Bonjour à tous ! Voici donc le chapitre 5 pour tous mes petits lecteurs invisibles ! Bon, une review (merci kikibenz29) pour presque soixante lectures, c'est un peu déprimant mais je ne perds pas espoir de recevoir un peu plus d'avis un jour ;)
Bonne lecture !
Hermione dormit très mal cette nuit là.
Tout en se retournant dans son lit, elle repensa à l'étrange conversation qu'elle venait d'avoir avec celui qu'elle considérait comme son ennemi peu de temps auparavant. Ils n'avaient pas beaucoup parlé après que Drago ait raconté son histoire. Hermione avait fini par se lever, lui avait juste dit qu'elle devait y réfléchir et, bien sûr, en parler avec Harry et Ron, et puis elle était partie se coucher.
Elle était terriblement partagée. Une partie d'elle lui hurlait à tue-tête qu'elle ne pouvait pas faire confiance à Malefoy, que ce n'était qu'un plan destiné à infiltrer un mangemort au sein de l'Ordre, qu'ils le regretteraient tous un jour…et puis il y avait cette petite voix qui avait été frappée par l'histoire du jeune Serpentard, qui lui rappelait que Dumbledore avait donné son accord, qu'ils n'étaient que des enfants, que tout le monde pouvait changer…
Mais justement, tout le monde pouvait-il changer ?
Ce n'est que vers 4h du matin qu'Hermione, épuisée, sombra finalement dans un sommeil tourmenté.
Le lendemain, lorsqu'elle descendit pour le petit-déjeuner, elle fut soulagée de ne pas croiser son colocataire. Elle n'aurait pas su quoi lui dire et leurs habituelles disputes lui auraient paru inappropriées vu les circonstances.
Harry et Ron étaient déjà attablés lorsqu'elle arriva dans la Grande Salle. Hermione soupira à l'idée de la conversation qui allait suivre. Elle s'assit calmement tandis qu'Harry lui servait du thé et que Ron prenait un toast beurré dans son assiette qui en état remplie pour le lui proposer :
- C'est censé me mettre de bonne humeur avant que vous ne m'assailliez de questions ? s'enquit-elle avec un doux sourire.
- Complètement, avoua Ron. Alors ? Qu'est-ce qu'il s'est passé hier soir ?
- Qu'est-ce qu'il a dit ? Renchérit Harry.
- Tu penses qu'il est sincère ?
- Eh Tic et Tac ! laissez-moi le temps d'en placer une ! Les coupa Hermione d'un ton qui se voulait agacé mais que son sourire amusé démentait.
Les garçons cessèrent de parler et attendirent sagement que la jeune fille boive une gorgée de thé. Dean et Seamus les saluèrent de loin mais ne firent pas mine de les rejoindre. Les trois amis s'étaient mis en bout de table, assez éloignés des autres Gryffondor pour pouvoir discuter tranquillement. Les membres de l'A.D. avaient fini par comprendre ce que cela signifiait : ils voulaient être seuls pour parler. S'ils avaient envie d'être avec les autres, ils s'asseyaient au milieu. Chacun avait fini par s'en accommoder et seule Ginny se froissait de temps en temps même si elle avait bien conscience de ne pas faire parti du Trio, le fait d'être la sœur de Ron, la copine d'Harry et l'une des meilleures amies d'Hermione la rendait parfois perméable aux subtilités déployées par les trois amis pour rester entre eux.
- Bien, reprit finalement Hermione en reposant sa tasse. Alors, j'ai discuté avec Malefoy hier soir. Je n'ai pas eu à le tuer ni à le frapper aussi étonnant que cela puisse paraître et…je pense qu'il y a des chances pour qu'il soit sincère.
Elle ne put s'empêcher de remarquer qu'Harry avait l'air déçu par sa conclusion. Sans doute aurait-il préféré pouvoir brandir les réticences d'Hermione pour s'opposer à l'entrée du Serpentard dans l'A.D.
Mais il ne pouvait pas faire ça. Ils étaient en guerre et il n'était plus en deuxième année, il était assez grand pour mettre ses différends de côté lorsqu'il le fallait…enfin, il l'espérait.
