Chapitre 13 : Le temps perdu.

Pendant ce temps Ryô alla retrouver Sylia à la gare. Ils attendirent d'être assis dans un bon restaurant pour commencer à discuter sérieusement. Ils prirent le temps de jeter un coup d'œil à la carte et de faire signe au serveur pour qu'il vienne prendre la commande.

« Je vais commencer par te dire que j'avais raison. Déclara Sylia

A quel propos ?

Au sujet de Kaori. Je t'avais dit lorsque tu l'as rencontré que tu n'en avais pas fini avec elle. J'avais vu juste.

Oui et malheureusement pour moi ! ça fait presque six ans qu'elle me colle !

Tu dis ça mais tu l'aimes bien…

Pas du tout ! Elle est méchante avec moi, elle passe son temps à me tabasser à coup de massue. Oui je sais c'est difficile à croire quand on la voit comme ça ! Et puis pire que tout elle m'empêche de faire mokkori avec mes clientes.

Oh la teigne ! Plaisanta Sylia.

Oui tout à fait ! Cette bourrique va jusqu'à installer des pièges dans ma maison pour m'empêcher de m'approcher de mes clientes !

Mais quelle horreur ! Elle est vraiment insupportable ! Renchérit Sylia en riant.

C'est ça moque toi de moi, en attendant depuis qu'elle est devenue ma partenaire, non seulement je peux plus toucher mes clientes, mais en plus elle me fait travailler pour des hommes !

En voyant la détresse dans les yeux de son ami, la jeune femme éclata de rire, s'attirant une œillade meurtrière.

Et donc comment défoules-tu ton énergie mokkori ? Demanda-t-elle en essayant de garder son sérieux.

Comme je peux… quand j'arrive à draguer des filles dans la rue, ou à aller voir le tableau des messages avant elle… Mais c'est super dur !

Mon pauvre chérie elle te fait beaucoup de misères, n'est-ce pas ?

Sadique, tu te réjouis de mon malheur !

Mais enfin pas du tout ! Répondit-elle d'un air faussement innocent. Je veux juste savoir pour mieux te consoler ensuite.

Je vais te dire la meilleure ! Cette tortionnaire m'a fait porter une ceinture de chasteté en acier, fermée avec un code secret pour m'empêcher de faire mokkori devant les clientes!

Ouh tu as du avoir mal. Compati Sylia avec sincérité.

J'ai vécu l'enfer oui !

Et sinon professionnellement elle est comment ?

Merdique ! Discrète comme un éléphant dans un magasin de porcelaine. Elle passe son temps à se faire capturer et en plus elle est pas fichue de viser juste !

Mais à part ça, au bout de cinq ans passés elle est toujours ta partenaire…

Un sommelier arriva à ce moment là pour leur servir du vin, laissant ainsi plus de temps au sous entendu pour faire de l'effet. L'homme repartit une fois qu'ils eurent goûté.

C'est toujours ma partenaire parce qu'elle n'a nulle part où aller et que j'ai promis à son frère de veiller sur elle.

Ryô, cela fait tant d'années que tu ne m'as pas vu et tu commences la soirée en me racontant des boniments ? Je sais bien que si tu l'as gardé avec toi si longtemps c'est qu'il y a une autre raison.

Ah bon, comme quoi par exemple ?

Peut-être le fait qu'elle soit ta petite amie ?

Ah non, ah non non ! Je t'arrête tout de suite ! S'exclama-t-il en brandissant son index devant elle avant de secouer le poigner de droite à gauche. Elle n'est pas ma petite amie !

De la même façon que je n'étais pas la tienne ? Ironisa-t-elle.

Non, elle c'est la vérité ! Je ne l'ai jamais touché !

Ne me dis pas que c'est toujours parce que c'était la sœur de ton partenaire ?

Ça et puis parce que je ne la trouve pas assez féminine, on dirait un mec.

Non mais ça va pas ? Elle s'habillerait un peu mieux elle ferait pâlir la moitié des hommes de cette ville. Toi-même à l'époque tu la trouvais tout à fait à ton goût.

