Chapitre 12 : Jalousie.

Le groupe resta au Cat's Eye encore un moment, ce qui ne fut pas de tout repos. Ils continuèrent à discuter, on demanda à Kaori de raconter comment elle et Ryô en étaient arrivés à travailler ensemble, puis elle fût emmenée à retracer succinctement leur histoire. Sylia était avide de connaître la vie de son ancien amant pendant les années qui les avaient séparés et profita un peu du fait que Kaori ignorait qui elle était pour la faire parler un peu plus. Les sœurs racontèrent aussi pas mal de choses sur leur propre histoire expliquant notamment que Tam et Quentin s'étaient enfin mariés trois ans et demi plus tôt. On en vint ensuite à parler du café et Miki se joignit à la conversation pour expliquer comment elle en était arrivée à acheter le bâtiment.

Elle emmena ensuite la petite famille visiter les étages et leur montrer comment elle l'avait emménagé. Ryô pendant ce temps buvait un autre café en compagnie de Kaori qui se posait de plus en plus de questions. Elle restait silencieuse, tandis que Ryô se chamaillait une fois de plus avec Umibozu, mais sans faire de grabuge cette fois, il ne fallait pas que les invités surprise redescendent pour trouver un carnage. Ryô savait que sa partenaire était mal à l'aise mais il ne savait pas quoi faire pour lui remonter le moral. Une fois encore il réprima l'envie de se montrer gentil avec elle. Lui-même ne se sentait pas tout à fait à l'aise et cherchait désespérément un moyen de se retrouver seul avec son amie pour enfin discuter avec elle tranquillement. Au bout de plusieurs minutes, n'y tenant plus, Kaori posa la question qui lui brulait les lèvres :

« Ryô, comment ça se fait que tu ais une amie qui ne soit pas lié à… au monde dans lequel on vit ?

Tu crois qu'elle vient de mars ou quoi ? Demanda bêtement Ryô

S'il te plait soit sérieux une minute ! Tu sais bien ce que je veux dire !

On t'a dit comment on s'était rencontré, tu n'écoutais pas ?

Bien sûr que si, mais comment ça se fait que tu sois resté ami avec elle ? Tu n'avais pas peur de la mettre en danger ?

La question était si directe que Ryô s'étonna qu'elle la pose, et ce devant Umibozu en plus. Il hésita puis décida qu'elle avait bien mérité une petite explication.

Oui je le craignais. Mais on se voyait en secret, personne n'a jamais su qu'on se connaissait. Et puis à l'époque ça nous faisait du bien à tous les deux d'avoir quelqu'un avec qui faire la fête.

Mais tu avais mon frère…

Tu étais une adolescente à l'époque, Maki devait s'occuper de toi. Et puis tu le sais j'ai toujours préféré la compagnie des jolies femmes plutôt que celle des gros poilus ! »

Kaori s'apprêtait à poser une question, lorsque la porte qui menait à l'étage s'ouvrit enfin, révélant Miki suivit de la petite famille totalement émue. Le petit Ryôichi se trouvait à présent dans les bras de Sylia. Celle-ci croisa le regard que lui lançait Ryô et se retint de justesse de lui lancer un clin d'œil en apercevant Kaori qui regardait dans sa direction.

Cette dernière n'appréciait guère cette soit disant amie de son partenaire. Ils étaient trop complices pour de simples amis. Ryô ne lui dirait jamais rien, elle allait devoir se débrouiller seule pour trouver des informations. La dernière fois Mary avait eu la gentillesse de tout lui servir sur un plateau d'argent elle doutait qu'il en soit de même cette fois-ci.

Le petit bonhomme était une fois de plus le centre de l'attention des femmes. Ses tantes, sa mère et Miki jouaient avec lui et s'émerveillaient de ses petits sourires et des mots qu'il baragouinait de temps en temps. Kaori se laissa charmer à son tour et finit par rejoindre le groupe de femmes pour jouer avec le bébé. Quentin se sentit vite oppressé et se replia vers le bar. Il s'appuya dos au bar à côté de Ryô et déclara :

« Cinq femmes. Mon fils a cinq femmes qui lui tournent autour ! Dont trois en permanence ! Il va devenir fou.

