand nez crochu et des lunettes en demi-lunes. Ses cheveux, aussi longs que sa barbe, tombaient raides dans son dos et sur ses épaules. Il ressemblait un peu aux illustrations de Merlin l'enchanteur dans les livres pour enfants.
Il croisa les doigts en souriant. Un ange passa, puis deux. Mais Bethsabée Isobel Meredith était passée maître au jeu de la reine du silence. Il finit donc par prendre la parole.
- Rassurez-vous, je ne vous ai pas convoquée parce que vous avez fait quelque chose de mal. Simplement, l'homme, l'animagus non déclaré, devrais-je préciser, que vous avez interpellé, a soulevé beaucoup de questions très intéressantes. Il a été interrogé sous Veritaserum, un sérum de vérité très puissant, dans ce bureau-même, et il nous a révélé un certain nombre de choses passionnantes.
Il fit une pause et haussa les sourcils. Mais Bethsabée Isobel Meredith ne cilla pas une seconde. Elle pouvait faire baisser les yeux à un chat.
- Vous l'ignorez peut-être mais la véritable identité de cet homme est Peter Pettigrow, un homme considéré comme mort, et en héros qui plus est, depuis de nombreuses années.
Il rapprocha son nez crochu du visage de la jeune fille par-dessus son bureau et sa voix baissa d'un ton. Bethsabée Isobel Meredith, malgré elle, ne put s'empêcher de se pencher à son tour et d'ouvrir grand ses oreilles.
- C'est une très longue histoire et la journée a été mouvementée pour tout le monde, mais je pense que c'est important que vous écoutiez. Les parents du jeune Harry Potter, que vous connaissez très bien à ce qu'il me semble, étaient recherchés depuis longtemps par Lord Voldemort. Figurez-vous que les parents de Harry, pour se protéger, ont fait appel à un sortilège qui nécessitait un ami très cher, un gardien du secret. Tant que le sorcier en question gardait le secret sur leur demeure, Lord Voldemort n'avait aucune possibilité de les retrouver. Ils ont choisi, du moins, c'est ce que tout le monde a cru pendant de longues années, le parrain de Harry, Sirius Black. Il y a eu un duel entre Sirius Black et Peter Pettigrow. Celui-ci a alors été officiellement tué au cours du combat et jamais retrouvé, tandis que Sirius Black, à moitié fou, fut enfermé à Azkaban, la prison des sorciers. Seulement, ce que nous avons appris aujourd'hui, c'est que Sirius Black avait suggéré à la dernière minute aux parents de Harry Potter de choisir Peter Pettigrow comme gardien du secret. Il ignorait que Peter Pettigrow était un serviteur de Voldemort et qu'il trahirait ses amis à la première occasion. Au cours de ce duel, Peter Pettigrow s'est tout simplement changé en rat après s'être mutilé pour faire croire à tout le monde qu'il avait été tué.
Bethsabée Isobel Meredith avait un peu la tête qui tournait avec tout ça. Elle n'était pas certaine de tout très bien comprendre et elle voyait mal où il voulait en venir.
- Cela signifie que Sirius Black est innocenté, et que Harry a de nouveau une famille. Une famille en dehors de ses cousins, j'entends.
Elle crut déceler une lueur de triomphe dans le regard du vieux sorcier.
- Je vais d'ailleurs lui annoncer dès que nous aurons terminé notre entrevue, le professeur qui vous a accompagné est allé le chercher. Mais si je vous ai fait venir ici, c'est pour vous poser une simple question.
Bethsabée Isobel Meredith se dandina sur sa chaise, mal à l'aise.
- Pourquoi avez-vous choisi Serpentard ?
Le vieux sorcier avait le mérite de la surprendre. La mâchoire inférieure de la jeune fille resta inerte quelques instants. Puis elle finit par sourire, confiante. La réponse était très simple.
- Parce que le choixpeau magique m'a promis que je deviendrais la sorcière la plus puissante du monde.
Albus Dumbledore parut l'examiner un moment d'un air songeur. Puis il se leva, prit un étui posé sur une étagère couverte de bibelots de toutes sortes et le tendit cérémonieusement à Bethsabée Isobel Meredith. Légèrement intimidée, elle l'ouvrit et dévoila une baguette qui ne ressemblait à aucune autre de celles qu'elle avait vues chez le marchand de baguettes magiques. Il s'agissait d'une baguette très grande, faite en sureau.
- Elle a été faite avec un crin de Sombral, une créature seulement visible par ceux qui ont été confrontés à la mort. Si vous désirez réellement être la sorcière la plus puissante du monde, je ne peux que vous recommander l'emploi de cette baguette qui m'a longtemps été d'une grande utilité.
Bethsabée Isobel Meredith leva le nez, elle avait de la peine à détacher le nez de la baguette de sureau.
- Le Sombral, ce ne serait pas une espèce de cheval, des fois ? Fut tout ce qu'elle trouva à répondre.
Le magicien laissa échapper un petit rire.
- Oui, j'imagine que l'on peut dire ça comme ça. Vous pouvez partir, si vous le désirez. J'en ai fini avec vous.
Au moment où elle allait quitter la pièce, les mains serrées sur sa nouvelle baguette, Albus Dumbledore ajouta quelque chose d'un air dégagé. Ses paroles, étranges, étaient énoncées d'un ton particulièrement neutre.
- Je dois aussi vous informer que lorsque votre don s'est ébruité dans l'école, un de nos professeurs s'est mystérieusement volatilisé. Il s'agissait du professeur de Défenses contre les Forces du Mal. Des rumeurs disent l'avoir vu pour la dernière fois détaler en direction de la Forêt Interdite.
Bethsabée Isobel Meredith se retourna, désorientée :
- J'en suis navrée.
Les yeux du vieux sorcier pétillèrent :
- Vous pouvez disposer.
