Chapitre 19 : Un duo de choc
Une nouvelle semaine passa, Ryô et Kaori enchainèrent deux petites missions de protection, et le reste du temps ils se consacrèrent à leurs amitiés respectives. Alex avait vraiment trouvée une amie en Kaori et les deux jeunes femmes passaient beaucoup de temps ensemble à flâner dans les rues de Tokyo. Le nettoyeur pendant ce temps passait ses journées avec son amie, et parfois avec son père, organisant même une réunion entre le professeur, Michael Heinz et monsieur Durieux.
Ryô remarquait cependant qu'à chaque fois que Kaori revenait de l'un de ses rendez-vous avec Alex, elle devenait de plus en plus élégante. La vérité était que la plus jeune des trois sœurs prenait un plaisir fou à habiller et à maquiller sa nouvelle amie, un peu comme s'il s'agissait d'une poupée. Le problème c'est qu'en devenant plus élégante, elle devenait aussi plus attirante et Ryô avait encore plus de mal à la regarder sans penser à de drôles de choses.
Tout ça n'avait pas échappé à Sylia, qui essayait de convaincre Ryô d'enfin avouer à sa partenaire ce qu'il avait sur le cœur. Un après-midi elle venait de revenir à la charge lorsque son ami perdit patience :
« Y'en a marre à la fin ! Si tu t'occupais un peu de tes affaires !
Je ne comprends pas à quoi ça te sert de la repousser puisque vous vivez ensemble.
Ecoutes moi, on vit très bien comme ça depuis un moment, alors fou moi un peu la paix, j'en ai marre d'entendre le même refrain !
Vous ne vivez pas très bien, c'est une torture pour chacun d'entre vous ! Et ne me dis pas le contraire !
Elle doit pas être si torturée que ça puisqu'elle est toujours là! Le jour où elle en aura marre elle s'en ira !
C'est ce que tu espères ? C'est pour ça que tu es odieux avec elle ? Tu cherches à la dégoûter pour qu'elle s'en aille ?
Tu as tout compris.
Alors puisque tu veux tant qu'elle vive dans un monde moins dangereux pourquoi tu ne la libère pas une fois pour toute ? Tu la garde enchainée à toi parce qu'elle espère que tu tomberas amoureux d'elle. Libère la ! Dit lui que tu ne veux plus d'elle comme partenaire, sois méchant, vas jusqu'au bout et laisse la partir pour de bon.
Elle a la tête dure, elle ne veut pas s'en aller…
Parce que TU la retiens !
Non parce qu'elle veut bien rester.
Arrête tes salades ! Tu l'aimes ? Alors laisse-la partir ! Ou sinon dis le lui !
Franchement mais de quoi tu te mêles, hein ? Il ne me semble pas t'avoir demandé ton avis !
Ça me rend dingue de vous voir tourner en rond comme ça.
Alors regarde ailleurs !
Ryô !
Quoi encore ? Tu me tapes sur les nerfs avec ta morale ! Tout ne peut pas avoir de Happy End ! Tout n'est pas blanc ou noir dans la vie ! Oui je l'aime, et oui elle m'aime, mais non on ne peut pas être ensemble et c'est comme ça ! Non je ne veux pas qu'elle parte parce que oui je suis content de ce que j'ai avec elle, même si c'est peu à tes yeux. Pour moi ça n'a pas de prix ! Alors si tu as envie de continuer à me faire des remontrances je te demanderais de rentrer chez toi et de me laisser tranquille ! »
Il s'allongea d'un mouvement rageur sur son lit en lui tournant délibérément le dos. Sylia encaissa le coup puis se tourna pour le regarder. Il tendit la main sous son lit, un petit bruit de papier se fit entendre dans la pièce, puis la détonation d'un briquet. Tout à coup une légère fumée s'éleva, rapidement suivit par une odeur de tabac.
« Tu vas rester là à me regarder longtemps ? Lança Ryô avec mauvaise humeur sans se retourner.
J'assiste à un spectacle rare, un gros bêta boudeur en train de fumer, on ne voit pas ça tout les jours !
Va te faire voir !