Les choses changent en six ans…

Ryô avant que je m'en aille tu m'avais confié qu'elle te plaisait. Aujourd'hui j'ai vu les yeux que tu posais sur elle, et les regards qu'elle te lançait en retour et je suis certaine qu'il y a plus que de l'attirance entre vous.

On va pas passer la soirée à parler d'elle non ? » S'exclama Ryô !

Un serveur s'approcha à ce moment là pour déposer leurs entrées. Ils le remercièrent et le nettoyeur commença à manger tout de suite, montrant que pour l'instant c'était surtout l'heure de manger. La jeune femme le regarda en plissant les yeux, puis décida de l'imiter. Elle savait pertinemment qu'il lui cachait quelque chose, elle avait déjà passé l'après-midi à essayer de comprendre pourquoi Kaori avait l'air si surpris parfois par son comportement.

Cependant le proverbe « ventre affamé n'a pas d'oreille » s'appliquant très bien à Ryô, elle décida de lui laisser un peu de répit avant de revenir à la charge. Elle remarqua entre deux bouchées qu'il semblait un peu irrité et tendit la main, en se penchant un peu vers la table, pour caresser la sienne.

« En tout cas, je suis heureuse de t'avoir retrouvé. Confia-t-elle avec un sourire.

Il releva sa main pour la porter à ses lèvres comme il le faisait avant et y déposa un baiser aussi léger qu'une plume, sans oublier évidemment de lancer un regard tombant dans le décolleté de son amie.

Moi aussi je suis heureux que tu sois là. Je crois d'ailleurs que le Cat's Eye pourrait être rebaptisé café du destin.

Oui effectivement ! concéda-t-elle en se redressant. Mais au fait, j'y pense tu as dragué ma sœur cet après-midi alors que tu avais promis de ne jamais le faire !

Il fallait bien que je fasse diversion ! Tu étais la prochaine sur ma liste de fausse drague, j'ignorais que tu allais me griller comme ça.

Après tant d'années je n'avais pas envie de faire semblant de ne pas te connaître. J'ai déjà eus du mal à ne pas me jeter dans tes bras !

Mon charme fait toujours autant effet à ce que je vois …

Ce n'est pas ce que tu crois, j'étais juste heureuse de te revoir.

N'empêche on a fait sensation ! Ils nous ont fait de ces têtes !

Oh ça oui, on a créé une vague de surprise sans précédent je pense ! Par contre figure-toi que Tam a déjà vu clair dans notre jeu !

Oui je m'en doutais, elle a posé des questions pleines de sous entendus. Je me suis même demandé si tu ne lui avais pas tout dit.

En fait oui et non. Le soir où nous avions décidé de ne plus nous voir en temps qu'amants, tu sais après notre weekend… à poil, j'ai été obligé de leur raconter un petit quelque chose à toutes les deux. Je leur ai dit que je venais de rompre avec quelqu'un à qui je tenais beaucoup au terme d'une relation de plusieurs mois. Visiblement Tam penses que tu es cet homme. Elle me l'a presque dit lorsque l'on s'est retrouvée seules un instant.

Et elle a raison. Mais pourquoi tu as été obligée de leur en parler ?

Disons que lorsqu'on s'est quitté mes sœurs m'ont surprise dans un moment de faiblesse…

Mais encore ?

Rappelle toi qu'on venait de se dire au revoir, après avoir passé ce weekend merveilleux… et quand je suis rentrée chez moi je… j'ai fondu en larmes….

Elle évita soigneusement son regard, et fixa la bouteille de vin tandis que ses joues prenaient une teinte rosée. A l'époque elle s'était bien gardée de lui raconter une chose pareille. Il se pencha à son tour pour lui prendre la main et la serrer dans la sienne.

