Chapitre 2 : Sorties de semaine.
Ryô et Sylia se retrouvèrent comme prévu deux jours plus tard devant le fameux bar qui avait permis leur rencontre. Mais cette fois Ryô était prêt, et il n'y avait aucune fausse note dans sa tenue : vêtu de son costume blanc qui avait déjà fait chavirer tant de femmes, il espérait bien faire mouche encore une fois. D'ailleurs sur le chemin du bar plusieurs têtes s'étaient tournées sur son passage et s'il n'avait été attendu par une très belle miss mokkori il en aurait largement profité pour draguer.
Sylia arriva une minute après lui et un seul regard suffit pour savoir que si elle était venue à pied la moitié de la ville avait dû se retourner sur son passage. Vêtue cette fois de gris, elle arborait une belle robe satinée sous un pardessus assortit. Ryô fit un effort surhumain pour empêcher sa mâchoire de tomber ou tout simplement d'avoir l'air idiot. Il lui offrit donc un sourire qu'il espérait dépourvu de lubricité. Le sourire qu'elle lui rendit, à mi chemin entre l'amusement et la satisfaction lui montra qu'il n'était pas arrivé à ses fins. Cependant le regard qu'elle lui lançait, malgré ses efforts pour en cacher l'intensité, en disait bien assez long. Si chacun d'eux avait pu se voir avec les yeux de l'autre à ce moment précis ils auraient su tout de suite qu'ils étaient en danger.
Mais pour l'instant leur seule préoccupation était de savoir de qu'elle façon ils allaient se saluer. Il l'avait embrassé la dernière fois pour lui dire au revoir, et même si elle n'avait qu'une envie, l'embrasser à son tour, son côté de dragueuse professionnelle repris le dessus et elle opta pour la distance. Il semblait qu'il avait choisi la même solution. Il prit toutefois sa main et la souleva au niveau de ses lèvres pour y poser un léger baiser. Sylia trouvait cela un peu vieux jeu mais elle appréciait ce compromis entre distance et contact. Elle pensa à sa sœur Tam, une extrême romantique, qui aurait certainement chavirée après un tel geste sortit d'une autre époque. D'ailleurs ce soir, elle avait décidé de se comporter moins comme sa sœur et plus comme elle-même. Elle devait montrer à ce Don Juan, aussi bel homme soit-il, que c'était elle qui dictait les règles et qu'il lui faudrait un peu plus que de grands sourires charmeurs pour la faire flancher. C'était ce qu'elle se répétait depuis deux jours, il ne restait plus qu'à espérer que maintenant qu'elle l'avait en face d'elle, elle arriverait à se tenir à ses résolutions. Il était simple de sortir ses grands talents d'actrice devant un homme qui ne lui plaisait pas, ça l'était beaucoup moins lorsqu'elle avait un homme comme Ryô à côté d'elle.
Ils commencèrent la soirée par une promenade dans les rues, après que Ryô lui ai offert son bras, et continuant leur conversation sur le film qu'ils avaient vu ensemble, parlant même d'aller danser plus tard dans la soirée. Ryô fût surpris d'abord par la facilité avec laquelle la conversation s'était installée entre eux, mais surtout par le fait qu'il appréciait tant parler avec elle. Elle avait vraiment quelque chose de particulier pour le pousser lui, d'habitude presque muet, à parler aussi librement. Il ignorait qu'elle se faisait la même réflexion et qu'ainsi ils avaient un point commun assez important. La soirée fila à grande vitesse, et bientôt minuit sonna. Quand Sylia s'en rendit compte et qu'elle déclara qu'il fallait qu'elle rentre chez elle, ils s'aperçurent que non seulement ils n'étaient pas allés danser, mais qu'en plus ils avaient passé la soirée à parler et à rire. Rire ainsi du fond du cœur n'était pas une chose que Ryô avait l'habitude de faire, et il était reconnaissant à Sylia de lui apporter ce petit rayon de soleil. Ryô tenta à nouveau de la convaincre de finir cette soirée dans une position disons, plus horizontale, mais il connaissait sa réponse. Elle semblait d'ailleurs pressée de rentrer tout à coup. Quand Ryô lui demanda pourquoi elle hésita puis confia :
« Je vis avec mes deux jeunes sœurs qui ne manqueront pas de me poser des questions auxquelles je ne voudrais pas répondre si elles me voient rentrer trop tard. Je n'ai pas spécialement envie de leur compter le récit de mes sorties.
Ne me dis pas qu'elles t'ont établi un couvre feu ?
En vérité c'est un peu ça. Elles estiment qu'elles ont le droit de me poser des questions à partir de minuit. Bien entendu vu que je le fais avec elles, elles pensent pouvoir me rendre la pareille. Mais elles n'ont pas compris que je suis l'ainée.
Quel âge ont tes sœurs ?
Tam a 21 ans et Alex 14.
