Albus Dumbledore, directeur de Poudlard, l'école des sorciers, tripotait sa barbe d'un air songeur, assis à son bureau. Il la caressait comme les méchants le font avec leurs gros chats blancs dans les films de James Bond, signe évident qu'il était préoccupé et qu'il réfléchissait à un sujet important. Sa collègue, une sorcière à l'air revêche, l'observait d'un air anxieux, se demandant quelle pouvait être la nature de ce quelque chose qui canalisait toutes les pensées du vieil homme, sans pour autant oser formuler son impatience à haute voix.

Finalement, il toussota pour s'éclaircir la gorge.

- Nous sommes la veille du soir de Halloween.

- Et que se passe-t-il le soir de Halloween, monsieur le Directeur ?

Si Albus Dumbledore avait été une petite souris de laboratoire mégalomane et dotée d'une grande intelligence due à des manipulations génétiques, il aurait pu répondre qu'il arriverait comme chaque soir qu'il tente de conquérir le monde. Mais ce n'était pas du tout le propos. Il leva ses yeux très clairs par-dessus ses lunettes en forme de demi-lunes et répondit d'un ton très grave.

- Il s'agit du soir où Bethsabée Isobel Meredith va découvrir ses origines.

L'intéressée se trouvait justement sur le chemin de la cabane où vivait Rubeus Hagrid, dans le but de lui soutirer des informations sur sa naissance. Il habitait non loin du château, et la tante Pétunia aurait sans doute dit de sa maison qu'elle était fort rustique. À vrai dire, plus rustique que cela aurait été de tailler des ouvertures à la hache dans un tronc d'arbre creux. Mais Bethsabée Isobel Meredith était décidée à avancer. Elle toqua à la porte et attendit. Un bruit de casse et de pas lourds à l'intérieur, mâtiné de jurons, lui apprit que le géant s'était prestement levé pour ouvrir et qu'il avait sans doute renversé quelque chose en élançant son imposante silhouette vers la porte. Bethsabée Isobel Meredith prit note de lui conseiller un petit régime diététique. Il finit par apparaître dans l'encadrement, en réajustant les bretelles de son pantalon, et lorsqu'il vit de qui il s'agissait, son épaisse figure s'illumina derrière sa grosse barbe noire.

Une fois qu'elle fut installée avec un thé et des biscuits, un thé qui était assez épais et sucré pour que la petite cuillère reste plantée dedans, et des biscuits assez durs pour s'y casser les dents, il prit le temps de s'asseoir, ou plutôt, de se laisser tomber lourdement avec fracas pour lui demander quel était le but de sa visite.

Bethsabée Isobel Meredith posa sa tasse avec cérémonie.

- J'aimerais que vous me disiez tout ce que vous savez sur mon arrivée chez les Dursley.

Il ne répondit pas immédiatement, l'air pensif. Ne restaient que les bruits des petits oiseaux, au-dehors. Finalement, le géant voulut prendre l'air rusé, mais cela donna l'impression qu'il souffrait de coliques frénétiques, au grand désarroi de Bethsabée Isobel Meredith.

- Et qu'est-ce qui te fait dire que je peux t'apprendre des choses là-dessus, ma petite ?

La sorcière aux cheveux roses ne baissa pas le regard. Elle lui rendit même une œillade mauve particulièrement perçante, peut-être même plutôt menaçante.

- Vous êtes Rubeus Hagrid, le gardien des clefs de Poudlard, et j'ai observé que vous faisiez plus ou moins office de livreur pour toutes sortes de choses, les élèves, le mystérieux paquet que vous avez récupéré à la banque de Gringotts… Souvent pour le compte de l'école, mais j'imagine essentiellement pour celui d'Albus Dumbledore. Et vu que vous avez été chargé de nous récupérer, Harry et moi, j'ai supposé qu'il y avait une chance pour que vous soyez également celui qui nous a déposés au 4, Privet Drive, il y a dix ans.

Les sourcils derrière l'immense barbe parurent tenir un conciliabule, le géant était en train de se concentrer pour rassembler ses souvenirs. Puis, finalement, les sourcils décidèrent qu'ils avaient pris une décision, et se séparèrent pour donner les résultats de la commission.

- C'était une nuit très noire, à une époque très sombre. Tu-sais-qui, le mage noir qui terrorisait tout le monde, venait à peine de disparaître en tuant les parents de Harry. Une rumeur voulait qu'il ait essayé de vous tuer tous les deux, mais que le sort ait ricoché, ce pourquoi il est mort. Cette nuit-là, il y avait Albus Dumbledore, et Minerva McGonagall, tu l'as sans doute déjà vue, un professeur à l'air sévère. Je pense qu'elle venait de se changer en chat, parce qu'elle n'arrêtait pas de se lécher les mains et de se les passer derrière l'oreille. Je suis venu en moto, ça faisait tousser tout le monde parce que l'engin dégageait pas mal de fumée. Et puis je vous ai déposés, voilà. Je ne sais pas trop quoi te dire d'autre.

