Chapitre 3: Une histoire de chats et de chasseur.

Sylia ouvrit la porte de derrière lentement en faisant très attention à ne pas faire de bruit. Il était 6h30 du matin et s'il n'y avait aucune chance pour qu'elle croise Alex à une heure pareille, elle savait que Tam devait être en train de se réveiller et espérait se glisser dans sa chambre avant que sa sœur ne mette le nez dehors. En général Tam ne sortait pas prendre sa douche avant sept heure mais savait-on jamais.

Sylia monta les marches à pas de loup et arriva sur le palier. Trop occupée à se concentrer sur sa progression silencieuse elle ne sentit aucune présence et ne s'aperçut pas que quelqu'un se dissimulait dans la pénombre du couloir. Elle était en train de poser la main sur sa poignée de porte lorsqu'elle entendit une voix interroger près d'elle :

« On peut savoir d'où tu viens ?

Sylia sursauta et fit volte face pour découvrir Tam, un air suspicieux sur le visage et les bras croisés sur sa poitrine.

Tu m'as fait une peur bleue ! S'indigna Sylia. J'étais juste allée boire un verre d'eau. Tenta-t-elle en sachant très bien que sa sœur ne serait pas dupe. Elle cherchait juste à gagner du temps pour trouver une bonne excuse qui couperait court aux questions imminentes de sa sœur.

C'est ça prends moi pour une idiote ! Je n'ai pas besoin de voir que tu es habillée et maquillée comme hier soir pour savoir que tu n'as pas passé la nuit ici. »

C'était le monde à l'envers, elle l'ainée se faisait réprimander par sa jeune sœur. Elle lui fit signe de la suivre dans sa chambre. Elle sentait bien que la discussion allait être mouvementée et ne voulait pas risquer de réveiller Alex une de ses sœurs sur le dos était déjà bien assez. Elle posa son sac sur son lit se retourna vers sa sœur et déclara avec un sourire:

« Je n'apprécie pas trop que tu prennes ce ton réprobateur avec moi, c'est encore moi la sœur ainée il me semble, et ce ton m'appartient.

T'as finit de faire la maline ? Je te signale que je me suis fait un sang d'encre pour toi !

J'avais dit que je sortais hier. A mon âge je n'ai plus de couvre feu.

Il ne s'agit pas de ça ! Tu es partie hier soir à 17h30 et tu reviens 13h plus tard !

Je ne vois pas pourquoi tu t'inquiètes, je t'ai dit hier soir que j'allais voir monsieur Durieux. Je suis juste allée en boite ensuite.

Sauf que monsieur Durieux a appelé vers 20h hier et qu'il demandait à te parler parce qu'il ne t'avait pas vu de la semaine. Imagine un peu dans quel état j'étais quand il m'a dit ça ! Alors arrête de me raconter n'importe quoi et dit moi où tu étais passée ! Et je parle de toute la semaine, de tous ces soirs où tu es sortie ! »

C'était justement le genre de discussion que Sylia avait voulu éviter. Elle avait passé une semaine particulièrement agréable et pour une fois elle voulait le garder pour elle. De plus la nuit qui venait de se terminer avait été merveilleuse, la première depuis des années et elle avait espéré que le retour à la réalité serait moins brutal. Il fallait dire aussi qu'elle n'avait pas prévu que monsieur Durieux lui détruirait sa couverture. Elle se retrouvait un peu au pied du mur tout à coup. Bien sûr elle aurait tout aussi bien pu dire la vérité, qu'elle avait rencontré quelqu'un et qu'elle avait passé la nuit dernière dans ses bras, mais elle savait bien que Tam ne comprendrait pas. Elle était adorable évidemment, seulement elle était aussi tellement coincée ! Si Sylia lui avouait ce qu'elle avait fait cette nuit là, elle aurait en plus droit à une leçon de morale et c'était la dernière chose qu'elle souhaitait. Elle prit une grande inspiration et expliqua :

« Ecoutes Tam, je n'ai pas à te dire en détail tout ce que je fais de mes journées, ou de mes soirées…

C'est ça, et si les rôles étaient inversés tu me ferais une maladie parce que tu ne savais pas où j'étais ! Je ne vois pas pourquoi tu ne devrais pas me dire ce que tu faisais.

Parce que je n'y suis pas obligée ! Je suis désolée de t'avoir inquiétée mais j'ai le droit d'avoir mes petits secrets.

