hello!

voici donc le nouveau chapitre, "Il y en a un ici qui mérite des félicitations". j'espère que le précédent vous a plu. je publierai le suivant d'ici trois ou quatre jours. merci de me lire!

POV Remus Lupin

15 juillet. Les résultats des ASPICS viennent de tomber. Ma note la plus basse est un A en étude des runes – le texte était assez difficile – et j'ai même réussi à avoir un O en DCFM. Je n'en demandais pas tant.

Peter a une moyenne de A, ce qui n'est pas si mal, alors que James et Sirius, eux, ont eu O presque partout. Je me demande encore comment ils font. Je ne les ai que très rarement vus travailler, ils sont insolents en cours, plus souvent en retenue que dans la salle commune, et pourtant…

Et pourtant ça.

Maintenant, il ne reste plus qu'à savoir ce qu'on fera après. Avoir ses ASPICS, c'est bien beau, mais encore faut-il aller plus loin maintenant. L'après-Poudlard promet d'être difficile. Je n'ai plus la sécurité qui m'était donnée pour les Pleines Lunes, et mes promesses d'avenir sont réduites à…

Rien.

Et Emma n'a donné aucune nouvelle. Je ne sais pas où elle est, comment elle va, ce qu'elle devient. Les responsables présumés de l'attentat contre le Ministre ont été arrêtés, mais Emma n'a pas reparu.

Je n'ai pas essayé de lui écrire, la lettre me serait revenue encore cachetée. Il était inutile d'en rajouter. Alors, j'utilise sa méthode, celle que j'ai longtemps blâmée, mais qui a de bon qu'on évite par ce biais d'inquiéter ses amis.

Je dissimule. Elle me manque terriblement, mais personne ne le voit.

- Lily m'a présenté à ses parents, s'exclame James alors que nous entrons dans la maison de mes géniteurs. Eux, ça passe encore, mais je ne vous dit pas la tête de sa sœur !

Ha ! Exact. Lily nous en avait parlé. Ses parents ont parfaitement accepté qu'elle soit une sorcière, mais sa sœur non. Leurs relations n'ont jamais plus été les mêmes depuis, et je plains sincèrement Lily.

Mieux vaut que sa sœur n'en sache pas trop sur le monde de la magie. Si une simple baguette magique lui fait froid dans le dos, alors que penserait-elle des Sombrals, géants, trolls, ou ne serait-ce que des tableaux qui parlent ?

Et je ne parle même pas des loups-garous.

- Fais-lui pousser un bec de canard, suggère Sirius, peut-être que ça la calmera.

Pas vraiment, non. Ce que Sirius est incapable de comprendre, c'est qu'un simple sort ne peut pas changer l'avis des moldus à notre égard, à moins d'empirer la situation.

- Faire pousser un bec de canard à qui ? demande la voix de ma mère.

Ah, elle est à la maison. Je crains de ne devoir vivre chez eux encore longtemps, dans la mesure où je doute qu'un employeur accepte de payer quelqu'un pour être absent trois jours par mois.

Je déteste ma nature.

- Madame Lupin, dit Sirius sur un ton très cérémonieux, le jeune James Potter ici présent a une bonne nouvelle à annoncer.

Silence de mort. Fera…fera pas…fera…fera pas…

- Je vais me marier, finit par lâcher un James couleur tomate.

Ha ! Je ne l'ai pas vu rougir souvent, et rien que cela mérite une photo. Dommage que je n'ai pas d'appareil sous la main…

En plus, James a cette réaction à chaque fois qu'il doit annoncer ses fiançailles. Je ne l'ai pas vu pour l'annonce aux parents et Lily ni aux siens, mais pour nous et pour l'instant présent, ça n'a pas de prix.

- Toutes mes félicitations, dit soudain une voix derrière moi.

Sirius ouvre des yeux plus gros que lui, James demeure muet de stupeur, Peter s'en laisse tomber sur une chaise, alors que ma mère affiche un petit sourire satisfait que je ne comprends d'abord pas.

Oh Merlin. Cette voix…ce ton doux…

Je me retourne lentement, pour apercevoir Emma adossée au chambranle de la porte de la cuisine. Ses cheveux roux sont, comme à son habitude, épars sur ses épaules, et elle affiche un sourire délicat que je ne peux traduire que comme sincère.

Emma est revenue.

- Bonjour Remus, murmure-t-elle en avançant lentement.

