je craque^^ (et je m'ennuie en cours) voilà le chapitre trois!

Cinq jours…cela fait cinq jours que je porte une attention plus qu'importante à mon comportement. Cinq jours que je me lève aux aurores, mange en cinq minutes à midi, et le plus souvent saute le dîner. Cinq jours que je laisse mon regard dériver vers le plafond lorsque Lupin est à portée de regard, et que sous la table j'enfonce mes ongles dans la chair de mon genou.

Je me maudis chaque seconde, tout en gardant mon masque de parfaite indifférence. Je me maudis pour ne pas avoir la force que le Choixpeau a cru que j'avais, je me maudis pour répondre poliment à ceux qui me parlent, je me maudis, enfin, pour avoir suscité la curiosité des Maraudeurs.

Ils me regardent. Me testent. Voient comment j'agis. Lupin a dû leur rapporter notre conversation sur la terrasse, et eux ne savent quoi en penser.

Si je voulais avoir des amis, si je le pouvais, ce ne serait définitivement pas eux mon choix. Je les apprécie et estime, mais ils ne sont pas de ceux que je peux fréquenter. Passer outre ce que mon père voit et ce que mes parents ont fait de moi, cela me demande déjà trop de courage pour que j'ose mettre en œuvre mon rêve.

Alors les Maraudeurs, je ne préfère autant pas.

A l'heure où je vous parle, je suis appuyée devant la cheminée, le visage tourné vers les flammes. Ma cape doublée de fourrure, celle que Lupin n'aime pas pour ce qu'elle représente selon lui, est posée sur le fauteuil le plus proche, où j'étais assise il y a peu.

Ils vont venir. Je les attends. Cinq jours m'ont convaincue, de par leur difficulté, que je ne pourrais pas tenir jusqu'à la fin de l'année de la sorte. Ni moi, ni eux. Alors s'ils ont des questions – et je suis sûre que tel est le cas – qu'ils les posent.

- Tu nous dois toujours une partie de bridge, rappelle la voix de Sirius juste derrière moi.

Un léger souffle m'apprend qu'il a dû s'asseoir dans un fauteuil. Prêt pour affronter la créature, hein ? Très bien. Rien d'étonnant à ce qu'il soit seul pour l'instant, les autres ne doivent pas être loin. Tous les quatre doivent avoir conscience que Sirius est celui qui m'est le plus proche par l'éducation.

- Je n'avais ni promis ni refusé, je réponds sans bouger. Libre à toi de me demander de jouer, mais ce serait courir un risque dont tu n'as ni l'idée ni l'envie.

- Il y a un domaine où tu n'excelles pas ?

Son ton est surpris. Il est peut-être venu parce que notre éducation a été semblable, mais il m'apparaît que sur le plan des acquis, j'en ai davantage. Sirius ne me connaît pas si bien que cela, mais il n'en est pas moins estimable.

Son dévouement pour ses amis mérite admiration. Son dévouement, et sa force de résistance aux pressions insidieuses.

- Exceller, je réplique, nécessite de satisfaire à la fois les autres et soi-même. Où qu'on aille, qui qu'on soit, il demeure toujours des contestations.

- Et cela ne te fait rien.

- On ne peut modifier l'esprit des autres qu'avec une magie trop puissante pour être claire.

Pause. Nous tournons autour du pot. Soit ! Je suis rompue à l'exercice, et même si mon visage demeure tourné vers le feu, je suis impassible. Nul ne me prendra au dépourvu. Jusqu'à ce que j'arrive à me prendre en main, nul ne saura ce que je pense.

Je ne peux que remercier mes parents d'avoir pris soin de moi, même si cela s'est fait avec quelques heurts et éclats qu'aucun d'eux n'a vu. De même, je ne peux que leur être reconnaissante de m'avoir appris à protéger mon esprit. Aucun élève n'est legilimens, je pense, c'est une compétence trop difficile pour être maîtrisée avant plusieurs années d'étude acharnée, mais au moins je sais sur quels critères me fonder pour accorder ma confiance.

M'est avis que les Maraudeurs en sont dignes. Je retire ce que j'ai dit précédemment. Ils ne sont peut-être pas les amis idéaux, mais ils ont de la valeur.

- Tu penses trop, Emma.

Hmh.

- Ce n'est plus Loxe ?

Silence dubitatif.

- Je ne t'ai jamais appelée comme ça.

- Ton ami l'a pensé tellement fort que j'ai cru l'entendre.

C'est un fait, j'ai cru comprendre que Remus Lupin ne m'apprécie pas. Depuis qu'il pense que son secret est pendu à ma bonne volonté – ce qui n'est pas si faux, en y repensant – je le pense même assez hostile à mon égard.