C'est parce qu'à l'époque tu étais un chaton plein de sentiments. Murmura-t-il sur un ton rassurant. Je te rassure, moi-même je n'étais pas très gai ce soir là, ni les soirs qui ont suivis d'ailleurs. »

La jeune femme nota qu'il avait élégamment évité de prononcer le mot « amour » mais ses paroles lui tirèrent un petit sourire en coin et après un long regard chargé d'émotions ils se remirent à manger en silence.

Plus tard tandis qu'ils avaient bien entamé le plat, ils n'avaient toujours pas relancé la conversation lorsque la jeune femme remarqua quelque chose sur le visage de son ami :

« Ryô… tu as un peu de sauce, à droite au dessus de la lèvre. »

Il porta la main à son visage et tenta d'essuyer l'endroit qu'elle indiquait. Deux tentative ne suffirent pas le débarbouiller, alors la jeune femme prit sa serviette, s'appuya d'une main sur la table et se pencha vers lui pour l'essuyer. Elle offrit sans s'en rendre compte une vue plus que plongeante dans son décolleté. Ryô eut tout à coup l'impression de se retrouver dans un sauna. Il déglutit difficilement puis balbutia :

« Sy…Sylia…tu…euh… on voit tout là… »

La jeune femme suivit son regard et tout en s'assaillant elle remonta un peu sa robe. Ryô but une gorgée de vin pour réhydrater sa gorge sèche puis décida de relancer la conversation :

« Parle-moi de toi chaton. J'ai cru comprendre que vous aviez retrouvé votre père ?

Oui il y a quatre ans.

Ah quand même, vous avez encore mis du temps une fois là bas.

C'est qu'on a eu des complications à peine arrivées. Tam est tombée malade…

Son Quentin lui manquait trop ?

Ne plaisante pas, c'était quelque chose de grave. Elle a contracté une forme de méningite qui l'a plongée dans le coma !

Oh merde. Elle y est restée longtemps ?

Une semaine. Quand elle s'est réveillée elle avait totalement perdu la mémoire !

Elle n'avait plus aucun souvenir de rien ?

Non de rien du tout. Le pire s'était qu'elle refusait qu'on l'approche. Elle avait peur de nous, ses sœurs, et aussi de monsieur Durieux. Elle refusait qu'on reste près d'elle ou qu'on lui parle.

Ça a dû être horrible !

Et même plus que ça ! Elle est restée enfermée dans sa chambre pendant trois semaines.

Qu'est-ce qui l'en a fait sortir ?

Quentin.

En la trainant par les cheveux ?

Mais non idiot ! Il est arrivé en sachant qu'il y avait un problème, un ami l'avait prévenu contre notre gré. Au début je ne voulais pas qu'il la voit je savais que comme nous il ne supporterait pas de la voir comme ça. Alex a insisté, elle pensait que si quelqu'un pouvait quelque chose pour elle c'était bien lui. Finalement je l'ai laissé et bien sûr il été effaré ! Il est revenu avec nous et on lui a expliqué. Il était dévoré par le chagrin alors il a sorti la boite à musique qu'ils avaient choisi pour symboliser leur amour. Oui je sais c'est ridicule, concéda-t-elle en croisant le regard amusé de Ryô, mais néanmoins ça a marché. Dès qu'elle a entendu la musique elle est sortie de sa chambre à toute vitesse. »

Le serveur vint à ce moment là débarrasser leurs assiettes et leur demanda s'ils voulaient un dessert. Comme ils acquiescèrent, celui-ci se mit à énoncer ce que le chef avait préparé ce soir là. Ryô opta pour un fondant au chocolat servit sur un lit de crème anglaise, tandis que Sylia choisit un sorbet à la banane. Ils attendirent que le serveur soit loin pour reprendre :

« Ah beh c'est sympa pour ses sœurs ça ! Rétorqua Ryô

Je ne te le fais pas dire ! D'autant plus qu'ensuite elle est allée faire un tour avec lui sur la plage. Comprends moi bien j'étais aux anges qu'elle aille mieux, mais quand même c'était assez blessant de constater qu'elle n'avait réagit qu'en le voyant lui.

Sa mémoire est vite revenue ?