En somme tu es même presque une petite maman pour elles.
C'est un peu ça.
Et pourquoi ne pas leur dire que tu avais rendez-vous avec un apollon ?
Tu n'y penses pas, elles me demanderaient des détails ! Et puis j'ai décidé de faire de toi mon petit secret. »
Leurs regards se croisèrent et ils éclatèrent de rire. C'était fou comme une certaine complicité c'était déjà installé entre eux après seulement une dizaine d'heures passées ensemble. Ils se souhaitèrent bonne nuit un peu comme la dernière fois, se donnèrent rendez-vous dans deux jours au même endroit et se séparèrent quand Sylia monta dans un taxi. Ryô se surpris à regarder partir le taxi avec un sourire un peu béat. Il fallait dire aussi qu'elle venait de lui donner un sacré baisé. Il rentra chez lui en pensant à elle. Il venait de pousser la porte de son appartement lorsqu'il réalisa qu'il n'était même pas frustré de ne pas avoir fait mokkori. Il avait passé une excellente soirée avec elle et à présent il ne souhaitait qu'une chose : la revoir et continuer encore cet amusant jeu de séduction.
Ils se virent encore deux jours plus tard, puis encore une fois le dimanche, soir où ils se quittèrent sur un baisé enflammé qui n'avait été interrompu que par le klaxon d'une voiture qui passait à proximité. Ils avaient passé quasiment tout leur dimanche ensemble et, fait exceptionnel pour l'un comme pour l'autre, ils se supportaient encore, et ce seraient supporté encore longtemps si Sylia n'avait pas dû rentrer à cause de ses sœurs. Ryô en vint à maudire ces deux sœurs sans les connaître. Toute pensée mokkori mise à part (si tant est évidemment que cela soit possible pour lui), il se sentait bien en sa compagnie et espérait passer le plus de temps possible avec elle.
Il était presque arrivé chez lui lorsqu'il comprit enfin dans quoi il s'était laissé entrainer. Il était déjà allé bien trop loin avec elle ! A quoi pensait-il ? Il ne pouvait pas se permettre ce genre de relation ! Jamais ! Avec personne ! Quel imbécile ! Tout ça pour faire mokkori avec une belle femme ! Et puis elle et lui n'étaient pas du même monde. A force de discuter avec elle il avait compris qu'elle travaillait plus par plaisir que par nécessité. Et puis les tenues qu'elle portait étaient bien trop chères pour le salaire d'une simple gérante de café. Mais il n'y avait pas que ça, elle était amatrice de bons vins, et semblait connaître tous les endroits un peu embourgeoisé de la ville. Sans compter qu'il y avait ses sœurs, comment vivaient-elles toutes les trois avec les revenus d'un simple café ? Cette femme avait clairement de l'argent. Elle vivait dans un monde de paillettes complètement inaccessible, alors que Ryô lui, vivaient dans les ténèbres, dans un monde dont elle devait à peine soupçonner l'existence. Et voilà que lui, City Hunter, qui c'était promis de ne jamais commettre une telle erreur était en train de s'éprendre bêtement d'une femme rencontrée dans un bar.
Ils s'étaient donné rendez-vous le lendemain, mais la meilleure chose à faire était de ne pas y aller ! Et pourtant… il avait très envie de la revoir… ne serait-ce que pour enfin faire mokkori avec elle… ne serait-ce que pour lui dire dans les yeux qu'il ne pouvait plus la voir. Il prit une bouteille de bourbon dans son placard à alcool, l'ouvrit et en bu une gorgée directement au goulot. « Putain de merde ! » Jura-t-il a haute voix « Mais qu'est-ce qu'il m'a prit de faire une connerie pareille ? » Il bu une autre gorgée, la seconde d'une longue série qui suivrait d'ici peu.
Ryô s'était réveillé avec la gueule de bois vers 14h et avait dû se droguer de plusieurs aspirines pour enrailler son mal de tête lancinant. Il se rendit au rendez-vous (au parc de shinjuku cette fois) avec une excuse et un air morose. C'était une première pour lui. Jamais auparavant il n'avait fait autant d'effort pour une femme. En général il couchait avec elles, et ne les revoyait plus. Il passait certainement pour un salaud et c'était très bien comme ça. Il avait fallut que Sylia complique tout en étant aussi charmante et en voulant le revoir ! Et lui, s'il n'avait pas été aussi correct avec elle il aurait pu faire ce qu'il faisait d'habitude. Mais pour on ne sait quelle raison, cette fois il ne pouvait pas juste se comporter en salaud. Il respectait Sylia, il lui devait une explication. « MERDE MERDE MERDE ! Jura-t-il dans sa tête. Mon pauvre Ryô tu n'es qu'un abruti de rêveur ! »
Il la regarda arriver et se demanda comment il devait faire. Après leur baiser de la veille, elle allait sûrement s'attendre à ce qu'il l'embrasse pour la saluer. Il n'eut pas le temps de trop réfléchir, elle s'en chargea pour lui en venant l'embrasser. Il lui rendit son baiser mais s'écarta au bout de quelques secondes et la regarda d'un air grave. Le sourire qui fendait ses lèvres s'effaça et elle attendit que la sentence tombe. Il l'emmena s'asseoir sur un banc et lui expliqua qu'il devait aller aux Etats Unis pour soutenir un ami qui venait de perdre son père. Il ajouta que cet ami était tombé dans l'alcool et que sa femme inquiète, l'avait appelé le matin même pour lui expliquer et lui demander d'aider son mari à se reprendre en main mais aussi à assurer la succession de son père dans l'entreprise qu'il lui avait laissé. Il conclut qu'il prenait l'avion jeudi et qu'en l'état actuel des choses il ignorait quand il reviendrait au japon.
