Chapitre 6 : Situation délicate.

« Maki, tu vas enfin me dire où on va ? Bougonna Ryô.

Je t'ai dit qu'on allait attendre Saeko. Répondit Makimura en tournant un regard réprobateur vers Ryô. Ça te ferait mal de marcher à côté de moi ? J'aimerai ne pas avoir à crier quand je te parle.

Pas question. Je ne veux pas que les femmes croient que je marche à côté d'un gros poilu comme toi !

T'es pas possible. De toute façon on est bientôt arrivé.

C'est étonnant qu'elle nous donne rendez vous à tous les deux comme ça en pleine journée. Tu devrais pas être en train de travailler d'ailleurs ?

Non c'est ma journée de repos. J'espère qu'elle fera vite, Kaori va me faire des histoires si je ne passe pas l'après midi avec elle comme je le lui avais promis.

Elle est étrange ta sœur, elle a bientôt 16 ans pourquoi elle ne passe pas son temps libre avec ses amis, ou son copain ?

Elle n'a pas de copain. Et pas beaucoup d'amis à ce que je sache… elle n'a pas un caractère trop facile et puis elle se vexe facilement.

Mouais… Une pénible si je comprends bien…

Ne parle pas d'elle comme ça ! Si tu la connaissais tu te rendrais compte que c'est quelqu'un de formidable !

Ça va mon vieux ne le prends pas comme ça. Et puis tu sais moi les gamines de moins de 18 ans ça ne m'intéresse pas. Je préfère les femmes qui ont l'âge légal pour faire mokkori.

Oh toi de toute façon tu ne penses qu'à ça.

Parce qu'il n'y a que ça de vrai mon vieux.

Ah voilà on y est.»

Ryô regarda autour de lui perplexe. Il avait bien vu quel chemin ils empruntaient mais il espérait qu'ils ne s'arrêteraient pas LA. Ils se trouvaient à quelques pas du café Cat's Eye, lui-même en face d'un commissariat. Il stoppa net sa progression se pencha et attrapa Makimura par le col de son imper.

« Dis moi vieille bourrique, tu ne m'emmènes pas à un rendez-vous entre flic au moins ?

Mais non, on va juste retrouver Saeko ! C'est une coïncidence qu'il y ait un commissariat. Viens il est encore tôt on va aller boire un café en l'attendant. J'ai entendu dire que c'était très bien ici. »

Evidemment Makimura montrait le Cat's Eye. Il se remit à marcher en direction du bâtiment et Ryô pensa avec colère « C'est pas possible il se fou de moi ! ». Il saisit à nouveau son ami par le col le ramena en arrière et ronchonna :

« J'ai pas envie d'aller dans un café avec un nom si ridicule. J'ai pas non plus envie d'attendre Saeko. Je suis fâché avec elle depuis qu'elle n'a pas voulu qu'on fasse mokkori !

Tu es pénible à la fin ! Tais-toi et suis-moi. Tu sais bien ce qu'elle t'a dit : si elle te prend en train de faire le fou dans la rue elle va te coffrer.

C'est du bluff tu le sais aussi bien que moi.

Pas si sûr. Tu la connais elle est imprévisible. Aller viens maintenant, on ne va pas l'attendre vingt minutes debout.

D'abord j'ai pas d'argent pour boire un café.

C'est ça je te crois. Ryô s'il te plait fait un effort, ce rendez-vous m'ennuie autant que toi. A nous deux on aura plus de poids pour raccourcir ça au maximum et je pourrais aller passer l'après midi avec ma sœur et toi tu pourras faire ce que bon te semble.

J'ai pas envie de banquer pour un café avec un gros poilu !

Je te l'offre si tu veux.

C'est ça, pour qu'on croit qu'on est en cheville ? T'es pas fou non ?

Bon si tu ne le fais pas pour moi, penses à ma pauvre petite sœur qui va passer l'après midi toute seule enfermée à la maison en m'attendant….