Et toi vas te faire foutre imbécile ! Tu ne te rends pas compte que je te fais la morale parce que j'ai de la peine pour toi.
Ne dis pas des gros mots, ça ne va pas du tout dans ta bouche. Et puis arrêtes de te soucier autant de moi, je le mérite pas.
Elle s'assit au bord du lit près de lui et s'appuya sur sa jambe.
C'est vrai j'avais oublié que tu es un méchant assassin, qui ne mérite pas d'amour et qui n'aime personne.
C'est tout à fait ça !
Crétin !
Andouille !
Obsédé !
Toi-même !... Il se redressa en position assise et s'assit près d'elle en tirant plusieurs fois sur sa cigarette. Il souffla la fumée en l'air.
Pfff ne souffle pas ce poison à côté de moi ! S'indigna Sylia en se levant pour s'écarter du nuage.
Ryô roula sur le côté, attrapa son cendrier sous son lit pour y écraser sa cigarette puis se redressa et s'approcha de son amie. Il saisit une de ses mèches de cheveux et commença à l'enrouler autour de son doigt. De l'autre main, il caressa celle de la jeune femme avant de la prendre.
En fait tu sais, c'est pas vrai que j'aime personne…
Tu aimes bien les femmes je sais. Plaisanta Sylia en serrant la main de son ami.
Oui bien sûr, mais sinon toi aussi je t'aime bien… tu es mon chaton…
Et toi tu es mon gros bêta adoré… Termina-t-elle en l'enlaçant. »
Ryô eut juste le temps d'enrouler ses bras autour d'elle, lorsqu'un bruit fracassant de verre qui se brise retentit derrière sa porte. Ryô se précipita vers la sortie, et ouvrit la porte à la volée juste à temps pour voir Kaori, en larmes, dévaler les marches. Il appela son nom, alors qu'il évitait les bris de vase devant sa chambre et s'élança à sa suite. Sylia sortit elle aussi de la chambre en courant et suivit son ami. Alex courait juste derrière Kaori en lui demandant d'attendre. Les deux jeunes femmes s'engouffrèrent presque en même temps dans le couloir de l'immeuble, mais Kaori prit soudain de la vitesse et distança son amie. Lorsque Ryô et Sylia sortirent de l'immeuble, les deux jeunes femmes avaient disparut. Le nettoyeur semblait partagé entre peur et colère. Il jura à haute voix et remonta d'un pas rageur dans l'immeuble, son amie sur ses talons. Il enfila ses chaussures, mit son arme dans sa veste et s'affala sur le canapé en pianotant sur sa cuisse d'un air nerveux.
« Tu ne vas pas la chercher ?
J'ignore où elle est allée. Et puis ta sœur est avec elle.
Comment tu le sais?
Une intuition. Il enfouit sa main entre les coussins du canapé et en sortit une espèce de télécommande.
Ecoutes, moi je ne vais pas pouvoir rester là sans rien faire !
Qui te dit que je ne fais rien ? Il se pencha vers sa télécommande et l'observa attentivement.
On peut savoir ce que c'est ce machin qui t'intéresse tant ?
Un radar… le petit point vert que tu vois là c'est Kaori. Elle a un émetteur dans ses vêtements. Ajouta-t-il pour répondre à la question silencieuse de son amie.
Tu la piste ?
Précaution nécessaire dans notre métier. Elle s'est arrêté de bouger là tu vois. Elle est à quelques rues d'ici… c'est bon pas de soucis à se faire.
Maintenant que tu sais où elle est, tu ne vas toujours pas la chercher ?
Non… ça lui passera…cherche pas c'est comme ça qu'on fonctionne. Bon je vais regarder la télé, ça te dit un film porno ? »
Sylia l'observa quelques minutes sans rien dire, elle ne comprenait pas bien pourquoi il faisait semblant d'être décontracté alors qu'en réalité il était nerveux. Soudain elle réalisa qu'avec le métier qu'il faisait, s'il courrait après sa partenaire chaque fois qu'elle mettait le nez dehors il deviendrait fou. A la place il essayait de se changer les idées…Il commença à faire plein de plaisanteries débiles et mit sa cassette qui commença dans le vif de l'action… Sylia s'approcha de lui et lui prit la télécommande, la vraie et coupa la vidéo. Elle le laissa ronchonner et s'assit à côté de lui. Elle lui toucha l'épaule, le serra brièvement dans ses bras, puis déclara qu'elle était d'accord pour la télé, mais pas pour un film de fesses.