« J'ai préféré te le dire tout de suite, plutôt que de le ruminer toute la soirée.
Tu as bien fait.
Je suis désolé qu'on ne puisse plus se voir.
Moi aussi, tu penses bien. »
Elle marqua une pause, pendant que Ryô regardait le sol et essayait de penser à autre chose.
« Tu sais, bien sûr je trouve ça vraiment dommage qu'on doive arrêter là ce qu'on avait commencé, mais ça n'est pas une raison pour que ça nous gâche notre dernière soirée ! Autant que tu partes avec un excellent souvenir !
Oui tu as raison ! Viens allons danser, ça fait une semaine qu'on se connait aujourd'hui et presque autant qu'on parle de danser et on ne l'a pas fait !
Oui c'est le moment ou jamais ! Je te suis allons où tu veux ! »
Par instinct il faillit prendre la direction de ses hôtels mokkori préféré, mais il s'était promis qu'il ne serait pas salaud avec elle alors il l'emmena vers la boite de nuit qu'il préférait comme convenu. Ils prirent un verre et dinèrent comme lors de leurs précédents rendez-vous et à nouveau la soirée fila à toute allure, plus vite peut-être que les précédentes et bientôt sans presque s'en être rendu compte, ils dansaient sur une musique endiablée en boite de nuit. Une certaine tension montait entre eux, et avec chaque danse ils se rapprochaient un peu plus, s'effleurant, se touchant encore un peu plus. Chacun mettait les nerfs de l'autre à rude épreuve, plus ou moins inconsciemment. Une chanson plus énergique que les autres commença et rien qu'au rythme on pouvait deviner que la température de la salle risquait de monter de plusieurs degrés. Sylia et lui s'étaient rapprochés, ils se touchaient presque. Tout à coup Ryô envoya ses scrupules valser dans un coin, et prit la taille de la jeune femme pour la coller à la sienne et ils continuèrent à danser de façon « collé-serré ». Elle suivit ses mouvements avec le sourire, parfois elle rajoutait un petit mouvement de hanches pour donner plus d'effet… la température monta effectivement et quand la chanson se termina enfin ils décidèrent de partir, leurs nerfs ne tiendraient pas une chanson supplémentaire. Il ne fallut pas longtemps une fois dehors pour qu'ils se retrouvent en train d'échanger un baiser langoureux. Au bout d'une minute peut-être Sylia brisa leur étreinte pour lui murmurer « Allons chez toi Ryô…
Tu es sûre ? On va se quitter ce soir et ….
Justement. Coupa-t-elle. Je voudrais qu'on se quitte sur une note de tendresse.
Je veux que tu sois sûre de ne rien regretter.
Ne t'inquiètes pas pour ça…Je le regretterai effectivement si tu partais sans qu'on… ait connu un moment de tendresse. »
Il hésita à l'emmener dans un hôtel, il n'aimait pas trop ramener des femmes chez lui. Mais de toute façon il n'avait plus de sous et puis il lui avait dit qu'il partait alors à quoi bon ?
Il acquiesça donc, et l'entraina dans la direction de son appartement qui se trouvait 3 rues plus loin. Avant d'entrer il lui précisa qu'elle ne devait pas faire attention au désordre, elle répondit que c'était vraiment le dernier de ses soucis. Il la fit entrer dans sa chambre avec la ferme intension de passer avec elle une dernière nuit inoubliable.
Il ouvrit les yeux plus tard dans la nuit, elle était là, dormant dans ses bras. Au petit matin, il sût avant d'ouvrir les yeux qu'elle n'était plus là. Il ouvrit les yeux pour découvrir un morceau de papier de l'autre côté du lit. Il le prit et y découvrit un petit mot d'elle.
« Ryô, tu dormais et j'ai préféré ne pas te réveiller. Je pense que c'est mieux pour tout le monde, je n'ai jamais été trop à l'aise avec les adieux. Merci pour cette semaine aux soirées fantastiques. Je t'embrasse.
Sylia. »