Il est trop jeune pour se rendre compte de la chance qu'il a ! Désespéra Ryô en jetant un coup d'œil à l'enfant.

Je ne vous le fait pas dire ! Je l'envie, si seulement la vie d'adulte était aussi simple.

Si seulement on pouvait avoir un harem comme lui surtout ! ça doit être super d'avoir son âge : toutes les femmes vous chouchoutent et vous papouillent en vous compressant contre leur poitrine.

Ryô je t'entends raconter des saletés! Lança Kaori sur un ton menaçant.

Mais pas du tout ! Mentit-il. Nous discutions simplement d'un phénomène de société.

Quentin sourit tandis qu'Umibozu se fendit d'un de ses habituels commentaires

Peuh !

Tu disais gros poulpe ? Demanda innocemment Ryô.

Comme si toi, tu pouvais parler des phénomènes de société… Il faudrait encore que tu sois assez intelligent pour ça !

En tout cas moi je suis assez intelligent pour ne pas passer mes journées en tablier de gonzesse !

Vous deux, ça n'est pas le moment de vous disputer ! Intervint Miki en continuant à jouer avec le petit garçon.

Umi devint tout rouge, Ryô tira la langue à son ami et Quentin sourit à nouveau.

N'empêche je suis d'accord avec vous, continua ce dernier à voix basse. Mon fils est un grand chanceux ! Moi aussi j'aimerai avoir autant de femmes à mes pieds.

Une seule épouse attentionnée ne te suffit pas mon chéri ? Demanda Tam sur un ton glacial en vrillant ses yeux dans ceux de son mari.

Quentin fut secoué d'un rire nerveux tandis qu'il répondait

Mais enfin ma chérie qu'est-ce que tu vas imaginer ? Bien sûr que tu suffis à mon bonheur !

La jeune femme se retourna en affichant un sourire satisfait. Ryô secoua la tête de droite à gauche en souriant aussi. Il posa une main amicale sur l'épaule de Quentin avant de déclarer sagement:

Que voulez-vous mon vieux, on ne peut rien faire contre ces dames. Elles auront toujours le dernier mot.

Ça c'est bien vrai. Approuva le jeune homme.

Hmhm. Ajouta Umibozu.

Au moins c'est bien que vous en soyez conscients. Conclut Sylia en échangeant un regard amusé avec Ryô. »

Au bout d'un moment, Quentin décida qu'il était temps d'aller sortir son garçon de cette marrée de femmes. Ryô le regarda s'éloigner en lui disant

« Dites, si un jour vous me trouvez perdu au milieu d'une marée de femmes, je vous en supplie, ayez la cruauté de me laisser à mon triste sort !

Quentin éclata de rire et alla rejoindre son fils.

Comme si une telle chose pouvait un jour t'arriver ! Ironisa Kaori.

On ne sait pas de quoi l'avenir est fait. Répondit simplement celui-ci à mi voix. Il ne souhaitait pas la mettre en rogne. »

Umibozu monta chercher quelque chose à l'étage. Sylia profita de la diversion que lui offrait Quentin pour s'approcher subrepticement de Ryô. Celui-ci l'accueillit avec un clin d'œil et bougea les lèvres plus qu'il ne murmura :

« Alors chaton as-tu déjà échafaudé notre plan d'évasion ?

Non justement je venais en discuter avec toi. Murmura-t-elle à son tour.

Je casse des assiettes et on part en courant ? Plaisanta-t-il.

J'opterai bien pour quelque chose de plus discret…

A quoi penses-tu ?

Peut-être à un rendez-vous ce soir.

Les vielles méthodes sont toujours les meilleures. Qu'est-ce que tu penses de la gare de Shinjuku ? Elle au moins n'a pas bougé.

Ça me va. 19h30 ?

Parfait.

Qu'est-ce que vous complotez tous les deux là bas ? Les héla soudain Alex.