Au bout d'un moment, Tam et Quentin qui passaient par là avaient décidé de s'arrêter dire bonjour et commencèrent à regarder la télé avec eux. Deux heures avaient passé et toujours pas de nouvelles d'Alex et Kaori. Ryô commençait à devenir un peu plus nerveux. Il était difficile de s'en rendre compte mais son sourire avait perdu de son éclat et il jetait souvent des regards en direction de la porte. Tout à coup il tressaillit et se leva d'un bond. Il ouvrit la porte juste à temps pour voir Alex s'effondrer dans ses bras. La jeune femme murmura quelque chose et Ryô lui ordonna de se taire pour le moment. Ses sœurs et son beau frère se précipitèrent tandis que Ryô la ramenait sur le canapé. La jeune femme était pâle et saignait de la lèvre mais surtout une ouverture dans son jean laissait voir une blessure à la cuisse…vraisemblablement une blessure par balle.
« Il faut l'emmener à l'hôpital ! S'affola Tam.
Pas le temps, on va lui faire les premiers soins ici. Déclara Ryô. De toute façon la blessure n'est heureusement pas profonde.»
Il envoya Sylia lui chercher de l'eau et des serviettes, tandis que lui-même partait en courant chercher de quoi la désinfecter, après avoir laissé la jeune femme dans les bras de sa sœur et de son beau frère. Sylia revint avec une bouteille d'eau et plusieurs serviettes. Ryô revint avec une bouteille d'alcool pur et demanda à son amie de plier une serviette et de la mouiller pour la mettre sur le front de sa sœur quand il le lui dirait, et d'en donner une tout de suite à Alex pour qu'elle la mette dans sa bouche. Il prit lui-même une serviette, la plia en six et versa de l'alcool dessus.
« Ça va brûler, n'hésite pas à crier et à mordre dans la serviette, c'est fait pour ça. Expliqua Ryô à la jeune femme tandis qu'il déchirait son jean.
Mais tu ne vas pas la soigner avec ça quand même ? S'indigna Tam. Elle va souffrir le martyre !
Au moins ça ne s'infectera pas !
Non, on va l'emmener à l'hôpital ! Insista Tam.
Tam laisse le faire ! Intervint Sylia.
Prête ? Demanda Ryô à Alex
Non… mais vas-y. balbutia la jeune femme.
Vous tenez la bien, il ne faudrait pas qu'elle tombe en plus. »
Alex ferma les yeux et serra les dents autour de la serviette. Ryô appliqua la compresse de fortune sur sa cuisse tandis que la jeune femme se tordait de douleur en gémissant dans les bras de ses proches. Il confia à Quentin le soin de maintenir la serviette sur la plaie, pendant qu'il prenait une bouteille dans sa cachette, et versa le liquide dans un verre qu'il posa sur la table basse. Il partit dans la salle de bain chercher un bandage et retourna dans le salon. Il nettoya rapidement la plaie d'Alex et lui posa la serviette mouillée sur le front. Il constata qu'elle n'avait besoin d'aucun point de suture, la balle n'avait fait qu'érafler sa jambe, alors il finit de découper son jean, qui du coup se transforma en short, et lui banda la cuisse. Il l'obligea à avaler ce qu'il y avait dans le verre, sous prétexte que ça lui donnerait un coup de fouet, puis se planta devant elle :
« Raconte-moi vite ce qui s'est passé !
Kaori et moi on rentrait et…. On a vu une bande de mecs…de mecs en costards s'en prendre à une jeune fille…balbutia Alex avec un sanglot dans la voix. On leur a crié de la laisser tranquille… ils nous ont insulté en nous disant de nous mêler de nos affaires…
Passe-moi les détails s'il te plait ! Pressa Ryô.
