Chapitre 8 : Passion.

Deux mois plus tard, Ryô raccompagnait Sylia chez elle après qu'ils aient diné dehors. Il venait de passer un bras sur son épaule, et elle un bras autour de sa taille, lorsqu'ils passèrent devant la vitrine d'un magasin : leur reflets montraient une jolie image, un couple bien assorti. Bien sûr ils ne se permettaient ce genre de fantaisie que lorsqu'ils étaient dans une rue déserte ce qui était le cas ce soir là. Pas question de se balader en pleine rue de cette façon, pas à un moment où n'importe quel truand aurait pu les voir. Mais Sylia ne s'en plaignait pas. Bien au contraire elle savourait sa chance en silence, tout à fait consciente que le fait que Ryô se laisse aller était un très bon signe. Comme à leurs débuts, ils avaient repris l'habitude de se voir souvent, très souvent même depuis quelques temps. En vérité ils se voyaient tous les jours depuis trois semaines maintenant. Leur rendez-vous ne durait parfois que dix ou quinze minutes, juste le temps que Sylia fasse ses courses, ou qu'elle se balade dans un musée en repérage. Parfois même leurs mains ne faisaient que se frôler, ils n'échangeaient qu'un seul regard avant de se séparer. Il avait beau dire qu'il travaillait, Sylia savait qu'il y avait toujours un moment dans la journée où il serait là lorsqu'elle lèverait les yeux. Le soir lorsqu'elle était sûre que ses sœurs dormaient elle s'éclipsait de sa chambre et allait le retrouver. Il l'attendait en bas de chez elle dans sa voiture, et ensemble ils partaient faire un tour. Le fait qu'Alex ait su qu'elle voyait quelqu'un facilitait énormément les choses, et Sylia en profitait le plus souvent possible. Elle confiait parfois à Alex le soin de la couvrir et d'inventer un bobard à sa place.

Ryô la lâcha peu avant d'arriver dans la rue principale. Elle s'écarta naturellement et tourna la tête vers lui pour continuer leur discussion. Ils ne tardèrent pas à arriver devant le Cat's Eye. Ryô la raccompagna jusque devant la porte de derrière et la regarda monter sur la marche devant la porte puis se retourner. Elle était à présent à sa taille. Elle le tira par la manche et se colla à lui pour lui donner son baiser d'au revoir. Elle détestait avoir à le quitter si tôt, mais elle savait que si elle passait, comme souvent, la nuit chez lui elle ne serait encore pas à l'heure pour ouvrir le café et Tam commencerait à avoir des soupçons. Il posa une main sur son visage et soudain une folle idée lui passa par la tête. Elle s'écarta très légèrement de lui, juste assez pour pouvoir bouger ses lèvres et murmura :

« Monte avec moi !

Tu es d'humeur à rire ce soir chaton…

Non sérieusement je veux que tu montes !

Ça va pas ! Tu oublies tes sœurs. Dit Ryô en s'écartant pour la regarder.

On ne fera pas de bruit. Aller, viens. Elle tira à nouveau sur son bras pour le rapprocher d'elle.

T'es complètement dingue !

Alors voilà ce qu'on va faire, je vais monter, et tu viendras me faire une visite nocturne.

Tu as de bons arguments…

Elle se pendit à son cou pour lui donner un baiser enflammé puis :

Tu sais où est ma fenêtre… tu as deux minutes pour me rejoindre City Hunter…ne me fais pas attendre… »

Elle tourna les talons, ouvrit la porte, et s'engouffra dans les escaliers. Le visage de Ryô était déformé par la joie, jamais encore il n'avait reçu une si belle invitation pour une visite nocturne. Au bout d'une minute il commença à grimper sur le mur. A l'étage Sylia l'attendait dans son lit et avait laissé la fenêtre ouverte pour lui. Il s'engouffra dans la chambre et ferma la fenêtre. Il se dévêtit puis se coucha près d'elle…

