Chapitre 11 : Des retrouvailles inespérées
Nous étions en janvier 1991. Trois belles jeunes femmes et un homme marchaient dans les rues de Tokyo aux abords du quartier de Shinjuku. Le petit groupe déambulait tant bien que mal, essayant de retrouver des repères dans cet endroit qui avait tant changé depuis qu'ils l'avaient quitté. Leurs pas les menèrent dans une grande avenue qu'ils avaient bien connus et s'arrêtèrent au bord du trottoir à une intersection.
« Ça fait vraiment tout drôle de revenir ici ! S'exclama la plus jeune des trois femmes.
Je ne te le fais pas dire ! Ajouta sa sœur ainée. Six ans déjà !
Tu vas bien ma chérie ? Demanda l'homme en s'adressant à la sœur cadette.
Les deux autres jeunes femmes tournèrent la tête vers leur sœur qui fixait la rue sans bouger. Cette dernière crispa légèrement les mains sur la poignée de la poussette devant elle avant de répondre
Oui… ça m'a fait quelque chose de revoir cette avenue. Et puis ça me fait un peu de peine de revenir ici en sachant qu'on est plus chez nous.
Chacun d'entre eux éprouvait ce même sentiment de joie mêlé à une légère tristesse. L'homme plus que les autres avait de la peine. Le commissariat dans lequel il avait travaillé si longtemps avait été rayé de la rue et déplacé ailleurs. Un gazouillement provenant de la poussette les tira de leur rêverie. Tam se pencha au dessus de la poussette et souris à son petit garçon.
Alors mon bonhomme, dit son père en s'approchant de son fils pour lui toucher la main, tu as enfin fini ta sieste ? C'est bien tu t'es réveillé au bon moment pour voir l'ancienne maison de ta maman et de tes taties.
Justement allons-y ! Chantonna Alex. Je suis impatiente de voir ce que les nouveaux propriétaires en ont fait. »
La petite famille se remit en marche et bientôt ils arrivèrent devant ce café : Le Cat's Eye, un nom qui a lui seul évoquait pas mal de souvenirs. Après un instant d'hésitation Alex poussa la porte suivit de près par sa famille. Ils furent accueillit par la douce voix d'une femme, presque inaudible sous le bonjour rauque d'une voix d'homme. La jeune femme avait des cheveux marron de la même couleur que ses yeux, et était à peu près de l'âge de Tam. Certainement la femme à qui appartenait aujourd'hui le Cat's Eye. A côté d'elle se trouvait un homme gigantesque, aussi bien en hauteur qu'en largeur, le crane rasé, portant des lunettes noires, et une moustache et qui essuyait une assiette. Sa taille jurait particulièrement avec le tablier blanc estanpié au logo de l'établissement qu'il portait. On imaginait plus facilement ce genre d'homme portant un uniforme militaire. La petite famille, comme tous les clients d'ailleurs, fut surprise par ce géant et marqua un temps d'arrêt l'espace d'un instant. Sylia se ressaisit la première et s'avança vers la jeune femme derrière le comptoir.
« Bonjour, êtes-vous mademoiselle Miki ?
Oui c'est moi…
Je suis enchanté de faire votre connaissance. Mes sœurs et moi sommes les anciennes propriétaires. Vous et moi avions longuement discuté au téléphone au moment de la vente.
Ouiii je me souviens de vous ! D'ailleurs comment vous oublierais-je ? Je suis moi aussi ravie de vous rencontrer !
Je vous présente mes sœurs Alex et Tam. Et voici mon beau frère Quentin, l'époux de Tam et leur fils Ryôichi. Nous sommes venus revisiter notre passé.
Et moi je vous présente mon compagnon… (elle hésita sous quel nom le présenter mais opta tout de même pour le plus courant) Falcon.
