bonjour à tous!
merci pour les quelques reviews que j'ai déjà reçues, mais n'hésitez pas à en envoyez davantage, je ne mords pas^^ en attendant, je vous donne le nouveau chapitre de Tout commence par un jeu, où j'espère avoir réussi à retransmettre combien la relation entre Emma et Lupin est compliquée.
merci de me lire!
biz,
Chumani
- Emma !
Hum…je ne répondrais pas.
- Emma !
Non, non, cent fois non.
- EMMA !
Quel coffre ! Mais non Lupin, non. Non, non, non, non, et encore non. Tu veux que je me comporte comme une humaine. Soit, mais ne me demande pas d'annihiler dix-sept ans d'efforts en un claquement de doigts. Si tu veux que je commence à avoir des réactions adaptées au métabolisme de ceux qui m'entourent, je vais commencer par l'expérimenter sur toi.
Tu ne m'apprécies pas, c'est bien cela ? Alors je vais t'éviter le moindre énervement…et donc ne pas te parler du tout.
- Tu le fais exprès ou quoi ? grogne Lupin en m'agrippant le bras.
Il me force à me retourner, et pour toute réponse je ne lui adresse qu'un léger sourire. Je me comporte en humaine, non ? Je fais honneur à mon espèce. Où est le problème ?
- Emma, soupire-t-il finalement en voyant que je reste debout et silencieuse face à lui. Tu aimes vraiment la couleur de mes cheveux ?
Si je l'ai dit, c'est que c'est vrai, non ? Je n'aime pas mentir, pour moi mieux vaut se taire que s'enliser dans un mensonge.
- Ils sont d'un joli blond cendré, je dis avec un haussement d'épaules. Dans le soleil, ils ont des reflets dorés, ils me font penser à du miel. Les goûts et les couleurs ne se discutent pas.
Sans commentaire.
- Et bien…réussit quand même à répliquer Lupin, les tiens sont pas mal non plus.
Hmh. Sans vouloir paraître orgueilleuse, je suis tout à fait d'accord avec lui. Non seulement je suis rousse – ce qui est assez rare, sauf côté Weasley – mais en plus les hasards de la génétique ont voulu que j'hérite de la lourde crinière, très fournie, qui faisait la gloire de ma grand-mère maternelle du temps où elle était considérée comme étant une beauté. Ma mère n'en a pas bénéficié, moi oui.
- Arriverais-tu à comprendre combien ils sont difficiles à coiffer, je reprends, ou cette notion est-elle totalement étrangère à ton cerveau typiquement masculin ?
- Ne me demande pas de comprendre un truc de filles, c'est hors de ma portée.
Ceci est une grande…banalité. S'il existe une différence entre homme et femme, ce n'est pas que pour un bas instinct de reproduction. L'équilibre des points de vue est essentiel.
Je reprends mon chemin, espérant arriver à la bibliothèque avant qu'elle ne ferme. Oh, il reste deux bonnes heures avant cela, mais connaissant les Maraudeurs, il y a un risque non négligeable pour que je ne puisse pas travailler en paix dans ce lieu fleurant bon le parchemin et le savoir.
- En fait, reprend Lupin en me barrant le chemin, je ne suis pas venu ici pour te parler désordre capillaire.
…ce qui est assez rassurant. Parler de cheveux donne une image plutôt efféminée, et je crois pouvoir assurer sans me tromper qu'un style androgyne, d'une part détruirait le mythe du beau et mystérieux Remus Lupin, mais d'autre part lui enlèverait tout intérêt.
Il doit y avoir sur terre quelqu'un de plus intéressant à étudier que lui, mais Lupin n'est pas dépourvu d'un certain caractère attachant. Oh je ne le connais pas bien, vous le savez, mais la manière dont il vit sa lycanthropie, dont il est dévoué envers ses amis, est assez passionnante pour que je veuille me pencher sur la question.
- Alors de quoi ?
En pareille circonstance, Lily aurait dit une phrase savante, Sirius sorti une blague, et James une stupidité. Moi, je n'ai aucun sens de l'humour. Je suis juste…pragmatique.
- Mes amis voulaient que je te parle d'un truc, et j'avais moi-même une question à te poser.
Aha. D'accord. Cependant, sans vouloir me montrer mauvaise langue ou quoi que ce soit du même genre, c'est vraiment un comportement stupide.
Lupin ne m'apprécie pas, soit ! Je ne chercherai pas à le faire changer d'avis, ni à le pousser à me détester encore plus. Mais alors pourquoi est-ce lui qui vient ? Certes, je ne vais pas le manger ou hurler sur les toits qu'il est un loup-garou, mais ce n'est pas une raison pour qu'il se fasse violence !