Sylia ouvrit les yeux quelques secondes avant que son réveil ne sonne, juste à temps pour arrêter l'alarme avant qu'elle ne retentisse. Pendant qu'elle tendait le bras vers son réveil, elle sentit Ryô tourner dans son sommeil et venir s'enrouler autour d'elle, en prenant bien soin de poser sa tête dans sa poitrine. Il émit une sorte de ronronnement. Avec sa main libre Sylia lui caressa les cheveux en posant sur lui un sourire attendrit. Elle pourrait très bien s'habituer à ce genre de réveil. Elle lui caressa le visage et il s'ébroua légèrement, resserra son étreinte autour de sa poitrine, tandis qu'il se frayait une place entre ses jambes. Elle se mordit la lèvre en fermant les paupières quelques instants avant de reposer les yeux sur lui :

« Ne me fais pas ça… je n'ai déjà plus envie de me lever… Souffla-t-elle dans un murmure à peine audible.

Alors reste couchée…Souffla-t-il à son tour.

Ah, tu es déjà réveillé ? Continua-t-elle en lui caressant les cheveux à nouveau.

Oui, depuis la première fois que tu m'as touché les cheveux. Murmura-t-il d'une voix encore ensommeillée.

Désolée je ne voulais pas te réveiller.

Pas grave…Tu dois te lever tout de suite ?

Non j'ai encore quelques minutes.

Parfait… »

Il émit à nouveau un ronronnement et commença à remonter lentement vers le haut du lit tout en ne s'étant pas décollé du corps de Sylia. Il prit appui sur ses coudes et ouvrit finalement les yeux lorsqu'il fût sûr qu'il était assez haut puis croisa le regard de la jeune femme.

« Bonjour Cat's...

Bonjour City Hunter… »

Il lui donna un baiser, puis pencha la tête sur le côté et commença à déposer une série de baisers papillons dans son cou. Elle ferma les paupières et à son tour elle émit une sorte de ronronnement. Elle pourrait vraiment s'habituer à ce genre de réveil ! Il avait enroulé ses bras sous son buste et s'en servait pour qu'elle soit un peu plus cambrée vers lui. Il attaqua l'autre versant de son cou tandis qu'elle se cambra un peu plus d'elle-même. Lorsqu'il appuya ses lèvres vers le bas de sa jugulaire, un petit gémissement de plénitude s'échappa de ses lèvres. Elle remarqua que sa propre respiration avait commencé à se raccourcir. Elle tenta de le repousser mais elle ne réussit qu'à refermer ses mains sur ses épaules. Il se pencha encore pour cette fois embrasser le haut de sa poitrine.

« Ryô… Arrête….. Réussit-elle à articuler dans un souffle.

Tu ne seras pas en retard…

Tu …tu es infernal !

Peut-être mais tu adores ça… »

Il n'avait pas finit sa phrase depuis trente secondes, qu'il commença à lui faire l'amour.

Il avait eût raison, leur étreinte fût brève. Il n'avait pas prédit qu'elle serait aussi intense ! Sylia tenta une première fois de se redresser, mais tous ses membres tremblaient encore du contre coup de l'extase. Elle soupira de contentement et se tourna vers lui :

« Tu es impossible…

Je vais prendre ça comme un compliment !

Non, j'veux dire…comment veux-tu que j'arrive à me lever après ça ?

Je t'avais dit que le mokkori du matin c'était génial !

Doux euphémisme… tu n'aurais pas dû… c'est le genre de plaisir auquel on s'habitue vite…

T'as pas idée, il suffit d'une fois pour que ça devienne une drogue.

Alors tu viens de faire de moi une junkie ! Souffla-t-elle en souriant.

Ouh… une femme droguée au mokkori, j'adore ça !

Tu vois là, je te dirais bien « encore », mais je n'ai vraiment plus le temps !

Il faut que tu ailles bosser. Il se pencha pour l'embrasser et ajouta. On va essayer de se programmer un weekend à poil… au moins tu pourras me dire « encore » autant de fois que tu voudras !

Hmm, ça ce serait vraiment génial !

Penses y, tu me diras quand tu auras réussit à organiser ça.

T'es sérieux ?

Evidemment ! Tu viens de dire toi-même que ça serait génial.