Pas vraiment, elle a mis un an et demi à se souvenir de tout. Elle retrouvait des bribes et des détails de temps en temps, mais c'est un matin au réveil qu'elle s'est souvenu. ça a été la plus longue année de ma vie.

Ça devait être douloureux de la voir comme ça.

Ce qui était vraiment douloureux, c'est qu'elle se souvenait progressivement de Quentin et jamais de nous. J'ai cru que j'allais devenir dingue. Heureusement qu'Alex était là. Cette histoire nous a encore rapprochées. Un soir que nous étions sorties toutes les deux pour prendre un peu l'air, elle a été dragué par un jeune homme et je me suis retrouvé seule dans un coin. Au moment où j'avais décidé de me saouler pour oublier, un homme est venu m'aborder. Il était si beau que j'ai faillit m'étrangler en buvant mon verre.

Il était comment ce bellâtre ?

Tout le contraire de toi : petit (enfin plus petit que toi), blond aux yeux bleus.

Et après, et après ?

On a parlé toute la soirée, on a dansé un peu et très tard dans la nuit, ou tôt le lendemain, comme tu veux, on a fini sous sa couette.

Oh l'enfoiré ! Comment il a fait ça ? Moi il m'a fallut une semaine pour te mettre dans mon lit ! Murmura-t-il afin de ne pas en faire profiter tout le restaurant.

Oui sauf que ce soir là j'avais envie de me pendre, et j'ai bu en conséquence. Pendant qu'on dansait, j'étais déjà ivre de chez ivre. Mes inhibitions sont tombées plus vite.

C'était comment ? Demanda Ryô curieux.

Agréable.

Tu t'es fait tant chier que ça ?

Non ! Mais je te rappelle qu'on s'était quitté trois mois avant, j'avais encore ton souvenir, et il a été difficile pour lui de passer après toi.

Oh c'est gentil, tu me flattes là ! »

Le serveur leur porta leur dessert, puis s'éclipsa à nouveau. Chacun d'eux goûta à sa douceur puis :

« Tu l'as revu après ? Demanda Ryô

Oui pendant quelques temps. En étant sobre il s'est avéré qu'il faisait aussi du bon boulot. Nos activités sous couverture, en plus d'être agréables, me permettaient d'oublier mes soucis un moment. Sans le savoir, Max m'a évité de faire une dépression.

Sauvetage par pratique intensive du mokkori, je trouve ça très beau ! Conclut Ryô très ému. »

Les deux amis partagèrent un sourire de connivence. Sylia prit une nouvelle cuillérée de son dessert puis lorgna légèrement sur celui de son ami. Elle demanda la permission de goûter, il accepta à condition de pouvoir lui-même piocher dans le sien. Chacun pita donc dans l'assiette de l'autre.

« Finalement, continua Sylia, Max m'a bien occupée pendant six mois puis j'en ai eu marre, à force il était devenu… répétitif…et puis je ne voulais pas m'attacher.

Tu as donc eu un autre sex friend après moi ?

Oui. De toute façon il n'y avait que ça entre nous. Finalement le temps a passé et Tam a retrouvé la mémoire. Tant qu'elle était amnésique on ne pouvait pas se résoudre à se mettre à la recherche de notre père. Mais dès qu'elle a retrouvé la mémoire on s'est remise au boulot et on l'a enfin retrouvé. »