Bethsabée Isobel Meredith était pas mal dépitée car c'était effectivement tout. Hagrid lui jeta un coup d'œil par-dessus sa tasse, minuscule entre ses gros doigts boudinés.

- D'ailleurs, c'était une moto qui m'avait prêté le parrain de Harry, Sirius Black. J'ai entendu dire qu'il va bientôt être libéré, dès que le Ministère de la Magie aura cessé de faire des chichis. Dire qu'on croyait tous qu'il était le traître qui avait livré les parents de Harry. Ils vont pouvoir passer les fêtes de noël ensemble, si ça se trouve, et tout cela grâce à toi.

Le géant repositionna son gros derrière sur le fauteuil fatigué, et même épuisé par l'effort, qu'il occupait.

- Mais j'ai entendu dire que ça n'allait pas très fort entre vous. Il a été question d'un duel en pleine nuit.

- Oui, mais il ne s'est rien passé, répliqua fermement Bethsabée Isobel Meredith. Il a dû te dire qu'on avait oublié de se donner un lieu de rendez-vous. Du coup, on a tous erré dans les couloirs de l'école pour essayer de se retrouver sans jamais y arriver. Heureusement pour lui, d'ailleurs.

Le gardien des clefs de Poudlard trouva tout à coup que l'ambiance dans la pièce s'était considérablement refroidie ces derniers mots. Il avait même l'impression que les coins de la pièce semblaient étrangement regorger beaucoup plus d'obscurité que d'habitude. Bethsabée Isobel Meredith continuait de murmurer pour elle-même.

- On a juste croisé ce stupide concierge, Rusard, alors je lui jeté un sort pour qu'il oublie tout et qu'on ne soit pas punis.

- Tu as jeté un sort d'oubliettes sur du personnel de l'école, coupa Hagrid d'un air affolé. Mais c'est formellement interdit !

Il se pencha et fit mine d'ausculter Bethsabée Isobel Meredith. Pour finir, il la prit par les épaules.

- Si ton intention était de me secouer, je t'arrête tout de suite, fit remarquer aigrement la jeune fille.

- Bon, et bien, si tu le prends comme ça, alors je te laisse retourner à l'école, j'imagine que tes cours ne vont pas tarder à recommencer, dit-il d'un ton à la fois chagrin et bourru. Rentre-toi bien.

Sur le chemin du retour, Bethsabée Isobel Meredith rumina tout ce qu'elle avait appris, un peu mal à l'aise et coupable de la manière dont elle avait pris de haut son ami qui ne l'avait pas mise à la porte, mais un peu, tout de même. Puis elle secoua la tête, rageuse. Au point où elle en était, elle devait arrêter de se soucier de ce genre de détails. Cela faisait un moment maintenant que les limites et les règles lui semblaient absurdes, cela ne faisait aucun sens de se morigéner pour des choses que d'autres avaient l'air de trouver mal. Elle avait grandi avec des personnes pour lesquelles la magie était mal. À présent, elle savait que s'il y avait une chose sur laquelle elle pouvait bien compter, c'était la magie. La magie était solide, pas comme les gens, qui se brisaient et trahissaient facilement.

Elle décida de sécher les cours pour la journée. De toute façon, elle s'y ennuyait, les professeurs n'avaient déjà plus grand-chose à lui apprendre. Les quelques sorts qu'elle n'avait pas encore appris se comptaient sur les doigts d'une main. Elle savait qu'il y avait un sort qui s'appelait le Spero Patronum, mais elle n'avait pas encore très bien compris à quoi il servait et de toute façon, le sortilège requérait un souvenir heureux. Elle se demandait aussi depuis quelques temps s'il lui était possible de devenir un Animagus, comme l'homme, Peter Pettigrow qui s'était changé en rat dans le Poudlard Express, ou le professeur Minerva McGonagall, qui pouvait se changer en chat. S'il ne s'agissait pas d'un don, cela devait en tout cas être horriblement difficile, mais après tout, si une espèce de lâche et une petite vieille pouvaient y arriver, pourquoi pas elle.

Fort à propos, la sorcière à l'air revêche l'attrapa justement par le bras. Bethsabée Isobel Meredith, surprise, se rendit compte en regardant autour d'elle qu'elle était revenue dans l'enceinte du château sans s'en rendre compte, tandis qu'elle était plongée dans ses pensées. Elle voulut protester au sujet de ce geste qu'elle aurait aimé qualifier de déplacé mais la situation semblait urgente.