Elle a cas avoir des amis avec qui sortir !

Ryô ! Aller pour Kaori…

Ryô soupira il avait épuisé toutes les excuses bidon qu'il avait en réserve. Dans l'ensemble il avait réussit à gagner 3 minutes… A bout d'argument il soupira à nouveau et conclu

Ok, ok. Qu'est-ce qu'on ne ferait pas pour la sœur d'un ami ! »

Makimura reprit la tête et posa la main sur la poignée de la porte. Au moment où il l'ouvrait il aperçut une femme derrière le comptoir. Il se mordit la lèvre : elle était très belle ! « Pourvu que Ryô ne fasse pas l'imbécile » songea-t-il. Il entra salua la jeune femme qui lui répondit, il se tourna vers Ryô pour le surveiller, ratant au passage le regard perplexe de la jeune femme, et constata que son ami avait disparût. Il venait de se ruer sur le comptoir, tenait les mains de la jeune femme et s'écriait :

« OOOhhh mademoiselle que vous êtes belle ! Ça vous dirait de sortir avec moi après votre service ? »

Makimura leva les yeux au ciel et s'approcha du comptoir pour essayer de contrôler son ami.

Pendant que la jeune femme balbutiait une réponse, Ryô bougea à peine les lèvres pour lui dire « Je t'expliquerai plus tard » avant de lui faire un clin d'œil complice. Il avait fallut que la seule fois où il mettait les pieds dans cet endroit il tombe sur Sylia ! Makimura le tira par le col, s'excusa auprès de Sylia pour l'attitude de Ryô et demanda une table pour trois, car son équipière allait les rejoindre bientôt.

Ils s'assirent à la table la plus éloignée du comptoir sur la gauche, Ryô face à Sylia, qui s'approchait. Il entendit à peine son ami qui lui ordonnait entre ses dents de se tenir tranquille, trop occupé qu'il était à noter que Sylia était toujours aussi belle.

« Oh tu m'écoutes ? S'indigna Makimura.

Oui j'ai entendu je me tiendrais tranquille papa !

Messieurs vous désirez prendre quelque chose tout de suite ? S'enquit Sylia en arrivant devant leur table.

Oui, deux cafés s'il vous plait.

Cafés Cat's Eye, ou américains ?

Qu'elle est la dif… »

Makimura fût interrompu par la sonnerie du téléphone. Sylia s'excusa et alla décrocher. Elle revint vers eux un instant plus tard pour demander si l'un d'entre eux était l'inspecteur Makimura. Le concerné se désigna et elle lui expliqua que c'était le lieutenant Nogami au téléphone et qu'elle souhaitait lui parler. Il se leva et alla prendre le téléphone dans la petite cabine prévue à cet effet.

Sylia se rua sur Ryô qui demanda à haute voix ce qu'était le café Cat's Eye. Pendant ce temps elle écrivit sur un papier qu'elle lui montra « qu'est-ce que tu fais ici ? » Pendant qu'elle répondait à haute voix à sa question, il lui murmura sa réponse. E lle écrivit sur son papier « rdv mkr tonight = toi 0h» Tout en demandant à haute voix quel café il souhaitait prendre. Ryô lui fit signe que c'était ok, et répondit un café Cat's Eye. Elle rangea discrètement son petit carnet dans la poche avant de son tablier, tandis qu'elle sentit Makimura approcher. Il commanda à son tour un café Cat's Eye en disant qu'il aimait les surprises, puis retourna s'asseoir en face de Ryô. Sylia lança les cafés, mais Ryô remarqua qu'elle avait l'air très attentive à ce qu'il se passait autour. Peut-être avait-elle peur de se trahir.

« Alors Saeko te piste maintenant ? Plaisanta Ryô.

