« - Vous êtes Katherine Beckett ? murmura-t-il, presque suppliant.

- Oui, répondit-elle un peu étonnée. »

Tout cela n'avait aucun sens, on ne lui avait pas parlé d'un risque d'amnésie, pourquoi lui demandait-il ça ?

« Détective Kate Beckett, NYPD ? continua-t-il. »

Cette fois-ci, elle fronça les sourcils.

« Capitaine Kate Beckett, corrigea-t-elle. »

Pourquoi l'avait-il appelée Détective ?


Castle se renfonça dans son oreiller. Il ne comprenait plus rien, mais il était rassuré de voir qu'elle avait l'air aussi désemparé que lui face à la situation.

« - Je suis désolée, dit-elle en fixant ses bottes.

- Pourquoi ? l'interrogea Rick. »

Les choses devenaient de plus en plus étranges : de quoi pouvait donc bien s'excuser cette femme qu'il ne connaissait pas, et que faisait-elle à son chevet au beau milieu de la nuit ?

« - Vous vouliez la retrouver, à cause de moi on vous a amené ici et vous ne pouvez pas la revoir, je suis tellement désolée, dit la jeune femme précipitamment. Je n'ai lu la lettre qu'après, je ne pensais pas que c'était votre volonté…

- Quelle lettre ? Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? s'étonna Castle. »

Il ne comprenait rien de ce qu'elle racontait après tout il n'était peut-être pas le seul à avoir été victime des extraterrestres… Elle sortit une feuille pliée en huit de sa poche et la lui tendit.

Chère Kate,

Pardonne-moi d'avoir bouleversé ton monde en quelques jours. Je sais que tu vas me haïr pour ce faux espoir de bonheur que je t'ai fait, ce baiser, mais je devais essayer. J'espère qu'en quittant ton monde je reviendrai dans le mien, elle m'attend et il m'est insupportable de vivre sans elle. Ceci est ma dernière chance, considère qu'où que je sois je suis heureux. Ne rêve pas trop de ce monde dont je t'ai parlé, construit ton propre bonheur, je sais qu'il t'attend.

Affectueusement,

Rick

Il fixa la feuille, son écriture à lui pour des mots qui auraient pu être les siens mais qu'il ne reconnaissait pas. Il la regarda sans comprendre, l'implorant de démêler toute cette histoire pour lui puisqu'elle semblait détenir plus de réponses. Elle le fixait, comme pour sonder son esprit, et il faisait de même, laissant planer dans la chambre un silence recueilli. Quand elle baissa les yeux, elle jeta un regard vers la lettre qu'il tenait dans ses mains et décida d'entamer son récit, quelle qu'en soit l'issue pour eux. Voyant qu'elle allait parler, il se redressa sur son lit pour lui montrer qu'il était prêt à l'écouter.

« - Je suis capitaine du 12ème commissariat ici, à New York. Nous nous sommes rencontrés i jours. Vous avez fait irruption au poste en disant que j'avais disparu. Vous avez décrit la scène de crime sur laquelle nous travaillions avec une telle précision que mes lieutenants vous ont arrêté et interrogé. Je vous ai libéré en fin de journée, nous avons discuté et vous avez finalement résolu l'affaire avec nous, en manquant de vous faire tuer par le coupable.

- J'ai manqué de me faire tuer ? répéta-t-il.

- J'ai tiré avant qu'il n'appuie sur la gâchette, ajouta Beckett. »

Elle sentit une vague d'angoisse l'emparer lorsque les images de la fusillade lui revinrent, elle tenta de les chasser en se focalisant sur Castle. Elle scruta sa réaction, il semblait réexaminer chacun des faits qu'elle avait énoncés. Il avait surtout remarqué le timing : 7 jours s'étaient écoulés entre leur « rencontre » et son hospitalisation. Ces 7 jours qu'il était persuadé d'avoir passés aux côtés de son homonyme, la détective Beckett qui avait prétendu le connaître depuis des années.

« - Continuez s'il vous plaît, la pria-t-il.

- … Je vous ai revu quelques jours après… Vous étiez préoccupé… Mais vous ne vous rappelez de rien ? finit-elle par demander. Les médecins ne m'ont pas parlé de risque d'amnésie…

- C'est … compliqué, répondit-t-il en grimaçant. »

Elle commençait à penser qu'il avait divagué pendant une semaine et venait de sortir de son délire. Elle hésitait à lui parler de cette histoire de monde parallèle, son esprit cartésien la poussait à croire qu'un problème psychologique était une explication bien plus raisonnable. Pourtant, face à son regard las, elle se força à dire toute la vérité.