- De toute façon, Dumbledore a déjà donné sa bénédiction, non ? poursuivit Hermione. Je ne vois pas ce que mon avis aurait changé.
- Tu es celle qui as passé le plus de temps avec Malefoy depuis la rentrée, expliqua Ron. Il t'a paru changé ?
Hermione hésita quelques instants.
- Oui et non. Il lui arrive encore de se montrer parfaitement insupportable mais comme Parkinson, il n'a plus l'air de vouloir entendre parler des Sang-de-Bourbe et de tout ce qui concerne la pureté du sang…et il a franchement mauvaise mine en ce moment.
- Ca ce n'est pas notre problème, grogna Harry en mordant rageusement dans un muffin. Hum…et sinon il y a encore un petit truc que Malefoy ne t'a peut-être pas dit…
Son amie haussa un sourcil.
- Dumbledore voudrait qu'il travaille avec toi.
- Quoi ? Pourquoi moi ?!
- Dumbledore, et je suis d'accord avec lui sur ce coup là, ne veut pas que Malefoy participe à des opérations…disons délicates avant qu'on ne soit un peu plus sûrs qu'il n'est pas un espion. Et puis il pense que ses connaissances en magie noire et autres saloperies peu recommandables pourraient nous aider dans nos recherches.
- D'autant qu'il côtoie les Mangemorts et Voldemort depuis qu'il a appris à marcher, renchérit Ron, il aura peut-être vu ou entendu des choses intéressantes.
Hermione réfléchit un instant. Oui, ça paraissait logique. Ils n'allaient pas envoyer immédiatement Malefoy sur le terrain alors autant le refiler au rat de bibliothèque…
- Je comprends, dit-elle finalement. J'en parlerai avec lui tout à l'heure.
Ron hocha sombrement la tête comme si elle parlait de discuter du lancement d'une bombe nucléaire. Harry se contenta d'acquiescer avant de reprendre dans un profond soupir :
- Maintenant, il faut l'annoncer à l'A.D.
- Ca va être comique, ça, grogna Ron. Faudra retenir Seamus, je voudrais pas qu'il lui mette un poing dans la gueule, enfin si je voudrais bien mais ça ferait un peu désordre et puis…
- On a compris Ronald. Le coupa Hermione en souriant. Si vous voulez, je m'en occupe.
- C'est vrai ?
Harry n'avait même pas opposé un refus de politesse. Après Ron et Hermione, il ne se sentait pas le courage de défendre à nouveau l'intégration de Malefoy alors qu'il rêvait de le noyer dans le lac.
Hermione confirma sa décision d'un hochement de tête et Harry tendit la main pour prendre la sienne.
- Ca va toi en ce moment ? Le traitement n'est pas trop dur ?
- Si, mais je m'y fais. Répondit-elle franchement. Je travaille un peu moins longtemps, je me couche plus tôt et je sais que mes nausées ont quasiment toujours lieu au réveil.
Elle ignora la grimace qu'esquissèrent inconsciemment ses amis. Après tout ils avaient demandé.
- Quand est-ce que tu revois le docteur ? s'enquit Ron.
- Dans une quinzaine de jours. Dumbledore m'a autorisé à utiliser sa cheminée pour me rendre à Sainte-Mangouste.
- Tu veux qu'on t'accompagne ?
- Non, ça risque d'être assez long, il y a des examens à faire, ne vous embêtez pas.
- Tu es sûre ? Insista Harry.
- Absolument. On a bien d'autres choses à s'occuper cette année que mes petits problèmes.
- Ne dis pas ça, lui reprocha doucement Harry.
Hermione se força à sourire. C'était bien plus dur au quotidien qu'elle ne voulait bien l'avouer mais elle avait décidé depuis longtemps qu'il était hors de question que sa maladie interfère avec leurs vies. Ni avec celle de qui que ce soit d'autre.