A un moment l'un des mecs a regardé Kaori et a crié aux autres qu'il la reconnaissait, que c'était la partenaire de city hunter. Ils ont commencé à rire en disant que s'ils l'enlevaient ils pourraient essayer de tuer city hunter. Mais ils se sont trompés, on le connaît pas ce city hunter…
Ensuite ?
Ils nous ont sauté dessus. On a essayé de se battre mais ils étaient nombreux et ils ont sortis des flingues. Kaori s'est mise à gesticuler pour faire diversion… Elle m'a dit d'aller te prévenir. Un des mecs l'a frappé et jeté dans leur voiture et je suis partie en courant. L'un d'eux m'a vu et m'a tiré dessus, ils m'ont poursuivi un peu mais j'ai réussit à les semer.
Vous étiez où ?
A deux rues d'ici vers l'est ! Ryô il faut prévenir la police.
Tu as vu vers où ils sont partis ?
Le centre ville, mais… »
Le téléphone sonna tout à coup. Ryô décrocha et conversa sur un ton insondable avec ceux qui semblait être les ravisseurs. Il demanda à parler à sa partenaire.
« Allô Kaori ? Je voulais juste te dire que tu peux mourir en paix, ne t'inquiète pas quand tu seras partie je vivrais heureux avec de belles femmes et on fera mokkori toute la journée ! S'exclama-t-il sur un ton joyeux.
Espèce de Salaud ! Gros enfoiré ! tu n'attends que ça que je meure pour que tu puisses enfin t'éclater !Tempêta la voix de Kaori depuis l'autre bout du fil. »
L'un des ravisseurs se releva de sa surprise et reprit le téléphone pour proférer des menaces puis raccrocha.
« Mais qu'est-ce qui t'a prit de lui dire une chose pareille ? S'indigna Alex. Elle avait raison tu n'en as rien à faire d'elle !
Ryô l'ignora totalement et composa un nouveau numéro
« Allô lieutenant de mon cœur ? Oui oui c'est moi. Ecoutes ma grande j'aurais besoin que tu te rendes sur les docs dans un petit moment, il se peut qu'il s'y passe de drôle de choses. Pourquoi ? Disons simplement qu'une bande de guignols a eu la mauvaise idée de convier Kaori à une fête un peu glauque… Voilà tu m'as bien compris… A plus tard. »
« C'est pas possible que tu sois si détendu ! Cria Alex. Ton amie est en danger et toi tu parles de fête ? Quelque chose ne tourne vraiment pas rond chez toi !
Tu parlais à un lieutenant de police pourquoi ne pas avoir demandé de l'aide ? S'insurgea Tam. Il fallait lui dire que les ravisseurs avaient confondus Kaori avec la partenaire de ce city hunter !
Bon je vous laisse, moi je vais faire un tour. Sylia tiens, voilà l'adresse d'un bon médecin, dites lui que vous venez de ma part. Déclara-t-il en lui tendant un petit papier sortit de sa poche.
Faire un tour ? S'énerva Alex. Et Kaori alors ? et ce fameux city hunter qu'il faut encore trouver ? Tu n'en a à ce point rien à faire de ta partenaire ?
La ferme ! Trancha Ryô.
Tais-toi ! Ordonna Sylia qui savait que Tam allait répliquer. Et toi aussi Alex ! Ryô laisse moi venir avec toi, je pourrais t'aider !
Non ! A chacun son boulot. C'est au chasseur de s'occuper des méchants, pas à une féline chapardeuse. Vous pouvez rester ici pendant mon absence… Maintenant tu m'excuseras mais j'ai une promenade à faire. »
Il sortit de la pièce rapidement sans regarder personne.
Ryô s'arrêta à un endroit où il était sûr qu'on ne pourrait pas le voir. Il vérifia son arme et ses balles, puis sortit de sa voiture. Il jeta un coup d'œil aux alentours puis se dirigea d'un pas tranquille vers le hangar, son arme prête à servir.
Les premiers gardes à l'extérieur moururent sans s'en apercevoir, après qu'on leur ait sectionné les vertèbres.