Elle raconta qu'elles l'avaient retrouvé vivant caché dans un petit village retiré aux alentours de Los Angles. Il vivait en exerçant le métier d'enseignant et se délectait à éveiller les enfants du village à la connaissance. Les retrouvailles avaient bien sûr été chargées d'émotions. Elles n'avaient pas pu se résigner à rentrer dans l'école et l'avait patiemment attendu dehors. Lorsque la sonnerie avait retentit elles avaient attendu en silence devant les portes, leurs cœurs menaçant de rompre leurs poitrines tant ils battaient fort. Et puis il était arrivé ! Il rayonnait en discutant avec ses collègues et ses élèves et marchait nonchalamment vers la sortie. Sylia s'était avancée pour être sûre que c'était bien lui, et par conséquent c'est elle qu'il vit en premier. Il commença par prononcer le nom de sa défunte femme à mi voix, puis soudain se souvint qu'elle avait quitté ce monde depuis bien longtemps déjà. Sa fille s'était avancée vers lui et en larme il l'avait prise dans ses bras. Tam s'était ensuite approchée, et son père avait ouvert les bras pour l'accueillir elle aussi. Il n'en revenait pas à quel point ses filles avaient changées ! Alex était restée un peu en retrait complètement tétanisée par l'émotion. Son père et ses sœurs avaient parcouru la distance qui les séparait, puis ses sœurs s'étaient écartées pour que la jeune fille puisse admirer son père. Ils s'étaient dévisagés pendant presque une minute. Finalement Alex avait fondu en larmes et s'était jeté dans les bras de son père pour la première fois de sa vie.

La suite s'était déroulée comme dans un rêve. Elles tentèrent de rattraper vingt ans d'absence, mais elles se rendirent vite compte qu'il valait mieux vivre dans le futur que dans les passé. Après avoir appris que le syndicat était de l'histoire ancienne, Michael Heinz s'était remis à peindre de bon cœur car il n'en avait pas eu l'occasion depuis plus de dix ans. Sylia s'y était remis avec lui, mais sinon en général elle et ses sœurs lui servaient de modèles. Il refusa d'ailleurs de peindre un seul tableau si l'une de ses filles, voire les trois n'étaient pas dessus. Il développa une relation particulière avec chacune d'elle, en tentant de reprendre les choses où il les avait laissées avec ses deux ainés, construisant quelque chose de complètement nouveau avec Alex. Celle-ci devint pendant un temps l'héroïne de toutes ses peintures. Elle dû apprendre à calmer légèrement son tempérament de feu le temps de poser.

La vie avait continué, Tam et Quentin s'était mariés pas tout à fait six mois après qu'elles aient retrouvés leur père et Ryôichi était venu au monde un peu plus d'un an plus tard. Le père des filles était vraiment aux anges. Non seulement il retrouvait ses filles heureuses et en bonne santé, mais en plus l'une d'elle le gratifiait d'un gendre adorable et d'un petit fils angélique. Sylia avoua un peu inutilement que c'était elle qui avait proposé le prénom du petit garçon. Au début elle avait bien sûr proposé « Ryô » tout court, mais si le prénom plaisait à tout le monde, la plupart trouvait que c'était plutôt un prénom d'adulte. Ils avaient donc ajouté le suffixe « ichi » sur les conseils de leur père. Quentin avait tenu à lui donner un prénom japonais en premier, pour éviter d'oublier leurs racines, mais il n'avait vu aucun inconvénient à ce que son fils se nomme aussi Michael et Heinz. Au contraire c'était d'ailleurs lui qui avait proposé le nom de Heinz.

Le petit bonhomme était souvent le sujet de peintures depuis sa naissance et risquait de le rester longtemps.

Parallèlement la vie avait continuée pour les filles. Sylia n'avait connu que deux hommes après Max, des hommes qui en réalité n'étaient pas vraiment autre chose que des sex friends. Avec le retour de son père elle avait eu du mal à s'investir réellement dans une histoire d'amour. Alex quant à elle avait continué sur sa lancée et en découvrait toujours de plus en plus sur les joies de l'amour physique. Elle avait enchainé les conquêtes, se transformant en une femme fatale assez redoutable. Sylia et Tam avaient la réputation d'être de grandes séductrices, elles n'étaient rien comparées à la cadette, qui pouvait faire s'évanouir un homme d'un battement de cils (c'était déjà arrivé deux ans plus tôt. Le garçon était fou amoureux d'elle depuis longtemps et lorsqu'elle lui avait adressé un clin d'œil malicieux et qu'elle voulait complice le pauvre garçon en était tombé dans les pommes). Elle expliqua d'ailleurs à Ryô que si sa jeune sœur avait décidé de s'approprier un homme elle y arrivait à chaque fois. Ryô pensa que si les deux sœurs ainées étaient redoutables, la plus jeune devait être dévastatrice.