Ce n'est qu'en fin d'après-midi qu'Hermione revit Malefoy, alors qu'il rentrait à l'appartement des préfets après ses cours. En pénétrant dans la salle commune, le jeune Serpentard aperçut sa colocataire qui le regardait calmement, assise sur le canapé, un livre fermé posé à ses côtés. Il songea à l'ignorer. Il n'était pas franchement d'humeur à se faire insulter. Pansy lui avait annoncé qu'elle commençait à fréquenter Stephen Jones, un Serdaigle de septième année et c'est sans vraiment y réfléchir qu'il avait pris l'intéressé entre quatre yeux pour lui déballer un discours surprotecteur qui se concluait plus ou moins par : « si tu la fais souffrir de quelque manière que ce soit, je vais tellement t'éclater la gueule que même ta mère ne te reconnaîtra pas. » ; après coup, il avait été un peu agacé par sa petite action d'éclat et commençait à se dire que ça n'avait pas été une excellente idée. Alors se disputer avec miss je-sais-tout n'était pas vraiment dans ses plans.
- Qu'est-ce qu'il y a ? Grommela-t-il de sa voix la moins désagréable possible en s'affalant sur un fauteuil à côté d'elle.
- Dumbledore veut qu'on travaille ensemble.
- Apparemment.
- Ne fais pas cette tête Malefoy, je suis encore moins enchantée que toi. Je voulais juste qu'on mette au point quelques petites choses.
- Parce que tu es d'accord ?
Il avait l'air surpris. A l'instar de Potter, il pensait que la Gryffondor refuserait à cor et à cri qu'il approche de ses chers bouquins – et d'elle tout court d'ailleurs. Alors l'entendre lui dire tranquillement qu'ils devaient « mettre au point » certaines choses l'avait étonné, oui.
- Si Dumbledore t'a mis avec moi, c'est qu'il a ses raisons, expliqua simplement Hermione. Mais que les choses soient claires : on travaille et c'est tout. On va se mettre d'accord sur des horaires, auxquels tu auras l'amabilité de te tenir, et pendant ces périodes de travail – Drago grimaça, si elle pouvait arrêter d'appuyer sur ce mot comme s'il était un cancre de dix ans, ça l'arrangerait – tu seras sérieux, tu ne feras pas le pitre, tu…
- Bon, arrête là ! la coupa finalement le jeune homme qui n'y tenait plus. Je ne suis ni un enfant, ni un idiot. T'es peut-être terriblement intelligente Granger mais ça ne fait pas des autres ou de moi des débiles mentaux. Arrête un peu de te croire au dessus des autres. Comme tu l'as dit la dernière fois, je suis parfaitement capable de travailler, même avec toi.
Hermione avait rougi lorsqu'il l'avait accusé d'orgueil. L'arrogance était un défaut qu'elle détestait et que Drago Malefoy, entre tous, lui en fasse le reproche l'emplit de honte. D'autant plus qu'il n'avait pas entièrement tort.
Elle s'apprêtait à balancer quelque chose qui aurait ressemblé à des semi-excuses lorsque son colocataire poursuivit avec un sourire ironique :
- Et je promets de ne pas essayer de te peloter entre les étagères. Non pas que je dirais non mais…
- Et voilà ! – merde, sa voix était peut-être un peu trop triomphale, là. – C'est exactement le genre de réflexions dont j'aimerais que tu te passes pendant qu'on recherche un moyen de vaincre Voldemort.
Ses derniers mots firent disparaître son sourire et il s'assombrit en pensant au Seigneur des Ténèbres. Il n'y avait pas à dire, Granger avait le chic pour vous ramener les pieds sur terre. Il se contenta de hocher la tête :
- C'est bon, j'ai compris. Alors quand est-ce qu'on ferait ça ?
- Le soir, après le dîner ? Ca me parait être le plus pratique pour tous les deux.
- Si tu le dis.
Hermione lui lança un regard torve. Il avait intérêt à être motivé, il était hors de question qu'elle se traîne un boulet.
Mais Malefoy n'avait pas l'air de plaisanter. Ils se fixèrent pendant un instant sans rien dire puis, gênée par ce regard bleu qui l'observait tranquillement, Hermione détourna la tête et s'éclaircit la gorge :
- Bon, euh, autre chose, j'ai dit à Harry que je m'occuperais d'annoncer ton…intégration à l'A.D.
- Vraiment ?
- Oui. Je crois qu'il en a un peu marre de défendre une cause en laquelle il ne croit pas vraiment, vois-tu.