La loi que veut faire passer mon père l'inquiète, c'est naturel. Cependant, je pense qu'il me met dans le même panier que ma famille. Cela non plus ne puis le lui reprocher en soi, mais c'est très irritant. S'il est capable de distinguer Black de sa famille, alors faire la différence entre moi et mon père devrait être dans le domaine du possible, non ?

Peut-être que mon comportement n'aide pas non plus.

- Penser n'est pas dire, soupire Sirius.

Je crois qu'il s'est résolu à l'idée de la joute verbale.

- Les mots doivent refléter la pensée.

- Certaines vérités ne sont pas bonnes à dire.

- Alors mieux vaut se taire plutôt que mentir.

- STOOOOOOOOOOOOOOOOP !

Je connais ce cri. C'est celui du gars qui ne comprend pas ce qui se passe sous son nez. En l'espèce, je ne suis pas sûre de la voix…je ne la reconnais pas…enfin si, j'ai un doute, mais je ne suis pas assez proche de qui que ce soit pour savoir distinguer les timbres.

Une seconde le temps de vérifier que mon masque d'impénétrabilité est bien en place, et je me retourne. S'il y a une minute seul Sirius semblait goûter à ma compagnie, maintenant, ce sont tous les Maraudeurs qui sont affalés sur le canapé.

- Sans rire, reprend James – je ne m'étais donc pas trompée – sur un ton plus calme, on dirait que vous parlez en charades !

- Techniquement Cornedrue, répond Sirius sans se laisser démontrer, ça s'apparentait davantage à des rimes qu'à des charades.

- De mauvaises rimes, souligne Lupin non sans raison.

Ce que je me garderai bien de lui dire. Une des règles primordiales à mon sens est de ne pas prendre de position avant d'être sûr de ce qu'on fait.

D'où le résultat actuel. Je m'entends correctement avec chacun et ne suis amie avec personne.

Regarder le plafond ne me semble plus être d'actualité. Je crois donc pouvoir regarder devant moi, y compris donc m'intéresser à Lupin. Il n'est pas rebutant à voir, mais ce n'est pas pour autant que je vais l'admirer ad vitam aeternam.

- Vous voulez me parler de poésie ? je demande en une fausse interrogation.

Je pourrais tourner éternellement autour du pot, mais eux non, et ce qui fait la différence entre les Hommes est parfois…la capacité d'adaptation.

Je ne prétends pas au titre de génie, tout au plus à la dixième place. En revanche, Sirius a la palme, et James est également assez bien placé. Quant à Lupin et Peter Pettigrow, ça…je ne les connais pas assez pour en juger.

Silence de mort. Je n'entends que le bruit de nos respirations, et le crépitement du feu.

Silence, toujours. Ce qui permet à un elfe d'apparaître dans un « pop ! » digne de l'ouverture d'une bouteille de champagne.

- Miss Loxe, dit l'elfe de sa petite voix couinante, Monsieur le Directeur m'a demandé de vous avertir que Monsieur le Ministre de la Magie aimerait vous voir dans deux heures, après sa visite.

J'acquiesce d'un signe de de tête, et tire un gallion de ma poche. Je ne sais trop ce qu'il en fera, mais il accepte la chose avec gratitude. Asservir une créature n'empêche pas la gentillesse, contrairement à ce que pensent la majorité des sorciers de notre époque.

Qui sait, peut-être qu'un jour cela changera. Un jour…

- Tu paies un elfe ? s'étonne Lupin tandis qu'Arsenik – c'est son nom – disparaît avec le même son caractéristique.

- Je le remercie, il y a une nuance. Offrir une pièce ne revient pas à donner un vêtement.

- Mais il ne le prend pas mal ? continue Lupin.

- Il le devrait ?

Les préjugés ont la peau dure, je pensais pourtant qu'un loup-garou saurait que les racontars sont trompeurs.

S'il ne sait déjà pas voir pour un pauvre petit elfe de maison, comment le pourrait-il sur moi ? Je suis d'une autre ampleur.

- Les elfes n'aiment pas être payés.

- Ce n'était pas un paiement, je contre. Juste une gratification dont Arsenik se satisfait parfaitement. Il me connaît, et libre à lui de l'utiliser comme il le veut.

En l'occurrence, je le soupçonne de garder toutes les pièces que je lui donne pour une cagnotte qu'il m'offrira s'il me considère dans le besoin. Les pièces ne servent pas à grand-chose pour les elfes de maison – à ma connaissance du moins – et Arsenik m'apprécie assez pour vouloir me défendre à corps perdu s'il y avait besoin.