- Vous êtes convoquée dans le bureau du directeur, je vous ai cherchée partout.

Elle était trop polie et digne pour traiter l'élève de petite gourde, mais Bethsabée Isobel Meredith l'entendit très fort et se laissa guider d'un air boudeur jusqu'à la gargouille qui gardait le bureau d'Albus Dumbledore.

Comme à son habitude, celui-ci était assis derrière son office, qu'il ne quittait pas beaucoup ces temps-ci, et il chantonnait, car cet homme avait bien entendu toujours le rythme dans la peau. Il fit mine de relever la tête d'un air surpris lorsque Bethsabée Isobel Meredith fit son entrée, comme s'il ne l'attendait pas du tout mais que c'était un événement festif bien qu'imprévu qu'elle se soit trouvée là justement au moment où il avait besoin d'elle pour lui parler.

Elle finit par s'asseoir en soupirant. Il allait sans doute tourner mille ans autour du pot avant d'aborder le problème pour lequel il l'avait fait venir.

Comme pour lui donner raison, il l'interrogea effectivement sur des choses insignifiantes, comme la santé de Fumseck, par exemple. Elle lui apprit que depuis quelques temps, il pelait pas mal et qu'il ne quittait plus beaucoup son perchoir. Fumseck ne semblait pas avoir une espérance de vie très longue. Elle avait également conservé la baguette de sureau qu'il lui avait offerte. Mais elle préférait la cacher et ne l'utiliser que lorsqu'elle s'entraînait, seule. Le reste du temps, surtout pendant les cours, elle utilisait la baguette à plume de phénix qu'elle avait acheté avec Harry Potter, pour ne pas attirer l'attention. Les cours avec Severus Rogue se déroulaient bien. Elle était de moins en moins sûre qu'il soit un vampire, bien que ça en devienne grotesque tant il y avait des détails qui semblaient indiquer le contraire. Cependant, il lui avait appris plein de potions et de sortilèges, et elle serait prête à prendre son poste de professeur la semaine prochaine, et, non, cela ne lui causait pas plus d'anxiété que cela, merci beaucoup. Elle était également très satisfaite de Serpentard. Les autres n'étaient pas très causants, mais cela tombait très bien, parce qu'elle ne l'était pas non plus. Albus Dumbledore hocha doucement la tête tout en marmonnant son approbation, mais son regard était fuyant, il cherchait visiblement la meilleure façon d'aborder ce qui le préoccupait et ne trouvait pas la porte de sortie la plus adaptée pour l'instant. Cela tapait sur les nerfs de Bethsabée Isobel Meredith qui se sentait devenir de plus en plus nerveuse et tendue alors que c'était bien le dernier plaisir qu'elle aurait voulu laisser au reste du monde.

- Et qu'est-ce que vous avez prévu de faire pour votre anniversaire ? demanda le directeur de Poudlard en choisissant de toutes évidences la solution kamikaze.

Bethsabée Isobel Meredith, estomaquée, commença à protester, faisant mine de ne rien comprendre, de peur d'avoir trop bien compris.

- Non, non, je vous assure, aujourd'hui, il s'agit bien du jour de votre anniversaire, claironna joyeusement Albus Dumbledore sur le même ton que s'il venait d'annoncer à l'enfant qu'il avait fait du riz au lait. Et je voulais vous proposer, ma chère Beth, d'accord, d'accord, je ne vous appellerais plus jamais comme ça, c'est bon, c'est promis, arrêtez de geindre, Bethsabée Isobel Meredith, bref, je voulais vous proposer de rencontrer un membre de votre famille. Plus précisément votre mère, ce soir.

La sorcière aux cheveux roses avait les yeux d'une teinte pastel, qui allait à ravir avec sa mine abasourdie. Une tête qu'elle ne devait pas faire très couramment. Dumbledore songea que cette couleur était exactement celle qu'il voulait pour le nouveau papier peint de son bureau, il fallait absolument qu'il en parle à son décorateur.

En tout cas, il allait falloir qu'il s'explique parce que la jeune fille était naturellement privée de tout don de la parole en cet instant, probablement parce que les cordes vocales, saturées, avaient décidé de fermer boutique, portes closes et panneau à l'entrée.

- C'est un fait qui est très peu connu, surtout de très peu de sorciers. Le soir d'Halloween, contrairement à ce que l'on pense, n'est pas qu'une fête folklorique, un mythe, il s'agit d'un soir particulièrement magique, car c'est le soir où les frontières entre notre monde et les autres mondes, et en particulier celui de l'au-delà, par exemple, sont plus fines.

