Chapitre 3 : Nouveau lieu [Swordplay_]

Étant bon coureur, il sema son poursuivant en une quinzaine de minutes. Jack s'arrêta ensuite pour souffler.

Autour de lui, des bâtiments vides vieillissaient en silence. Des corbeaux, perchés du haut de quelques garde-fous, croassaient dédaigneusement à la présence du pauvre homme. Un brouillard vaporeux léchait le sol, ressemblant ainsi à une fine couche de fumée.

Le blessé s'accroupit dans l'ombre d'une benne à ordure débordante. Recroquevillé dans sa cachette primitive, il retira son manteau et sa chemise afin de déchirer celle-ci en bandelettes. Par la suite, il recouvrit son coude en serrant fort pour diminuer le saignement de sa plaie. À toute vitesse, il enfila son manteau, sentant ses poils se dresser sous le froid. La douleur s'accentuait au fur et à mesure que l'adrénaline le quittait.

Seán devait trouver de l'aide. Il sentait son pouls battre dans son crâne. Son souffle redevenait régulier. Une vague de fatigue l'envahit.

"What the fuck is happening ? Where the fuck are you, Woosh ?", murmura-t-il entre ses dents.

Soudain, il entendit une voix rauque dans la nuit. Une voix de fêtard qui venait du ciel pour le guider, tel un ange complètement bourré. Ses paroles étaient incompréhensibles, mais le youtuber le repéra plus loin. À pas feutrés, faisant en sorte de ne pas être vu, le vidéaste se dirigea vers lui. Lorsqu'il fut à une intersection, le soûlon était déjà loin. Malgré tout, sur la rue de gauche, Jack se réjouit d'y trouver un bar.

Dans sa course, il botta un chapeau melon en feutre noire qui gisait tristement au sol. L'homme, curieux, le ramassa et vérifia l'étiquette à l'intérieur. Sur celle-ci, un D était marqué d'une élégante calligraphie. Seán posa la coiffe sur sa tête et atteignit l'entrée du bar. Juste en face de la porte se trouvaient différents masques de diables alignés sur une table. Ce petit kiosque était mis en valeur par une pancarte vintage. Un message vocal automatique joua et répéta mots pour mots les inscriptions de l'affiche.

«Please, take a mask and enjoy your night!»

La voix enjouée faisait vieux-jeu. Elle semblait sortir tout droit d'une publicité des années 50. Le jeune homme n'y porta pas attention et s'aventura dans le couloir exiguë à sa droite. En temps normal, ce genre de thématique lui aurait beaucoup plût, mais il était en état d'urgence.

L'allée minuscule débouchait sur un grand bar vintage peuplé d'une dizaine de personnes masquées. Il y avait une petite scène sur laquelle une charmante femme chantait du jazz. Jack se dirigea précipitamment vers le barman et lui bafouilla nerveusement:

"Pl-please, I need help. My... my girlfriend is nowhere to be found and s-some... some douche sued me with a knife. I... Can I borrow your phone ?"

Son interlocuteur était impassible. Il était âgé (vers la fin de la soixantaine environ). Ses yeux pers mis-clos lui donnait une allure sévère et glaciale. Le petit monsieur dévisageait le client en détresse tout en nettoyant un verre.

"Sir ! Did you understand me ?", demanda fermement Seán. "I need help !"

Le vieux bonhomme posa tranquillement son chiffon et prépara un verre de whiskey. Il le plaça devant Jack et s'éloigna.

[À PARTIR DE LÀ, PDV JACK]

Avant même que je ne puisse me révolter de l'indifférence face à une urgence, un homme masqué s'assit à côté de moi. Il faisait tourner la boisson dans son verre d'un air nonchalant et d'une voix caverneuse qui me semblait étrangement familière, il me lança:

"Great hat, sir."