Non. Elle appelait pour me prévenir. Ecoutes elle a été envoyé par le grand chef pour faire une petite inspection dans le commissariat d'en face. Sauf qu'un petit inspecteur lui a été assigné comme guide. Comme il a ordre de la suivre partout il va venir avec elle ici…

QUOI ? » Cria Ryô beaucoup plus fort que ce qu'il ne l'aurait voulu. Il pouvait être sûr que Sylia qui écoutait déjà avait maintenant toute son attention dirigée vers eux. Bravo ! « Tu es train de me dire, continua-t-il à voix basse, qu'un autre flic va nous rejoindre !

J'en ai peur.

Mais qu'est-ce qu'il veut ? Il ne va pas la laisser tranquille le temps de prendre un café ?

Je ne sais pas ce qu'il veut, elle ne pouvait pas trop parler il n'était pas loin. Je pense qu'elle nous en dira plus quand elle sera là.

Ce qui ne devrait pas tarder, elle traverse la rue.

Et lui, ça doit être l'inspecteur…

Cette demi-portion ? »

Sylia leur porta leur café à ce moment là, et instinctivement tourna la tête vers la fenêtre.

Ryô la regarda au moment où ses lèvres formaient silencieusement le mot « Quentin », avant de dire à haute voix « Messieurs voilà vos cafés ». Pendant qu'elle posait les tasses sur la table en se faisant manifestement violence pour ne pas regarder à l'extérieur, Ryô se souvint que « Quentin » était le petit ami de sa sœur Tam, et aussi le policier chargé de l'affaire Cat's Eye. Décidément le destin avait décidé de jouer dans l'ironie ce jour là. Les deux hommes la remercièrent et Sylia retourna derrière le comptoir.

« Regarde moi le en train de loucher sur son décolleté… Se moqua Ryô.

Comme si tu t'en privais à chaque fois que tu la vois.

Moi je ne suis pas de la maison, elle n'est pas ma supérieure.

En tout cas Ryô tient toi tranquille. Murmura Makimura. »

Saeko et Quentin choisirent ce moment là pour entrer dans le café. Tous avaient les yeux braqués sur eux et attendaient la suite. Quentin salua Sylia (en lui précisant à ce qu'il voulait être à mi-voix, qu'il était en mission) et lui présenta Saeko. Ryô assista à l'échange de politesse avec beaucoup d'intérêt. Il n'aurait jamais pensé que les deux femmes sur qui il fantasmait le plus se retrouveraient un jour face à face. Saeko se tourna ensuite vers ses amis, s'approcha d'eux avec Quentin sur ses talons et les lui présenta. Heureusement elle hésita une fraction de seconde et Ryô en profita pour se présenter lui-même en tant que détective privé sous le nom de « Hayato Ijuin ». Il s'attira trois paires de sourcils relevés, mais qu'importe, il estimait que déjà assez de policier connaissaient son vrai nom.

Les nouveaux arrivants s'installèrent à la place de Makimura, et celui-ci se poussa vers Ryô tandis que Saeko expliquait:

« L'inspecteur Chapuis me sers de guide et il doit aussi me parler de la façon dont les enquêtes sont menées dans son commissariat.

Normalement c'est le chef, je veux dire le commissaire qui devait s'en charger, mais il est tombé malade et à dû garder le lit aujourd'hui. Expliqua Quentin.

Ce matin il y a eu un problème dans les locaux, et nous n'avons pas pu faire ce qui était prévu. C'est pourquoi, pour gagner du temps, l'inspecteur a décidé de faire son travail devant un café Cat's Eye, la spécialité de la maison.

Pour quelqu'un qui ne la connaissait pas elle semblait tout à fait enthousiaste. Pour ses deux amis en face d'elle, l'agacement était bien perceptible dans sa voix.

Ah oui d'ailleurs je manque à tous mes devoirs ! S'exclama le jeune inspecteur. Il se leva d'un bond et couru au comptoir commander deux cafés supplémentaires ainsi que deux ou trois petites choses à manger à Sylia.

Au fait où est Tam ? Murmura-t-il à la jeune femme.