Enchanté. Ajouta celui-ci en rougissant légèrement. »
Miki les invita à s'asseoir, et leur demanda ce qu'elle pouvait leur offrir à boire. Ils commandèrent des cafés Cat's Eye en souvenir du bon vieux temps et commencèrent à discuter avec la patronne pendant que Falcon se chargeait des commandes. Miki tenta de jouer avec le petit garçon, mais celui-ci joua les timides en se collant à sa maman. Sylia était assise en bout de banquette, de façon à voir l'avenue dans le sens de la montée. Alex était assise en face d'elle, tandis que Tam, Quentin et leur bout de chou tournaient le dos à la rue. Sylia regardait dehors d'un air absent lorsqu'elle aperçut un homme et une femme qui descendaient la rue en se disputant. L'homme arriva enfin assez près pour qu'on distingue ses traits et Sylia faillit avoir une attaque. Ça n'était pas possible, ça ne pouvait pas être lui ! Le hasard ne faisait pas aussi bien les choses ! Et pourtant il n'y avait aucun doute, c'était bien lui, toujours aussi beau et bien bâtit, encore en train de faire l'idiot avec une femme. D'ailleurs cette femme qui était-elle ? Elle portait des vêtements qui couvraient un peu ses formes, et avait les cheveux courts…Se pouvait-il que… ? Le cours de ses pensées fut interrompu par l'homme appelé Falcon qui murmura à l'oreille de Miki « oh non voilà les problèmes qui arrivent ! » Heureusement, la petite famille était trop occupée à jouer avec le petit garçon et personne à part Sylia ne porta attention aux nouveaux clients.
La jeune femme qui accompagnait Ryô poussa la porte en expliquant impatiemment « Tu m'entends ? Un seul café ! Après on se remet au boulot. Et surtout tiens toi tranquille !» Elle entra dans la pièce en saluant l'homme sous le nom d'Umi, Miki et elle se saluèrent chaleureusement indiquant au passage que cette jeune femme s'appelait Kaori et confirmant les soupçons de Sylia. Ryô entra mollement, arborant un air boudeur de celui qu'on oblige à travailler contre son gré. Sylia avait les yeux fixés sur lui, son cœur battant à lui rompre la poitrine. Soudain Ryô, comme alerté par son sixième sens, tourna la tête dans sa direction et croisa son regard. Il écarquilla les yeux comme jamais auparavant en posant successivement le regard sur chacune des personnes présentes jusqu'à ce que la lumière se fasse dans son esprit. Il échangea un regard intense avec Sylia, avant de baisser les yeux lorsqu'il sentit que Kaori se tournait dans sa direction. Il bougea avant que sa partenaire ne se soit totalement tournée vers lui, et se précipita sur Alex :
« Ohhhhhh mademoiselle vous êtes si jolie ! Claironna-t-il en lui prenant les mains. Vous ne voudriez pas sortir avec moi ?
Kaori s'apprêtait à hurler après son partenaire mais la femme qui semblait la plus âgée du groupe parla avant elle.
Dis donc tu as un sacré toupet de draguer ma sœur devant moi !
A la surprise générale, Ryô, non seulement ne sembla pas surpris mais en plus répondit
Tu sais bien que mon petit cœur ne résiste pas aux jolies filles. Et celle là est vraiment très jolie. Ajouta-t-il en se tournant pour sourire à Alex. »
La jeune femme, flattée, lui rendit son sourire. Sourire qui s'effaça lorsqu'il la lâcha pour se tourner à nouveau vers sa sœur.
« Alors belle inconnue, quel bon vent t'a ramené dans ton ancienne demeure ? » La question de Ryô ne manqua pas de faire sensation. Tous auraient voulu poser la question qui leur brûlait les lèvres, mais la surprise les en empêchait. Se fût finalement Alex qui brisa le silence et demanda à Sylia :
« Vous vous connaissez ? »
Les anciens amants échangèrent un regard amusé puis Sylia répondit :
« Je pense qu'on peut effectivement dire ça ! Ryô, ici présent, et moi avons été amis pendant de longues années. »
A nouveau, la révélation fit son effet et le silence s'installa dans la pièce, tandis que les anciens amants se dévisageaient d'un regard complice tout en prenant silencieusement des décisions sur les réponses qu'ils devraient bientôt donner aux millions de questions qui ne tarderaient pas à les assourdir.
Cette fois Tam rompit le silence en se raclant la gorge et ramena tout le monde à la réalité.
« Oh pardon, je manque à tous mes devoirs ! Ryô voici mes sœurs Alex et Tam. Voici son mari Quentin et là c'est mon neveu… Ryôichi.
