Bonjour à tous ! Alors tout d'abord, désolée pour le retard de publication mais il y a eu une petite coupure d'électricité chez moi vendredi midi et ça vient tout juste de revenir à la normale donc je me dépêche de mettre ce chapitre en ligne ^^ Bon, comme d'habitude, impossible de savoir ce que vous en pensez puisque je n'ai pas vraiment de retour (à l'exception de Maxine que je remercie pour son petit commentaire ^^) mais je suppose que ceux qui continuent de lire apprécient quand même un petit peu l'histoire donc voilà la suite !

Bonne lecture !


Chapitre 4

Le lendemain soir, Drago sortait de la grande salle pour remonter dans ses appartements lorsqu'un petit Serpentard de deuxième année s'approcha de lui pour lui fourrer un papier entre les mains avant de s'enfuir sans demander son reste.

Le jeune homme n'eut même pas le temps de lui lancer une réplique agacée qu'il disparaissait déjà au détour d'un couloir. Il se contenta de déplier le papier et lut les quelques mots qui couraient élégamment sur le papier :

Drago,

Si tu es toujours décidé, retrouve-moi à 20h dans mon bureau. Je pense que miss Granger n'a pas besoin de savoir pour le moment.

Albus Dumbledore

PS : apporte-nous donc un paquet de chocogrenouilles, j'en suis particulièrement friand.

Drago haussa un sourcil dédaigneux. C'était supposé être une façon discrète de lui donner le mot de passe ?

Finalement, il haussa les épaules et se remit en marche vers les appartements des préfets. Il s'engouffra rapidement dans le passage après avoir donné le mot de passe au vieux savant – qui avait cessé de lui demander de ses nouvelles, sachant parfaitement qu'il ne lui répondrait pas – et ne s'étonna pas de découvrir Hermione penchée sur un parchemin, son manuel de métamorphose ouvert à côté d'elle.

D'ailleurs, elle ne lui jeta qu'un bref coup d'œil avant de retourner à son travail. Drago la regarda un instant avec un petit sourire amusé. Depuis qu'il l'avait découvert à la rentrée, il n'avait jamais compris son besoin compulsif de tout faire en avance. Lorsqu'il lui en avait fait la remarque sur un ton ironique, elle lui avait répliqué qu'elle préférait être prévoyante.

- Il y a un problème Malefoy ?

Drago reprit ses esprits et secoua la tête d'un air agacé en réalisant qu'il fixait sans la voir sa consœur depuis un certain temps. Elle aussi était irritée par ce regard acier qui semblait la passer au scanner.

Ils s'affrontèrent du regard un instant avant que Drago, une fois n'est pas coutume, ne détourne la tête. Il était bientôt l'heure de son rendez-vous de toute façon et il était seulement venu déposer ses affaires. Il se rendit donc dans sa chambre pour balancer son sac dans un coin et revint dans la salle commune qu'il traversa à grandes enjambées, espérant l'atteindre avant que la curiosité maladive de la Gryffondor ne l'atteigne, lui.

- Tu vas encore chez Dumbledore ?

Le ton hésitait entre une indifférence feinte et un cynisme latent. Et honnêtement, Drago aurait bien voulu lui balancer un « ça ne te regarde pas Granger » mais cela équivalait presque à un assentiment et si le directeur ne souhaitait pas qu'elle soit au courant pour le moment, il respecterait son souhait. C'était la moindre des choses étant donné que le but était de gagner sa confiance.

- Non Granger. Répliqua-t-il d'une voix qu'il espérait suffisamment exaspérée pour être convaincante. Je vais voir Pansy. Ca te pose un problème ?

Il savait par sa meilleure amie que les deux jeunes filles entretenaient une relation bizarre – si tant est qu'il puisse appeler ça une relation… – et il comptait là-dessus.

Et en effet, Hermione rougit très légèrement et se contenta de hocher la tête.

- Amuse-toi bien. Lâcha-t-elle avant de lui tourner le dos pour se pencher sur son devoir.

Son confrère ne la gratifia pas d'une réponse et seul le bruit du passage qui s'ouvrait lui indiqua qu'il avait quitté la pièce.


Cette fois, Dumbledore était seul lorsque Drago pénétra dans le bureau du directeur. Il devait discuter avec les portraits de ses prédécesseurs puisque Phineas Nigellus lui lança un regard approbateur avant de déclarer :

- Je vois que vous accueillez de nouveau mon arrière-arrière-arrière petit-fils. Vous m'en voyez ravi.

- Merci Phineas, sourit brièvement Dumbledore avant de revenir à lui. Bonsoir Drago.

Il se contenta d'incliner la tête et vint s'asseoir en face du directeur, mal à l'aise. Il n'eut pas à attendre bien longtemps puisqu'un instant après, on frappa de nouveau à la porte.

- Entrez, lança Dumbledore d'une voix claire.

Drago savait de qui il s'agissait mais il ne put empêcher colère et rancœur de monter en lui lorsqu'Harry Potter franchit le seuil du bureau.

Harry en revanche, n'était pas préparé à se retrouver face à son ennemi et la stupéfaction fit rapidement place à un froncement de sourcils :

- Bonsoir Professeur…que se passe-t-il ?

- Pourquoi ne pas venir t'asseoir avec nous ? proposa Dumbledore d'un ton jovial en désignant le siège jouxtant celui de Drago. Nous serons plus à l'aise pour discuter.