Elle est allée faire des courses, elle ne devrait pas tarder. »

Il lui répondit par un sourire et retourna s'asseoir à table avec les autres. Ryô goutta enfin à son café tandis que le jeune inspecteur se lançait dans son récit barbant. Le pauvre garçon avait l'air très mou, et Ryô ne pût s'empêche de se demander comment la sœur de Sylia pouvait supporter un gabarit pareil. Bien sûr il ne la connaissait pas mais connaissant Sylia et sachant pour Cat's Eye il se disait que le tempérament de feu devait faire partie des caractéristiques de la famille Chamade. Il vida sa tasse de café assez vite, d'abord parce qu'effectivement c'était un bon café, mais aussi car ce discours était à mourir d'ennuie. En plus il trouvait ça un peu déplacé de la part du jeune inspecteur de reluquer Saeko aussi ouvertement. Bien sûr comme le lui avait fait remarquer Makimura un peu plus tôt, lui-même ne s'en privait jamais, et il était mal placé pour faire ce genre de reproches. Cependant ce qu'il trouvait déplacé était qu'il la reluque dans le café que tenait sa petite amie. Certes elle n'était pas là pour l'instant, mais Sylia n'avait pas raté les regards plongeant qu'il lançait vers le décolleté de Saeko. Elle devait se sentir mal à l'aise de voir ça, vis-à-vis de sa sœur. Sylia arriva pour déposer le reste de la commande. Ryô et elle se caressèrent discrètement du regard avant qu'il ne demande :

« Mademoiselle, pourriez-vous s'il vous plait me porter un autre de vos délicieux cafés ?

Bien sûr, tout de suite. »

Quelque chose dans sa réponse attira l'attention de Saeko qui posa sur la patronne des lieux un regard interrogateur qui se reporta ensuite sur Ryô qui faisait déjà semblant de s'intéresser à nouveau à la conversation tout en mordant dans un des petits sandwich que la patronne venait de déposer. Saeko le mitrailla du regard quelques instants puis reporta son attention sur le blanc bec qui regardait ses jambes et son décolleté d'un œil un peu trop intéressé. Elle n'avait jamais vu de garçon aussi mou et priait pour que la journée en sa compagnie touche au plus vite à sa fin. Il fit une pause dans son discours le temps que Hideyuki lui pose une question, et en profita pour boire une gorgée de café. Le problème étant qu'il regardait encore dans le décolleté de Saeko, visa mal et rata sa bouche. Le café atterrit sur lui, mais aussi sur l'une des cuisses de la policière. Tout se passa alors très vite : Saeko et Quentin se levèrent d'un même mouvement avec un crie d'effroi en réaction à la chaleur du liquide. Ils se cognèrent, Quentin perdit l'équilibre, tomba en arrière et entraina Saeko dans sa chute qui s'étala sur lui de tout son long. Ryô, Makimura et Sylia n'avaient pas eu le temps de réagir qu'une voix de femme retentit à l'entrée de la pièce :

« Quentin !

Sylia fit volte face

Tam ! s'exclama-t-elle.

L'ironie de la situation tira un sourire à Ryô. Avec la jeune sœur soupe au lait dans la pièce le reste de la scène ne risquait pas d'être triste !

Quentin, mais qu'est-ce que tu fais ?

Ma chérie ça n'est pas ce que tu crois !

Hideyuki, et toi ça vous ferez mal de m'aider à me relever ? S'exclama Saeko à l'adresse de ses amis.

Ryô fût plus rapide, s'approcha d'elle et lui tendit sa main alors qu'il tentait de garder un air sérieux. Saeko vit son sourire en coin et le mitrailla à nouveau du regard. Le petit inspecteur se releva aussitôt après pour foncer vers sa petite amie.

Ça te prends souvent de te vautrer par terre avec des femmes inconnues dans MON café ? Tempêta la jeune femme.

Ma chérie calme toi. J'ai été maladroit, on a glissé je suis tombé et j'ai entrainé le lieutenant avec moi, c'est tout.