Etrangement tous les regards se posèrent sur le petit garçon puis sur Ryô comme s'ils avaient eut un quelconque lien.
Tout le monde, voici Ryô Saeba, mon meilleur ami ! » Ajouta Sylia.
Encore une fois, l'assistance encaissa le coup. D'un côté comme de l'autre c'était le genre de révélation qui demandait un certain temps d'adaptation. Ryô ne parvenait pas à quitter son amie des yeux… Il ne s'était jamais autant senti pris entre des tenailles, même pas lorsque Mary avait débarquée par surprise au japon, à peu près deux ans plus tôt. Il dût hésiter un instant de trop car Kaori se rappela à son bon souvenir en se raclant la gorge de façon agacée.
Ryô se tourna vers elle sans vraiment la regarder, lui fit signe d'approcher (ce qui en soit était déjà troublant) et lorsqu'elle fût à son niveau il déclara « Et voici Kaori Makimura. ». « Sa partenaire ! » Précisa l'intéressée. Sylia et le nettoyeur échangèrent un regard entendu tandis que Kaori se présentait poliment à la famille Chamade-Chapuis. Sylia se leva pour lui serrer la main et lui assurer qu'elle était heureuse de la connaître.
Kaori répondit poliment mais son visage était insondable, tout comme les regards qu'elle jeta successivement à Ryô et Sylia. Elle avait déjà ressenti ce genre de malaise en rencontrant Bloody Mary. Un sentiment étrange qui lui rappelait qu'avant elle bien d'autres personnes avaient connu Ryô mieux qu'elle actuellement. Un sentiment de jalousie, mêlé à de la tristesse qu'elle n'aimait pas du tout.
Si Kaori se sentait déstabilisée, les sœurs Chamade s'interrogeaient également beaucoup. Jamais aucunes des deux n'avaient eut vent de ce prétendu meilleur ami. Le petit Ryôichi, toujours dans les bras de sa mère, regardait attentivement les nouveaux arrivants en se demandant ce qu'il se passait. Sylia invita Ryô et Kaori à se joindre à eux et tandis qu'ils prenaient des chaises et commandaient un café, Tam observa cet homme de plus près, il lui semblait vaguement familier mais elle ignorait pourquoi. Quentin qui se posait la même question fût plus prompt à recoller les morceaux et s'exclama :
« Mais monsieur je vous connais ! »
Toutes les têtes se tournèrent vers lui, tout le monde se figea en plein mouvement. Ryô et Sylia plissèrent les yeux. Ils avaient espéré qu'il ne s'en souviendrait pas. Sans remarquer les regards interrogateurs qui l'observaient Quentin continua :
« Oui souvenez-vous ! Nous nous sommes rencontrés ici même ! J'étais le guide du sergent Nogami dans sa visite de notre commissariat. Vous nous attendiez ici avec un inspecteur… Il s'appelait Makimura comme vous mademoiselle ! » Ajouta-t-il en désignant Kaori.
L'ex inspecteur ne se rendait pas compte du trouble qu'il répandait dans la pièce. Kaori, qui avait momentanément oublié l'histoire de la meilleure amie, regardait Ryô et Quentin complètement effarée. Le premier ne savait plus où se mettre, Sylia se mordait l'intérieur de la lèvre et Tam avait toujours ce même regard suspicieux. Sur ses genoux, son fils se désintéressa de la conversation et prit son ours en peluche sur la table et commença à lui mordiller l'oreille. Derrière le bar, Miki et Umibozu restaient figés attendant la suite avec impatience. Seule Alex semblait s'intéresser de loin à tout ça, tant elle était occupée à détailler Ryô d'un regard appréciateur. Reprenant ses esprits, Kaori demanda à Quentin :
« Mais que voulez-vous dire par « vous vous êtes rencontré ici même » ?
Eh bien ici dans le café. C'était il y a très longtemps, à l'époque où ma femme et ses sœurs ici présentes en étaient les propriétaires.
Miki je croyais que tu avais fais construire ce café ? Questionna Kaori en se tournant vers la patronne.
En fait non, je n'ai fait que le rénover. Je l'ai acheté il y a quatre ans à ces dames et je l'ai un peu arrangé à mon goût.
