Alors que Rick tentait toujours de comprendre comment il était arrivé là, le médecin entra et demanda à être seul avec son patient pour l'examiner.

« - Avez-vous des douleurs particulières ? Des vertiges ?

- Non, je me sens seulement fatigué.

- C'est normal, vous avez perdu beaucoup de sang, malgré la transfusion il va falloir un peu de temps à votre corps pour récupérer. Mais avec du repos et une bonne alimentation, tout rentrera très vite dans l'ordre.

- Combien de temps suis-je resté inconscient ?

- Je dirai une bonne heure, du moins à partir du moment où votre amie nous a prévenu, puis vous avez dû dormir deux heures à cause des calmants. Pourquoi ?

- J'ai l'impression que ça a duré… plus longtemps, répondit Castle perplexe.

- Ce sont des choses qui arrivent. Bon je vais vous laisser, certaines personnes ont l'air impatientes de vous voir ! À bientôt.

- Au revoir Docteur. »

Trois heures au total ? Même si le temps était plus long dans les rêves, comment avait-il pu vivre une semaine en trois heures ? Était-ce seulement un rêve, tout avait l'air si réel, cette vie au loft avec…

« - Papa !

- Hey Pumpkin ! Tu n'es pas rentrée à Los Angeles ?

- Tu es à l'hôpital et tu crois que je vais rentrer à L.A ?! Bien sûr que non je ne suis pas rentrée ! s'énerva la jeune fille.

- Alexis calme toi, ton père est fatigué, intervint son aînée.

- C'est ma façon de te dire que je suis content que tu sois là, temporisa Rick. Que vous soyez là. »

Ces mots et la douceur de sa voix surprirent les deux femmes, qui le fixèrent comme si elles étaient face à un fantôme. Le fantôme de l'homme qu'il avait été, avant que l'insuccès ne le brise. Il leur prit les mains, presque solennellement :

« - Vous êtes les deux femmes de ma vie. Je suis désolé d'avoir… de vous avoir infligé ça, dit-il en jetant un regard à ses poignets. Je suis vraiment désolé. »

Ils s'observaient tous les trois, main dans la main, puis la plus jeune rompit le silence après un regard à sa grand-mère :

« - On te pardonne. Nous aussi on t'aime Papa. Il faut que tu te reposes maintenant. On revient très vite !

- à tout à l'heure chérie, murmura Rick en embrassant sa fille sur le front. Mère…

- Repose-toi Richard. A plus tard, ajouta Martha en l'étreignant. »

Lorsque la porte se referma sur les deux rouquines, il devina que personne d'autre ne viendrait. Ce rêve où il avait une famille de cœur et une fiancée s'était envolé à son réveil dans cette chambre blanche. Mais qui était cette amie qui l'avait sauvée ?


Les affaires en cours s'enlisaient, cette journée ne semblait pas vouloir en finir. Beckett avait travaillé non-stop tout l'après-midi, espérant chasser l'image du corps blafard de Castle sur le brancard, le sang qui colorait en rouge l'eau de son bain. Elle n'avait rien dit aux détectives, qui avaient cependant deviné à l'expression de son visage que ce serait une journée « sans ». Mais tant que ce n'était qu'une journée, ils ne posaient pas de question. Ryan et Esposito prenaient soin d'elle, mais ils savaient lui laisser la liberté d'être parfois triste. Il était près de 21h quand Javier osa frapper et entrer dans le bureau de sa supérieure. Il lui tendit des dossiers :

« - Les rapports de la journée. On ne peut pas avancer plus pour aujourd'hui, on reprendra demain avec les résultats de la scientifique. »

Il avait parlé calmement mais fermement, pour éviter qu'elle n'essaie de lui coller d'autres vérifications à faire avant son départ. Quand elle était comme ça, elle avait tendance à oublier que tout le monde ne voulait pas rester au poste une bonne partie de la nuit pour oublier son chagrin sur une enquête. Voyant que le regard de Beckett passait d'un dossier à l'autre sans qu'elle ne les ouvre, il s'assit face à elle et se lança :

« - Un souci Chef ? »

Elle releva la tête, hagarde, ne semblant pas comprendre ce qu'il lui demandait.