Une ombre se glissa à l'intérieur.
Les ampoules explosèrent. Les ombres avaient besoin d'obscurité pour survivre.
Plusieurs autres factionnaires s'effondrèrent sous le poids d'une balle entre les omoplates.
D'autres franchirent les portes de l'autre monde à cause d'une balle dans le front.
L'ombre progressait, se faufilait, toujours plus rapide, toujours plus mortelle.
Il n'y avait aucun bruit dans cette pièce… les morts étaient rarement bavards.
Soudain, un éclat de voix, sa voix… suivi d'une autre, puis…un bruit sec…le bruit d'une main giflant un visage.
L'ombre écouta attentivement, juste le temps de se concentrer.
La porte s'ouvre dans un bruit fracassant.
L'ombre se déplace rapidement… deux autres hommes retournent rejoindre les gardes.
Un homme est par terre, assommé, l'arcade sourcilière en sang.
L'ombre pivote.
Tout à coup plus rien.
Elle saigne, sa lèvre a éclaté sous un choc violent. Elle saigne…ils vont tous finir dans une marre de sang…
L'un des rares vivants lui tient la tête, lui tire les cheveux. Il est derrière elle, elle lui sert de bouclier…Elle a les mains liés dans le dos…Il a posé un couteau sur sa gorge…Il vient d'entamer sa peau…
Elle saigne…
Il va mourir désossé.
Un autre braque une arme à droite…
Deux autres ombres plus fines et plus souples se faufilent dans le hangar.
Elles évitent le sang et s'enfoncent dans les ténèbres.
« Jette ton arme City Hunter sinon elle meurt ! » Cria l'homme qui tenait Kaori.
Ryô s'exécuta, tout en réfléchissant. Le sang qui coule sur le visage et dans le cou de sa partenaire l'empêche de voir bien clair. Il n'a qu'une envie, les voir mourir dans d'atroces souffrances !
Les partenaires échangent un regard intense
Autour plus rien…Ils sont seuls et ils parlent avec les yeux.
L'homme à droite s'approche, l'arme tendue vers la tête de Ryô.
Ryô et Kaori respirent au même rythme
Ils se regardent
Le message est clair
Ça peut commencer !
Kaori se détache puis saisit rapidement le bras qui tenait le couteau sur sa gorge, le remonte de quelques centimètres et mords de toutes ses forces. L'homme hurle et attire l'attention de son acolyte qui détourne les yeux de Ryô. Celui-ci lui saisit le bras qu'il tendait vers lui, lui tord le poignet et fait tomber l'arme. Kaori a eu le temps de mettre un coup de poing dans le plexus solaire de son assaillant et tend la jambe pour lui mettre un coup de pied sous la ceinture. Entre temps Ryô a explosé le nez de son propre assaillant en lui tapant la tête contre le mur. Ryô le laisse s'écrouler au sol inconscient, bondit pour récupérer son arme et la braque vers l'assaillant de sa partenaire. Elle est à l'abri, un genou à terre. Il tire et l'homme s'effondre, défiguré par une balle dans le front.
Kaori, jusque là si calme, se mit à trembler. Elle venait de poser les yeux sur les hommes qui gisaient sans vie au sol. Ryô suivit son regard et vint l'aider à se redresser tandis qu'il évaluait ses blessures. Elle n'avait rien de grave, heureusement il y avait eut plus de peur que de mal.
« Qu'est-ce qui lui est arrivé à celui là ? Demanda le nettoyeur pour essayer de la détendre.
Je lui ai mis un coup de tête. Et… et un coup de pied dans le ventre, mais ça ne se voit pas. Répondit Kaori d'une voix éteinte sans cesser de trembler.
C'est toi qui lui as fait ça ? S'étonna Ryô. Mais comment…
Il a voulu s'amuser avec moi parce qu'il en avait marre d'attendre…alors il est venu poser les mains sur mes jambes et…
Ryô resserra sa poigne autour de son arme, en lançant un regard à l'homme, un regard débordant de haine. L'autre monde aurait encore un invité d'ici peu.