La lumière venait de se faire dans l'esprit de Tam. Elle se souvenait à présent d'avoir vu cet homme dans le café, et fût étonnée par la vivacité d'esprit de son mari cette histoire remontait à très loin…
Mais alors vous vous êtes rencontrés il y a très longtemps si Hideyuki était encore policier ? Demanda Kaori à Ryô.
C'était il y a presque dix ans… Répondit Quentin qui continuait à fouiller dans sa mémoire. J'ignore comment je m'en souviens, mais je sais que c'était en 1981.
Eh bien, cher beau frère tu ne nous avais pas habitués à tant de mémoire et de vivacité d'esprit. Ironisa Alex en se tournant enfin vers lui.
Alex ! Tu pourrais être plus gentille avec Quentin ! S'indigna Tam.
Non laisse, concéda celui-ci, elle n'a pas tort. Ceci dit, monsieur, il me semble qu'à l'époque vous n'aviez pas le même nom…
Je suis un détective privé, il se peut que j'aie préféré vous donner un nom d'emprunt pour ne pas griller ma couverture. Lança Ryô à la hâte en retrouvant enfin l'usage de la parole. Il venait lui-même de se souvenir sous quel nom il s'était présenté. Il s'assit l'air de rien, imité par Kaori qui sentait que ses jambes risquaient fort de la trahir.
Ah bon vous êtes détective privé ? Lui demanda Alex soudain très intéressée.
Euh… oui oui. Bégaya celui-ci en découvrant le joli sourire de la jeune femme. »
Il grimaça légèrement lorsqu'il sentit qu'on lui écrasait le pied gauche. Il fit volte face vers Kaori qui le mitraillait du regard et qui, pour la peine enfonça un peu plus son pied sur celui de son partenaire. Miki apporta les cafés à ce moment là, fit un signe au bébé qui lui renvoya un sourire puis elle repartit vers le comptoir.
« Mais j'y pense mademoiselle, Reprit Quentin à l'attention de Kaori, vous avez un lien avec cet inspecteur Makimura ? Enfin, ce monsieur Makimura, à ce que vous avez dit il n'est plus policier ?
En fait il a démissionné quelques temps après pour devenir mon partenaire. Répondit Ryô. Le métier de policier était trop contraignant et l'empêchait de s'occuper de Kaori comme il l'aurait voulu.
Hideyuki était mon frère… Ajouta celle-ci.
Etait ? Répéta Quentin sur un ton hésitant.
Il nous a quitté il y a presque six ans. Répondit Ryô. Il préférait éviter à Kaori un surcroit d'émotion en formulant la réponse elle même.
Oh pardon, je suis vraiment désolé ! S'exclama Quentin qui s'en voulait d'avoir gaffé.
Vous ne pouviez pas savoir. Répondit simplement Kaori.
Si vous le voulez bien nous allons parler de choses un peu plus gaies. » Intervint Tam. Elle rattrapa l'ours de son fils qui venait de le lâcher. Le petit garçon tendit les bras vers son père et celui-ci le prit dans ses bras avant que Tam reprenne : « Est-ce que c'est le jour où vous avez connus Quentin que vous vous êtes rencontrés ma sœur et vous ? Ajouta-t-elle à l'attention de Ryô.
Oui c'est ça. Mentit celui-ci.
Et alors comment ça s'est passé ? Interrogea Alex avide d'en savoir plus, et posant à haute voix la question que les autres n'osaient formuler.
Sylia prit le flambeau en voyant que Ryô réfléchissait à toute allure tout en buvant une gorgée de café.
En fait Ryô a commencé par me draguer…
Tiens le contraire m'aurait étonné ! Ponctua Kaori.
Mais je ne voulais pas sortir avec lui… Continua Sylia
Pourquoi ? S'étonna Alex qui trouvait ce refus absolument idiot.
Je n'avais pas vraiment de temps à consacrer à une histoire d'amour à l'époque.
Il faut croire que s'occuper du café Cat's Eye était trop compliqué…Ironisa Ryô en échangeant un regard complice avec son ancienne maîtresse.