Ils se promenaient dans la rue, bras dessus bras dessous, depuis déjà plusieurs minutes lorsqu'Alex était devenue le sujet de conversation. Ryô raconta à son amie la façon dont sa jeune sœur l'avait plusieurs fois regardé dans l'après-midi.

« Ne me dis pas qu'Alex te fais déjà les yeux doux ?

J'en ai bien peur ! Que veux-tu, beau comme je suis on ne peut pas vraiment lui en vouloir…

Oh non ! Moi qui pensais que le regard qu'elle t'avait lancé en fin d'après midi n'était qu'une réaction à ton sourire !

Je te l'ai dit on ne peut pas en vouloir à cette jeune femme d'avoir bon goût…

Ça va ça va on sait tu es beau comme un dieu ! Se moqua légèrement Sylia. Ryô tu vas devoir être fort et lui résister !

Je sais pas trop si j'en ai envie. Plaisanta-t-il.

Ryô Saeba !

Tu n'as vraiment aucun humour ma pauvre chérie !

Toi tu ne peux pas être sérieux une minute !

Je vais être sérieux avec toi : ma promesse, et notre histoire mises à part jamais je ne pourrais être avec Alex.

Pourquoi ?

Elle te ressemble beaucoup trop ! Chaque fois qu'elle a sourit j'ai eu l'impression de te voir toi. La comparaison deviendrait inévitable, ça serait méchant pour elle. De toute façon il n'y a qu'un seul chaton qui m'intéresse.»

La jeune femme échangea un regard assez tendre avec lui puis médita sur ce qu'il venait de dire. Tout à coup ses yeux se posèrent sur les immeubles qui les entouraient. En reconnaissant le quartier des Love Hôtels dans lesquels ils aimaient se rendre avant, elle stoppa nette sa progression. Elle tourna vers lui un regard à la fois outré et amusé.

« J'ai pensé qu'un retour aux sources te ferait plaisir. Expliqua-t-il en désignant les bâtiments.

Tu es devenu très fort ! Je n'avais même pas vu que tu prenais cette direction là !

Alors lequel ? Demanda-t-il

Ryô qu'est-ce que tu fais de Kaori ? Interrogea Sylia soudain un peu inquiète.

Je t'ai déjà dit qu'il n'y avait rien entre nous. C'est ma partenaire dans le travail voilà tout.

Mais tu as des sentiments pour elle.

Des sentiments d'amitié, de fraternité peut-être. Je l'ai très peu regardé comme une femme.

Ryô je ne veux pas qu'on fasse quoi que ce soit si entre elle et toi c'est ambigu !

Mais il n'y a pas d'ambigüité ! Sylia, c'est avec toi que je veux passer la nuit !

Je ne sais pas trop…

Aller chaton, en souvenir du bon vieux temps…

Tu me jures qu'il n'y a rien entre elle et toi ?

Promis juré !

Bon alors je suppose que ça ne pose aucun problème…

Parfait ! Bon puisque tu ne sembles pas vouloir te décider je choisis pour nous. Viens l'hôtel Tsukasa est super ! »

Il l'entraina dans l'hôtel à toute allure. Rapidement ils se retrouvèrent seuls dans une chambre. Ryô lui retira sa veste, puis retira la sienne et posa les deux sur une chaise. Sylia balaya la pièce du regard, puis décida de l'attendre debout devant le lit. Elle croyait se souvenir qu'il affectionnait de la renverser lui-même sur le lit. Il lui adressa un regard intense et se dirigea vers elle. Elle l'accueillit d'un sourire et attendit qu'il vienne la prendre par la taille. Il caressa ses flancs, déposa un petit baiser sur sa joue. Il était presque collé à elle et appuya son front contre le sien. Ils se regardèrent quelques instants puis la jeune femme enroula ses bras autour de son cou pour l'inviter à l'embrasser. Leurs corps se touchaient, à peine quelques centimètres séparaient leurs lèvres. Il continuait à caresser ses flancs mais à part ça il ne bougeait pas.