Je ne me précipite pas, ce n'est pas ainsi que je fonctionne avec elle. Non, je me contente de tendre la main dans sa direction, avec un sourire, en une invitation muette.

J'ai envie de maudire son infinie patience. Emma peut tout faire avec lenteur, cela ne la dérange pas, mais moi, franchement, je n'ai pas envie de ça. Ce que je veux, c'est la serrer dans mes bras une fois pour toutes, ne pas la lâcher, et si elle le veut bien enfin glisser mes doigts dans son abondante chevelure.

Je pose une main dans son dos dès qu'elle est à ma portée, et l'attire gentiment à moi. Elle laisse échapper un petit rire de bien-être tandis que je dépose un léger baiser sur son front, et en profite pour humer l'odeur d'orange exhalée par ses cheveux.

J'adore les oranges.

Elle appuie sa tête sur mon épaule, et je resserre légèrement mon emprise autour d'elle pour attraper son bras. Mes doigts effleurent ses cheveux, et je peux en sentir la douceur. Je ne sais si elle prend un grand soin de sa crinière, mais ce qui est sûr, c'est qu'elle lui va à merveille.

Surtout avec cette robe verte…elle a très bon goût, et sa mère également pour lui acheter des tenues pareilles. Elles sont hors de prix, bien sûr, mais assez discrètes. Parfaites pour elle.

- C'est mignon, dit James sur un ton moqueur à côté de nous.

- Toi, le fiancé, tu ferais mieux de la fermer, je rétorque pour lui clouer le bec.

Ce qui marche momentanément, c'est toujours ça de gagné. Ma mère retourne Merlin sait où, et les gars ont la bonne idée d'aller voir ailleurs si j'y suis.

Sirius m'embêtera après, mais au moins il a assez de tact pour comprendre que si Emma est venue chez moi, ce n'est pas par hasard. Je suis son ami le plus proche. Elle parlera aux gars après si elle a la patience de les supporter.

…réflexion idiote. La seule fois où Emma a perdu son calme, c'est quand elle m'a giflé. Autrement, elle affronte la moindre des choses avec un trop parfait stoïcisme, y compris James et ses questions indiscrètes (dans l'espoir de pouvoir satisfaire la curiosité de Lily une fois qu'il lui aura raconté la nouvelle)

- Qui aurait cru qu'un Maraudeur se marierait aussi tôt ? murmure Emma avec son habituel ton tranquille.

Elle n'a pas tort, il fallait y penser. Sous son apparence tellement tranquille qu'elle en paraît niaise au premier abord, Emma est intelligente.

J'adorerais la garder plus longtemps contre moi, mais j'ai peur de lui faire mal. Quelles qu'aient été les dommages causés par l'explosion, ils sont encore récents, et Emma doit avoir quelques cicatrices ou ecchymoses.

- Surtout pas Lily il y a quelques mois, je rétorque en la lâchant – histoire en plus de ne pas dépasser les convenances, je sais combien elle y tient. Comment vas-tu ?

Emma se recule légèrement, et me regarde avec un petit sourire, celui qui signifie tout et rien à la fois. Physiquement, du moins pour ce que je peux voir, elle ne porte aucune trace des blessures qu'elle a pu encaisser lors de l'attentat à Loxe House. De toute façon, elle sait très bien que ce n'était pas de ça dont je voulais parler.

Je veux savoir comment elle va dans sa tête, et vu le sourire qu'elle me dédie actuellement, elle n'a pas dû passer que des heures tranquilles.

Elle sait qu'elle peut me parler, mais je pense que c'est la force de l'habitude, ou simplement son caractère. Elle ne dit rien.

- Et toi ? demande-t-elle en confirmant involontairement mes doutes. Les Pleines Lunes, les ASPICS ?

- Difficiles, je réponds franchement. Je me suis inquiété pour toi. J'ai essayé d'aller te voir à Sainte Mangouste, mais deux Aurors de trois mètres chacun m'ont repoussé.

Elle me regarde bizarrement maintenant, sans pour autant que son visage ne traduise ses pensées. Quoi, c'est le coup du trois mètres qui la perturbe ?

Moi, je suis perturbé par la manière dont elle réussit à rester impassible. Seuls ses yeux sont expressifs, son léger sourire n'a pas bougé. C'est troublant…

- C'était de l'humour, je précise.

Son sens de la plaisanterie est encore à développer, même si je pense qu'elle n'a pas dû avoir beaucoup matière à rire ces derniers mois.