Drago serra les mâchoires et Hermione regretta un instant ses paroles. Elle n'était pas aussi méchante d'habitude mais bon sang, il avait le don de la faire sortir de ses gonds !
- Bref, reprit-elle précipitamment pour qu'il ne remarque pas son embarras, la prochaine séance aura lieu demain soir. Je t'y emmènerai. Ce serait bien que tu ne te battes avec personne…
- Je ne suis pas un animal Granger.
- Je sais, mais tu ne seras pas accueilli à bras ouverts et je ne voudrais pas que tu t'énerves si certains membres perdaient eux-mêmes leur calme.
- Et de qui suis-je supposé avoir le plus peur ? S'enquit Drago d'un ton goguenard. De ce gringalet de Londubat ou de ce minus de Finnigan ?
- Ne commence pas à les insulter ! Je te rappelle que tu vas devoir te battre à leurs côtés.
- Evite de me le rappeler.
- Tais-toi. Tu me laisseras parler, tu éviteras de répondre aux provocations et tu te feras discret.
Elle lui jeta un regard étrange en soupirant :
- Ca va être dur à avaler pour beaucoup de monde, crois-moi…
Ca s'était plutôt bien passé, jugea Hermione en se couchant le lendemain soir. Sans la réflexion d'Ernie MacMillan sur le père de Malefoy et la réplique de ce dernier sur le physique de Mrs MacMillan qui avait forcé les garçons à retenir Ernie lorsqu'il avait fait mine de se jeter sur le Serpentard, ça se serait même très bien passé.
Bien sûr, il faudrait du temps avant que tout le monde n'accepte la présence d'un ancien mangemort. Il y avait des pincements de lèvres et des regards noirs tout au long du petit discours qu'Hermione avait préparé pour annoncer la venue d'un nouveau membre. Seule Luna semblait trouver la présence de Drago naturelle et elle était la seule qui avait accepté de s'entraîner avec lui après. Hermione l'avait observé du coin de l'œil.
Il se battait bien. Trop bien même.
Et encore, avait-elle songé en le regardant lancer un sort sur Luna qui le contra sans trop de difficultés, elle était sûre qu'il se retenait.
Deux jours plus tard, Hermione prenait tranquillement son petit-déjeuner en compagnie de ses amis lorsqu'une jeune fille à l'air furieux entra en trombe dans la grande salle, bousculant violemment un Poufsouffle de troisième année au passage.
Les élèves commençaient à murmurer et les Gryffondors se désintéressèrent donc tout naturellement de leur repas un instant pour lever les yeux.
- Qu'est-ce qu'il y a ? S'enquit Ron en voyant Harry et Hermione se dresser sur leur banc.
- Apparemment quelque chose de plus intéressant que nos têtes, devina Ginny qui était à côté de lui et se retourna.
La jeune fille en question était Pansy Parkinson et elle se dirigeait vers la table des Serpentards un peu plus rapidement que d'habitude. Elle ouvrit soudainement la bouche et Hermione jeta un regard vers la table des professeurs. Heureusement qu'il était déjà assez tard et que tous les enseignants avaient quitté la salle pour aller préparer leurs cours. Les éclats de voix n'étaient pas particulièrement bien tolérés.
- DRAGO MALEFOY !
Hermione se rappela que la jeune Serpentard avait une voix particulièrement stridente. Neville grimaça à ses côtés, en portant une main à ses oreilles.
Mais l'exclamation de Pansy avait au moins eu l'avantage de désintéresser tout le monde de son petit-déjeuner. On se levait pour mieux voir et les Gryffondor ne regrettèrent pas d'avoir fait l'effort.
Parce qu'une fois plantée devant celui qui n'était pas forcément son « meilleur ami » à l'instant même, Pansy lui flanqua une gifle monumentale et retentissante, qui occasionna des « oh », plus stupéfaits qu'indignés parmi les spectateurs.
- CA, C'EST POUR AVOIR CRU QUE TU POUVAIS TE MÊLER DE MA VIE AMOUREUSE ESPECE DE SALE PETIT TROLL ! S'égosilla-t-elle avant de repartir comme elle était venue, la tête haute.
Une vague de rires parcourut la grande salle et quelques applaudissements se firent entendre. Pliés en deux, les Gryffondor se soutenaient à peine.