Je ne cherche pas à t'espionner mais je n'aime pas que tu me mentes !

Bon puisque tu insistes, j'étais en boite. Hier et tous les autres soirs de la semaine où je suis sortie. J'avais envie d'être un peu seule et de m'amuser.

Tu connais beaucoup de boite qui ouvrent à 6h du soir toi ?

Je sortais diner, ou voir un film et après j'allais en boite.

Sylia tu as rencontré quelqu'un ? Tu sortais avec un homme et tu ne veux pas me le dire ?

Pourquoi tu me demandes ça tout à coup ?

Parce que ton histoire ne tient pas debout. Je sens bien que tu me mens et je ne comprends pas pourquoi. »

Sylia nota le changement de ton. Sa sœur paraissait blessée qu'elle lui mente. Après tout elles étaient très proches toutes les deux et se confiaient très souvent l'une à l'autre, il était normal que cette fois encore elle attende une confidence de sa sœur ainée. Sylia se mordit l'intérieur de la lèvre tout en considérant sa sœur pour déterminer ce qu'elle allait lui dire exactement.

« Très bien, tu as tout compris. J'ai rencontré un homme et j'allais le voir cette semaine. Ceci dit on est vraiment allé en boite et au cinéma.

Pourquoi ne pas l'avoir dit tout de suite ?

La question qui fâchait, c'était à prévoir.

Parce que je voulais garder ça pour moi. Je n'avais pas envie de parler de lui parce que c'était juste une passade. Comme je te l'ai dit je voulais m'amuser, alors on s'est vu quelques fois et maintenant c'est fini.

Pourquoi ?

Je n'ai pas le temps d'avoir un homme dans ma vie, je suis bien trop occupée entre veiller sur vous, m'occuper du café et de Cat's…

Tu ne dois pas te priver d'être heureuse pour nous, on peut bien se débrouiller seules.

Tu sais bien que c'est faux. Et puis je ne me suis privée de rien. Je me suis bien amusée cette semaine avec lui, mais ça n'ira pas plus loin, j'ai besoin d'un homme qui soit plus qu'agréable à regarder. »

En disant cela elle songea que son bobard ne collait pas du tout à Ryô. Il était bien plus qu'agréable à regarder elle l'avait constaté quelques heures plus tôt. Lorsqu'elle l'avait aidé à se déshabiller et qu'elle avait pu le voir nu, elle n'avait pas pu empêcher sa mâchoire de tomber de quelques centimètres. La tête qu'il avait faite en la voyant nue à son tour les avait mis à égalité. Mais hormis son physique avantageux elle avait senti qu'il avait bien plus pour lui plaire. Cependant inutile de le ressasser à présent puisqu'il partait aux Etats-Unis dans quelques jours. Soudain la voix de Tam la sortie de ses pensées.

« Tu l'as embrassé ? Demanda-t-elle à présent très curieuse. »

Sylia faillit éclater de rire devant la candeur de sa sœur. Pour éviter de faire une gaffe elle choisit de simplement hocher la tête avant de rappeler à sa sœur qu'elle ne voulait pas en parler.

Tam n'avait guère apprécié les cachoteries de sa sœur, et pendant trois jours elle revint à la charge pour en apprendre plus sur cet homme. Elle connaissait assez sa sœur pour savoir que si elle était sortie avec lui, il devait avoir bien plus de qualités que son seul physique et elle entendait bien découvrir lesquelles. Pour son plus grand malheur, Sylia resta muette. Cependant le petit manège de Tam la rendait folle et elle décida de couper court aux questions incessantes de sa sœur en la questionnant sur l'avancée de sa relation avec Quentin, poussant même jusqu'à lui demander à quel point les baisers qu'ils échangeaient étaient intenses. Tam rougit comme une pivoine, baissa les yeux et bafouilla :

« Mais enfin, Sylia, tu sais bien que… que Quentin et moi… on ne s'est jamais embrassé… et puis c'est pas des questions à poser….

Justement, alors si tu veux que j'arrête de poser ce genre de questions, arrête de m'en poser tout court. Expliqua Sylia avec un grand sourire.

Ce n'est pas la même chose… moi je veux juste savoir comment il est, son nom tout ça…

Et moi je n'ai rien envie de dire.

Mais voyons, pourquoi ?

Parce que c'est mon petit secret.

Sylia…

Tu ne t'es jamais demandé à quoi pouvait bien ressembler Quentin sans ses vêtements ?