Ryô vit dans le regard noir de Saeko que « c'est tout » n'était pas vraiment approprié.

Et qu'est-ce que tu faisais avant qu'elle ne te tombe dessus ?

On buvait un café.

Quoi ?

Quentin prit conscience de la bourde qu'il venait de faire et répliqua

Non non, attends je me suis mal exprimé c'était pour le travail. Le chef m'a confié une mission et je...

Sylia s'approcha de Saeko et lui proposa de lui montrer les toilettes si elle souhaitait se nettoyer et les deux femmes partirent ensemble derrière la petite cabine où se trouvait le téléphone. Ryô voyant que le pauvre garçon ramait dans ses propres explications en s'humiliant un peu plus à chaque seconde, s'avança pour lui venir en aide.

Mademoiselle excusez moi de m'interposer, mais laissez moi vous donner une explication plus claire. Nous étions en rendez-vous professionnel. L'inspecteur Chapuis nous expliquait, à l'inspecteur Makimura derrière moi, au lieutenant Nogami et moi-même, le fonctionnement de son commissariat lorsque l'incident s'est produit.

Tam posa sur Ryô un regard à la fois surpris et inquisiteur, tandis que Sylia revint et que Quentin qui avait repris son souffle, termina

J'ai renversé mon café sur mes genoux et sur ceux du lieutenant Nogami. C'était très chaud on s'est levé, on a glissé et je t'ai dit la suite.

Tam allait répliquer lorsque sa sœur se racla la gorge depuis le comptoir pour la rappeler à l'ordre.

On règlera ça plus tard toi et moi ! Pour l'instant j'ai du travail MOI ! »

Après avoir bien insisté sur le dernier mot elle récupéra les paquets qu'elle avait posés par terre et s'engouffra derrière le comptoir. Sylia la foudroya du regard alors qu'elle passait devant elle et murmura quelque chose qu'elle seule pût entendre tandis que Tam se contentait de lui répondre par un regard confus et fuyant.

Celle-ci présenta de plates excuses pour la scène de ménage alors que Saeko revenait. Les trois amis lui répondirent avec des phrases passe partout de rigueur et chacun retourna à ses activités. Tam remarqua qu'un café était prêt et le versa dans une tasse, tandis que sa sœur alla éponger le café qui était tombé sur la banquette et sur le sol.

Ryô s'approcha du comptoir pour prendre la tasse de café, Quentin présenta de plates excuses à Saeko et s'engouffra à son tour dans les toilettes, mort de honte tandis qua Sylia revenait derrière le comptoir. Elle croisa le regard amusé de Ryô qui lui, contrairement aux autres, s'amusait beaucoup. Tout ça lui avait épargné la peine de se sentir mal à l'aise à cause de Sylia. Une certaine tension commençait à s'installer et Ryô décida de détendre un peu l'atmosphère. Il s'assit devant le comptoir goûta à son nouveau café et déclara :

« Mesdemoiselles je dois vous féliciter pour votre café !

Contente que vous aimiez. Répondit Sylia.

C'est très agréable de boire un aussi bon café, servit par d'aussi jolies jeunes femmes. »

Tam releva les yeux et lui adressa un sourire de remerciement. Sylia, elle, le caressa à nouveau des yeux et lui adressa un sourire flattée. Ce spectacle ne passa pas inaperçu pour les deux policiers. Saeko leva les yeux au ciel, et vint poser une main sur l'épaule du nettoyeur. Il se tourna pour l'interroger du regard.