Cette idée ne va plus me lâcher… Bon à la douche ! Elle se redressa enfin et parvint même à se lever et à s'enrouler dans sa robe de chambre. Ne t'en va pas tout de suite je vais te faire un café.

Il est cool cet hôtel, je reviendrai !

A tout de suite. »

Elle sortit de la pièce tout de suite avant que ses bonnes résolutions ne se dissipent comme fumée au vent.

Sylia n'avait pas menti, l'idée de passer un weekend entier avec Ryô ne la quittait plus. Cependant elle avait beau tourner et retourner des idées dans sa tête, aucun bobard ne serait assez efficace pour durer deux jours. Le problème était évidemment Tam, elle savait qu'Alex lui aurait presque préparé sa valise (en considérant que l'on avait besoin d'une valise pour un weekend à poil…) si elle lui en avait parlé, mais Tam… Sylia compris que le seul moyen de mentir à Tam sans que celle-ci ne se doute de rien, était de l'éloigner, et pour ça il n'y avait que Quentin. Mais même si Quentin ne serait pas difficile à convaincre, Tam n'accepterait jamais de passer un weekend seule avec lui. L'ainée des trois sœurs repensait encore à son problème lorsque deux semaines plus tard, Alex rentra du lycée toute heureuse. Elle apprit à ses sœurs qu'un voyage scolaire était prévu plus au nord dans le pays trois semaines plus tard et elle supplia Sylia de signer son autorisation.

« Attends un peu, commença Tam, ils vont laisser une bande de lycéens partir seuls ?

Ne dis pas n'importe quoi il y aura des professeurs avec nous. Et puis les parents qui voudront bien se porter volontaires comme chaperons.

Ah je préfère ça ! Se rassura Tam.

« Moi aussi ! » Songea Sylia qui pensait tenir sa solution.

Oui moi aussi, quoi qu'il en soit, je ne suis pas sûre de te laisser y aller… Commença Sylia.

Oh mais pourquoi ? Geignit Alex.

Parce que je sais bien ce que les garçons de ton âge ont en tête pendant ces voyages. Je ne veux pas que tu prennes le risque de recevoir une visite nocturne.

Ses deux derniers mots faillirent lui tirer un sourire, c'était des mots que Ryô employait souvent, et il avait finit par mettre à nouveau ce concept en pratique deux jours plus tôt, lorsqu'il s'était introduit dans sa chambre à la tombée de la nuit.

C'est vrai ça ! Acquiesça Tam. Qui seront les chaperons ?

Justement on n'en a pas encore.

Tu viens justement d'en trouver deux ! S'exclama Sylia.

Quoi ? Ah non vous n'allez pas me faire ça ? La première fois de ma vie que je peux partir seule, je ne veux pas que vous soyez toutes les deux sur mes talons !

Pourquoi, tu aurais des choses à cacher ? Interrogea Tam avec un sourire malicieux.

Pas du tout ! Répondit Alex précipitamment.

Ouhh je ne sais pas ce que tu en dis Sylia, mais ça sent le mensonge tout ça… tu ne nous cacherais pas un petit ami toi ?

Arrête de te faire des films !

Tam tu penses bien que si c'était vrai elle ne nous le dirait pas. Bon Alex je vais réfléchir à ton voyage et surtout à notre rôle de chaperonnes. »

Alex s'apprêtait à répliquer lorsqu'elle vit le clin d'œil de Sylia. Cette dernière la rejoignit dans sa chambre pendant que Tam prenait sa douche en fin de soirée.

« Tu as quelque chose derrière la tête Sylia alors explique moi ! s'exclama Alex à voix basse.

On doit faire vite, Tam n'en a pas pour longtemps. Mais d'abord dis-moi si tu as un petit ami.

Tu ne fais pas dans la dentelle toi.

Je prends ça pour un oui…

Comment tu l'as su ?

Une intuition par rapport à ta réponse tout à l'heure.

T'es incroyable !

Je comprends que tu aies envie de rester seule avec lui, et si tu acceptes que Tam soit ta chaperonne je te promets de te laisser le voir quand tu voudras.

Je croyais que vous alliez être toutes les deux mes chaperonnes ?