Je travaillerai ça avec elle. Toute en douceur, mais on y arrivera. Emma aura un sens de l'humour.

- Personne ne m'a dit que tu étais venu, reprend-t-elle.

Cela sonne comme une constatation, mais je vois plus dans ces mots un reproche voilé envers les deux gorilles qui la protégeaient, ainsi que contre ses parents qui auraient pu l'avertir.

- Ils ne voulaient pas te perturber je pense. Je suis passé deux jours après cette affaire.

Je ne lui parlerai pas du regard du Ministre envers moi, ce serait déplacé. D'une, je ne pense pas qu'Emma apprécierait que j'essaye de la monter contre son père, et de deux, cela ne pourrait lui faire que du mal.

La façon dont elle aime ses parents me sidère, sachant qu'ils sont loin de le lui rendre dignement. Je comprends qu'elle tienne à eux, c'est même parfaitement logique, mais elle éprouve tant de difficultés à leur refuser quoi que ce soit…

Merlin, que cette fille est compliquée ! Sirius aussi aime ses parents, d'une certaine manière, il est très difficile de détester ses géniteurs…pourtant, ils ne peuvent pas se croiser sans se crier dessus. Cela a donné un jour l'occasion à James de me dire qu'à une réception à Loxe House où lui et Sirius avaient accompagné les Potter, Emma a manœuvré pendant plusieurs heures pour occuper Madame Black sans pour autant négliger les autres invités.

C'est bien son genre. Elevée pour évoluer dans la société, au point qu'il lui est difficile maintenant d'agir naturellement.

- Alors j'étais dans le coma.

Oh Merlin…elle a été dans le coma… Elle a failli mourir… Mon Emma a failli mourir…

- Je suis heureux de voir que tu vas mieux maintenant, je reprends dans l'espoir de chasser de mon esprit l'horrible image d'Emma immobile dans un cercueil.

- En fait, si mon père ne m'avait transportée en urgence à Sainte Mangouste via Cheminette, je serais probablement morte.

C'est ce que disait le journal. Emma a sauvé la vie du Ministre, et il lui a rendu la pareille. Emma doit avoir été très touchée par le geste, pour m'en parler. Son ton est grave, sérieux, ce qui me convainc une fois de plus qu'elle est beaucoup plus intelligente que ne le pensaient ses géniteurs, et combien elle les aime pour ne pas les contrarier en avouant ce qu'elle désire personnellement.

Etre reconnue à sa juste valeur, être aimée. Elle ne doit pas en avoir conscience, mais c'est de ça dont elle a besoin. Le reste n'est qu'accessoire, sortir de son univers la blesserait plus que ne lui serait bénéfique.

En revanche, la reconnaissance, il est difficile de s'en passer. Emma, comme tout un chacun, a un certain orgueil. Elle est cent fois plus satisfaite lorsqu'elle est entourée de personnes qui l'apprécient pour ce qu'elle est, que lorsqu'elle est toute seule.

- C'est quelqu'un de bien, je murmure.

Oui, au fond, en creusant un bon coup, le Ministre est quelqu'un de bien. Malgré ses tentatives de législation sur les loups-garous. Déjà, il aime Emma, c'est un bon point. Ensuite, il lui a sauvé la vie.

Tertio, même si cela a été difficile, il l'a mise en sécurité. Je pense qu'il tient réellement à sa fille, même s'il est loin de la voir à sa juste valeur, et cela déjà ne peut faire de lui qu'un homme bon.

Après, il faut savoir distinguer le public du privé… Même s'il est vrai qu'il s'est un peu calmé dans ses réformes et déclarations depuis l'attentat, ça ne veut rien dire…

- Tu sais reprend Emma en me tournant brusquement le dos pour regarder par la fenêtre, j'ai pas mal réfléchi lorsque j'étais en Italie.

…C'est donc là qu'elle était. Italie. A l'Académie de Lampedusa probablement. C'est une petite école, davantage connue pour son uniforme rouge sang que pour ses résultats. Une bonne cachette, donc. Emma m'avait en effet dit baragouiner un peu l'italien – Merlin seul sait pourquoi cette langue et pas une autre – mais jamais au grand jamais elle ne réussirait à passer pour une native.

Enfin, si là elle était en sécurité…

- Ah ?

C'est la seule réponse que je parviens à donner. Si Emma me tourne le dos, c'est qu'elle ne veut pas que je voie son visage. Si elle me regardait, je pense que je la verrais égale à elle-même, elle ferait l'effort de prendre son masque d'indifférence.