Si les Maraudeurs tiennent tellement que cela à me parler, je suis parfaitement accessible, que ce soit aux repas ou au coin de ma chère cheminée. Quant à Lupin, si ce qu'il a à me demander est réellement capital, j'ai pour principe de répondre aux hiboux que je reçois.
Sauf ceux d'insultes, cela s'entend. J'en ai déjà reçus, de la part de personnes oubliant que malgré le fait que je tienne de lui la moitié de mon sang et bien plus, je ne suis pas mon père.
D'un geste de la main, je l'invite à entrer dans une salle de cours vide. Libre à lui de vouloir souffrir en ma compagnie, personnellement je peux très bien le supporter. La nature m'a heureusement douée d'une très grande patience, au point que je ne me souviens pas m'être énervée une seule fois depuis que je suis entrée en l'âge de raison.
Lupin s'affale sur une table, tandis que je m'adosse au bureau. Je dois lui paraître guindée, archaïque peut-être, maniérée, mais c'est ainsi que j'ai été élevée. Je ne conçois pas de me tenir autrement.
Et puis, avantage de la situation, je le vois très bien de là où je suis. Il ne risque pas de trouver suspect que je le regarde, alors je peux à loisir l'admirer.
Je comprends celles qui l'aiment… Pour son visage, cela s'entend, je ne connais pas assez son caractère pour en juger. Lupin est assez beau au naturel, et les quelques cicatrices, assez anciennes il me semble, qui parsèment son visage et ce qu'il laisse voir de ses bras lui donnent un charme assez particulier auquel j'adhère totalement.
- Commence par ta question personnelle, j'ordonne en prenant un bonbon dans une boîte ouvragée.
Ce sont des pastilles de violettes, je les affectionne particulièrement. C'est fin, léger, délicat, et surtout assez léger en sucre. Aucun risque pour mon tour de taille ou je ne sais quoi d'autre.
Lupin accepte avec un sourire lorsque je lui en propose, et je retourne m'adosser au bureau.
- Pourquoi tu n'as rien dit ? demande Lupin de tout go.
Classique. Classique de chez classique. Mais s'il veut sa réponse, je vais la lui donner. Sincèrement.
Peut-être même que ça me permettra de la trouver…
- Pourquoi l'aurais-je fait ? je réponds dans l'espoir de gagner du temps.
- Parce que tu es la fille du Ministre de la Magie. Parce que tu baignes dans la fonction de ton père, parce que…
- Parce que je ne suis pas mon père, je coupe. J'avais treize ans lorsque j'ai trouvé ton certificat, et j'ose croire que ce n'était pas par hasard.
Silence. Je n'ai pas manqué à ma parole, je reste calme. Seulement, il était inutile que Lupin continue de réciter ce que chacun perçoit de moi. Je le sais déjà. Mes parents me prennent peut-être pour une petite oie blanche, mais je ne le suis pas. Je sais observer, je sais voir.
Je sais qui me parle pour tirer quelque chose de moi.
- Tu as raison sur un point, je reprends. Je suis la fille d'Edgard Loxe. J'ai été élevée pour paraître dans le monde. Mon père ne sera pas éternellement Ministre, mais sauf disgrâce imprévue, ma famille restera parmi les plus respectées. Nous sommes de la vieille noblesse. J'ai appris à traiter chacun avec condescendance, et à ne pas leur vouloir de mal.
Et je ne mens pas. S'il y a une chose au moins que je puis retenir de l'éducation que Mère m'a dispensée, c'est de ne rien laisser paraître en public. D'être toujours égale, toujours droite. Elle ne pensait pas, ainsi, m'apprendre à dissimuler ce qui bouillonne dans ma tête, mais juste m'apprendre à tenir mon rang. Le sarcasme n'est jamais entré dans mon éducation, elle me jugeait trop stupide.
Et pourtant…pourtant nous en sommes là. Mes actes sont conventionnels, ma pensée un peu moins, mais les deux restent joints par le lien, ténu mais bien réel, que je veux rester dans cette position.
Cela ne risque tout de même pas d'être éternel. Un jour, je devrais prendre parti.
- Ton père n'est pas ainsi.
- Je t'ai déjà dit que je ne suis pas lui. Dans mon milieu, les hommes sont plus libres que les femmes. Ils agissent, pensent, et parlent. Mon père a probablement voulu me tester. Il a incidemment laissé traîner ton certificat là où il savait que je le trouverais, et a ensuite observé ma réaction. A son sens, si j'avais fait un scandale, alors j'aurais eu deux grains de jugeote, et j'aurais été perdue pour mon avenir de femme. Mais je me suis tue. Il me prend pour une nouille, mais je garde la sagesse qui sied à mon rang.