On partage de noirs secrets ! Taquina sa sœur.

Oui en vérité on prépare un plan pour dominer le monde. Ajouta Ryô en adressant un sourire à la jeune femme.

Il n'avait pas vraiment prévu que son sourire aurait un tel effet sur elle. Son regard s'adoucit en le voyant, et un petit sourire en coin étira ses lèvres. Si elle avait été suspicieuse, elle l'avait oublié et se concentra à nouveau sur son neveu après avoir adressé à Ryô un regard assez intense.

C'était quoi ça ? Murmura Sylia, inquiète.

C'est ta sœur, à toi de me le dire.

Pour l'instant on dira que ça n'était rien qu'un moment d'égarement… du moins j'espère. »

Kaori darda un regard mauvais en direction de son partenaire et de son amie : ils s'étaient relancés dans une discussion secrète, discutant en lisant sur les lèvres de l'autre pour éviter d'être entendu par le reste de l'assistance. C'était vraiment déprimant ! Il n'avait pas vu cette femme depuis presque six ans et il avait l'air de reprendre une conversation commencée la veille. Tout à coup Kaori se sentait nauséeuse. Une main sur son épaule et la voix de Miki la tirèrent de sa rêverie « Tout va bien ? » lui demanda son amie. Elle lui répondit avec un sourire forcé, prétextant qu'elle avait des scrupules à ne pas travailler.

Ryô la regardait à présent. Il sentait que sa partenaire n'allait pas bien et décida qu'il l'avait assez mise à l'épreuve pour ce jour là et qu'il était certainement temps de partir. Il était en train de chercher une excuse pour rentrer chez eux, lorsque Kaori commença à se diriger vers eux. Elle évita soigneusement de regarder Sylia et déclara à Ryô :

« Ecoutes je vais peut-être rentrer, je ne me sens pas très bien.

Qu'est-ce que tu as ? Demanda Ryô soudain inquiet par la pâleur de son visage.

Je ne sais pas trop. C'est pour ça je vais y aller et m'allonger un peu.

Je vais rentrer avec toi.

Ne te sens pas obligé…

Si j'y tiens ! » Sans plus d'explication il salua Sylia et se mit en devoir de saluer les autres.

Kaori et Sylia se retrouvèrent seules face à face pour la première fois. Avant que l'ambiance ne devienne électrique, les deux jeunes femmes échangèrent une poignée de main gênée.

« Cela m'a fait plaisir de vous connaître. Assura Sylia. J'espère que nous aurons l'occasion de nous revoir et de mieux apprendre à nous connaître.

Oui moi aussi je l'espère. » Continua Kaori tout à fait sincère.

Elle venait de comprendre une chose essentielle, à savoir que cette femme pourrait tout à fait lui dire la vérité sur sa relation avec Ryô et garder contact avec elle était très important. Ryô qui serrait la main de Quentin lui donna la solution qu'elle cherchait. Il proposa à son nouvel ami de venir diner chez lui le lendemain.

« Nous dinons déjà avec des anciens amis de travail. Répondit celui-ci.

Que pensez vous d'après demain ? Enchaina Ryô du tact au tac. »

Il se tourna successivement vers les trois sœurs Chamades pour chercher leur approbation.

Alex semblait hésiter à répondre pour ses sœurs, tandis que celles-ci se concertaient silencieusement.

« Pour moi c'est d'accord… Finis par répondre Tam. Quentin ?

Si tu es d'accord ça me va aussi. Assura celui-ci.

Alex ?

Oui moi aussi je suis d'accord ! Déclara la plus jeune des sœurs avec enthousiasme.

Bon c'est entendu alors ! S'exclama Ryô en évitant les regards de Kaori et Sylia. A huit heures après demain !

Mais on ne sait pas où vous habitez. Remarqua Alex.

Sylia est déjà venue. Tu penses pouvoir retrouver le chemin ? Lui demanda-t-il en luttant contre l'envie de rire.

