Au premier tic, ce fut la douleur. Au deuxième tic, ce fut la peur. Au troisième, elle ouvrit les yeux. Elle ne vit rien au quatrième temps, la lumière ambiante l'aveugla. Les souvenirs revinrent au cinquième tic. Frisk se releva d'un coup, assise. Son sixième réflexe fut de regarder son cœur, relevant son t-shirt, craignant de voir le sang couler à flot, de voir un trou à la place de l'organe lui permettant de vivre. Rien. Sa peau étrangement lisse, sans aucune blessure.
« ...J'ai rêvé ? Ce n'est pas possible... » dit-elle alors que chaque mot sortant de sa bouche asséchait sa gorge.
Se frottant les yeux pour retrouver entièrement sa vision, elle les plissa pour observer l'endroit. Ce qui était maintenant sûr, c'est qu'elle n'était plus au même endroit que précédemment. L'air, ici, était plus chaud et d'un côté, plus apaisant. Ce qui lui donnait envie de se rendormir. Elle se rendit compte qu'elle se trouvait enveloppé dans des couvertures, chaudes, grandes. En touchant un peu partout, elle comprit vite qu'elle se trouvait installée dans un lit. La pièce dans son ensemble était assez colorée, une bibliothèque était posée, calme, presque remplie. A coté, un drapeau pirate faisait le reste du mur alors qu'au sol demeurait un grand tapis violet aux bords de flammes. Il y avait deux tables : une contenant diverses figurines et une autre avec un PC qui semblait ancien. Il restait entre l'étagère et l'ordinateur une porte fermée et une boite en carton remplie de vieux papiers. Frisk se frotta les yeux, elle remarqua que le lit dont où elle avait couché prenait la forme d'une voiture de course, rouge en plastique.
« On dirait une chambre de gosses »
Elle repensa un instant à sa fille qui aurait certainement adoré avoir ce genre de chambre dont la maman avait toujours vu d'un œil mauvais. Du plastique pour rien. Pourtant ce lieu ne lui était pas totalement inconnu, comme si des fragments de mémoires persistaient à vouloir rentrer en elle. La femme s'assit sur le bord, sa tête balançant de droite à gauche dû à la douleur. Il n'y avait aucun bruit, tout semblait calme. Frisk ne comprenait pas, que faisait-elle ici ? Pourquoi cette pièce lui semblait familière ? Tentant de se souvenir, rien ne semblait vouloir venir. La femme se leva alors, se dirigeant vers la seconde porte qui se trouvait à la droite du lit. Elle tourna lentement la poignée et elle reconnu enfin.
Comment avait-elle put oublier cette maison ? Ce grand escalier, ce sol en vagues, ce canapé vert, ce grand écran et cette table où été posé ce caillou. Descendant les marches de cet endroit à la lumière tamisée, elle se rapprocha de la pierre silencieuse. Plus elle y pensait, moins elle comprenait la présence d'architectures et d'objets aussi modernes dans des souterrains. Petite, elle avait même imaginé qu'il neigeait à l'extérieur. Posant son doigts sur la face lisse du caillou, elle sourit doucement, repensant à son imagination fertile d'autrefois.
« La maison des squelettes hein... ? Si ce n'est pas mignon ça... »
Le prenant dans le creux dans sa main, Frisk souffla lentement dans un léger sourire. Elle décida de le glisser alors dans sa poche, se dirigeant calmement vers la porte qui pourrait lui permettre de sortir.
« Si tu veux emmener Rocky en ballade, veille bien sur lui. »
Frisk se retourna d'un coup, faisait voler ses cheveux dans les airs, les yeux gros comme des billes, elle vit devant-elle une personne connue. Et pour une fois, ce ne fut pas la peur qui la paralysa, après tous ces événements, elle commençait à être immunisée aux rencontres surprises. Mais tout de même, ce squelette rondouillard, en face d'elle, aux orbites creuses, au sourire constant lui semblait presque irréel.
« Tu es...Sans n'est-ce pas... ?
-Ouaip, en os et en os.
-Et...Tu es vraiment réel ou j'hallucine encore une fois ?
-C'est à toi de voir ça buddy. C'est drôle, j'ai l'impression de t'avoir déjà vu.
-Je me nomme ...C'est pas important. »
Le squelette se contenta de la regarder et haussa les épaules en secouant la tête.
« Ça ne me dit rien , tu es humain n'est-ce pas ? Tu pourrais me rendre un service ?
-Aider ton frère Papyquelquechose c'est ça ?
-Ouaip, il voudrait...
-Faire partit d'une sorte de garde et donc prouver sa valeur ?
-Oui, et ben copain, tu sais lire dans mon âme hein ? Ben tu sais quoi, moi aussi je sais lire dans la tienne. »
Cette phrase n'avait rien de vraiment joviale, il n'y avait aucun défit dans le timbre de sa voix grave. Il semblait tout bonnement sérieux.
« Ah bon... ?
-Ouaip, elle est remplie de DETERMINATION. »
Mais c'était faux.
« Pas vraiment non.
-Ah je croyais. Je dois me tromper d'humain alors.
-Vous en connaissez un autre ? Demanda la femme dans l'espoir.
-Je ne dirais pas ça mais si on veut. Mais après tout, si tu ne sais même pas si on existe vraiment...
-C'est que... C'est compliqué...Je ne sais même pas ce que je suis censée croire moi »
Cette femme baissa la tête, fatiguée par ce surplus de réflexion.