- C'était absolument génial ! souffla Ron entre deux rires.
- Vous croyez que si on la paie, elle pourra le refaire ? S'exclama Seamus dont l'idée souleva des cris d'approbation parmi leurs compagnons.
- Du calme les garçons, sourit Hermione.
Elle n'allait pas se mentir, elle aussi avait beaucoup apprécié la scène, mais peut-être pas de là à se rouler par terre. Elle jeta un regard vers la table des Serpentard.
Drago Malefoy était resté bouche bée pendant un instant, tandis qu'à ses côtés, son soi-disant « ami » Blaise Zabini ne se privait pas pour rigoler aussi fort qu'un Gryffondor. Puis, l'air digne, le jeune homme se leva et quitta la salle sous les rires, voire même quelques quolibets parfaitement puérils – dont Hermione dut admettre sans fierté qu'ils provenaient majoritairement de Ron et Seamus, que la scène avait manifestement mis de bonne humeur pour la journée.
L'histoire se répandit comme une traînée de poudre et à 10h, toute l'école était au courant. Dean disait à qui voulait l'entendre qu'il aurait volontiers filmé la scène s'il avait eu une caméra – cette petite déclaration lui permettait alors d'expliquer ce qu'était une « caméra » – et on ne comptait plus les élèves se lamentant d'avoir raté un tel spectacle. Et tout le monde remarqua bien qu'en cours de métamorphose, McGonagall avait félicité Pansy plus chaleureusement que de coutume pour son devoir.
Hermione avait regardé avec une tendresse amusée Harry et Ron se ressasser la scène durant la moitié de la journée. La chasse aux horcruxes était tellement éprouvante que la jeune fille se demandait parfois s'ils ne manquaient pas un peu leur dernière année. Alors les voir s'esclaffer comme deux étudiants normaux pour une blague idiote lui faisait du bien.
Et elle promit à de nombreux Gryffondors de vérifier si son colocataire avait une marque.
Drago de son côté était furibond. Après, savoir s'il était plus furieux de son humiliation publique du petit-déjeuner ou du fait que sa meilleure amie lui en veuille, il n'en était pas encore là. Pour le moment, il s'était contenté de sécher tous les cours de la matinée – et avait déjà reçu un message de son parrain sous-entendant que s'il récidivait, pendant ses cours en tout cas, il entendrait parler du pays – et se contentait donc de frapper généreusement dans un coussin lorsque Blaise s'introduit dans les appartements des préfets-en-chef.
- Salut mon pote…
Il avait essayé d'adopter un air dégagé mais gommer toute la jubilation dans sa voix, c'était trop lui demander. Et Drago ne manqua pas de le remarquer puisqu'il le darda d'un regard noir avant de grogner :
- Qu'est-ce que tu veux ?
- Apparemment te pourrir encore plus la journée.
- Pardon ?
- Je suis venu te donner les devoirs. Tu sais, ceux que nous ont donnés les profs…en cours…ce matin.
- Ouais bon ça va, j'ai compris.
Blaise sourit et déposa un bout de parchemin sur une table avant de s'affaler majestueusement dans le canapé.
- Je te préviens, si t'es venu pour te foutre encore de ma gueule, je te pète les dents, le prévint Drago en envoyant le coussin contre un mur.
Celui-ci atterrit plus précisément sur le portrait d'un ancien préfet-en-chef qui protesta à grands cris. Les deux amis l'ignorèrent et Blaise répondit :
- Oh, ça va. C'était drôle !
- Ca dépend du point de vue.
- A part du tien, je t'assure que c'était drôle.
Drago s'effondra dans un fauteuil, l'air boudeur.
- Ecoute mon pote, on sait tous que n'importe qui d'autre serait probablement déjà mort à l'heure qu'il est, reprit Blaise plus calmement, mais c'est Pansy. Et la seule raison pour laquelle t'es en rogne, c'est parce que tu sais qu'elle te fait la gueule.
- Tu crois qu'elle m'en veut beaucoup ?
- Ca dépend, t'as fait quoi ?
