Jour 8

Kate fut réveillée par la sonnerie de son portable : il était 7h, et elle était déjà en retard sur ses horaires habituels. Tant pis, elle prétendrait que pour une fois elle avait bien dormi. En réalité elle avait eu une nuit difficile, ne cessant de revoir le visage ravagé de Castle et cette expression à la fois fascinante et désespérée qu'il avait eue en l'embrassant. Elle avait quitté le loft sans rien dire après qu'il soit reparti dans la cuisine en lui tournant le dos, comme si leurs lèvres ne s'étaient pas touchées quelques instants plus tôt. Elle n'avait pas su comment interpréter son geste, mais elle en avait été bouleversée. Son corps tout entier avait été secoué par la vague tiède de leur baiser, même si elle avait senti que ce n'était pas vraiment elle qu'il embrassait pendant ces quelques secondes. À présent elle ne pouvait plus se résoudre à l'effacer de sa vie, elle voulait lui redonner son si beau sourire et revoir la joie dans ses yeux, même s'il devait pour cela disparaître et retrouver son monde. Ses amis avaient réussi à la convaincre qu'elle, Kate Beckett, méritait de vivre une vraie vie, pourquoi ne pourrait-elle pas en faire de même avec lui ?

Elle prit une douche, s'habilla et sortit.


Le baiser avait été sa dernière idée, un ultime recours qui aurait pu le ramener chez lui. Il avait naïvement pensé qu'embrasser la Capitaine Beckett le renverrait vers sa fiancée, juste par la magie de l'Amour, mêlant science-fiction et romantisme. Mais en éloignant son visage du sien il avait perçu le scintillement discret de la chaîne au bout de laquelle pendait la bague de Johanna. Cette chaîne que sa fiancée ne portait plus depuis qu'ils avaient retrouvé le coupable, ensemble. Épuisé, vidé de tout espoir, il l'avait laissée s'en aller et avait réfléchi une bonne partie de la nuit. Au petit matin, il errait dans son bureau à la recherche d'une nouvelle idée lorsqu'il vit le DVD d'Inception à côté du home cinema. Et si une fois son temps dans ce monde écoulé, il revenait dans son monde ? Mais comment savoir combien de temps il lui restait ici ? Il balaya du regard le salon désert, et se résolut à tenter une fois de plus de rejoindre sa bien-aimée.

« Oui Espo, juste un truc à régler et j'arrive. Interrogez les voisins et commencez à éplucher ses relevés bancaires. Je serai là dans moins d'une heure. »

Une fois qu'elle eut raccroché, Kate se gara devant l'immeuble et coupa le contact.

« - NYPD, je suis déjà venue hier…

- Allez-y, la coupa le portier. »

Elle prit l'ascenseur et une fois devant la porte inspira profondément avant de frapper. Personne ne répondit. Elle mit la main sur la poignée, qui s'abaissa sans résistance ; il avait dû oublier de fermer hier soir après qu'elle soit partie.

« Castle ? »

Personne ne répondit. Elle entendit alors le bruit de la douche qui coulait, seul ce ruissellement troublait le silence du loft. Par réflexe, elle mit la main sur son arme et avança prudemment en direction du bruit en l'appelant encore :

« Castle ? Vous êtes là ? »

Elle hésita avant de pousser la porte de sa chambre, mais il n'y était pas. Elle aperçut un rai de lumière filtrant sous une porte entrouverte, qui devait être celle de la salle de bain. Elle s'approcha lentement, comme hypnotisée par le doux bruit de l'eau qui coulait toujours. Elle n'avait pas voulu le surprendre ainsi, dans son intimité, mais ces portes ouvertes lui semblaient être des signes du destin. Elle l'observa par l'embrasure de la porte ; il était endormi dans son bain, elle voyait sa tête posée sur une serviette blanche et devinait son corps couvert de mousse. Il semblait tellement paisible, insouciant. Kate entra, s'agenouilla près de la baignoire et caressa légèrement ses cheveux, pour ne pas le réveiller. Il était tellement beau ainsi, apaisé. Elle plongea ses doigts dans la mousse pour en deviner le parfum, et son sourire se figea avant que son cri ne déchire l'air.

« Castle NOON ! »

L'eau de son bain était teintée de rouge.


Kate monta dans l'ambulance et lui tint la main pendant le trajet, sans un mot. L'infirmier vit bien qu'elle était choquée, il l'installa en salle d'attente en lui promettant de lui donner des nouvelles dès que possible. Hébétée, elle vit à peine Martha Rodgers qui déboula dans le couloir telle une furie, cherchant son fils.

« - Capitaine Beckett ? Que faites-vous ici ? s'étonna-t-elle en reconnaissant la jeune femme qui avait arrêté son fils quelques jours plus tôt.

- Je… C'est moi qui… »

Elle fut interrompue par le docteur qui venait à leur rencontre.

« - Madame Rodgers ?

- Elle-même…

- Et vous devez être le Capitaine Beckett ?

- Comment va mon fils ? coupa l'actrice.

- Il est hors de danger. Vous nous avez appelés juste à temps, dit-il en se tournant vers la jeune femme. Il a perdu beaucoup de sang, mais nous l'avons transfusé et tout ira bien. Il va juste avoir besoin de beaucoup de repos et d'attention. Il était suivi par un psychologue d'après son dossier, savez-vous s'il y allait toujours ?

- Oui, il m'a dit y être allé il y a quelques jours, répondit Kate. »

Elle vit l'expression soupçonneuse de Martha, qui s'étonnait qu'elle soit si bien renseignée sur la vie de son fils. Kate baissa la tête et pensa à s'enfuir sans se retourner.