Mais…Mais qu'est-ce qui te prend de me demander une chose pareille ? C'est vraiment très gênant comme question…

Ça veut dire oui alors ?

Sylia là tu dépasse les bornes ! S'indigna Tam.

J'arrête avec mes questions si tu arrêtes avec les tiennes.

Ça va, ça va je te laisse tranquille ! Mais je saurais m'en souvenir ! »

Tam partit débarrasser une table d'un air rageur. Sylia aurait voulu pouvoir lui faire des confidences si elle n'avait pas craint les leçons de morales, et puis surtout elle ne voyait pas l'intérêt de parler de quelqu'un qu'elle ne reverrait jamais.

Un mois passa sans que Sylia ne penses plus vraiment à Ryô. Il faut dire que les Cat's Eye devaient effectuer une nouvelle mission et ce genre de choses demandaient beaucoup de préparation et d'organisation. Ce soir là Tam et Sylia agissaient ensemble. Tout se déroula très bien, elles réussirent à prendre le tableau qui les intéressait et à sortir du musée sans encombre. Les choses se compliquèrent lorsque la police les prit en chasse. Apparemment il y avait bien plus d'hommes sur l'affaire que prévu. Tam prit le tableau et Sylia décida de faire diversion en partant dans la direction opposée. Son plan fonctionna, les policiers la suivait de loin en voiture alors qu'elle-même sautait de toits en toits et de plus en plus loin pour les détourner de sa sœur. En passant par-dessus une ruelle elle entraperçut une silhouette et craignant que ce soit un policier elle accéléra la cadence. Soudain la nuit fût percée par une exclamation :

« Oh un popotin mokkori volant ! »

Sylia aurait juré qu'elle connaissait cette voix, mais n'avait pas le temps de se retourner pour voir qui était cet homme. Elle continua sa progression lorsqu'elle entendit, pas si loin derrière elle :

« Mademoiselle où vous courez comme ça en pleine nuit ? C'est dangereux la nuit pour les jeunes femmes ! »

Sylia se tourna à peine pour évaluer la position de l'homme. Elle eut juste le temps de l'esquiver car il avait pris son élan pour lui sauter dessus. Il atterrit dans un bruit sourd sur le toit tandis qu'elle repartait au pas de gymnastique. Cet idiot allait réussir à la faire repérer ! Mais l'idiot en question ne s'avoua pas vaincu pour si peu et repartit à la poursuite de la jeune femme.

« Eh mademoiselle ralentissez ! Venez avec moi, je vous promets une mokkori night du tonnerre ! »

C'est à ce moment là que Sylia su d'où elle connaissait cette voix.

« Ryô ! Non ce n'est pas possible ! Songea-t-elle. Il serait déjà revenu des Etats-Unis ? » Elle tenta à nouveau de se tourner pour vérifier son hypothèse, mais en évitant de regarder où elle mettait les pieds elle trébucha, son pied quitta le toit et elle se sentit partir en arrière dans le vide. Un cri se formait à peine dans sa gorge lorsqu'une main rattrapa la sienne stoppant net sa chute. Elle regarda vers le haut et sa théorie fût aussitôt confirmée. Au dessus d'elle se trouvait bien Ryô, le visage bien éclairé par le lampadaire de la rue. Il posait sur elle un regard interrogateur et elle l'entendit dire son prénom d'un air plus que surpris. Il la remonta sur le toit avec une agilité tout à fait fascinante, et pendant quelques instants ils se contemplèrent sans rien dire. Tout à coup les sirènes des voitures de police se rapprochèrent, et Sylia s'affola :

« Vite je dois me cacher !

Elles sont pour toi ces sirènes ?

Je n'ai pas le temps de t'expliquer !

Suis-moi ! » Ordonna Ryô.

Il lui prit la main et l'entraina sur la gauche. Il lui indiqua la rampe de secours et la fit descendre à toute vitesse. Il l'entraina dans une ruelle étroite alors que des policiers menés par Quentin leur couraient après. Les policiers gagnaient du terrain quand Ryô bifurqua sur sa droite ouvrit une porte en un éclair et la poussa à l'intérieur. Il s'engouffra aussi rapidement dans la pièce, tandis qu'un léger cliquetis se fit entendre et referma la porte derrière eux les plongeant dans le noir total.

« Ryô qu'est c…

Chut ! » Coupa-t-il en plaquant sa main contre la bouche de la jeune femme. Il se tenait très près d'elle elle pouvait sentir leur poitrines se toucher lorsqu'ils respiraient.

