« Merci ». Il avait eu beau rester face à la carte de longues minutes, rien d'autre ne lui était venu que ce ridicule merci, les mots s'étaient dérobés à l'écrivain. Peut-on envoyer seulement merci à une personne qui vous a sauvé la vie ? Il aurait voulu lui dire tellement plus de choses, elle avait aussi sauvé son âme son sourire et son regard lui avaient rendu un peu d'estime en lui-même. Elle n'avait pas semblé le juger pour l'image donnée par les magazines, elle l'avait vu lui dans son lit d'hôpital, seul.

Pourtant un malaise subsistait : il ne connaissait pas la jeune femme, il pouvait tout au plus prétendre connaître son alter ego d'un monde parallèle. Il était irrésistiblement attiré par elle, il voulait découvrir qui elle était pour lui faire perdre ses mots. Pas seulement parce que l'autre était une femme formidable et qu'elle l'avait aidé. Au final, le fait que la Kate avec qui il était fiancé là-bas ait été si accomplie l'avait complexé, alors que la Capitaine Beckett semblait emplie de mystères et d'incertitudes, ce qui le fascinait. Elle n'avait rien à voir avec ses ex-femmes, qui se considéraient heureuses tant qu'elles pouvaient assister à la fashion week et faire du shopping.

Kate avait une histoire, il le sentait, et pour la première fois depuis longtemps il avait envie d'écrire cette histoire. Son dernier livre avait été un échec, commercial et littéraire, tout simplement parce qu'il avait écrit sans plaisir, sans inspiration, juste pour honorer son contrat. Il n'avait pu qu'observer sa déchéance, le mépris des critiques puis l'acharnement des paparazzis à montrer sa descente aux Enfers. Arriver dans ce monde où il était encore un auteur à succès et se découvrir fiancé et heureux avait été un choc pour lui et sa déprime. Sa fiancée l'avait rassuré quant à son talent, son rôle de père… Sa douceur et la confiance qu'elle avait en lui lui avaient réchauffé le cœur.

En se réveillant entouré de sa fille et de sa mère éplorées, il avait regretté de ne pas s'être battu, d'avoir sombré. Mais c'était des regrets vengeurs, qui le poussaient à vouloir mieux que ce qu'il était devenu. Il était décidé à reprendre sa vie en main pour sa famille, pour lui, pour Kate.

Des coups frappés à la porte de son bureau le sortirent de sa rêverie :

« - Papa, ça va ? s'enquit Alexis. Ça fait des heures que tu es assis là, je commençais à m'inquiéter…

- Tout va bien ma puce. Je pensais, on pourrait aller passer quelques jours dans les Hampton, tous les trois ?

- Grand-mère a des représentations tous les soirs, elle ne va pas pouvoir venir…

- Alors tous les deux ! Je sais que tu avais prévu de rentrer à Los Angeles, mais j'aimerai vraiment…

- Je ne repars pas à L.A, annonça la jeune fille.

- Pourquoi ? s'étonna son père. Et l'ONG pour laquelle tu travaillais ?

- Ils ont une antenne à New York. Ma vie est ici Papa, avec toi, Grand-mère, mes amis… Je ne suis restée à L.A que parce que je ne supportais pas de te voir souffrir. Maintenant tu vas mieux et j'aimerai être là pour toi, je ne veux pas fuir, j'aimerai qu'on construise quelque chose de nouveau…

- C'est merveilleux Pumpkin, souffla-t-il en la serrant dans ses bras. Alors c'est oui, pour les Hampton ?

- Oui oui oui ! s'exclama Alexis. Je suis tellement contente de te retrouver Papa, lui dit-elle plus sérieusement.

- Moi aussi ma grande. Allez, va préparer ta valise !

- J'y cours ! assura-t-elle en déposant un baiser sur la joue de son père. »

Comme autrefois, sa tornade rousse grimpa l'escalier à toute allure. Il était heureux de cette petite escapade avec elle l'air de l'océan leur ferait du bien et leur permettrait de se retrouver, enfin.


Dix jours plus tard

En cette fin de matinée, des éclats de rire brisèrent la bulle de concentration que s'était créée le Capitaine Beckett. Elle leva les yeux du dossier qu'elle complétait pour apercevoir Esposito qui donnait une accolade à un autre homme, l'invitant à entrer dans la salle de repos, avec Ryan à leur suite. À travers les stores ouverts, elle vit que leur visiteur n'était autre que Castle. Les battements de son cœur s'accélérèrent, elle hésita à les rejoindre puis se rappela la promesse qu'elle s'était faite : lui laisser le choix. S'il partait sans la saluer, elle encaisserait. Kate se replongea dans sa paperasse, faisant abstraction de tout ce qui l'entourait, et elle y parvint malgré la proximité de Castle. Un peu plus tard, alors qu'elle s'apprêtait à clore son dossier, des coups frappés à la porte l'interrompirent :

« - Entrez, répondit-elle machinalement.

- Bonjour Capitaine, je vous dérange ?

- Non non, je vous en prie asseyez-vous, j'en ai pour une minute. »

Elle essayait de faire comme si tout était normal, mais dès l'instant où elle avait levé les yeux et croisé ceux de Richard Castle, tout avait changé. L'atmosphère s'était imperceptiblement tendue, et ils se retrouvaient maintenant tous les deux sans savoir par où commencer.

« - Vous avez l'air d'aller mieux, dit Kate en faisant mine de mettre de l'ordre sur son bureau.