Toi je ne t'ai rien demandé ! Plaisanta Sylia. »
Malgré tout l'allusion ne manqua pas d'attirer l'attention de la petite famille qui eut tout à coup un drôle de pressentiment.
« Bon et après ? La pressa Alex toujours aussi curieuse.
Et bien on a commencé à discuter devant un verre, de fil en aiguille, on s'est trouvé plusieurs points communs, des affinités et on a continué à se voir.
En amis ? Demanda Tam sur un ton suspicieux plein de sous entendus.
Oui seulement en amis, puisque elle n'a jamais voulu de moi. Se plaignit Ryô. Elle ne sait pas ce qu'elle a raté mais bon…
Si tu veux mon avis elle a vraiment bien fait ! Intervint Kaori.
Toi on ne t'a rien demandé espèce de rabat joie ! Lança Ryô avec mauvaise humeur. Et puis d'abord tu n'en sais rien du tout !
Je suis quand même ta partenaire depuis assez longtemps pour savoir tout ce qu'il faut sur toi ! Répliqua-t-elle.
Ryô allait se lancer dans une de leurs habituelles joutes verbales et s'apprêtait à répliquer méchamment lorsqu'il se ressaisit au dernier moment. Ce petit détail n'échappa pas à Sylia qui le regarda intriguée alors qu'il répondait finalement
Ouais c'est ça cause toujours !
Il prit une autre gorgée de café. Kaori le dévisagea, attendant elle aussi la suite de la joute. Si la présence de ces gens l'obligeait à se tenir tranquille, il faudrait songer à les revoir souvent.
Et donc c'est tout ? Reprit Alex.
Oui à peu près. Continua Sylia. On se voyait de temps en temps pour discuter entre amis, passer des bons moments ensemble, au cinéma par exemple. Enfin tout ce qu'on fait entre amis.
Comment ça se fait qu'en presque dix ans tu ne nous ai jamais parlé de ce mystérieux ami ? Demanda Tam toujours aussi suspicieuse. La jeune femme avait encore en tête le fait que sa sœur ainée leur avait caché un petit ami et elle soupçonnait fortement Ryô d'être cet homme là.
Ryô profita de ce qu'elle lançait à sa sœur un regard interrogateur pour la dévisager. « Toujours aussi vive la féline ! » Pensa-t-il. Mais à force de sous-entendu elle allait finir par attirer l'attention de Kaori et cela n'était pas bon du tout ! D'ailleurs que savait-elle exactement ? Peut-être que depuis Sylia leur avait tout raconté.
J'avais envie que Ryô soit mon petit secret si tu veux tout savoir. Et puis je voulais éviter d'avoir à subir le genre de sous-entendu que j'entends dans ta voix depuis tout à l'heure. Trancha Sylia.
Ok, ok ne te fâche pas grande sœur. S'excusa Tam. J'étais simplement curieuse voilà tout.
Pour ton information, Ryô et moi n'avons jamais été ensemble, pas vrai Ryô ?
Je confirme : jamais au grand jamais on a été un couple !
Les anciens amants furent bien sûr les seuls à apprécier cette affirmation, qui était une de leur plus vieille mascarade.
Et vous Kaori vous saviez que Ryô et Sylia étaient amis ? Demanda tout à coup Alex.
Euhh non. Avoua la jeune femme. Mais Ryô est… assez discret sur son passé.
Moi aussi j'ai gardé le secret de notre amitié. Expliqua Ryô. C'était un petit jeu entre nous, on avait décidé de garder le secret. »
Ils avaient beau dire, Tam était sûre que cet homme était le petit ami secret de sa sœur. Alex était trop occupée à regarder le nettoyeur de très près pour penser à autre chose. Kaori quant à elle, commença à boire son café en méditant sur la situation. Elle ne savait pas encore quoi penser des cachoteries de Ryô, notamment parce qu'ayant déjà rencontré une amie de Ryô elle était capable de dire que cette fois c'était différent. Elle sentait qu'il y avait quelque chose de fort entre eux et ça la rendait un peu triste sans qu'elle sache pourquoi.
«Votre prénom « Ryô » est-il un diminutif ? Demanda soudain Alex
Non, c'est mon prénom entier, pourquoi ?