« - Dans ce cas il faudra continuer son suivi. Physiquement il se remettra sans problème. Pour le reste, je ne suis pas psychologue, je ne peux rien vous prédire. Tout dépendra de lui, précisa le médecin avec un regard entendu à chacune de ses interlocutrices, devinant des tensions entre elles.

- Quand pourrai-je le voir ? demanda la mère.

- Nous lui avons donné des calmants pour qu'il se repose, vous pouvez y aller tout de suite mais il ne devrait se réveiller que dans une ou deux heures.

- Merci, répondirent en même temps les deux femmes. »

Kate garda les yeux baissés, après le départ du médecin elle se sentait vraiment de trop. Ce fut Martha qui rompit le silence :

« - Alors c'est vous qui l'avez trouvé ?

- Oui… Je voulais juste prendre de ses nouvelles… La porte était ouverte… tenta de se justifier la jeune femme.

- Je ne veux pas savoir pourquoi vous étiez là-bas, répondit fermement l'actrice ; elle devait penser qu'elle n'était que la conquête du moment ou qu'elle le croyait encore coupable, Kate le devinait au regard que l'actrice se refusait à poser sur elle. Je vous remercie d'avoir fait ce qu'il fallait, continua-t-elle sans chaleur. Je vous appellerai pour vous informer de son état. »

Elle n'attendait visiblement pas de réponse ni de visite de sa part.

« Merci. Bon courage », bredouilla Kate en s'en allant.

Martha Rodgers hocha la tête et alla s'asseoir un peu plus loin.


En sortant de l'hôpital, Kate n'avait aucune envie d'aller s'enfermer au poste, surtout en sachant que tout le monde aller lui tomber dessus pour lui parler des affaires en cours et l'examiner de haut en bas pour voir ce qui clochait. Quitte à être absente, elle décida de prendre sa matinée. Il était quasiment 11h, il lui suffirait de prétendre qu'elle avait eu une réunion imprévue avec ses supérieurs, personne ne mettrait sa parole en doute. Ses pas la portèrent vers un parc tout proche elle prit place sur un banc.

Perdue dans ses pensées, elle se repassa le film de cette dernière semaine, depuis l'apparition de Castle dans sa vie. Ses élucubrations étranges, sa tristesse grandissante, son regard qu'elle avait vu se voiler au fil des jours… C'était surtout sa fragilité qui l'avait désarmée. Cette façon qu'il avait de la regarder, avec des yeux d'enfant perdu, implorants de l'aide mais tentant de dissimuler tout cela avec un écran de force, comme si l'homme qu'il était refusait de montrer ses faiblesses mais baissait un peu la garde face à elle. Il la ramenait des années en arrière, à l'époque où elle ne regardait plus personne pour que sa douleur, son égarement restent secrets. Mais certains avaient deviné et l'avait aidée à se relever pas à pas : Lanie, Javier, Kévin. Sans eux elle se serait probablement laissée battre, elle aurait couru plus encore au-devant du danger pour en finir avec cette vie.

Elle voulait faire cela pour lui à présent, l'aider à se relever, sans doute pour se prouver qu'elle était sortie d'affaire, passée de l'autre côté d'une barrière invisible qui sépare ceux qui souffrent et ceux qui ont souffert. Elle s'en voulait de se servir de lui comme d'une thérapie, mais au fond elle se sentait proche de lui, comme une sœur de souffrance. Elle voulait pouvoir lui dire qu'ils ne sont pas une psy et son patient, mais plutôt un prisonnier et un repenti libéré qui ont à apprendre l'un de l'autre. Elle sourit à sa comparaison, et se dit que ça lui plairait peut être. Mais elle ne pourrait jamais lui dire cela de vive voix, ce serait avouer sa faiblesse et elle ne savait pas faire ça, même si elle se sentait en confiance avec lui, étrangement. Et à en juger par les regards qu'ils avaient échangés, lui aussi. C'était pour cela qu'elle ne voulait pas l'abandonner elle avait comme l'impression d'avoir retrouvé des morceaux d'âme et d'avoir l'opportunité de les recoller, pour elle et pour lui. Elle se sentait plus entière à ses côtés, et ne voulait perdre cette sensation pour rien au monde.

Elle espérait seulement qu'il se souvienne d'elle, et qu'il lui dise simplement « restez ».


La lumière blafarde lui brûla les yeux, comme si le soleil venait d'apparaître derrière ses paupières. Il ouvrit les yeux sur un univers blanc, nu, des formes dansèrent devant lui. Des voix crièrent, pleurèrent puis ce fut le calme entrecoupé de quelques sanglots et de mots incompréhensibles. Il s'habitua à la lumière et distingua une femme rousse à son chevet :

« - Mère ? demanda-t-il dans un murmure rauque.

- Je suis là Richard, répondit-elle émue.

- Où est Alexis ?

- Elle est allée prévenir le docteur. Comment te sens-tu ? »

Avant qu'il n'ait eu le temps de répondre, il vit entrer sa fille et ses longs cheveux, de nouveaux bruns. Il regarda autour de lui et s'aperçut qu'il avait les poignets bandés. Que s'était-il passé ?


Voilà le deuxième chapitre !

Merci à toutes celles et ceux qui ont pris le temps d'écrire une review, même de quelques mots, vous ne pouvez pas savoir à quel point ça me fait chaud au cœur. Merci aussi à ceux qui ont "follow" cette fic, ça me fait vraiment plaisir.

Et à ceux qui lisent sans laisser de trace : je faisais pareil avant, mais croyez moi c'est toujours sympa d'écrire quelques mots à l'auteur, parce que ça prend 30 secondes et que souvent l'auteur vous remercie à son tour ;)

Pour le prochain chapitre, rendez-vous mercredi ou jeudi !