Harry hésita un instant puis finalement s'approcha du bureau et prit place dans le fauteuil, non sans l'avoir ostensiblement écarté de celui de Drago qui lui envoya un sourire grimaçant. Avant de regretter sa réaction. Il savait comme tout à chacun que Dumbledore écoutait avec attention les opinions du Balafré. Il serait probablement le plus difficile à convaincre alors autant éviter de se tirer une balle dans le pied dès maintenant.

- Bien, déclara Dumbledore en croisant comme de coutume ses mains sur lesquelles il appuya son menton. Harry, je voudrais que tu écoutes jusqu'au bout ce que je vais te dire. Au passage, j'apprécierais messieurs qu'il n'y ait ni cris ni insultes et encore moins de baguettes sorties dans mon bureau. Suis-je clair ?

Drago et Harry échangèrent un regard menaçant avant de hocher la tête.

- Bien, répéta le directeur. Harry, M. Malefoy est venu me voir hier soir. Il souhaiterait rejoindre notre cause et combattre Voldemort. – Harry ouvrit la bouche pour parler mais un seul regard de Dumbledore le fit se raviser – je l'ai prévenu qu'il devrait passer sous veritaserum pour nous assurer de ses motivations. M. Malefoy sait qu'il va devoir prouver sa loyauté et il est prêt à accepter jusqu'au travail le plus simple pour gagner notre confiance. Et je pensais le mettre avec miss Granger. Cela ne veut en aucun cas dire que le travail qu'elle accomplit n'est pas dur ni remarquable bien au contraire, ajouta précipitamment le directeur en attrapant le regard surpris de Harry. Mais il est à Poudlard et assez simple à accomplir au niveau de la sécurité. De plus, M. Malefoy est sans doute bien plus informé sur la magie noire que Miss Granger et je pense qu'il pourra lui apporter une aide précieuse.

Drago avait eu le même air stupéfait qu'Harry à l'entente de la proposition de Dumbledore. Lui et Granger, travailler ensemble ? Bon sang, ils étaient déjà forcés d'habiter dans les mêmes appartements et maintenant, il voulait rallonger le temps où ils devaient se côtoyer ?

- C'est une blague ?

Le Serpentard se tourna vers Harry qui avait lâché ces trois mots d'une voix très calme mais où couvait une colère à peine voilée.

Dumbledore, sans se départir de sa tranquillité coutumière, répliqua seulement :

- Merlin sait que j'apprécie toujours une bonne plaisanterie mais il m'arrive très rarement de « blaguer » sur un sujet aussi sérieux Harry, je pensais que tu le savais.

- Pourquoi ne pas passer directement au veritaserum ? lança précipitamment Drago. Histoire d'éviter les questions inutiles et de gagner du temps.

- Je pense que c'est une excellente idée, sourit Dumbledore en se levant.

Il sortit soudainement sa baguette et lança un sort à Drago dont la tête s'affaissa sur sa poitrine comme une poupée de chiffon.

Harry avait bondi sur ses pieds et il lui jeta un regard surpris.

- M. Malefoy est, comme tous les membres de sa famille, un excellent occlumens, déclara Dumbledore, si nous lui faisons ingérer nous-mêmes le veritaserum, il aura pris la potion inconsciemment et nous avons ainsi plus de chance d'éviter…des petites cachotteries.

Il alla chercher un flacon dans une armoire et le tendit à Harry tandis que lui-même balançait la tête du Serpentard en arrière pour lui ouvrir la bouche. C'est non sans une certaine satisfaction qu'Harry versa la potion dans le gosier de son ennemi. Il mourrait d'envie de poser des questions gênantes, intimes à Malefoy, d'en tirer des réponses avec lesquelles il pourrait se venger de lui. Mais d'une part, il était conscient que ce n'était franchement pas le moment et puis c'était à Dumbledore de mener l'interrogatoire.

Le directeur lança un enervatum sur Drago qui secoua confusément la tête avant de lever des yeux voilés vers eux.

- Que…qu'est-ce qu'il s'est passé ?

- Quel est ton nom ? attaqua immédiatement Dumbledore.

- Drago Lucius Malefoy.

- Es-tu un mangemort ?

- Oui. Voldemort m'a apposé la marque des ténèbres. Mais j'ai décidé de quitter son service cet été.

- Pourquoi ?

- J'avais des doutes depuis un certain temps. Depuis l'année dernière, quand j'ai reçu la marque. Je n'étais plus aussi sur de la théorie sur la pureté du sang que m'avait enseigné mon père. Et lorsque j'ai vu que Voldemort blessait et tuait des innocents…lorsqu'il a tué le professeur Burbage…

Il inspira profondément, comme si faire cet aveu lui coûtait.

- J'ai décidé que je ne voulais pas devenir comme ça, et que je ne voulais pas du monde que Voldemort mettait en place. Alors j'ai surmonté ma peur de le voir me tuer ainsi que toute ma famille et je suis venu vous voir pour me battre dans l'autre camp.

- As-tu l'intention de changer de camp après nous avoir rejoints pour donner des informations à l'ennemi ou es-tu un espion à la solde de Voldemort ? continua Dumbledore, imperturbable.

- Non.

- Souhaites-tu véritablement te battre à mes côtés, ceux d'Harry et de tous les autres ?

- Je n'ai aucune envie de me battre aux côtés du balafré ou de la belette – Harry se raidit et serra les dents – mais je sais que c'est nécessaire alors oui.

- Et Hermione ?! lâcha soudain Harry, incapable de se retenir plus longtemps.