Bethsabée Isobel Meredith en renversa sa chaise.

- L'au-delà ? Mais vous voulez dire que ma mère est morte ?

Albus Dumbledore hocha la tête d'un air mystérieux.

- Pas nécessairement… Je vous donne rendez-vous ce soir, dans le couloir du troisième étage.

Bethsabée Isobel Meredith se demanda comment elle allait pouvoir attendre aussi longtemps. Elle en fut agitée toute la journée, et finit par être congédiée de son dernier cours par un professeur irrité.

Plus tard, dans la nuit, ils se retrouvèrent tous les trois, Bethsabée Isobel Meredith, Albus Dumbledore, et Minerva McGonagall. Un escalier impressionnant surplombait l'endroit. Il avait fallu tout l'après-midi pour réunir les ingrédients nécessaires à la rencontre, et ils rataient le banquet de Halloween qui se déroulait joyeusement dans la grande salle. Les lumières chaleureuses, les rires, les bruits de vaisselles, les conversations, les chansons et les bonnes odeurs de nourriture paraissaient bien éloignées de ce pauvre petit couloir triste et solitaire. La lune les éclairait de bleu et l'on frissonnait à cause des courants d'air. Mais Bethsabée Isobel Meredith n'en avait cure, elle était déterminée à savoir la vérité, à découvrir le fin mot de l'histoire, pour ainsi dire. Albus Dumbledore lui avait expliqué que c'était dans cet escalier que se trouvait le passage le plus fragile entre leur monde et la dimension où se trouvait la mère de Bethsabée Isobel Meredith. Dans un gros chaudron, placé au centre d'un pentacle saturé de runes en tous genres, Minerva McGonagall plongeait des objets de toutes sortes selon un ordre bien précis, indiqué sur un pense-bête qu'elle tenait de la main droite. Dans la pénombre, Bethsabée Isobel Meredith avait l'impression que les formes des ingrédients étaient de plus en plus cauchemardesques, elle crut même voir une tête humaine mais elle n'en fut pas suffisamment certaine, la chose chevelue fut très vite engloutie par le bouillon épais. Dumbledore, lui, psalmodiait des incantations. Cela devait bien durer depuis plus d'une éternité, et Bethsabée Isobel Meredith commençait à désespérer, lorsque les volutes de fumées qui sortaient du chaudron et les éclairs qui jaillissaient de la baguette d'Albus Dumbledore se mirent à tournoyer vers un seul point. Ils s'entremêlèrent en crépitant, créant une espèce de tourbillon bleu, qui s'engouffrait en un endroit, au milieu de l'escalier, comme si l'on avait débouché la bonde d'un évier.

Bethsabée Isobel Meredith plissa alors des yeux en direction de l'endroit où l'énergie paraissait se concentrer. Un voile spectral se dégagea au milieu de la fumée et le cœur de la jeune fille fit un bond dans sa poitrine. Une silhouette indistincte semblait lui faire signe. Elle grimpa quatre à quatre les marches, avec l'impression que l'on cognait douloureusement ses côtes.

Elle posa ses mains en pleurant sur le mur invisible qui l'empêchait d'aller plus loin. Une femme, de l'autre côté, et qui lui ressemblait trait pour trait, avait elle aussi les yeux pleins de larmes. Ses cheveux étaient plus longs et plus fins que ceux de Bethsabée Isobel Meredith et ils étaient blancs et or. Elle était d'une beauté saisissante, et surtout, elle avait les mêmes yeux que sa fille, des yeux qui n'arrêtaient pas de changer de couleurs.

- Je suis ta mère, articula-t-elle soigneusement de l'autre côté du mur pour se faire entendre. Sa voix était étouffée. Bethsabée Isobel Meredith hocha la tête pour faire comprendre qu'elle avait bien entendu.

Les questions se bousculaient dans la tête de Bethsabée Isobel Meredith qui avait pourtant pu y réfléchir toute l'après-midi. Mais dans l'affolement, elle ne savait plus quoi dire, Albus Dumbledore avait dit qu'elle n'aurait pas beaucoup de temps. Finalement, l'illumination lui vint.

- Mon père, qui est mon père ? Est-ce qu'il est mort ?

Le visage de sa mère s'emplit de chagrin. Elle secoua la tête. Il fallut du temps avant qu'elle ne parle, mais quand elle le fit, ce fut toujours en prononçant bien distinctement les mots de l'autre côté du voile translucide.

- Ton père est celui qui m'a enfermée ici. Celui qui a tué tes parents adoptifs, et qui a essayé de te tuer, toi aussi. Ton père est Lord Voldemort.