« Quand on vous a interrogé, vous avez affirmé que nous avions… une liaison. »

Il ne dit rien, mais Kate vit qu'il avait redoublé d'attention.

« Vous avez fini par m'expliquer que vous veniez d'un monde parallèle où nous étions fiancés, et que vous deviez y retourner. Pour elle, la détective Beckett. Votre… geste d'hier, c'était pour « changer de monde » et la retrouver. »

Les yeux de son interlocuteur s'étaient mis à scintiller pendant son récit, comme s'il reconnaissait enfin son histoire. À présent il souriait, alors qu'elle s'était repliée sur elle-même, comme en attente du verdict de l'auteur qu'il était face à son histoire rocambolesque.

« Merci, dit-il simplement en posant sa main sur la sienne. »

C'était au tour de Kate de ne plus rien comprendre.

« - Il avait raison, il venait d'un monde parallèle : j'étais dans son monde, et lui dans le mien. C'est pour cela que vous ne me connaissez pas, et que je ne connaissais pas la détective Beckett lorsque je l'ai rencontrée. Depuis hier, tout est rentré dans l'ordre. Il a réussi ! s'exclama Castle victorieux.

- Vous avez vécu une semaine avec elle ?!

- Oui ! J'ai dû faire semblant de connaître Ryan, Esposito et Lanie, me retenir de remercier tous les jours Alexis d'être restée à NY… Bref m'habituer à l'autre monde !... Vous me prenez pour un fou n'est-ce pas ? demanda-t-il en voyant l'air perplexe de Beckett.

- Avouez que c'est quand même étrange, répondit-elle, mutine.

- Vous l'avez cru, lui ? dit-il en reprenant son sérieux.

- … Oui…

- Alors vous pouvez bien me croire. Ou vous voulez m'interroger pour être sûre ? proposa-t-il avec un sourire en coin. »

Elle réfléchit quelques secondes, puis retint un sourire avant de revêtir son masque de flic.

« - Ok. Comment s'appelle l'héroïne qu'il a créée en s'inspirant de sa fiancée ?

- Nikki Heat, répondit-il sans hésitation.

- Combien a-t-il d'ex-femmes ?

- Deux.

- Et vous ? enchaîna-t-elle, se prenant au jeu.

- Trois…, dit-il avec une moue d'enfant qui amusa Kate.

- Et moi ?

- Vous avez été mariée ?! s'étonna-t-il.

- Non, c'était une question piège ! répondit-elle avec un sourire. »

Elle avait pensé qu'il se rappelait peut-être de tout ce qu'il lui avait raconté dans la semaine, mais il avait été vraiment surpris quand elle avait évoqué son mariage alors qu'elle en avait parlé lors d'une de leur soirée ensemble. Loin d'être une question piège, c'était son garde-fou : elle lui avait clairement dit ce soir-là qu'elle attendait son one-and-done. Elle décida de le croire, son instinct de flic aussi lui soufflait qu'il était sincère. Après un court échange de regards, elle se leva pour prendre congé :

« - Maintenant que nous avons tous les deux eu les réponses à nos questions, je vais vous laisser vous reposer. Et aller faire de même… termina-t-elle en voyant qu'il était presque 23h.

- Vous repasserez ? demanda-t-il, fébrile.

- Je ne sais pas… J'ai beaucoup de travail, je vous appellerai. À bientôt, répondit-elle précipitamment en sortant.

- À bientôt, répéta-t-il alors que la porte se fermait. »

À cet instant le silence était doux et parfumé de cerise.


Quelques jours plus tard

Elle ne pouvait pas s'empêcher de penser à lui. Pourtant elle avait rangé tous ses livres de lui dans un carton, lui-même caché au fond d'un placard qu'elle ouvrait rarement. Elle détournait les yeux à chaque fois qu'elle apercevait un de ses romans dans une librairie. Tous ces efforts pour l'oublier ne faisaient que lui rappeler le creux qu'elle sentait dans son ventre lorsqu'elle pensait à lui. Il avait seulement envoyé un bouquet de fleurs au commissariat à sa sortie de l'hôpital, sachant qu'elle n'avait pas pu repasser le voir « à cause du boulot ». Avec les lys (ses fleurs préférées, le savait-il ?), il y avait une petite carte contenant deux mots : « Merci. Castle ». Elle avait essayé de ne pas rougir quand tout le poste avait braqué les yeux sur elle au départ du coursier, se demandant qui pouvait bien envoyer un tel bouquet à la Capitaine réputée inaccessible. Elle avait surtout essayé de se persuader que ce « merci » contenait un message infiniment plus riche, avant que sa raison ne lui rappelle que s'il avait eu plus de choses à dire, il les aurait écrites. Si l'écrivain qu'il était n'avait écrit qu'un mot, c'est qu'il n'en fallait pas plus. Elle avait hésité à l'appeler pour lui proposer un café, le remercier encore pour les fleurs… puis elle lui avait finalement envoyé un texto :