- Hermione Granger est l'une des personnes qui m'a fait changer d'avis sur la pureté du sang sorcier, répondit tranquillement Drago comme s'il lisait un manuel, elle est née-moldue et elle est pourtant la meilleure élève de Poudlard.

- Est-ce que tu la martyrises ?! poursuivit férocement Harry avant que Dumbledore n'ait pu reprendre la parole.

- Moins qu'avant. Ce n'est plus amusant puisqu'elle ne réagit plus. Je sais qu'il y a quelque chose qui ne va pas avec elle et je suis déterminé à trouver ce que c'est.

- Pourquoi ?!

- Je ne sais pas vraiment. Mais j'en ai envie. Peut-être que je m'en soucie.

A peine avait-il prononcé ces mots qu'il dodelina de la tête, comme s'il menait un combat intérieur. Dumbledore se décida à intervenir et il fronça légèrement les sourcils, sans élever la voix cependant :

- Harry, si tu as terminé avec tes questions d'ordre personnel, peut-être pourrions-nous en revenir à des sujets plus sérieux ?

- Je…oui…désolé Professeur, je me suis laissé emporter.

- Préfères-tu attendre dehors que nous ayons terminé ?

- Non, je veux rester, ça ne se reproduira plus.

Harry venait de comprendre qu'il avait franchi la ligne. Il avait passé tant de temps avec Dumbledore, à parler presque d'égal à égal, qu'il lui arrivait d'oublier qu'il restait le directeur de Poudlard et lui un élève.

Dumbledore n'insista pas et il en revint à Drago qui semblait attendre sagement qu'on lui pose des questions :

- Ton père sait-il que tu as décidé d'abandonner les Mangemorts ?

- Non.

- Ta mère ?

- Non plus, mais je pense qu'elle soupçonne quelque chose. Elle a vu que j'avais changé cet été et à plusieurs reprises elle m'a dit des choses qui m'ont fait penser qu'elle savait et même qu'elle ne désapprouvait pas…dans un sens.

- As-tu l'intention de faire part de ta décision à tes parents ?

- Non.

Harry écoutait à présent les questions et les réponses d'un air distrait, mais sans quitter Malefoy du regard. Il se rappelait avoir ressenti une certaine pitié pour lui l'année précédente.

Mais maintenant…il avait du mal à identifier ses sentiments envers le Serpentard. Une partie de lui le détestait encore et le détesterait probablement toujours, mais il était également saisi par le doute. Il se remémora la scène qu'il avait surprise l'an passé. Malefoy sanglotant, faisant part de ses peurs, sa peur de mourir et de voir sa famille mourir avec lui. La même peur qu'il venait de confesser quelques minutes plut tôt.

Harry se demanda s'il aurait changé de camp, s'il se serait battu aux côtés de Voldemort, si celui-ci tenait entre ses mains la vie de ses parents, de Ron, d'Hermione, de Ginny ou encore de Sirius ?

Bien sur, sa conscience lui hurla aussitôt une réponse négative. Il n'était pas comme le Serpentard, glissant, lâche, peureux…

La voix de Dumbledore résonna alors dans son esprit : l'amour est ta plus grande force Harry.

Mais Drago n'avait pas pu faire cela par amour pour les siens…

Le jeune homme secoua la tête. Il ne voulait pas penser à ça. Pourquoi Dumbledore lui avait-il demandé de venir ? Il n'allait quand même pas lui demander son avis ?! car jamais il n'accepterait que Drago Malefoy intègre l'ordre du phénix. Jamais il ne parviendrait à lui faire confiance !

- Bien, je crois que nous avons entendu tout ce que nous voulions savoir, conclut finalement Dumbledore, tirant Harry de ses pensées, à moins que tu n'aies d'autres questions sur miss Granger, Harry ?

Le jeune homme ne savait trop s'il devait rire de cette plaisanterie ou adopter un air penaud devant ce rappel à son petit écart. Il décida de jouer la carte de l'honnêteté :

- Des tonnes Monsieur, mais je ne veux pas profiter de la situation.

- Et c'est tout à ton honneur. Sourit Dumbledore comme s'il venait de lancer une bonne blague.

- Êtes-vous sur qu'il n'a pas menti ?

- Eh bien, je pense avoir atteint un niveau assez honorable en légilimancie, et il me semble que le jeune Malefoy ne nous a rien caché.

Harry retint un sourire. Décidément, il avait le sens de l'euphémisme. Un « niveau honorable »…alors qu'il était sans doute l'un des plus grands legilimens du monde sorcier.

Dumbledore pointa sa baguette sur Drago et lui lança un second enervatum.

Aussitôt, le jeune homme se redressa comme s'il venait de se réveiller brusquement. Il passa une main dans ses cheveux dorés et souffla :

- Je…je viens de passer sous veritaserum ? Alors ?

- Alors après ce petit interrogatoire, je n'ai pas d'objections particulières à ton intégration…progressive, déclara Dumbledore. Harry ?

Ils se tournèrent tous les deux vers le Gryffondor qui inspira profondément. A chaud, il avait bien envie de répondre qu'il préférerait encore habiter en colocation avec Bellatrix Lestrange que de laisser Drago Malefoy se battre à leurs côtés. Mais il savait qu'il devait passer au-delà de ses griefs personnels et faire preuve de « sagesse ». Hermione lui avait fait remarquer qu'il avait gagné en maturité quelque semaines plus tôt et Harry ne pouvait nier que cette simple phrase lancée en l'air – ou peut-être pas tant que ça, Hermione disait rarement des choses anodines – lui avait fait particulièrement plaisir.