- Elle flirte avec Stephen Jones depuis un petit bout de temps. Je suis juste allé lui expliquer que s'il lui venait à l'idée de lui faire du mal, il se pourrait que je le transforme en pulpe sanguinolente.
Blaise était à deux doigts d'éclater – encore – de rire. Mais il se retint à grand peine et se contenta de faire la moue :
- T'es vraiment con.
- Je sais, mais l'idée avait l'air bien juste avant que je le coince.
- J'imagine, oui. Tu n'as plus qu'à aller t'excuser.
Drago mima l'indignation – bon, ok, peut-être pas si feinte que ça… :
- Un Malefoy, s'excuser ?
- C'est Pansy donc on sait tous les deux que tu le feras.
- Le pire c'est que t'as raison.
- Ca m'arrive souvent.
- Crétin.
- C'est pas moi qui me suis mêlée de la vie amoureuse de ma meilleure amie.
Le jeune homme lui lança un sourire tordu.
- La ferme.
Drago retrouva Pansy dans la soirée. Ils s'installèrent sans un mot entre les colonnes du cloître et la jeune fille alluma tranquillement une cigarette en attendant que son ami brise le silence.
Drago commença à fumer à son tour. Il avait besoin de se détendre, car s'il y avait bien une situation qu'il détestait, c'était de se disputer avec sa meilleure amie.
- Pansy, je suis désolée de m'être mêlée de ta vie amoureuse, lâcha-t-il finalement après deux bouffées.
C'était pathétique. On aurait dit un texte appris à l'avance et récité sans conviction.
Pansy avait l'air de penser la même chose puisqu'elle se contenta de lever un sourcil, l'air de dire « va falloir faire mieux que ça ».
- Bon, ok, je n'aurais pas du aller voir Jones ni me prendre pour ton père. Mais je tiens à toi et je voulais juste m'assurer qu'il était au courant des conséquences…au cas où il te ferait du mal.
- T'es grave.
- Je sais.
- Je crois que tu lui as fait peur en plus, poursuivit Pansy, la voix rendue rauque par la bouffée qu'elle aspirait.
- Vraiment ?
- Je sais pas, on dirait. Mais il n'a pas pris ses jambes à son cou, au moins.
- Alors peut-être qu'il en vaut la peine, conclut simplement Drago.
Il sourit. Ils n'avaient pas besoin de longs discours ou de phrases dramatiques et grandiloquentes. Il s'était excusé, elle avait daigné lui répondre, c'était bon. Leur dispute était terminée.
Ils restèrent un moment sans rien dire. Le silence ne les gênait pas.
Lorsque Pansy ouvrit son paquet pour prendre une deuxième cigarette, Drago laissa échapper un rire bref :
- Tu ne crois pas que tu devrais te calmer sur la clope ?
- Oh tais-toi, j'ai pas pu en prendre une seule pendant les vacances, si Maman le savait, elle me tuerait.
- Ca peut se comprendre.
- J'imagine.
- Comment elle va ?
Pansy s'installa plus confortablement contre sa colonne avant de répondre :
- Mieux.
- C'est bien.
- Tu l'as dit. J'en ai été témoin et je ne souhaite ça à personne. Les nausées, la fatigue, les malaises… Drago ?
Le jeune homme s'était figé en entendant ses mots. Des souvenirs, des questions et des réponses s'emboîtaient soudain dans sa tête comme un jeu de Tetris.
Les nausées, la fatigue, les malaises… oh le con !
Il releva brusquement la tête et son regard croisa celui de Pansy. Qui comprit immédiatement ce qu'il en était.
- Drago, attends une minute, tu…
Elle parlait dans le vide.
Il était déjà parti.
Drago avait couru tout le long du trajet le séparant de l'appartement des préfets-en-chef. Arrivé devant le tableau, il lança le mot de passe en coup de vent et se rua dans le passage.
Comme de coutume, Hermione était attablée au bureau devant la fenêtre, accompagnée d'une pile de livres. Lorsqu'elle entendit le passage s'ouvrir, elle se retourna et regarda avec surprise Drago qui déboulait dans le salon en soufflant comme un bœuf.
- Malefoy ?
- Pourquoi…tu ne me l'as pas dit ? Lâcha le jeune homme alors qu'il reprenait son souffle.