Lupin me paraît interdit. Peut-être que je n'aurais pas dû tant en dire. Toutefois, j'ai confiance en lui. Il peut s'en remettre, même si je conçois parfaitement que découvrir combien mon interprétation est crédible doit lui faire froid dans le dos.
- Pourquoi n'avoir rien dit ? reprend-t-il.
C'est vrai. Je n'ai pas répondu à sa question première. Telles sont les affres de la conversation…
- Nul ne mérite d'être défini de part quelque chose qu'il n'a pas choisi, je réplique avec un sourire de société. De même que personne ne peut tenir rigueur à Sirius d'être un Black, ou moi d'être une Loxe, nul ne peut non plus te reprocher d'être un loup-garou. Personne ne choisirait cette situation, et ce que tu es capable de faire en Pleine Lune n'est pas dans ta personnalité, c'est le fait de la magie.
Au rang des vérités existentielles, première place. Cependant, je ne suis pas sûre qu'il ait compris le message que j'ai caché dans ces mots. Peut-être était-il trop bien caché… Enfin, il est plus que temps qu'il arrête de sans cesse me reprocher d'être une Loxe. On ne choisit pas sa famille, mais on choisit ses amis.
- Donc tu peux penser par toi-même, conclut-il.
Très brillant d'y penser. Il me semblait pourtant avoir plusieurs fois dit que je ne suis pas mon père. Il ne faut pas faire rejaillir sur moi ses actions et ses choix.
- Je croyais te l'avoir prouvé, je dis simplement.
Et je maintiens ce que j'ai dit : il a de très beaux cheveux. Si j'osais, j'y mettrais les doigts, rien que pour sentir la texture. Toutefois, ce genre de geste n'est réservé qu'à la petite amie que je ne suis pas, et il risquerait de mal l'interpréter.
D'ailleurs, ça me fait penser… Qui suis-je, sur le plan des ressentis ? J'apprécie, mais suis-je capable d'aimer ou d'haïr ? De choisir quelqu'un avec qui passer ma vie, ou au contraire d'avoir des ennemis ?
Je n'ai jamais essayé, étant trop aux prises avec la nécessité des apparences. Il faut donc que je me concentre maintenant sur cette question. Les apparences dont je parlais, toujours primordiales, me sont devenues un automatisme tel que je n'y prête même plus attention.
Je vais donc pouvoir penser à loisir.
- Alors pourquoi ne pas t'affirmer puisque tu le peux ?
Ah, ça… Voilà qui mériterait une réflexion plus approfondie, et plusieurs jours d'explication. Je tâcherai de faire succinct, mais pas aujourd'hui. D'abord, parce qu'il faut que j'y réfléchisse, et ensuite parce qu'il est tard. Vingt heures sonnent au carillon du château. Comme je le pensais, je n'ai pas pu aller à la bibliothèque.
- En fait, continue Lupin sans que le carillon ne suscite en apparence la moindre réaction chez lui, c'est à cette deuxième question que mes amis et moi-même aimerions avoir la réponse.
Ils sont bien curieux… En quoi puis-je les intéresser maintenant, hein ? Nous avons passé six ans dans la même maison sans échanger autre chose que de vagues conversations de circonstance.
- Pourquoi ce brusque intérêt ?
Je veux savoir.
- Et bien…pour être honnête, il n'est pas si brusque que cela. Tu n'es pas une personne qui s'ignore facilement, Emma. La dernière fois que j'en ai senti le poids, c'était lors de la partie de bridge de novembre.
Silence. Je suis…estomaquée. Mais il ne le saura pas. Je ne le montrerai pas, d'abord parce que je n'en ai pas l'habitude, et ensuite parce que je n'en ai pas l'envie.
- Sirius avait suggéré de te donner le rôle du quatrième, mais j'ai voulu prendre cette place. Je te voyais plutôt bien, de là où j'étais, et j'essayais de comprendre qui tu es au fond. J'essayais d'être dans ta tête.
C'était donc cela…
- Y es-tu parvenu ?
- Non. Mais ce n'est qu'une question de temps.
J'en doute. Pour aussi fin psychologue qu'il puisse être – c'est du moins sa réputation – Lupin ne saura rien. Mon esprit est un domaine jalousement gardé. Je ne demande aucune compréhension, car de là vient facilement la pitié.
Pitié que je ne mérite pas.