« Laisses ces jeunes femmes tranquilles s'il te plait et reviens t'asseoir avec nous. » Ordonna Saeko. Elle tempéra son ordre avec un ton qu'elle voulait amical tout en caressant l'épaule de Ryô. Elle posait sur lui un regard insondable qui aurait pu la faire passer pour une femme jalouse. Cette fois c'est à Sylia que le spectacle n'échappa pas et elle jeta à la main de Saeko toujours posée sur l'épaule de son amant, un regard peu amical. Evidemment Saeko se sentit observée leva les yeux tout ça au même moment que Sylia. Prise sur le fait cette dernière tenta de sourire à la femme lieutenant, mais sans grand succès. Ryô se leva en souriant, prit sa tasse, déclara que le devoir l'appelait, puis écarta Saeko de Sylia. Il n'avait pas vu leur échange de regard foudroyant, mais il avait senti une drôle d'aura émaner des deux femmes. Lorsqu'il s'assit à sa place et jeta un regard vers le comptoir les deux sœurs étaient déjà en grande discussion. Il fallait qu'il sorte d'ici. Finalement, même pour lui il n'y avait plus rien de drôle et il ne savait pas ce qui c'était passé.

« Dis donc ma petite Saeko tu voulais nous parler il me semble ? Demanda Ryô dans l'espoir de trouver une excuse pour se sortir de là.

Oui mais avec cette histoire d'inspection je ne pense pas avoir le temps aujourd'hui.

Excusez-moi d'avoir été si long. Intervint Quentin en revenant enfin. Il estima préférable de prendre une chaise à l'une des tables et de s'asseoir près de Ryô cette fois. Lieutenant je suis confus d'avoir été si maladroit…

Ce n'est rien, c'est oublié ! Assura Saeko. Inspecteur, je pense que nous devrions retourner au commissariat, vous pourrez continuer vos explications en me montrant les locaux.

Ah…euh oui comme vous voulez. Mais et pour la collation ?

On ne pourrait pas la prendre avec nous ?

Eh bien euh, je vais voir… »

Il se leva, alla vers le comptoir et conversa à voix basse avec les deux sœurs pendant quelques instants. Finalement Tam vint prendre les petits sandwichs et en fit deux paquets, l'un pour son petit ami et l'autre pour le lieutenant. Elle avait toujours l'air un peu en colère de l'avoir trouvé allongé par terre sous une femme, mais quelque part ça allait mieux. Elle adressa même un petit sourire à son petit ami en lui tendant les paquets. C'est à ce moment là que Ryô réalisa que la pièce était remplie de couples…enfin même si Maki et Saeko n'en était pas encore un…et que lui et Sylia n'étaient pas ensemble…enfin il se comprenait. Quentin paya avec l'argent que le chef lui avait confié. Saeko salua tout le monde et sortit en compagnie de Quentin. Tam s'excusa peu de temps après et monta ranger ses courses à l'étage.

Makimura se leva sortit son portefeuille, mais Ryô l'arrêta

« Ça va mon vieux c'est moi qui t'invite.

Mais tout à l'heure tu disais…

Que veux-tu ce délicieux café m'a rendu d'humeur généreuse.

D'accord merci. Comme Ryô ne bougeait pas il demanda : tu ne viens pas ?

Je n'ai pas fini mon café. Vas-y sinon ta sœur va t'attendre.

Bien. A plus tard.

A plus tard. »

Il attendit de le voir dépasser le café pour se tourner vers Sylia qui faisait semblant de ne pas s'intéresser à lui. Elle savait qu'il la regardait et attendait qu'elle en fasse de même, mais elle pensait toujours à la façon dont cette femme lui avait touché l'épaule. Elle s'affairait à ranger tout et n'importe quoi et ne sentit pas que Ryô s'était approché d'elle derrière le comptoir. Il saisit tout à coup son bras, la tira vers lui et lui vola un baiser. Elle ne tarda pas à se pendre à son cou. Il la serra contre lui. Pendant un instant ils oublièrent où ils étaient. Un bruit à l'étage les rappela à l'ordre. Ryô brisa leur étreinte à contre cœur, et murmura pour ne pas briser la magie du moment « J'ai laissé de quoi régler les cafés sur la table, le reste est pour la serveuse canon. Il lui vola un second baiser. A ce soir ! ». Elle eût à peine le temps de cligner des yeux et il avait disparût.