Et c'est pour cela qu'il s'entendit répondre d'une voix qu'il espérait calme et ferme :

- Mis à part mes sentiments personnels, je ne vois pas de véritable obstacle à ce que Malefoy nous rejoigne. Mais ! reprit-il d'une voix forte. Professeur, si je puis me permettre, je veux que son intégration se fasse pas à pas. Je ne veux pas de lui sur le terrain pour le moment et j'estimerais plus sage de faire des tests réguliers sous veritaserum.

- Quoi ?! s'exclama aussitôt Drago en bondissant sur ses pieds. Ca va pas Potter ?!

- Seulement avec le professeur Dumbledore, continua Harry, imperturbable, comme ça tu seras sur que personne ne profite de la situation. Mais tu as dit que tu voulais gagner notre confiance Malefoy, et je serais plus enclin à t'accorder la mienne si je savais que tu passes ces tests.

Drago lui lança un regard noir et se tourna vers Dumbledore.

- C'est ton choix Drago, répondit le directeur, je ne suis pas contre la proposition d'Harry – par mesure de sécurité, je suis sur que tu comprends – mais la décision finale te revient.

- Et si je refuse, vous ne m'accepterez pas, c'est ça ? Grogna le Serpentard, l'air amer.

- Je n'ai pas dit cela.

Le jeune homme sembla réfléchir quelques instants puis il finit par soupirer.

- Bon, d'accord.

- Merci, sourit Harry avant de lancer sur le ton de la plaisanterie, tu vois, je me sens déjà moins méfiant.

Drago lui répondit par un rictus ironique qu'Harry se fit un plaisir de lui retourner. Aucun d'entre eux n'était dupe. Ils n'étaient plus véritablement ennemis mais ils ne s'aimaient pas, ça au moins c'était clair.

Dumbledore ne disait rien, les observant derrière ses lunettes demi-lune, et Harry comprit qu'ils allaient bientôt prendre congé.

- J'ai tout de même une question, lança-t-il en se tournant vers le directeur, vous avez sérieusement l'intention de le mettre avec Hermione ? Elle le déteste probablement autant que moi, il l'a traité de…de vous-savez-quoi pendant six ans !

- J'ai changé.

- C'est ce que je pense aussi, acquiesça Dumbledore, et miss Granger a l'avantage d'être une fille. Comme la plupart des personnes de son sexe, elle a davantage de maturité et de lucidité que la gent masculine au même âge et je suis sur qu'elle comprendra que la résistance passe avant tout.

Drago et Harry avaient rougi furieusement en entendant Dumbledore vanter les mérites des filles au détriment de la prétendue maturité qu'Harry pensait pourtant avoir acquise.

- Et que fait Granger ? S'enquit finalement Drago.

- Elle travaille à la bibliothèque pour trouver des informations sur le cœur même de la résistance.

- Qui est ?

- Miss Granger t'expliquera cela à merveille.

- Je peux lui en parler ? Dès ce soir je veux dire ? Demanda à nouveau le Serpentard alors qu'ils se levaient tous les trois.

- Non pas tout de suite, répondit Dumbledore en les accompagnant vers la porte. Harry, je te laisse le soin de rassembler l'A.D. le plus tôt possible pour leur faire part de l'intégration de M. Malefoy afin qu'il puisse se mettre au travail le plus tôt possible. Et de t'occuper de miss Granger. Bien que je ne doute pas qu'elle restera professionnelle, il vaut mieux lui annoncer la nouvelle en douceur.

Le regard lourd de sens qu'il avait échangé avec Harry n'avait nullement échappé à Drago qui attendit qu'ils aient quitté le bureau et soient sortis dans le couloir pour lancer d'un ton qu'il ne cherchait même plus à rendre dégagé ou faussement indifférent :

- Qu'est-ce qu'il lui arrive à Granger ?

Harry lui lança un regard noir.

- Je ne vois pas de quoi tu parles.

- Te fous pas de ma gueule Potter. J'habite avec elle je te rappelle. Elle arrête pas de s'évanouir, de vomir et apparemment elle est trop crevée pour répondre à mes réflexions…ça veut pas dire que je la martyrise ! ajouta-t-il précipitamment en voyant Harry s'avancer vers lui d'un air menaçant. Et puis en plus, tu as parlé de missions « sur le terrain » dont Granger est apparemment exclue ! et elle a beau être un rat de bibliothèque, je doute qu'elle accepterait de vous laisser la belette et toi vous mettre en danger sans elle.

- Tu ne sais rien sur nous ! vociféra Harry. Ni sur Hermione !

- Elle ne peut pas être malade j'imagine ? Marmonna Drago d'un air pensif comme pour lui-même. C'est extrêmement rare chez les sorciers…

Harry éprouvait une sorte d'intense satisfaction à voir Malefoy se démener à percer un secret dont lui-même connaissait le contenu. Mais en entendant le mot « maladie », il dut se faire violence pour ne rien laisser transparaître de son trouble et s'éloigna du Serpentard :

- Je te ferai savoir quand est-ce que l'A.D. se rassemblera. En attendant, fiche la paix à Hermione !

Drago le regarda partir avec un sentiment de frustration teinté d'agacement.

Compte là-dessus Potter.


Harry avait bien conscience qu'il devait informer Hermione le plus tôt possible de leur léger changement de situation. Déjà que lui-même arrivait à peine à maîtriser sa fureur, alors il n'osait pas imaginer comment celle qui avait peut-être le plus à se plaindre de Drago Malefoy après lui allait réagir.