Il t'a touché ? Interrogea le nettoyeur d'une voix atone. »
Kaori observa son partenaire… Il paraissait si calme… pourtant elle savait qu'elle ne l'avait jamais vu si en colère. Une puissante aura meurtrière émanait de lui tout à coup. Comme elle tardait à répondre, il s'exclama :
« Il t'a touché ou pas ?
Il était inquiet pour elle… Cette seule pensée fit oublier à Kaori les petites douleurs qui parcouraient son corps. Pendant un instant elle oublia même qu'il y avait des morts partout autour d'elle.
Non il n'en a pas eu le temps. Je lui ai mis un coup de pied, et quand il s'est plié en deux je lui ai mi un coup de tête de toutes mes forces. Je pense que j'aurai une bosse demain.
C'est fort probable. » Concéda Ryô en se tournant vers elle.
L'aura meurtrière avait disparu, il couvait sa partenaire d'un regard attendrit. Il posa une main sur sa tête comme il le faisait souvent lorsqu'il réprimait une grosse envie de la prendre dans ses bras et ajouta :
« Tu m'impressionne Kaori ! Non seulement tu as tenu tête à ces rats et tu as permis à Alex de s'enfuir mais en plus tu les démolis ! Tu t'es vraiment débrouillée comme un chef !
Les joues de la jeune femme se tintèrent de rose pendant que ses lèvres s'étiraient en un énorme sourire reconnaissant.
Merci Ryô ! Ah… Ryô… comment va Alex ? J'ai vu l'un d'entre eux lui tirer dans la jambe !
Elle va bien, c'était juste une égratignure. Bon maintenant occupons nous de ces deux là. »
Il chercha une corde des yeux, et en trouva une pendue à une chaise. Certainement la corde dont on s'était servi pour lier les mains de Kaori. Ryô ficela les deux survivants ensemble. Kaori ne bougeait pas et se tenait en retrait en essayant de ne rien voir… pourtant il commençait à y avoir beaucoup de sang par terre… sans parler de l'odeur étrange qui parvenait du reste du hangar. Ryô remarqua que sa partenaire ne se sentait pas bien et s'approcha d'elle… elle était très pâle et s'était remise à trembler. Il réalisa à contre coup que c'était certainement la première fois qu'elle voyait tant de sang et de morts à la fois.
« Je vais te faire sortir d'ici, le spectacle n'est pas très joli. Accroche-toi à mon cou et ferme les yeux. »
Elle ne discuta pas et se laissa porter en enfouissant sa tête dans le cou de son partenaire. Il marchait dans le hangar d'un pas tranquille, la chaleur de son corps était rassurante. Pourtant Kaori approcha les lèvres de son oreille et murmura sur un ton légèrement apeuré « j'ai l'impression qu'on nous observe »
Ryô n'en croyait pas ses oreilles, alors elle l'avait senti ? Depuis quand sa partenaire était-elle aussi douée ?
« Ne t'inquiètes pas ce n'est rien. Ce sont juste des chattes un peu trop curieuses… »
Le nettoyeur porta son équipière jusqu'à leur voiture. Il la fit asseoir et lui ordonna de boire un peu d'eau, il y avait une bouteille dans la boite à gants. Il s'apprêtait à ajouter quelque chose lorsqu'elle remarqua
« Ryô, pourquoi les avoir presque tous tués ? D'habitude…
D'habitude on ne s'attaque pas à nous sans raison. Je ne laisserai personne croire qu'on peut s'attaquer à nous impunément et en sortir indemne. »
Il lui ordonna de rester dans la voiture et de l'attendre le temps qu'il « range un peu la pagaille ». Elle hocha la tête et le regarda sortir un bidon d'essence du coffre et ensuite le vit disparaître derrière l'énorme rangée de containers.
Il avait dit « nous »… Il s'était inquiété pour elle, et en plus il avait dit « nous ». Kaori ferma les yeux, les rouvrit, puis les ferma à nouveau. Elle s'endormit en pensant au regard tendre qu'avait posé Ryô sur elle un peu plus tôt.