J'ai mieux à faire que de m'occuper d'une bande de lycéens… Et puis je reconnais que d'avoir tes deux sœurs sur le dos serait un peu vache.

C'est pour ça que tu veux me coller la plus pénible des deux, jte remercie. Pourquoi t'être proposée alors si tu ne comptais pas venir ?

Pour détourner l'attention de Tam, je ne veux pas qu'elle sache que j'ai des projets.

Tu veux dire avec ton homme mystérieux ?

C'est possible…

Ah je comprends mieux, tu veux me refiler Tam pour avoir le champ libre et passer le weekend avec ton petit ami… Même si je te comprends, je trouve ça un peu vache de me la mettre sur le dos.

Tu ne connais pas la suite de mon plan. L'idée serait de faire partir Quentin comme autre accompagnateur, au moins elle serait occupée à passer du temps avec lui et tu ne l'aurais plus sur le dos.

J'avoue que l'idée n'est pas mauvaise, mais je ne veux pas qu'elle sache pour mon petit ami…

Tu n'es pas assez maladroite pour te faire prendre quand même ?

Non mais, elle est loin d'être bête.

Evidemment, mais j'ai confiance en toi ! De toute façon les chaperons n'interviennent pas toute la journée, vous aurez largement le temps de vous bécoter quand elle ne sera pas dans les parages. Et puis je lui parlerais, je l'empêcherai de te suivre tout le temps.

Si c'est comme ça alors d'accord… Mais tu me devras un service. »

La première sœur était maitrisée, ne restait plus à présent qu'à négocier avec la seconde. Sylia ne perdit pas de temps et s'attaqua à son problème dès que Tam fût en pyjama. La discussion dura plusieurs minutes, mais Tam ne paraissait toujours pas convaincue.

« Qu'est-ce qui te gêne ma grande ? Tu te plains toujours de ne pas passer assez de temps avec ton petit Quentin, pour une fois que tu en as l'occasion tu ne veux pas ?

Ce n'est pas que je ne veux pas, c'est juste qu'à surveiller cette bande d'adolescents, on n'aura pas une minute à nous…

Mais enfin les chaperons n'interviennent pas toute la journée, vous devrez surtout les encadrer le soir, la journée vous serez libre de vous faire des mamours…

Sylia ! S'indigna Tam.

Ça serait l'occasion rêvée. Vous ne risqueriez pas d'être interrompu et au moins tu pourrais aller à ton rythme…

C'est vrai que sans interruption ça serait agréable…

Vous pourriez vous comporter comme de vrais amoureux !

Mais rien ne dis qu'il viendra.

Si tu le lui demandes gentiment il ne te refusera rien.

Je ne sais pas trop comment lui en parler…

J'ai confiance en toi tu trouveras ! »

Sylia la poussa à aller déjeuner avec lui le lendemain, et lorsqu'elle revint au café vers 13h, elle expliqua à sa sœur ainée qu'il avait accepté très vite. Sylia fit de grands efforts pour retenir son geste de triomphe et se contenta de féliciter sa sœur.

Les trois semaines passèrent rapidement au rythme des préparatifs secrets de Sylia. Son weekend à elle ne nécessitait aucune préparation réelle, par contre elle se mit en devoir d'assurer à ses sœurs un excellent voyage. Elle parla à Quentin plusieurs fois pour lui donner des cours accélérés de romantisme et de séduction. Elle lui fit jurer de ne pas prononcer une fois le mot Cat's Eye devant Tam, et lui conseilla plusieurs sujets de conversations à la place. Lorsque le fatidique vendredi arriva, Sylia vit Quentin une dernière fois le midi pour un petit récapitulatif. Elle les regarda partir vers 18h avec la certitude qu'ils étaient tous fin prêts et que le weekend s'annonçait sans nuage.