Elle a du mal, cependant, et je pense que ce qu'elle veut me dire ne va pas être très agréable à entendre. Qu'importe. Si cela peut la soulager, alors j'écouterai tout de même.

Surtout que dans sa vie tout a été facile. Même si les derniers mois n'ont pas été les plus amusants de son existence, je ne pense pas qu'Emma ait connu de réelle douleur. Si je ne me trompe pas sur ce qu'elle ressent, alors dire ce qu'elle s'apprête à dire doit lui paraître incroyablement difficile.

Chacun a son échelle, et Emma doit apprendre que la facilité n'est pas éternelle.

- J'ai pensé qu'au regard de ce qui se passe actuellement, je devrais arrêter de donner des soucis à mes parents. Ils s'inquiètent pour mon avenir et ma sécurité, surtout depuis l'attentat à Loxe House.

- Et donc ?

J'ai peur dès qu'elle a parlé de son avenir. J'ai peur qu'elle ne se détruise, alors que manifestement elle a beaucoup réfléchi.

- Mes parents veulent que je me marie. Pas que pour des raisons sociales, ils veulent également que j'aie quelqu'un pour me protéger si jamais il leur arrive quelque chose.

Ce qui est compréhensible… Tout parent normalement constitué chercherait à sauver son enfant avant tout, et le Ministre a montré qu'il en était capable en emmenant Emma à Sainte Mangouste…

Les Loxe s'arrangent à leur manière.

- Alors j'ai décidé que je ne résisterai pas.

Elle se retourne vers moi pour me regarder. A ma grande surprise, ses yeux sont rougis, signe que je ne me trompais pas en parlant de douleur. Arriver à cette extrémité doit réellement lui coûter.

- J'accepterai le prochain prétendant que me proposera ma mère, dit-elle d'une voix néanmoins ferme. Ainsi, mes parents n'auront plus à se faire de souci pour moi.

- Emma…je soupire.

Merlin, c'est cent fois pire que tout ce que j'aurais pu imaginer. Elle aurait dû se battre, s'opposer, faire valoir ses droits et sa liberté, et au lieu de cela plie plus qu'elle ne le faisait déjà.

- Ne me dis pas qu'il y a d'autres moyens, reprend-t-elle en sortant un mouchoir de sa manche pour s'en tamponner les yeux. Je sais pertinemment que ce n'est que par cette voie que mes parents seront rassurés. Même si je dois pour cela y sacrifier ma vie, ils sont plus importants.

J'aimerai pouvoir lui dire qu'elle vaut mieux que cela, qu'il doit y avoir une solution moins radicale, je ne pense pas pouvoir la faire changer d'avis.

Qu'est-ce que je pourrais dire, seulement ? Je ne vois pas d'autre moyen pour elle de rassurer ses parents que celui qu'elle a choisi.

Si seulement elle me laissait y réfléchir… Mais autant ne pas y penser. C'est la première fois que je la vois prendre une décision aussi lourde, et exécuter derechef. Seulement, quand elle exécute, c'est avec efficacité.

- Je rentre chez moi, reprend Emma en attrapant sa cape.

Et voilà…efficacité, je disais. Son ton est désolé, je pense qu'elle a conscience de m'avoir blessé. Elle a dû retourner le problème dans tous les sens, avant d'arriver à pareille décision, sachant qu'au printemps je lui avais conseillé de demander à ses parents de la laisser respirer.

La conclusion qui en découle, malheureusement, c'est qu'elle et moi ne pouvons plus avoir le moindre lien. Une dame respectable, issue de la meilleure des sociétés, ne peut se permettre d'avoir des liens avec une personne issue de la classe moyenne, comme moi.

Même pas l'amitié. James, à la limite, serait admis…mais il se détourne de son origine en épousant une Née-moldue. Sirius a un tel esprit de contradiction qu'il en deviendra bientôt infréquentable pour cette société, et Peter…si je ne m'abuse il est de sang mêlé, donc pas convenable non plus.

De toute manière, qu'est-ce que cela changerait ? Emma est tellement gentille qu'elle aurait voulu ne pas avoir à faire un choix. Elle aurait voulu satisfaire ses parents et me rassurer en même temps, si cela avait été possible, et au détriment de sa volonté personnelle.

J'esquisse un vague geste pour la retenir, mais trop tard. Avant que j'aie pu faire quoi que ce soit, elle quitte la maison et transplane, juste sous le nez de James.