Oh pour rien, c'est juste que ce n'est pas commun d'entendre un prénom aussi court alors je me posais la question. En tout cas je le trouve très beau.
Tu n'es pas vraiment la seule de nous trois je crois… Lança Tam sur un ton évasif. »
Elle échangea un regard amusé avec sa jeune sœur, lança un regard entendu à sa sœur ainée puis caressa la joue de son fils pour illustrer son allusion. Le petit bonhomme, toujours assis tranquillement sur les genoux de son père, continuait à mâchouiller sa peluche. Voyant que sa mère posait sur lui un regard chargé de tendresse il la gratifia d'un sourire et en perdit sa peluche. Son père s'en saisit, tandis que Ryô remarqua avec amusement que le petit garçon avait hérité du grain de beauté de sa tante sous la commissure gauche de sa lèvre.
Kaori qui n'avait absolument pas saisi l'allusion, avait porté son attention sur le bébé.
« Quel âge a-t-il ? Demanda-t-elle, n'y tenant plus.
Deux ans et quatre jours. Répondit fièrement Quentin.
Il est vraiment adorable ! Ajouta Kaori.
Merci ! répondirent les parents en cœur.
C'est grâce à son prénom ça ! Plaisanta le nettoyeur.
Non ma sœur et mon cher beau frère ont bien travaillé c'est tout ! Taquina Sylia en prenant la main de son neveu.
Moi je pense que ça vient aussi du prénom. Murmura Alex dans un souffle en s'approchant assez pour que seul Ryô puisse l'entendre. »
Celui-ci se tourna vers elle pour être sûr qu'il avait bien entendu. Il tomba sur un regard intéressé et un sourire charmeur, qui lui donnèrent envie de s'éventer avec quelque chose. Le regard de la jeune femme se posa un instant sur ses lèvres avant de recroiser le sien, puis les lèvres d'Alex se fendirent en un plus grand sourire, avant que son attention ne se reporte sur son neveu. La gorge de Ryô se dessécha instantanément. Il nota cependant que Sylia n'avait pas menti, sa jeune sœur avait hérité de son sourire ce qui dans cette situation était encore plus troublant.
« Alors chère amie, reprit Ryô désireux de changer de sujet, tu ne m'as toujours pas dis ce que vous faisiez ici ?
On a décidé de venir faire un tour dans notre ancien quartier avant d'aller emménager dans nos nouvelles maisons. Répondit Sylia.
Aux Etats-Unis ?
Non au Japon, mais dans l'arrière pays cette fois.
Vous revenez définitivement au Japon alors ?
On a plus vraiment grand-chose à faire aux Etats-Unis aujourd'hui, alors oui.
Votre exode a porté ses fruits si je comprends bien ?
Absolument ! Nous avons trouvé exactement ce que nous cherchions. Conclut Sylia avec un sourire attendrit. »
Ryô lui rendit son sourire. Les deux sœurs échangèrent un regard interrogateur : cet homme semblait en savoir beaucoup sur elles et elles se promirent de questionner leur sœur plus tard.
Kaori termina son café et rappela à Ryô qu'ils avaient du travail. Celui-ci se mit à bougonner, mais beaucoup moins bruyamment que d'habitude. Le détail n'échappa pas à Miki, Umibozu et bien sûr Kaori. Celle-ci rappela son partenaire à l'ordre encore une fois ce à quoi il rétorqua qu'il venait de retrouver une amie qu'il n'avait pas vu depuis presque six ans, et que la distribution de tracts pouvait bien attendre. La jeune femme hésita, elle était sûre qu'il allait essayer de rester seul avec cette femme et elle détestait plus que tout qu'il reste seul avec une belle femme. En plus Sylia n'était pas simplement belle, elle était si magnifique qu'elle aurait pu facilement piquer la vedette à Saeko. Ryô insista de plus belle en lui prenant les mains et en lui servant un regard de chien battu et en promettant qu'il travaillerait deux fois plus ensuite !
Kaori savait qu'il mentait, mais ne voulant pas passer pour une mégère aux yeux des autres elle lui accorda son après midi. Ryô lança une exclamation de triomphe et adressa un sourire rayonnant à sa vieille amie.