Sylia attendit impatiemment une demi-heure pour s'assurer qu'ils ne reviendraient pas car ils avaient oublié quelque chose, puis saisit le petit sac qu'elle avait préparé et se rua hors de chez elle. Elle avait calculé qu'elle mettrait moins de temps à aller chez Ryô à pied et elle s'y rendit donc en se forçant pour ne pas courir. En arrivant devant chez lui elle mit la main dans la poche de sa veste et serra dans sa main la clé qu'il lui avait passé pour l'occasion. Elle monta jusqu'à son appartement et entra avec la seconde clé du trousseau. L'appartement était silencieux. Elle allait appeler son nom, lorsqu'elle trouva un mot de lui derrière la porte d'entrée. « Je suis en bas au sous sol, au stand de tir. J'en ai pas pour longtemps, mets toi à l'aise en m'attendant. »

Sylia décida d'aller poser son sac dans la chambre de Ryô, puis descendit le rejoindre. Elle n'avait pas envie de perdre une minute de plus de son week end sans le voir.

Elle parvint jusqu'au stand de tir rapidement bien qu'elle n'entendit pas un bruit avant de se trouver devant la porte. Elle frappa à la porte mais personne ne répondit, alors elle entra. Ryô était là debout, de profil le bras tendu et tirait vers une cible qui devait bien se trouver à une dizaine de mètres. Il arborait un air dur qu'elle ne lui avait jamais vu auparavant, un air qui sans entamer sa beauté le rendait terrifiant. Le bruit de la porte qui se refermait attira son attention et il tourna la tête pour lui sourire.

« Je savais que tu viendrais me rejoindre ! Déclara-t-il. Je me doutais bien que tu ne resterais pas en place.

Et tu as eu raison. »

Elle parcouru la distance qui les séparait pour le saluer avec un baiser.

Elle tenait son visage entre ses mains, tandis que lui, la tenait par la taille. Enfin il ne la tenait pas tout à fait, seule sa main gauche était posée sur elle. Elle recula en lui offrant un grand sourire, puis posa les yeux sur sa main droite, toujours fermée autour de son arme.

« Je ne t'avais jamais vu t'en servir. Remarqua-t-elle.

Et franchement c'est tant mieux !

Je peux l'essayer ?

Tu sais ça n'est pas le style d'armes que tu as l'habitude de manier. Elle est assez lourde en plus je ne voudrais pas que tu te blesses.

Tu ne veux pas que j'essaie c'est ça ?

Non je suis sincère elle est très lourde. Tiens juge par toi-même. »

Il lui tendit l'arme et elle la prit avec précaution. Il n'avait pas tort elle était lourde, mais Sylia voulait tout de même l'essayer, sans vraiment savoir pourquoi. Ryô qui savait qu'elle avait prit sa décision lui donna un cache-oreille et recula pour lui laisser le champ libre. Sylia se prépara. Elle devait se concentrer et adapter ce qu'elle savait des armes à ce magnum. Elle inspira profondément tandis qu'elle visait, resserra sa poigne autour de l'arme puis tira au moment de son expiration. Elle avait tenté d'anticiper le recul, mais en vain. Elle recula cependant à peine ce qui montrait qu'elle s'était bien préparée. Ryô fit revenir la cible vers eux pendant qu'elle posait l'arme et retirait ses caches oreilles. Ils constatèrent ensemble qu'elle avait réussit à tirer un peu plus bas que ce qui aurait été le sternum.

« Pas mal ! La félicita Ryô.

Moui ça n'est pas vraiment fameux non plus.

C'est bien suffisant pour une patronne de café. »

Il récupéra son arme, mit le cran de sécurité et la rangea dans son blouson.

Ils retournèrent ensemble dans l'appartement, et d'instinct se dirigèrent dans la chambre de Ryô. Cependant une fois à l'intérieur, Sylia parût hésiter. Après tout ils ne faisaient jamais ça aussi soudainement, ils faisaient toujours une petite entrée en matière…une discussion, des regards, un câlin, ce genre de chose… Elle se tourna pour faire part de ses idées à Ryô et le trouva en train de fouiller dans son sac.

« Eh mais qu'est-ce que tu fais ?

Ton sac m'intriguait, je voulais savoir de quoi tu avais estimé avoir besoin pour un weekend à poil.

Mais ça ne t'autorise pas à mettre les mains dans mon sac ! Rechigna-t-elle pour la forme. En vérité ça ne la gênait absolument pas qu'il ouvre son sac, elle n'avait rien à cacher après tout.