Elle entendit des bruits de courses à l'extérieur avec la voix de Quentin qui criait des ordres et des imprécations contre Cat's Eye. Ses hommes commencèrent à essayer d'ouvrir les portes qui se trouvaient dans la rue : lorsque l'un d'entre eux mit la main sur la poignée de leur porte, Sylia se crispa. Ryô se colla à elle et murmura à son oreille dans un souffle à peine audible « la porte est fermée ils ne nous trouveront pas. »

Finalement au bout de quelques minutes les policiers semblèrent s'éloigner et Sylia esquissa un mouvement pour s'écarter de Ryô mais celui-ci la saisit par la taille et la ramena contre lui.

« Ne bouge pas on ne sait pas où ils sont. » Murmura-t-il de la même façon que la fois précédente. Ils attendirent donc encore environ deux minutes, deux minutes pendant lesquelles elle ne put pas s'empêcher d'être troublée de le sentir si près d'elle. Il finit par s'écarter bougea un peu dans la pièce et soudain alluma une lumière qui après le noir total les aveugla. Ils se trouvaient dans une pièce d'une vingtaine de mètres carrés, dont le mur du fond et celui à sa droite étaient occupés par des étagères remplies de cartons de bières et autres boissons. La jeune femme songea que cette pièce devait servir d'arrière boutique à un bar.

« Où sommes-nous ? Demanda Sylia en jetant un regard circulaire à la pièce.

Dans un bar. Ou plutôt dans la réserve d'un bar. J'enquêtais ici et mon ami qui tient l'établissement m'a passé les clefs pour quelques temps.

En tout cas merci ! Déclara Sylia avec un soupir de soulagement. Mais tu peux me dire ce que tu faisais là dans la nuit à courir après un popotin volant ? Ajouta-t-elle avec un sourire.

Je te le dirais si tu m'expliques pourquoi les flics te couraient après.

C'est un peu compliqué…

Si c'est toi qu'ils cherchaient en appelant Cat's Eye, ça expliquerait pas mal de choses. »

Sylia pâlit elle espérait qu'il n'aurait pas entendu les imprécations de Quentin.

« Alors c'est toi Cat's Eye ? Demanda Ryô sur un ton neutre.

Ecoute ça n'est pas ce que tu crois…

Je ne crois rien je veux juste savoir si j'ai aidée une voleuse. »

Elle hésita. Elle était au pied du mur elle ne pouvait pas mentir mais elle ne savait pas si elle pouvait avoir confiance en lui. Après tout elle le connaissait à peine et c'était un pari risqué. Il coupa court à sa réflexion :

« J'aime autant croire que tu as une bonne raison d'être une voleuse. Si tu as peur que j'aille te donner à la police, ne craints rien je garderai ton secret. Si j'avais voulu te donner à la police je ne t'aurais pas aidé.

Elle se mordit la lèvre puis ajouta

D'accord c'est moi Cat's Eye, mais j'espère que je peux compter sur ton silence.

Je ne vendrais jamais une belle femme. Mais juste pour ma curiosité personnelle, c'est parce que tu aimes tant l'art que tu voles dans les musées ?

Je te l'ai dit c'est compliqué et à vrai dire je n'ai pas vraiment le temps de rentrer dans les détails. Ma sœur et moi avons été séparé je dois aller m'assurer qu'elle va bien.

A ce que je vois Cat's Eye ça n'est pas seulement toi.

Je t'expliquerai plus tard. Il faut que j'aille retrouver ma sœur. Tu as fermé la porte à clé ?

Attend j'ai beau t'avoir aidé ce n'est pas vraiment dans mes habitudes de venir en aide aux voleurs. J'ai besoin d'explications.

Moi aussi en ce qui te concerne, mais ce n'est ni le lieu ni le moment pour les questions qui nécessitent de longues réponses.

On va faire un condensé alors ! Tu travailles pour quelle organisation ?

Aucune enfin !

Alors pourquoi tu voles des œuvres d'art ?

Je t'ai dit que je t'expliquerai tout plus tard !

C'est dommage parce qu'on ne sortira pas d'ici tant que tu ne m'auras pas donné tes motivations.

Ryô, je dois vraiment aller voir si ma sœur va bien ! Je te promets que je te dirais tout mais là…

Tu aurais déjà répondu à mes questions si tu ne protestais pas tant.