Exposer la situation à Ron le lendemain matin n'avait déjà pas été une partie de plaisir. Il avait d'abord fallu attendre que son meilleur ami cesse de rire, puis défendre Dumbledore et la confiance qu'il avait en lui contre la méfiance et la colère du jeune Weasley. Harry se demandait parfois même si la haine des Malefoy n'avait pas été implantée dans ses gènes…

Seul Ron était pour le moment au courant. Et Harry s'était vaguement demandé si c'était une bonne idée lorsque son ami passa la totalité du cours de potions à lancer des regards plein de fiel à Malefoy qui avait l'air de se demander quel était son problème.

Les deux amis s'étaient mis d'accord pour prévenir Hermione le soir même. Puis, ils se chargeraient d'en faire part aux membres de l'A.D. Harry avait donc donné rendez-vous à Hermione dans la Salle sur Demande – et à son grand désarroi, à Malefoy à qui il avait fallu aller parler entre deux étagères de la bibliothèque, par peur qu'on ne le voie avec le Serpentard.

Il avait hésité à faire venir Ron qu'il soupçonnait d'être capable de se jeter sur Malefoy à la moindre provocation, mais son meilleur ami ne lui laissa pas le choix :

- On sera pas trop de deux pour lui expliquer, tu ne crois pas ? Et puis…en voyant que je te fais confiance, ça pourrait la convaincre.

Espérons, songea le Survivant qui tripotait machinalement la carte du Maraudeur. De toute façon, sans Hermione, on n'ira pas bien loin.


Le soir venu, Hermione se rendit donc dans la Salle sur Demande. Harry voulait apparemment avoir une discussion sur l'A.D. et c'est donc sans appréhension qu'après être passée trois fois devant le mur en pensant à son ami, elle ouvrit une petite porte qui donnait sur une espèce de minuscule salon avec quatre fauteuils entourant une petite table. Harry et Ron en occupaient deux…et Drago Malefoy le troisième.

Mue par un réflexe de panique, Hermione sortit aussitôt sa baguette. Ses amis étaient peut-être sous imperium, peut-être même s'agissait-il de quelqu'un d'autre sous Polynectar !

Immédiatement, Harry se leva, mains en l'air pour la rassurer, tandis que Drago poussait un soupir exaspéré.

- Hermione, calme-toi.

- Quelle est la boisson que tu ne me feras jamais boire ?

- Du café ?

La question était idiote, elle-même s'en rendait compte. Mais c'était la première qui lui était venue à l'esprit. Avant qu'elle ne se rende compte qu'il suffisait de l'avoir regardé le matin dans la Grande Salle.

- Quel a été le moment le plus difficile de toute ma vie ?

- Bon Hermione, arrête là, c'est nous ! soupira Harry.

- Dans ces cas-là, réponds.

- Lorsque tu as du jeter un sortilège d'oubliettes à tes parents ! lança Ron. Allez, viens t'asseoir maintenant, il faut qu'on te parle.

Drago avait haussé les sourcils en entendant Ron et il jeta un coup d'œil à Hermione qui, plus calme, rangeait sa baguette. Ainsi, miss-je-sais-tout avait abandonné sa famille pour se consacrer toute entière au combat contre Voldemort ?

Le jeune homme resta impassible, mais au fond, il ne pouvait se défendre d'un rien d'admiration envers la Gryffondor.

- Qu'est-ce qu'il fait là, lui ? demanda Hermione en s'approchant.

Elle prit le fauteuil à côté de Malefoy et le traîna ostensiblement quelques mètres plus loin, plus proche de celui d'Harry et Ron qui soupiraient. Comment allaient-ils convaincre leur meilleure amie d'une chose qu'eux-mêmes avaient du mal à avaler ?

Drago de son côté, esquissa un sourire cynique :

- Bonsoir à toi aussi Granger. Je trouvais qu'on ne passait pas assez de temps ensemble, alors j'ai proposé une soirée poker à Potter et Weasley et comme il manquait un joueur, bah…AÏE !

Hermione avait tout bonnement ôté sa chaussure pour lui balancer en pleine tête. Et elle visait plutôt bien.

- La question ne t'était pas destinée. Reprit-elle calmement, sans se soucier de la bosse qui pointait déjà sur la tempe du Serpentard.

- Mais t'es malade, ma parole !

Elle retint un sourire tout en lançant un accio sur sa chaussure.

Il n'imaginait même pas à quel point…

- Malefoy a rejoint notre cause.

Hermione, Ron et Drago se tournèrent en même temps vers Harry qui avait lâché sa petite bombe d'une voix aussi calme que possible. Il croisa un instant le regard de Ron qui s'était contenté de hausser un sourcil interrogateur.

C'était raté pour la délicatesse.

Mais au moins, Hermione n'avait pas fait de crise cardiaque, ni ressorti sa baguette. Ron se demanda si elle allait éclater de rire comme il l'avait fait, mais elle resta de marbre. La jeune fille aussi aurait bien aimé s'esclaffer bêtement. Mais elle n'avait jamais été très forte pour le faux-rire alors elle se contenta de fixer son ami :

- Pardon ?

- Il s'est rendu chez Dumbledore il y a deux jours, expliqua Harry. Il a décidé de quitter Voldemort et il est passé sous veritaserum. Dumbledore a décidé de lui faire confiance…

- Et Potter aussi, ne l'oublions pas ! intervint Drago en levant un doigt docte.

- On t'a pas sonné ! marmonna Ron.