« Je pense que tout cela n'est qu'une protection que je me fais sur moi-même. Je suis tombée et j'ai peur et donc, j'imagine des choses pour me rassurer. »
Prenant un temps de pause considérable, elle continua dans un seul souffle.
« Je suis sûre que si je te demande si je peux remonter, tu me diras oui mais à condition d'une quête... Même adulte, je continu à me comporter comme un gosse. »
Frisk se croqua doucement la lèvre. Relevant doucement la tête, elle allait en placer une mais elle se rendit compte qu'elle parlait seule. Il n'y avait devant-elle personne, juste un sentiment insupportable de solitude. Elle jura entre ses dents, s'agaçant de perdre aussi facilement la tête depuis qu'elle avait chuté. Et pourtant, cette fois si, elle avait tenu une véritable discussion. Cela voulait-elle que sa pathologie s'aggravait ? Elle en avait bien peur. Frisk ne savait même plus comment elle se déplaçait de lieu en lieu. Quelqu'un l'avait peut-être déplacé ici. Ce n'est pas comme si elle s'était retrouvée au sol. Non, on l'avait placé dans un lit, fait et bordé. Quelqu'un devait forcement s'amuser d'elle. Plongeant sa main dans la poche, elle chercha son téléphone. Téléphone qu'elle ne trouvait plus. Faisant poches par poches, elle dû se faire une idée : il avait disparu. Seul son caillou dormait bien au chaud.
« Rocky hein ? Ben allons, on va faire une ballade toi et moi. Je vois des monstres depuis un temps, j'ai bien le droit de parler à un caillou maintenant. » Dit-elle presque exaspérée.
Poussant la poignée de la porte extérieur elle s'avança alors. La lumière fut encore plus puissante sans parler de la température qui baissa immédiatement. Plissant les yeux, elle remarqua que le blanc envahissait le sol autant que le ciel. Se frottant les yeux, elle se rendit compte que des flocons glacés tombaient. Regardant vers le haut, surprise, ne voyant pas de fin aux cieux qui se trouvaient pourtant dans un souterrain.
« C'est irréaliste... »
Et bien que la neige disparaisse alors.
Frisk sursauta. C'était la même voix, le même timbre qui lui avait parlé avant qu'elle ne sombre ici. Et d'un seul coup, toute la neige disparue comme ça. Sans aucune trace de son passage. La femme recula de quelques pas. Que ce passait-il ici enfin ? Pourquoi tout ne faisait qu'apparaître et disparaître. Elle en avait assez.
T'en à marre... ? Tu te fous de moi là ?
« Tu es qui merde !? »
Qui je suis ? Qu 'est-ce que ça peut faire ? T'es vraiment longue à la détente Frisk...
« Tu te fous de moi là ? »
Écoute, tu vas arrêter de fermer les yeux d'accord. Tu vas regarder autour de toi accepter ce que tu vois !
La voix se brisa alors dans un souffle glacé, laissant seule et perdue la femme qui regardait en face d'elle sans un mot. Elle ne savait même plus ce qu'elle voulait. Se frottant les bras pour se réchauffer, elle rideau de neige recommença à tomber. Frisk n'y prêta aucune attention, elle finissait par se lasser de tout cela.
« Alors copain, on a froid ? »
Elle se tourna vers la voix derrière elle, les yeux fatigués, sans aucunes émotions sur son visage.
« Où étais-tu passé ?
-Nul part.
-Laisse tomber, tu vas faire quoi ?
-Rien.
-On va chez Grilby's ? »
Il eu un silence qui s'accorda au lieu désert dans lequel ils se trouvaient.
« Tu connais ?
-Oui, c'est long à expliquer. On y va ou non ?
-S'tu veux. Mais tu payes. »
Il posa une main sur son bras, elle le regarda et en une seconde, elle changea de lieu. Sa tête tourna, elle se tint le crane, fermant les yeux, ressentant une vive douleur. Mais ce qui la surprit encore plus fut le bruit de la foule. Ouvrant les yeux doucement. Elle reconnu l'endroit, ce restaurant aux couleurs chaudes et chaleureuses. Ces tables alignées, ce comptoir et cette juke-box qui ne donnait qu'une seule et même musique. Et autour d'elle, nombres de personnes restaient là, discutant entre-elles. Des chiens, des plantes carnivores, un lapin, un cheval, tous anthropomorphes. Elle se trouvait assise sur un siège et en face se trouvait un homme où sa tête n'était qu'une flamme bougeant doucement et calmement.
« Tu veux quoi ?
-Hm... Pas grand chose.
-Allez copain, je sais que tu meurs de faim.
-Pourquoi copain ? Je suis un adulte je te ferais dire. »
Son rire constant se fit encore plus grand. Il apparu devant-elle deux hamburgers, ou quelque chose dans le genre.
« Eh, mais je n'ai rien demandé...
-Ta blague était drôle mais tu pourrais faire mieux. Mais elle est presque BONE.
-Quelle blague ? Dit-elle ne prêtant aucun attention à sa plaisanterie.
-Je pense que les jeux de mots sont meilleurs, par exemple, OS-PARLEUR.
-Sans je ne...
-J'en ai plein comme ça. Bon tu ne manges pas Frisk ? »
Il eu un temps de silence, un silence froid qui lui glaça l'échine.
« Comment tu m'as appelé ? »