Oh c'est gentil tu m'as même apporté des cadeaux ! S'exclama Ryô tout content en sortant du sac un soutien gorge et une culotte. Il posa le soutien gorge sur sa tête et commença à jouer avec la culotte comme à son habitude lorsqu'il mettait la main sur des sous-vêtements.

Enfin Ryô ça n'est pas fait pour jouer, ce sont mes rechanges. Aller ranges les.

Non. Maintenant que je les ai dans les mains ils sont à moi !

Donne-les-moi.

Non j'ai dit. »

Elle tenta de les récupérer mais Ryô enchainait les pirouettes et elle ne parvint même pas à l'effleurer. Il secoua les sous-vêtements sous ses yeux et se dandina autour d'elle en chantant « tu peux pas m'attraper euh ! » pour la faire enrager. Elle le regardait en riant, tout en essayant de rentrer dans son jeu et d'essayer de saisir sa lingerie. Il était rapide le bougre ! La jeune femme finit pourtant par lui saisir les mains. D'un mouvement rapide il leva ses mains vers le plafond : elle se retrouva collée à lui et vit une chance de récupérer son bien. Elle redescendit ses mains, les posa sur ses épaules avant qu'il n'ait eut le temps de bouger et donna un à-coup pour sauter. Ryô ne s'y attendait absolument pas et manqua de basculer en arrière. Il reprit un semblant d'équilibre, au moment où elle resserra ses jambes autour de son torse. Ryô eût le bon réflexe de se remettre droit et de passer ses mains sous ses fesses pour la tenir et leur éviter à tous les deux de finir leur jeu par un vol plané sur le sol.

« Ça te prends souvent de sauter comme ça ?

Non c'était une idée soudaine.

Tu sais qu'on a faillit s'étaler tous les deux ?

On ne serait pas tombé bien bas, le lit est juste derrière toi.

En tout cas tu as fait ça pour rien, ce que tu as gagné c'est que ta lingerie est dans mes mains, lesquelles mains sont posées sous tes fesses.

Si tu me laisses descendre on reprend le jeu.

Je sais pas trop, de là j'ai une belle vue.

Elle suivit son regard plongeant et découvrit sans surprise qu'il détaillait sa poitrine d'un œil intéressé.

Alors qu'est-ce que tu veux faire ?

Rien je continue à regarder… » Elle secoua légèrement la tête en souriant, puis le laissa à sa contemplation.

Bien plus tard, le lendemain matin en fait, Sylia buvait un verre d'eau devant l'évier de la cuisine, lorsqu'elle sentit deux bras s'enrouler autour d'elle. Ryô posa son visage sur son épaule.

« Voleuse de chemise ! Déclara-t-il en froissant le tissu autour du ventre de la jeune femme.

C'est la première chose que j'ai trouvé.

Le pire c'est que tu es canon là dedans, je ne peux même pas te dire de l'enlever…

Par contre TU peux me la retirer, je n'émettrai aucune protestation…

Tout de suite comme tu y vas ! »

Il écarta cependant ses cheveux pour l'embrasser dans le cou.

Le weekend fila à une vitesse fulgurante, au rythme de leurs câlins aussi intenses qu'incessants. Ils avaient aussi passé de longues heures à discuter à cœur ouvert comme à leur habitude. Le samedi soir leur discussion les avait menés à la cuisine et de fil en aiguille Sylia avait commencée à cuisiner avec l'aide de Ryô. Il n'avait pas un rôle très important, il lui passait seulement les ustensiles dont elle avait besoin (ustensiles neuf que lui avait offert Makimura dans l'espoir qu'il se fasse autre chose à manger que des cup ramens), tout en continuant leur discussion.

La préparation du repas dura un certain temps : il faut dire aussi que presque chaque action culinaire était ponctuée de baisers ou de câlins relativement brefs.