« Merci pour les fleurs. Elles sont magnifiques. J'espère que vous allez bien. »

«De rien. Je vais mieux, merci. »

Au vu de leur conversation minimaliste, Kate jugea qu'il valait mieux en rester là, même si elle aurait voulu le revoir pour s'assurer qu'il remontait la pente. D'où pouvait bien lui venir cette volonté quasiment maternelle de l'aider, d'être là pour lui ? Elle n'était pas comme ça, même avec les familles des victimes pour lesquelles elle montrait beaucoup d'empathie. Elle s'inquiétait pour les autres, tout comme certains s'étaient inquiétés pour elle, même si elle avait mis les choses au clair. Seule Lanie avait le droit d'avoir une réponse sincère au traditionnel « ça va ? » du matin, parfois les Gars aussi, si c'était vraiment un mauvais jour. Sa meilleure amie l'hébergeait de temps en temps pour quelques jours, officiellement parce que l'immeuble de Kate était en travaux, officieusement parce qu'elle ne supportait plus de rentrer le soir dans son appartement désert où elle broyait du noir en faisant semblant de bosser. Chez son amie, elle était forcée de se reposer et trouvait une oreille attentive à qui confier ses tourments. Assises toutes les deux en tailleur sur le canapé, elles cherchaient comment avancer dans leur vie de trentenaires new-yorkaises.

« - Pourquoi tu n'essaies pas d'appeler Castle ? Ça fait deux semaines, il doit être remis… tenta la jeune métisse chez qui Kate avait fini par se réfugier après plusieurs nuits d'insomnies peuplées de baignoires sanglantes et de lys.

- Je ne pense pas qu'il ait envie de me revoir. Je suis bien trop liée à tout ça, ce serait trop dur pour lui…

- Pour toi aussi non ?

- Évidemment pour moi aussi, j'ai cru qu'il… »

Kate n'arrivait pas à finir sa phrase, elle revoyait son corps inerte dans la baignoire, tout ce sang, ses yeux clos. Lanie remarqua la peur dans les yeux de son amie :

« - Mais il est vivant Kate, tu l'as vu, tu lui as parlé. Je comprends que votre relation soit difficile à cause de ce qui s'est passé, mais si vous n'avancez pas il n'y aura rien pour… éloigner tout ça. Il faut que vous passiez à autre chose.

- Et s'il ne voulait pas qu'on passe à autre chose ? répliqua Beckett. Si pour clore ce chapitre il a besoin d'écarter les témoins de son acte ?

- Alors il devrait aussi écarter sa mère et sa fille.

- C'est sa famille, c'est différent.

- Et tu es prête à laisser tomber s'il s'avère qu'il a décidé de classer cette affaire en te mettant dans la boîte à archive ? ironisa Lanie, arrachant un faible sourire à son amie.

- Oui, répondit-elle après quelques secondes de réflexion. Je comprends qu'il veuille ça, et je ferai pareil à sa place. »

C'était sans appel, elle laissait la décision à Castle. C'était lui qui avait le plus souffert, qui avait vécu des choses étranges qui avaient chamboulé sa vie. Lui seul avait le droit de décider. Kate était de nouveau perdue dans ses pensées, sous le regard impuissant de sa meilleure amie qui cette fois-ci ne pouvait rien faire.


Et voilà l'avant dernier chapitre de cet fic ! Et oui, c'est un peu court, mais c'est beaucoup plus dur d'écrire ce qu'on imagine que d'imaginer tout court ;)

Merci à tous pour vos review, je suis ravie de voir que vous suivez cet histoire et qu'elle vous plaît. Vraiment, merci beaucoup.

Et merci aussi à ceux qui ont follow cette fic ! Et à ceux qui lisent sans laisser de trace...

La fin la semaine prochaine (sans doute jeudi)