« Tu n'as pas envie de champagne ? murmura-t-il soudain

Oui ça serait super. Minauda Sylia »

Il la lâcha à contre cœur et se dirigea vers le mini frigo dont il sortit une bouteille. Il prit deux verres posé au dessus sur une étagère et les lui confia pendant qu'il se mettait en devoir d'ouvrir la bouteille. Une fois le bouchon extrait, il remplit les coupes et reposa la bouteille sur le frigo. Son amie lui tendit une coupe, ils trinquèrent et chacun d'eux but une gorgée sans se quitter des yeux. Ce petit jeu là ils y avaient joués des centaines de fois, ils en connaissaient les règles par cœur. Ils burent leurs coupes à moitié puis Ryô les récupéra pour les poser à côté de la bouteille. Il attira la jeune femme contre lui, posa une main dans son cou, et se pencha de l'autre côté pour embrasser sa jugulaire. Il avait beau savoir jouer, il semblait un tout petit peu nerveux de la reconquérir après tant d'années, et le léger baiser qu'il posa dans son cou fut mal assuré. Elle caressa sa nuque, et murmura à son oreille « embrasse-moi ! »

Il releva la tête, croisa son regard et commença à s'approcher d'elle. Aucun des deux n'avait encore fermé les yeux, un peu comme s'ils avaient besoin de le voir pour le croire. Leur lèvres se rapprochaient, encore quelques centimètres…quelques millimètres, elle commença à fermer les yeux….

Soudain il s'écarta un peu d'elle et baissa la tête en soupirant « je peux pas ! Pardonne moi…je ne peux pas… » Il s'écarta complètement d'elle et lui tourna le dos.

« Je me demandais jusqu'où tu aurais le courage d'aller. » Déclara son amie dans son dos.

Il fit volte face vers elle, et la dévisagea, incrédule.

« J'imaginais bien que tu n'irais pas jusqu'au bout mais quand même j'ai cru que tu ne craquerais pas. Ajouta la jeune femme en souriant légèrement.

Comment tu savais ? Demanda simplement Ryô.

Parce que tu mens en disant qu'il n'y a rien entre Kaori et toi. Je me suis dit que le seul moyen de te faire parler était de te mettre dans une position où tu n'aurais pas d'autre choix.

Ryô alla s'asseoir sur le lit et la regarda en secouant la tête et en essayant de sourire.

Tu m'as bien eu…encore une fois ! Il posa les coudes sur ses genoux, posa son visage dans ses mains et commença à fixer le sol.

Son amie vint s'asseoir à côté de lui.

Tu m'as vraiment fait peur gros bêta ! Pendants un instant j'ai réellement cru que tu allais m'embrasser.

Pendant un moment moi aussi. Ajouta-t-il en se tournant pour la regarder. J'arrive pas à croire que j'ai pas pu aller jusqu'au bout ! Tu vois quand je te disais qu'elle m'empêchait de faire mokkori.

Maintenant je comprends mieux pourquoi.

C'était si évident que ça ? Demanda finalement Ryô après une légère hésitation.

Pour quelqu'un comme moi qui t'a déjà vu aimer, oui ça crève les yeux.

Ryô sourit sans grande conviction, il détestait être percé à jour. Mais quelque part il savait bien qu'à elle, il ne serait pas arrivé à cacher ce secret longtemps. Il demanda néanmoins :

Qu'est-ce qui m'a trahit ?

Sa présence ! Tes yeux la suivent et la caressent à chaque mouvement qu'elle fait. Mais je crois que ce qui a finit de me l'affirmer c'est ta réaction quand elle t'a dit qu'elle ne se sentait pas bien. Tu mourrais d'envie de la prendre dans tes bras.

Ryô s'allongea sur le lit et regarda le plafond en soupirant.