- Disons que je fais confiance à Dumbledore, reprit Harry. Et comme il faut bien qu'il serve à quelque chose, on s'est dit que Malefoy pourrait…

- Attends ! l'interrompit Ron en levant une main. On va attendre un peu pour la suite du programme, laisse-lui le temps de digérer.

Harry hocha la tête. Il n'avait pas tort.

Les trois garçons se tournèrent vers Hermione qui les regardait d'un air neutre. Elle lança un regard noir vers Malefoy :

- Qui est-ce qui me dit qu'ils ne sont pas sous imperium ?

Drago poussa un profond soupir tout en se remémorant brièvement les paroles de Dumbledore. Tu parles de maturité !

- Potter, dit-il alors. Frappe Granger.

L'intéressé le foudroya du regard. Ca commençait à bien faire.

- T'es con ou quoi ? lança-t-il en fronçant les sourcils.

- Je suis sérieux. Frappe Granger.

- Et je suis sérieux, c'est toi qui vas t'en prendre une si tu la fermes pas.

C'est avec un sourire triomphant que Drago se retourna vers Hermione. Elle grimaça, puis poussa un profond soupir et regarda Harry et Ron.

- Que Dumbledore ait avalé ce ramassis de conneries, je peux le comprendre, vu qu'il croirait à la repentance de Bellatrix Lestrange elle-même – Drago retint une grimace. Il ne fallait pas exagérer, sa tante était complètement barrée alors bon… – mais que toi, Harry, tu l'aies cru, et que Ron, tu aies suivi le mouvement…je n'en reviens pas.

- Il est passé sous veritaserum, plaida Ron.

- Ce qui prouve juste qu'il est excellent en occlumancie, ce qu'on savait avant de découvrir qu'en plus, il ment comme un arracheur de dents !

Son expression fit froncer les sourcils à Ron et Drago, perplexes tandis qu'Harry esquissait un sourire malgré lui. Avant de se reprendre et de préciser :

- Dumbledore le lui a fait ingurgiter alors qu'il était inconscient. Et il est un legilimens bien supérieur à Drago, il n'a perçu aucune trace de mensonge.

Hermione serra les dents. On pouvait penser ce qu'on voulait de Dumbledore, mais Voldemort lui-même n'aurait pas nié qu'il excellait dans cet art. Fouiller dans l'esprit noir et tortueux de Drago Malefoy n'avait effectivement pas du être bien compliqué.

La jeune Gryffondort sentait bien que ses trois compagnons attendaient qu'elle parle mais honnêtement, elle ne savait pas quoi dire. Cela lui paraissait un peu gros à avaler. Drago Malefoy combattant Voldemort ? C'était à ses yeux une contre-vérité. Elle préférait croire que le ciel était vert, c'était déjà moins stupide que ce que ses amis lui racontaient. Il était indéniable que le jeune Serpentard n'était pas lui-même depuis quelque temps mais elle avait juste espéré qu'il était victime d'une intoxication alimentaire ou d'une bonne grosse déprime…pas qu'il préparait sa reconversion d'ex-mangemort désormais défenseur de la veuve et de l'orphelin.

Drago vit bien que les réflexions de sa colocataire étaient parties pour prendre des heures si personne ne l'interrompait. Alors il se leva et lança :

- Granger, viens, on rentre.

- Pardon ?

- On n'a pas vraiment fini Malefoy, grinça Harry.

- Pour le moment, si. Je voudrais lui parler en privé.

Hermione ne put pas s'en empêcher et lança avec un soupçon d'ironie :

- Etant donné que tu as sorti à la même chose à Romilda Vane l'an passé avant d'aller la tripoter au rayon créatures magiques de la bibliothèque, je ne suis pas sure d'avoir envie de te suivre.

- T'inquiète pas, il n'y a aucune chance que notre conversation se termine de la même façon. Mais tu as besoin d'être convaincue alors je vais te convaincre.

- De pire en pire…

Le Serpentard poussa un profond soupir :

- Bon ça va Granger, t'es lourde avec tes blagues salaces. Ca fait rire personne.

Elle haussa les épaules, un peu vexée. Mais c'est vrai que ses pitreries avaient arraché à ses amis davantage de regards indignés que d'éclats de rire. Alors elle se leva et envoya un sourire à Harry et Ron qui se redressaient à leur tour, l'air incertain.

- Tu es sure que tu ne veux pas qu'on vienne ? Demanda gentiment Ron.

- Non, ça devrait aller…je vous appellerai si j'ai besoin de me débarrasser du corps.

- T'es vraiment hi-la-rante Granger ! grommela Drago en levant les yeux au ciel. Allez, amène-toi.

Elle n'était peut-être pas à mourir de rire, mais cette fois, Harry et Ron avaient esquissé un sourire…rêveur.


Les deux préfets-en-chef n'avaient pas prononcé un mot tout au long du trajet qui les ramenait vers leurs appartements. Hermione, tête baissée, s'efforçait de suivre le rythme de Drago, et ne cessait de jeter des coups d'œil à son avant-bras droit. Elle se demandait si c'était le genre de tatouage qui partait au laser…

En supposant qu'il soit sincère, ma fille.

Oui, bien sur, songea-t-elle en secouant la tête pour chasser cette petite voix insupportable qui s'immisçait parfois dans ses pensées, en supposant que Malefoy n'était pas un espion à la solde des Mangemorts qui allait les vendre à la première occasion, conduisant à leur mort à tous.

- Hortus.