- Je reviens d'une semaine dans les Hampton. L'air marin m'a fait beaucoup de bien.

- Tant mieux, répondit-elle avec un léger sourire. »

Il avait vu, à son entrée dans le bureau, que Beckett était troublée. Durant les quelques secondes où leurs regards s'étaient croisés, Rick avait pu capter la multitude d'émotions qui assaillaient la jeune femme : la surprise, puis la peur qui semblait vouloir happer la lueur de joie furtive qui avait illuminé ses iris. Cette même peur qu'il devinait à présent dans ses gestes alors qu'elle déplaçait encore des papiers. Il comprenait qu'elle ne sache pas comment agir avec lui, alors il relança la conversation pour éviter ce silence étrange :

« - J'ai beaucoup réfléchi pendant cette semaine, à ce que je vais faire, mes projets… et je voulais vous demander une faveur.

- … »

Elle ne voyait pas où il voulait en venir, elle n'avait aucun contrôle sur la situation et ses yeux si bleus la fixaient, l'enveloppant de douceur malgré l'angoisse qui la paralysait.

« - Je voudrai savoir si vous accepteriez de m'engager comme consultant auprès de Ryan et Esposito, continua le romancier. Ce sont de bons flics, et ils pourraient m'inspirer pour ... un futur roman ?

- Je ne sais pas si c'est une bonne idée… répondit Kate. Les interventions sont parfois dangereuses, je ne voudrai pas… »

Elle n'osa pas terminer sa phrase, se rendant compte combien se remarque pouvait sembler déplacée. Mais c'est tout ce à quoi elle avait pensé elle le revoyait prêt à mourir pour elle durant leur seule affaire ensemble, puis inconscient chez lui, et elle ne voulait pas revivre ça. Il voulait avoir une place auprès d'elle, et elle ne pensait qu'au danger, parce c'est tout ce que leur rencontre avait apporté à Castle jusqu'ici.

« - Je resterai dans la voiture s'il n'y a que ça qui vous inquiète ! Parole de scout ! dit-il d'un air jovial qui surprit Kate et la ravit.

- Vous n'avez jamais été scout, n'est-ce pas ? demanda-t-elle pour la forme (elle savait déjà qu'elle ne pourrait pas lui dire non, ses yeux étaient trop bleus).

- Non… répondit-il avec une mine boudeuse d'enfant démasqué. Mais je vous promets de faire attention !

- Dans ce cas… Je vais voir avec mes supérieurs et mes lieutenants. »

Il sourit, il ne pensait pas qu'elle accepterait si facilement, ni qu'elle aurait ce sourire discret qui disait combien elle appréciait de l'avoir comme nouveau membre de l'équipe. S'il savait qu'il lui suffisait de sourire et de planter son regard dans le sien pour la persuader…

« Merci Capitaine, dit-il en se levant. Et ne vous inquiétez pas, j'ai deux femmes à la maison qui m'ont promis les pires châtiments si je me retrouvais de nouveau à l'hôpital sans bonne raison, alors je ferai attention ! »

Kate rougit et se sentit soulagée de constater qu'il avait renoué avec sa famille et qu'il tenait à sa vie elle y tenait aussi. Ils se serrèrent la main et elle osa lui demander :

« Vous ne faites pas ça juste pour imiter votre alter ego et sa Nikki Heat j'espère ? »

La pointe de sarcasme n'échappa pas à Castle, et il se réjouit que Beckett soit plus détendue qu'à son arrivée.

« - Non, de toute façon j'ai lu les deux premiers tomes, il me suffirait de les réécrire si je voulais.

- Alors pourquoi ? »

Ils étaient toujours seuls dans la pièce, face à face, se scrutant l'un l'autre.

« - Parce que je ne supporte plus la solitude de mon bureau et je veux renouer avec la réalité du monde, celle que vous côtoyez tous les jours. Cela vous paraît-il être une bonne justification ?

- Ça devrait tenir face à un jury, répondit-elle sérieusement.

- Un jury ?!

- Je plaisantais Castle ! sourit-elle.

- À demain alors ?

- À demain. »

Leurs regards ne se décrochèrent que lorsque Rick franchit la porte du bureau et fut accueilli par les Gars qui l'assaillirent de questions. Rassurée de les voir tous les trois si proches, elle repassa en mode Capitaine et sortit dans l'open space :

« - Les Gars, je sais que vous êtes ravis d'avoir un nouveau copain, mais il me semble que vous avez de la paperasse en cours ? Alors on s'y remet s'il vous plaît.

- Oui Cap', répondirent-ils d'une seule voix. »

Beckett reprit son travail avec, pour une fois, un sourire sur les lèvres et le cœur léger. Quand, avant de se remettre au remettre au travail, elle jeta un dernier regard aux trois hommes installés autour d'un bureau, elle fût à peine surprise de croiser le regard de l'écrivain qui s'accrocha au sien. Pour la première fois elle s'autorisa à lui offrir un vrai sourire, qu'il lui rendit. Elle sut à cet instant qu'un nouveau chapitre de sa vie s'ouvrait.

*** FIN ***


Encore merci à toutes et à tous d'avoir lu et/ou commenté et/ou follow cette fic, ça a été un vrai plaisir pour moi de la partager avec vous.

J'espère que vous ne vous êtes pas trop perdus dans ces univers parallèles, si oui laissez moi une review pour m'aider à améliorer la fic :)

Une dernière fois merci à tous, et à bientôt peut être !

Melbea