- Pardon ?
- Pourquoi tu ne me l'as pas dit ?! hurla Drago en se redressant.
- Mais de quoi tu parles ?! cria Hermione à son tour en se levant.
- Ah tu veux jouer à ça ?! je parle de ton cancer ! rugit-il en pointant un doigt accusateur vers elle. Je parle du fait que tu es malade et en danger de mort !
A ces mots, Hermione avait pâli et elle dut s'appuyer sur la table derrière elle.
Il allait bien finir par l'apprendre.
Mais elle ne comprenait pas sa réaction. Elle avait imaginé plusieurs fois comment cela se passerait lorsqu'il découvrirait son secret et dans la plupart de ses hypothèses, il lui lançait un sous-entendu acide à un moment où elle ne s'y attendrait pas, de préférence en public. Il n'était pas censé venir lui hurler à la figure comme si elle avait oublié de le prévenir que Pansy était à Sainte-Mangouste depuis trois jours et qu'elle était la seule à le savoir.
Hermione se reprit vite. Compte tenu de la réaction du Serpentard, elle allait sans doute pouvoir étouffer l'affaire et ils n'auraient plus jamais à en parler.
- Ce que tu peux être dramatique quand tu t'y mets Malefoy, lança-t-elle alors avec un petit reniflement dédaigneux. Je ne suis pas en danger de mort.
- Je sais ce que tu as et je sais ce que ça fait.
- Mon cancer est moins grave que celui de Mrs Parkinson. Je n'ai jamais risqué quoi que ce soit, j'ai un traitement et je serai guérie dans quelques mois.
Drago semblait s'être calmé et il croisa les bras sur sa poitrine pour darder un regard noir sur elle.
- Pourquoi tu ne me l'as pas dit ?
- Au risque de me répéter : parce que nous ne sommes pas amis Malefoy.
- Nous ne sommes pas ennemis.
- Nous ne sommes plus ennemis, nuança Hermione, disons que c'est en cours de progression. Mais il n'y a que très peu de monde qui sait que je suis malade et tu es bien l'une des dernières personnes que je voudrais mettre au courant.
- Pourquoi ?
Hermione le regarda comme s'il était idiot.
- Pourquoi ? Articula-t-elle en s'avançant vers lui d'un air menaçant. Mais parce que pendant six ans, tu t'es appliqué à faire de ma vie un enfer ! Tu t'es moqué de moi, tu m'as insulté, tu as été un parfait connard ! je t'ai tellement détesté si tu savais ! le fait que tu te sois enfin rendu compte que tu étais du mauvais côté et que tu aies changé de camp ne signifie pas qu'on va soudainement devenir les meilleurs amis du monde ! non mais à quoi tu t'attendais Malefoy ?!
Elle avait hurlé ces derniers mots. Cela faisait tellement longtemps qu'elle rêvait de lui dire ça, de lui cracher ses quatre vérités à la figure, de lui dire combien elle l'avait haï.
Mais elle aurait du se douter que le jeune homme ne l'écouterait pas bien tranquillement. Elle avait réussi à le mettre en colère aussi.
- Et toi qu'est-ce que tu espères Granger ?! répliqua-t-il férocement. Des excuses peut-être ?!
- Et pourquoi pas ! ce serait la moindre des choses !
- EH BIEN D'ACCORD ! JE M'EX-CU-SE !
Surprise, tant par la violence du ton que le contenu de ses mots, Hermione recula d'un pas, les yeux écarquillés.
- Tu t'excuses ? Répéta-t-elle comme pour se convaincre qu'il avait bien prononcé ces mots.
- Oui, je m'excuse ! je sais parfaitement que j'ai été infect et je ne mentirai pas en te disant que je ne pensais pas toutes les horreurs que je t'ai dites parce que je les pensais ! depuis ma naissance, on m'a inculqué le mépris des gens comme toi et j'ai soigneusement répété les mots de mon père parce que j'étais persuadé qu'ils étaient vrais ! j'étais un gosse, on était tous des gosses, mais toi… toi tu étais, tu es, la meilleure élève de cette école et ça me dépassait ! comment une née-moldue pouvait-elle meilleure qu'un sang-pur ?!