La voix de Drago prononçant le mot de passe lui fit brusquement relever la tête. Le tableau se fendit d'un joyeux « j'ai toujours rêvé d'en avoir un ! » avant de leur ouvrir le passage. (hortus signifie jardin en latin)

Une fois dans leur salle commune, ils se fixèrent en chiens de faïence pendant quelques secondes, et c'est Drago qui se décida à briser la glace.

- T'en veux une ? Proposa-t-il en sortant un paquet de cigarettes.

La jeune Gryffondor le regarda d'un air interdit puis soupira :

- Oh et puis pourquoi pas…

Elle ne fumait pas. Enfin quasiment pas. Elle avait du prendre une trentaine de cigarettes dans sa vie. Elle avait testé avec Ginny l'an passé et bien qu'elle ne soit pas fan du goût, elle trouvait cela assez relaxant dans certaines situations.

Et là, la situation exigeait clairement une petite dose de détente.

Elle ne fit pas remarquer à Drago que fumer à l'intérieur – et même dans l'enceinte de l'école – était probablement interdit. Déjà parce que le Serpentard s'en moquait surement comme de son premier balai et puis parce qu'elle n'avait aucun souvenir de l'interdiction expresse de fumer des cigarettes moldues dans le règlement de l'école.

Ils s'assirent l'un en face de l'autre et Drago lui tendit silencieusement son briquet.

- Tu les achètes où ? Demanda-t-elle un peu bêtement en lui rendant l'objet pour qu'il allume sa propre cigarette.

- Je ne sais pas toi mais personnellement, je vais dans un tabac.

- Et ça ne te dérange pas de consommer des trucs moldus ?

Le jeune homme leva la tête vers elle en expirant une longue bouffée. Décidément, elle était déterminée à le pousser dans ses retranchements…

Il décida d'être honnête – après tout, il allait falloir s'y mettre.

- Sans moldus, il n'y aurait pas de sorciers, répondit-il finalement, alors ils ont bien du faire quelques trucs utiles.

Hermione lui jeta un regard torve. La réponse avait un fond plutôt gentil mais restait paternaliste et un rien méprisante.

- Si tu veux, on peut continuer à discuter de mes, pardon nos, sales petites manies, reprit Drago, ou on peut parler de choses plus sérieuses.

- Justement, je ne sais pas encore si c'est sérieux ou non, répliqua Hermione du tac au tac. J'essaie déjà de digérer le fait qu'on discute presque normalement.

- Tu sais qu'à un moment, il va falloir me faire confiance.

- On verra ça plus tard. Pour l'instant, je n'ai qu'une seule question : pourquoi ?

Il la regarda longuement et finit par secouer la tête en soupirant :

- Je ne te conseille pas d'aller raconter tous mes états d'âme au Balafré ou à Weasley.

- On verra si je le juge utile.

- T'es vraiment chiante !

- Peut-être mais moi, personne ne doute de mes motivations. Alors ?

Drago décida de fixer son regard sur le feu qu'Hermione avait rallumé d'un coup de baguette. Ce serait plus facile que de voir ses yeux sur lui, perçants, tentant de déterminer comment il avait pu s'acheter soudainement une conscience pendant qu'il lui déballait ses pensées intimes.

Rien ne t'oblige à lui raconter ta vie, bon sang ! C'est pas elle qui décide.

Cette pensée s'insinua un instant dans son esprit mais Drago la repoussa avec agacement. Hermione Granger avait voix au chapitre, Potter l'écoutait et tout le monde écoutait Potter – dont selon lui la plupart des idées devaient venir de la jeune fille, vu qu'il n'avait rien dans le ciboulot. Parfois il se demandait si Granger ne partageait pas son cerveau avec les deux boulets qui lui servaient d'amis… – et à tout prendre, il préférait raconter sa vie et son revirement, plus-que-suspect il en était conscient, à sa colocataire.

- Au début de l'été dernier, mon père m'a ordonné de les accompagner dans un petit village du sud de l'Angleterre…

Hermione sursauta presque en entendant sa voix désincarnée. Il avait été silencieux un long moment et elle-même avait fini par se perdre dans ses pensées.

- Le Seigneur des Ténèbres était là, poursuivit le jeune homme, avec toute sa clique. Il y avait une centaine de Moldus qui faisaient la fête. On a tous sorti nos baguettes et… ils ont commencé à les tuer.

Hermione déglutit. Oui, elle s'en souvenait, les infos moldues n'avaient parlé que de ça pendant des semaines avant de conclure à un empoisonnement. Dans le monde sorcier bien sur, personne n'avait été dupe.

- Les Moldus se sont enfuis, reprit Drago qui s'était arrêté un instant, et ils leur ont tous couru après. J'ai mis un moment à les suivre. On ne m'avait prévenu de rien et je ne comprenais pas pourquoi on s'en prenait à des Moldus perdus au fin fond de la campagne. Et puis soudain, Dolohov est revenu vers moi et m'a violemment poussé en m'ordonnant de tuer autant de Moldus que je le pourrais.

- Combien ? Souffla Hermione.

Il consentit enfin à tourner les yeux vers elle et serra les mâchoires avant de répondre :

- Deux…je crois. Un vieil homme et un autre plus jeune, mais je me demande si mon sortilège ne l'a pas raté.