« - Kate… ça va ? tenta-t-il de nouveau.

- Castle est à l'hôpital, dit-elle dans un souffle.

- Depuis quand ?!

- Ce matin, répondit Kate en se rendant compte qu'elle aurait dû les prévenir, après tout Rick et les Gars avaient travaillé ensemble quelques jours et s'étaient bien entendus.

- Qu'est-ce qui s'est passé ? continua Esposito, devinant qu'il en coûtait à son amie de lui parler de tout ça.

- Il a… »

Les mots restaient bloqués dans sa gorge, les mêmes images lui revenaient à l'esprit, et surtout cette douleur lancinante qu'elle avait ressenti en réalisant que lui aussi était peut être parti pour toujours. Et aussi cette rage, cette culpabilité toujours intacte de n'avoir pas su protéger.

« - Il a voulu en finir, finit-elle par articuler en levant les yeux pour chercher du soutien dans ceux de son ami. Mais il va mieux maintenant.

- Tu es allée le voir ?

-Non, sa mère m'a appelée. »

Elle avait l'air totalement perdue. Son ami ne comprenait pas qu'elle ait gardé ça pour elle lors qu'il était clair qu'elle était bouleversée. Elle ne se confiait jamais beaucoup, mais Castle était aussi leur ami. Il en vint à se demander quelle était la relation entre Castle et Beckett depuis qu'il avait quitté le poste, puisqu'elle avait apparemment été prévenue par la mère de l'auteur, mais il sentait que ce n'était pas le moment de parler de ça.

« - On ira lui rendre visite demain… avec Ryan, ajouta-t-il en voyant Kate paniquer lorsqu'elle avait réalisé que ce « on » pouvait l'inclure. Si tu permets…

- Pas de problème, se contenta-t-elle de répondre. Rentrez chez vous vous reposer, la journée a été longue, termina-t-elle pour montrer que la conversation était close.

- Tu devrais rentrer aussi Kate, suggéra Javier. Bonne nuit.

- Bonne nuit. »

Elle avait remarqué le regard étonné de son collègue quand elle avait annoncé qu'elle n'avait pas rendu visite à Castle, mais qu'elle avait été prévenue par sa mère. Son instinct de flic avait dû lui souffler qu'elle lui cachait quelque chose, et elle lui savait gré de ne pas avoir posé de question. En réalité elle avait passé l'après-midi à se persuader que sa place n'était pas à l'hôpital à ses côtés, alors qu'elle mourrait d'envie d'aller le voir. Elle voulait pouvoir imprimer dans sa mémoire une autre image de lui qu'allongé sur une civière, effacer le poids de sa culpabilité en vérifiant qu'il était bien vivant. Sa discussion avec Espo avait balayé en quelques minutes tous ses efforts de la journée. Même en pensant à la réaction que Martha Rodgers aurait sûrement si elle la voyait réapparaître dans leurs vies, elle décida qu'elle avait, comme Kévin et Javier, un droit de visite. Kate rassembla ses affaires et quitta le commissariat.


Après le départ de sa mère et de sa fille qui avaient veillé sur lui toute la journée, Richard Castle avait ressenti d'autant plus violemment le calme et le dénuement de sa chambre d'hôpital. Comme il était hors de danger, elles avaient dû le quitter à 20h, fin des visites. Depuis, il oscillait entre l'envie de dormir pour se rétablir et sortir au plus vite, et celle de ne pas se laisser gagner par les rêves. Il redoutait de se trouver de nouveau dans le doux monde où sa vie ne s'était pas écroulée, où il ne vivait pas en page 6 des tabloïdes et où ses derniers romans n'étaient pas médiocres.