Il est à moi depuis mes onze ans. Cadeau de mes parents pour mon entrée à Poudlard. Certains reçoivent un hibou, j'en avais déjà un. Alors j'ai eu un elfe, et je l'apprécie sincèrement.

Toutefois, cela ne vaut pas un ami.

- Je donnerais cher pour savoir comment tu penses, finit par lâcher Lupin après un nouveau silence.

Je continuerai à donner cher pour qu'il ne le sache pas.

- C'est donc cela que vous voulez ? je demande avec un étonnement feint. Vous cherchez à connaître les remous de l'esprit d'une élève ? Je croyais pourtant que vous le sachiez…

Lourd regard vers Lupin. Ce qu'il a dit il y a cinq jours n'était pas si faux dans le fond…Mais assez rêche. Peu sympathique à dire, et encore moins à entendre.

Surtout que moi qui me connais, je sais que je ne me limite pas à cela.

- Tu ne montres rien, dit Peter de façon si brusque que j'en sursaute presque – ce n'est pas de ma faute s'il est très discret. Ce que nous voyons est ce que tu acceptes de montrer. Qu'est-ce qu'il y a derrière ?

- Tu m'avais dit être humaine, reprend Lupin en se levant pour venir se mettre face à moi. Je veux bien te l'accorder, mais les humains pensent pas eux-mêmes. Ils n'obéissent pas aveuglément. Ce sont les Inferi qui le font, ou les esprits faibles. Montres que tu n'es ni l'un ni l'autre.

- Remus, grogne James en réprimande.

La Pleine Lune était la semaine dernière, il est donc exclu qu'elle influe encore sur son comportement. Alors, je ne vois qu'une seule conclusion…Lupin ne m'apprécie pas. Naturellement. Les êtres ont des affinités et des animosités, c'est naturel. A son égard, je crois être dans la seconde catégorie.

- - Désolé, reprend Lupin avec un soupir en retournant s'affaler. Je n'arrive juste pas à comprendre.

Il n'y a rien à comprendre. Je suis celle que je suis. Mon chemin et les vôtres ne se croiseront probablement plus après cette année, il est inutile de chercher à approfondir.

J'entrevois déjà mon avenir si je ne fais rien contre cela. Dans six mois, diplômée. Un an, fiancée. Deux, mariée. Trois, un enfant. Vingt ans encore, et je serais grand-mère. Cent ans, dans le cercueil.

Une bonne épouse d'un ponte d'une Ministère. Qui sait…d'un successeur de Père. Une femme à l'aise en société, conversant sur des sujets variés, mais jamais, jamais au grand jamais, vue à sa juste valeur. Appréciée, peut-être, estimée, mais jamais aimée.

Je resterai toujours la petite oie blanche, alors que j'aspire à être le voyageur au-dessus de la mer de nuages (N/A : c'est le nom d'un tableau très célèbre de Caspar David Friedrich, datant de 1818)

- Une Gryffondor n'obéit pas sans réfléchir.

Dixit James. Et il a raison. Comprenez pourquoi je l'estime.

- Qui a dit que je ne réfléchissais pas ?

Dixit moi. Et j'ai autant raison que James, sans me porter un amour démesuré. Je ne suis pas Narcisse.

- Alors prouve-le, reprend Lupin sans laisser son ami dire un mot. Dis une chose que tu penses personnellement, que personne ne t'a jamais soufflée, quelque chose qui vient de ta tête.

Silence. Il veut quelque chose que je pense personnellement ? Quelque chose que nul ne m'a jamais dit ? Quelque chose qui vient du fond du cœur ? Soit.

- J'adore la couleur de tes cheveux, je lâche négligemment en reprenant ma cape sur le fauteuil.

- Hein ?

Quoi ? Il m'avait demandé de la sincérité non ?

- J'adore la couleur de tes cheveux, je répète. Et tu as de très beaux yeux. Excusez-moi maintenant, mais il est préférable que je fasse un brin de toilette avant d'aller présenter mes respects…à mon père.

quand je disais qu'Emma peut paraître Mary-sue, je pensais entre autres à ça. posséder un elfe de maison peut passer, à mon sens, mais pas payer Arsenik.

pour le paiement, je n'ai rien à dire pour ma défense, si ce n'est qu'Emma a tellement d'argent qu'elle ne s'aperçoit pas trop de ce qu'elle fait. son elfe la connaît depuis presque dix ans qu'il ne s'en formalise plus.

en revanche, Arsenik, j'ai un projet pour lui :p. il aura un petit rôle à la fin de la fic, même si pour l'instant je vous accorde que ce n'est qu'un elfe de maison trop bien traité.

merci d'être encore là :p (je sais, ce n'est pas facile de me supporter...)