Hermione retint à grand peine un reniflement méprisant. Elle était sure qu'à force de se le répéter, il était parvenu à se convaincre qu'il n'était pas celui qui avait tué le jeune homme. Ca devait lui donner bonne conscience…

- Je n'avais jamais tué personne auparavant, reprit le Serpentard. Je m'attendais à…je ne sais pas, quelque chose…mais au final, je n'ai rien ressenti, comme si j'étais anesthésié – il inspira profondément avant de continuer – il ne restait plus grand monde et j'en ai profité pour m'écarter. Je crois que j'avais envie de vomir. Et c'est là que je suis tombé sur une mère et son fils. Ils étaient cachés derrière un buisson, le gosse devait pas avoir plus de cinq ans et sa mère avait plaqué sa main sur sa bouche, sans doute pour qu'on ne l'entende pas pleurer.

Hermione sentit sa gorge se nouer et des larmes lui monter aux yeux. Ils avaient du avoir tellement peur…

- La mère m'a regardé sans rien dire. Enfin, on s'est regardés pendant un long moment. Elle avait vu ma baguette et elle arrêtait pas d'y jeter des petits coups d'œil, comme pour s'assurer que je n'allais pas la brandir…j'aurais pu les sauver. Ils sont morts à cause de moi.

- Tu les as tués eux aussi ? Murmura Hermione, emplie d'effroi.

- Non. Mais si je n'étais pas resté planté devant leur cachette comme un idiot, mon père ne serait pas arrivé. Il ne m'aurait pas poussé en avant en m'ordonnant de les tuer, en m'insultant quand il a vu que je ne bougeais pas. Et le Seign…Voldemort ne serait pas arrivé et il ne les aurait pas tués devant moi. Il n'a même pas cillé. Et puis il s'est retourné vers moi et m'a balancé une gifle en me traitant d'idiot.

Le jeune homme tira une bouffée de sa cigarette en secouant la tête, en proie à ces souvenirs manifestement douloureux. Hermione ne savait pas quoi dire. Il aurait été facile de lui lancer qu'il n'avait qu'à désobéir, ne pas tuer ces Moldus. Mais il suffisait de plonger dans l'histoire moldue justement pour connaître le pouvoir des ordres…après tout, combien d'Allemands n'avaient agi comme ils l'avaient fait soixante ans plus tôt « que » parce qu'on leur en avait donné l'ordre ?

Mais déjà, Drago reprenait son récit :

- Lorsque nous sommes rentrés au manoir, j'ai demandé à mon père à quoi rimait cette boucherie et je me suis pris ma deuxième baffe de la soirée. Mon père ne m'avait jamais frappé. Il a hurlé que j'étais son fils et que par conséquent, je n'avais pas le droit d'être une mauviette, que j'étais là pour obéir aux ordres, pour « servir le Maître », que tout dépendait de mon attitude dans les mois à venir. Ma mère est arrivée et m'a dit d'aller me coucher, sans doute pour éviter que je ne m'en reprenne une…

Plongée malgré elle dans l'histoire, Hermione en avait oublié de fumer sa cigarette et celle-ci était presque éteinte lorsqu'elle en aspira une bouffée, un peu longue d'ailleurs puisqu'elle toussota.

- Je n'ai pas dormi de la nuit, soupira Drago en passant une main nerveuse dans ses cheveux, j'avais été naïf. Je pensais que nous nous en prenions à nos opposants, aux hybrides, aux sang-mêlé…

- Aux nés-moldus. Compléta doucement la Gryffondor.

- Mais pas qu'on s'attaquait à des Moldus qui, somme toute, n'avaient rien fait, continua Drago sans tenir compte de son intervention. Qui ne connaissaient même pas notre existence…j'ai songé à ce que serait le monde quand – oui, à l'époque, je pensais « quand » – Voldemort triompherait. Et je me suis rendu compte que c'était un monde de merde. Un monde de mort où régnerait un seigneur des ténèbres obsédé par sa propre gloire, entouré de laquais comme moi qui étaient censés se réjouir d'avoir annihilé ou au mieux asservi 90% de la population mondiale.

Alors qu'Hermione jetait sa cigarette dans le feu, il se tourna vers elle et la regarda droit dans les yeux :

- Je crois bien que c'est cette nuit là que j'ai décidé que je ne voulais pas d'un monde pareil. Et que le seul moyen de l'éviter était de me battre dans l'autre camp.

Hermione ne répondit rien, se contentant de soutenir son regard. Elle était terriblement confuse. Il était tellement plus simple de le détester, de le considérer comme un crétin influençable et cruel.

- Un jour, j'ai lu une phrase taguée sur un mur de Londres, reprit Drago qui lui-même n'en revenait pas de lui raconter ça, « Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde »…j'ai envie de suivre cette maxime.

Sa colocataire faillit se plaquer une main sur les yeux et ricaner.

Drago Malefoy citait Gandhi ? Non mais on allait où, là ?!

- Tu trouves ça stupide ? l'interrogea le Serpentard qui avait bien vu la commissure de ses lèvres se relever légèrement.

- Du tout. Répondit-elle franchement. Mais c'est juste amusant de t'entendre citer un célébrissime résistant moldu…et pacifiste.

- Comment s'appelait-il ?

- Mahatma Gandhi. Il était indien et il a lutté contre le colonialisme anglais.

Drago sembla réfléchir un instant puis il releva la tête vers elle avec un étrange sourire.

- Est-ce qu'il a gagné ?


Voilà !

Bon, ce chapitre était très centré sur Drago mais on devrait retrouver plus de personnages au chapitre suivant :) Si vous avez quelques secondes de temps libre, n'hésitez pas à me donner votre avis en lâchant une petite review ;)

A la semaine prochaine et merci de continuer à lire !