Le retour au réel avait déjà été assez douloureux. Il avait pris tous ses échecs en pleine figure en quelques minutes, juste en voyant son évacuation du loft dans une émission télé : « le célèbre écrivain Richard Castle, désormais aussi connu pour ses frasques nocturnes que pour ses romans policiers, a été évacué ce matin de son domicile vers l'hôpital. Il était inconscient, mais à l'heure actuelle nous ne connaissons pas les causes de son hospitalisation. Il pourrait s'agir des suites d'une énième nuit de débauche pour l'auteur ». C'était en milieu d'après-midi, quand sa mère et sa fille s'étaient absentées pour aller se chercher un encas. Il avait regardé le reportage avec une résignation lasse, blessé de voir ses erreurs affichées aux yeux de tous et furieux contre lui-même. Il n'avait même pas le souvenir de s'être infligé les blessures qui l'avaient conduit à l'hôpital, signe qu'il devait effectivement être dans un état pitoyable.

Le seul point positif dans cette sordide journée était le rêve merveilleux et si réaliste dans lequel il avait été plongé : sa petite fille toujours à la maison, l'amour d'une femme merveilleuse, un nouveau personnage, tout ce qu'il avait voulu était devenu sa vie le temps d'un rêve. Le reportage repassait à présent, pour l'édition du soir, et Rick scruta les visages des personnes présentes pour reconnaître l' « amie » qui avait prévenu les secours. Légèrement en retrait derrière les pompiers qui le transportaient, il aperçut une silhouette familière. Une bouffée d'angoisse le submergea : c'était Kate, la femme avec laquelle il était fiancé dans son rêve. Que faisait-elle là alors qu'il aurait juré ne l'avoir jamais vue auparavant ? Était-elle une habitante de l'immeuble, dont le visage s'était ancré dans sa mémoire pour devenir l'incarnation de ses désirs ? Seul dans sa chambre, il était désorienté, quasiment persuadé d'être devenu fou ou d'avoir été victime d'expériences extraterrestres. Il réfléchissait, tentait de trouver un scénario, une histoire un tant soit peu crédible expliquant les évènements de cette journée. Épuisé par ses élucubrations infructueuses, il s'endormit.

De nouveau cette odeur entêtante de cerise lui chatouilla les narines, comme lorsqu'il avait dormi avec elle. Le rêve revenait vers lui, il sentait une présence à ses côtés et il avait de nouveau l'impression si réelle d'être avec elle. Il essaya de toutes ses forces de repousser ces sensations pourtant agréables, tout en pensant qu'il ne pouvait plus subir les effets d'une quelconque drogue, que ça ne pouvait pas recommencer. Lorsqu'il sentit le contact d'une main sur la sienne, il ouvrit les yeux dans un sursaut de frayeur. Se réveiller, ne pas replonger il ne voulait pas sombrer dans la folie… Hagard, il cligna des yeux et à travers les brumes du réveil, il reconnut sa chambre d'hôpital. Alors pourquoi toujours cette odeur de cerise, caractéristique de son rêve ? Il fit glisser son regard vers sa main, vit l'autre main bien réelle par-dessus la sienne. Il cilla une nouvelle fois pour découvrir avec étonnement et inquiétude le magnifique visage de la fiancée de son rêve.


Troublée par son regard, Kate enleva doucement sa main de celle de Rick. Elle était restée plongée quelques instants dans l'océan de ses yeux, elle avait vu l'angoisse, la peur et cela lui avait brisé le cœur. Il la fixait, comme s'il n'était pas sûr de la reconnaître, comme s'il ne le voulait pas. Elle fût prise de remords, elle s'était déjà détournée pour partir lorsqu'il lui prit le bras.

« - Vous êtes Katherine Beckett ? murmura-t-il, presque suppliant.

- Oui, répondit-elle un peu étonnée. »

Tout cela n'avait aucun sens, on ne lui avait pas parlé d'un risque d'amnésie, pourquoi lui demandait-il ça ?

« - Détective Kate Beckett, NYPD ? continua-t-il. »

Cette fois-ci, elle fronça les sourcils.

« - Capitaine Kate Beckett, corrigea-t-elle. »

Pourquoi l'avait-il appelée Détective ?


Voilà le nouveau chapitre !

Encore merci à tous pour vos reviews et/ou follow, c'est un vrai plaisir de voir que vous "accrochez" à cette histoire, même j'avoue que c'est assez tordu x)

Le mystère s'est encore épaissit, mais Kate et Rick vont essayer de dénouer tout ça dans le prochain chapitre !

La suite ce week-end !