Ecoute, ce n'est pas vraiment le genre de chose que je raconte à la légère alors laisse moi aller retrouver ma sœur et puis demain…

On ne se reverra pas demain, ni le jour suivant. On ne se reverra plus.

C'est une menace ? Si je ne réponds pas tu refuseras de me revoir ?

Non c'est un fait, on ne se reverra pas. Alors si tu as des questions à me poser réponds aux miennes ensuite je répondrai aux tiennes et on partira chacun de son côté.

Tu repars aux Etats-Unis ?

Je dois savoir si je peux te faire confiance avant de dire quoi que ce soit.

Ça va j'ai compris c'est donnant, donnant c'est ça ? Très bien : mon vrai nom n'est pas Chamade mais Heinz. Mon père, Michael Heinz, était peintre et collectionneur d'art. Il a disparut il y a quinze ans du jour au lendemain. Quelques années plus tard ses œuvres et sa collection ont disparut. Mes sœurs et moi on tente de réunir les œuvres de sa collection pour attirer son attention et essayer de le retrouver.

Quel rapport avec le nom « Cat's Eye » ?

Il disait souvent que ma mère et moi avions des yeux de chats. »

Ryô marqua une pause et la considéra. Soit cette fille était inconsciente, soit elle était déjà raide dingue de lui pour lui avouer tout ça si facilement. Il avait voulu qu'elle réponde à ses questions, mais il n'en espérait pas autant. Il voulait juste vérifier qu'elle ne faisait pas partie de la pègre.

« C'est bon tu es content maintenant ? Lança-t-elle froidement.

Je ne voulais pas te brusquer, mais je devais savoir pour pouvoir être honnête envers toi. Je n'étais pas sûr de te dire toute la vérité avant que tu me confie un si gros secret, mais très franchement je pense que tu as le droit de savoir.

Laisse-moi deviner, les Etats-Unis c'était un mensonge ?

Oui mais c'était nécessaire. Inutile de tourner autour du pot alors autant le dire : Je ne suis pas détective privé, je suis un nettoyeur. Les gens m'engagent comme garde du corps, détective mais aussi… comme assassin. Je ne tue que si vraiment je n'ai pas le choix, ça n'a rien d'un plaisir, même si mettre une balle dans la tête d'un assassin, un violeur, ou même un revendeur de drogue ou d'armes serait un service rendu à la communauté.

T…Tu es un Yakuza ? Un tueur à gage ?

Tueur à gage, on peut dire ça comme ça. Yakuza, jamais ! Je ne travaille pas pour la pègre mais contre elle. Je suis à mon compte, je n'accepte que les contrats qui me paraissent réglos et je ne rends de compte à personne.

En somme tu te prends pour un justicier ? Ironisa Sylia.

Non je ne suis qu'un vulgaire assassin. Ce que je fais n'a rien à voir avec la justice ! Une justice qui blesserait les gens ça n'existe pas. C'est juste l'histoire d'un méchant qui bouffe d'autres méchants. Mais dans ce monde il y a des choses que seuls les méchants peuvent faire. Répondit Ryô sur un ton morose.

Pourquoi tu fais ce métier ?

Parce que j'ai baigné dans ce milieu toute ma vie. Et c'est pour ça que je ne peux pas sortir tranquillement avec une femme. A présent tout le monde dans le milieu sait qui je suis et bien trop de gens veulent ma mort. Si une femme est considérée comme étant ma petite amie elle risque sa vie.

Pourquoi tu as commencé à sortir avec moi alors ? En quoi faisais-je exception ?

Je n'avais pas prévu que ça dure quand je suis venu te draguer dans ce bar.

Tu voulais juste t'envoyer en l'air ? S'indigna Sylia.

A ton avis ? Au départ tu ne devais pas être une exception, je ne te cache pas qu'au début je voulais que tu sois une aventure d'un soir.

Sylia nota qu'il insistait beaucoup sur le fait que la situation avait changé et ça l'intriguait, alors elle demanda

Et qu'est-ce qui s'est passé ensuite ?

Je me suis pris au jeu…tu dois te demander si je te baratine ou non. Ajouta-t-il en voyant son air perplexe. C'est la vérité pas du baratin. J'étais bien avec toi, très bien même ! Je ne m'étais pas senti aussi bien depuis des années et je me suis laissé aller. Quand j'ai compris j'ai inventé l'histoire des Etats-Unis pour t'éloigner de moi. »