Tu me connais beaucoup trop bien chaton…

Elle s'allongea près de lui et commença à regarder le plafond à son tour.

Tu vas m'expliquer à présent pourquoi vous vous aimez en silence ?

Il ne répondit pas tout de suite. Sylia patienta, elle savait qu'elle touchait un point sensible et qu'il avait besoin de temps pour formuler sa réponse.

Je n'ai pas le droit de l'entrainer de force dans mon monde… Expliqua-t-il finalement.

Mais c'est ta partenaire, elle vit déjà dans ce monde.

Non. Elle ne s'occupe que de la rencontre avec les clients et de la négociation des contrats. Elle n'est pas un assassin. Un jour elle retournera dans le monde normal.

Elle est au courant de la dernière partie ?

Il ne répondit pas, mais sa façon de bouger sur le lit trahit un certain malaise.

D'accord, continua Sylia, donc c'est ce que tu pense toi.

C'est ce que je souhaite…pour son propre bien…

Je vois… »

Ils marquèrent une pause pendant laquelle Ryô continua inlassablement de regarder le plafond. Au bout de plusieurs minutes il se tourna, s'appuya sur son coude gauche et prit une des mèches de cheveux de son amie pour l'enrouler autour de son doigt. Sylia sourit en se souvenant qu'il avait prit l'habitude de jouer avec ses cheveux pendant leurs discussions à cœur ouvert. Il entortilla encore quelques unes des mèches de son amie entre ses doigts. Sylia quant à elle continuait à regarder le plafond.

Il continua à jouer lentement avec les cheveux de son amie pendant plusieurs minutes. Leurs corps, mû par une vieille habitude, s'étaient rapprochés et lorsque Sylia se tourna à son tour sur le côté, elle remarqua qu'elle était pour ainsi dire collée à lui. Il continuait à jouer avec ses cheveux en souriant et elle ferma les yeux pour profiter de ce moment de calme. Au bout de quelques minutes il déclara à mi voix:

« Tout était beaucoup plus simple avec toi… on se comprenait et on éprouvait la même chose… les non dits nous rendaient complices… on vivait un rêve et ensuite… quand la réalité reprenait le dessus on avait de bons souvenir pour tenir le coup »

Sylia garda les yeux fermés, elle ne voulait surtout pas l'interrompre. Ryô ouvrait rarement son cœur de la sorte.

« Avec elle, c'est tout le contraire. J'ai lutté pendant des années et je lutte toujours si bien que le rêve n'est qu'un cauchemar…aussi bien pour elle que pour moi… je me pose des questions tout le temps… mon hésitation la rend folle… mais je ne veux pas lui faire de mal… elle est si fragile… et en même temps bien plus forte que bien des gens….. je sais qu'elle n'attend qu'un mot de moi… mais je ne peux pas m'y résoudre. »

Son amie lui caressa le bras en signe de réconfort. Quand elle l'avait quitté il portait déjà le monde sur ses épaules, et comme si cela ne suffisait pas, il portait en plus aujourd'hui le poids d'un amour dévorant. Ce pauvre garçon avait vraiment le don de se compliquer la vie.

« Dans un sens, elle me connait mieux que toi…elle sait ce que je vais faire avant que je ne bouge… elle devine mes mouvements en se basant sur mon souffle…moi… je la connais tout autant… et j'ai une confiance aveugle en elle. Elle est bizarre et pas vraiment douée à la base…mais elle peut soulever des montagnes avec la force de son cœur… »

Cette fois Sylia l'entoura de son bras. Il marqua une pause le temps de mettre de l'ordre dans ses pensées puis

« Tu as raison je suis un menteur… je l'aime…et je ne sais pas quoi faire… »

La jeune femme resserra son étreinte. Le nettoyeur lâcha ses cheveux et posa son bras sur sa taille. Son amie lui aurait bien proposé deux réponses mais elle savait que pour l'instant il n'était pas prêt à les entendre. Pour l'instant il avait juste besoin d'une accolade amicale, il avait simplement besoin d'être rassuré.