Cependant à un moment Ryô s'était écarté pour la laisser finir et l'observait en silence pendant qu'elle s'affairait avec sa sauce. Sans pouvoir l'expliquer, il ressentait un bonheur assez fort à la regarder tourner sa préparation. Elle avait beau ne rien faire de particulier, voir la femme qu'il aimait cuisiner, pour lui… non pour eux, l'emplissait de bonheur. Il la dévorait des yeux avec un léger sourire en coin tout en étant appuyé contre l'extrémité du plan de travail. Elle goûta son mélange du bout des lèvres, réfléchis un instant, puis replongea la cuillère dans la casserole avant de se tourner vers lui, la cuillère tendue, l'autre main ouverte sous la cuillère pour éviter qu'une goûte ne tombe par terre. Sylia lui demanda de goûter et Ryô déglutit alors que son cœur ratait un battement. Si elle continuait elle allait le tuer. Il se pencha néanmoins et s'exécuta. Il observa que cela manquait un tantinet de sel et la regarda ajouter le condiment. Elle goûta à nouveau et reproduisit son mouvement pour lui faire goûter à son tour. « Parfait » Répondit Ryô à sa question tacite. Il lui prit la cuillère des mains et la posa sur le plan de travail, puis attira la jeune femme vers lui pour l'embrasser chaleureusement. Lorsqu'il s'écarta d'elle, Sylia resta quelques instants immobile, les yeux toujours clos. Il avait vraiment le don de lui faire littéralement tourner la tête avec des choses simples. Il la serra dans ses bras le temps qu'elle reprenne ses esprits. Il sentait le parfum de ses cheveux lorsqu'elle recula de quelques centimètres pour lui accorder un regard pétillant.

« Je ne pensais pas que ma sauce serait si bonne. Plaisanta-t-elle.

Que veux-tu, te voir aux fourneaux a provoqué en moi un élan de tendresse.

Oh mais je ne me plains pas, bien au contraire. »

Il la serra à nouveau dans ses bras. Elle aimait qu'il fasse ce genre de chose, car elle se sentait très bien blottit entre ses bras. Un léger bruit d'ébullition les rappela à l'ordre quelques instants plus tard. Elle retourna s'occuper de sa sauce. Elle arrêta le feu prit la casserole prudemment, puis tandis qu'elle la posait sur la table elle chantonna « A table mon amour ! »

Se rendant compte de sa gaffe elle fit volte face vers Ryô d'un air affolé, espérant presque qu'il n'ait pas entendu. Il était juste derrière elle et la regardait avec le sourire. Il se pencha pour l'embrasser sur la joue, puis murmura à son oreille « merci d'avoir préparé le repas mon amour ! »

Elle resta là complètement tétanisée pendant quelques instants. Il n'avait certainement pas dit ce qu'elle avait entendu. La voix de Ryô qui se plaignait que le repas allait refroidir la rappela à l'ordre. Cinq minutes passèrent avant qu'elle ne parvienne à toucher à son assiette. Ryô, qui en avait marre qu'elle le fixe étrangement chaque fois qu'il reportait son attention sur sa propre assiette lui prit la main par-dessus la table :

« Chaton, tu ne comptes pas toucher à ton repas ? Tu ne l'as pas empoisonné au moins ?

Cette remarque lui tira un sourire

Empoisonné non… mais j'ignorai y avoir mis un sérum de vérité…

Ça t'apprendra à faire des mamours quand tu cuisines ! La prochaine fois tu feras un peu plus attention, ça nous évitera de dire des mots mielleux. Reprocha-t-il avec un grand sourire.

C'est vrai qu'on a faillit tomber dans le mièvre… Reconnu-t-elle… Mais ça n'était que des mots…

Les mots ne sont jamais que des mots, je pensais que tu le savais. Continua-t-il en regardant son assiette. Mais ceux-là, n'étaient effectivement que des mots. Ce n'est pas comme s'ils avaient trahis un secret que l'on ignorait…

Il vrilla un regard amusé dans ses yeux noir. Elle lui rendit son sourire puis

Tu as raison, on a rien découvert.

Alors mange ! tu vas avoir besoin de force pour ce que j'ai prévu ensuite ! »

Il lui adressa un clin d'œil complice pendant qu'elle souriait à nouveau avant de s'intéresser enfin à son repas.