Ça ne devrait pas poser de problèmes. Répondit-elle en songeant que cet homme avait un goût prononcé pour les private jokes. »

Le duo de nettoyeur sortit du café quelques secondes plus tard et commencèrent à se diriger vers leur appartement. Kaori n'avait plus dit un mot depuis qu'elle avait salué Sylia. Dans le café elle s'était retenue de dire quoi que ce soit, par peur d'exploser et d'aplatir Ryô sous sa massue. Elle bouillonnait et avait très envie d'en découdre avec Ryô et attendit avec peine qu'ils aient passé le pas de la porte pour se laisser aller.

« Dis Ryô, tu aurais pu me demander mon avis avant d'inviter tout ce monde à diner chez nous !

Il mit plusieurs secondes à formuler sa réponse. Il n'avait pas l'habitude de discuter comme ça avec elle et voulait à tout prix éviter d'être trop blessant.

Je ne savais pas que j'avais besoin de permission pour inviter des gens…(il faillit terminer sa phrase par un « chez moi » insistant puis se ravisa) ici. C'est quand même mon appartement…

Bien sûr mais j'habite aussi ici au cas où tu l'aurais oublié. La question n'était pas de me demander la permission, mais simplement de me consulter, comme on le fait entre colocataires !

Oui et en te demandant ton avis je nous aurais fait passé pour un couple ! T'en as encore beaucoup des bonnes idées comme ça ?

Qu'est-ce que tu vas encore chercher ? Ils en auraient juste conclut qu'on vivait ensemble.

Tu sais bien que la plupart des gens qu'on a rencontré ont tout de suite pensé qu'on était ensemble en sachant qu'on vivait sous le même toit. Je n'avais pas envie de déballer notre vie c'est tout !

Mais ils le verront bien en venant diner non ? Lança Kaori qui commençait à en avoir marre de tout ce blabla.

Ouais beh on verra à ce moment là. Au fait tu te sens mieux ? » Ajouta précipitamment Ryô en voyant qu'elle s'apprêtait à relancer la dispute.

Surprise par cette soudaine préoccupation pour sa santé, Kaori oublia sa question et ne sachant que répondre, elle resta quelques instants à dévisager son partenaire.

« Tu ferais bien d'aller t'allonger, conseilla celui-ci, tu es encore un peu pâle. »

Kaori complètement sous le choc, obtempéra en se dirigeant vers sa chambre. En s'allongeant elle songea que c'était dans ces moments là qu'elle le détestait vraiment : lorsqu'elle savait qu'elle ne tirerait rien d'utile de lui. Il ne lui dirait rien et comme d'habitude la laisserait être rongée par ses propres interrogations.

Elle était effectivement en train de ruminer de sombres pensées lorsqu'en début de soirée il frappa à sa porte. Elle l'invita à entrer en se jurant que s'il venait lui dire de préparer à manger il risquait d'en faire les frais. Il passa la tête par la porte entrebâillée.

« Je suis venu te prévenir que je sors. Expliqua-t-il

Où tu vas ? Interrogea-t-elle en se redressant rapidement.

Voir Sylia. Répondit-il simplement. Il avait longtemps hésité à lui dire la vérité. Il espérait qu'en le faisant elle n'aurait pas l'idée de les suivre et de leur gâcher la soirée.

Je viens aussi ! Lança Kaori du tac au tac.

C'est mon amie, pas une cliente, tu n'as pas à la protéger de quoi que ce soit. Tu n'as aucune raison de nous accompagner ! »

La jeune femme ne trouva rien à redire à cet argument imparable. Elle n'avait vraiment aucune raison de se joindre à eux. Elle devait se faire à l'idée que Ryô allait retrouver une femme et qu'elle n'avait rien à y redire.

« Essaie de manger quelque chose, tu es encore très pâle ! Déclara Ryô. Bon j'y vais sinon je vais être en retard. Tache de te reposer. » Conclut-il sur un ton doux avant de refermer la porte. Kaori resta immobile à fixer la fameuse porte pendant un petit moment. Elle ne savait vraiment pas sur quel pied danser avec lui.