Il inspira profondément et reprit plus calmement sous le regard de la Gryffondor, interdite :
- Il m'a fallu de longues années pour comprendre que la magie n'avait rien à voir avec le sang et que de toute façon, le sang n'était rien d'autre qu'un liquide bourré d'hémoglobine qui coulait dans nos veines ! et ça m'a pris plus longtemps encore pour surmonter ma peur et me détacher de Voldemort et de ma famille ! parce oui, peut-être que pour vous il est évident que j'aurais du abandonner mes parents depuis longtemps mais il s'agit de mon père et de ma mère ! tu n'as jamais essayé de te mettre à ma place ! tu ne sais pas ce que c'est ! ce sont les gens qui m'ont élevé et qui m'ont aimé et savoir que je vais devoir me battre contre eux me rend malade ! pour moi, je n'étais pas du côté du mal, j'étais seulement avec les miens !
Hermione restait silencieuse. Parce qu'il y avait une part de vérité dans ce qu'il disait. Jeter le sort d'oubliettes à ses parents avait également été la chose la plus difficile qu'elle avait eu à faire dans sa vie. Mais elle n'avait jamais pensé à Lucius et Narcissa Malefoy comme à des parents. Ni à Drago Malefoy comme un fils aimant.
- Je sais que vous ne me faites pas confiance, reprit Drago d'une voix morne en fixant la moquette, vous avez toutes les raisons de penser que je suis…je ne sais pas un espion ou quelque chose comme ça, mais je ferai ce qu'il faudra et tu verras que je suis de votre côté. Je ne dis pas que je suis quelqu'un de bien. Mais je me bats pour le bien à présent.
Hermione déglutit légèrement. Bon sang, qui aurait cru que Drago Malefoy prononcerait ces mots, ne serait-ce que quelques mois auparavant ?
- Et pour information…je ne te déteste plus. Enfin plus vraiment.
- Tu as une drôle de façon de le montrer, grogna Hermione pour se donner une contenance.
Elle était mal à l'aise. Ils avaient crevé l'abcès, celui qui était là depuis trop longtemps. Mais si elle savait parfaitement comment se comporter envers le Drago Malefoy arrogant et méchant, face à son clone honnête et doté d'un semblant de morale…ce n'était clairement pas la même chose.
- Je sais, soupira Drago, le fait que j'ai changé de camp ne signifiait pas pour moi qu'on devait faire copain-copain et je n'avais aucune intention de changer mon comportement envers Potter, Weasley et toi à la rentrée. Mais maintenant qu'on va travailler ensemble, surtout toi et moi, j'en ai marre. Je ne veux pas dire qu'on va se faire des sorties à Pré-au-Lard entre potes ! dit-il précipitamment en voyant le regard sceptique de la jeune fille. Mais je pense qu'on pourrait passer à des relations plus…cordiales.
- Tu crois qu'on y arriverait ?
- Il suffit que chacun y mette du sien.
Il esquissa un sourire.
- Et puis de toute façon, tu n'es pas vraiment en état de te disputer avec moi.
Hermione soupira et elle leva un doigt menaçant en direction du jeune homme :
- J'aimerais mettre une chose au clair. Je ne suis pas mourante. Ok, je suis morte de fatigue, je fais des malaises mais je suis loin d'être une infirme alors ne commence pas à me traiter comme une petite chose fragile, ça pourrait m'énerver.
Drago éclata de rire.
- Je t'ai déjà pris pour beaucoup de choses Granger. Mais jamais pour une petite chose fragile.
Voilà pour cette semaine :) bon, en finissant de relire ce chapitre, je me suis dit que certains en avaient peut-être un peu marre qu'on soit sur la reconversion de Drago depuis deux-trois chapitres...rassurez-vous, on va avancer un peu maintenant que notre Serpentard préféré a réussi à s'incruster !
J'en suis arrivé à la fin des chapitres pré-écrits donc j'espère avoir fini un truc correct pour la semaine prochaine, mais il sera peut-être un peu plus court :/
Je suis comme toujours ouverte à vos avis, plaintes, complaintes et idées en tout genre si vous ressentez un besoin irrépressible de les exprimer, et à la semaine prochaine ! :)
