Je crois que je n'ai jamais fait une mise à jour de fic aussi rapidement. J'espère que ça vous plaira toujours. Merci à tous pour vos commentaires, vos like et vos follow (ouch les anglicismes qui piquent mais tant pis!)

"***"

Dean manqua de se donner un coup de marteau sur les doigts et jura.

_ Un problème ? demanda Sam qui l'aidait à tenir la planche.

Avec l'arrivée du frère de Gabriel, Dean s'était dit qu'il serait bien d'installer une cloison supplémentaire pour y placer un lit de camp et sa grande pièce à vivre diminuait comme une peau de chagrin. Mais c'était bien le moins qu'il puisse faire. Ce type avait accepté de venir des Etats-Unis à ses frais et d'explorer la découverte de Dean gratuitement, tout ça au nom de la science. Dean se devait quand même de lui offrir le gite, le couvert et un peu d'intimité.

_ Tu es distrait, commenta Sam.

Dean soupira. Son frère le connaissait trop bien. Il prit cependant une mine nonchalante.

_ Non, non, ça va, continuons.

Et il leva de nouveau son marteau.

Avant qu'il ne puisse porter le premier coup, Sam posa la planche à terre. Dean ouvrit la bouche pour protester mais son frère le prit de vitesse.

_ C'est parce que tu as prêté ta voiture à Gabriel, c'est ça ?

_ Je ne lui fais pas confiance, grommela Dean.

_ Il sait conduire, fit Sam du ton qu'il aurait employé avec un enfant de cinq ans trop têtu.

_ Mais pas de ce côté !

_ Toi non plus au début. Mais tu t'y es fait.

Dean marmonna une réponse que Sam ne comprit pas.

_ Ne t'en fais pas, il ne va pas abimer ta précieuse Hilux.

Puis il pouffa.

_ Si je m'étais imaginé qu'une autre voiture remplacerait aussi vite l'Impala dans ton cœur.

_ Ca n'a rien à voir ! se braqua Dean. J'ai besoin de l'Hilux pour survivre ici ! S'il me la casse…

_ Il ne cassera rien, le coupa Sam en récupérant la planche. Il va juste prendre son frère à l'aéroport et à ce rythme là, ils seront de retour avant qu'on ait cloué cette fichue planche.

Dean ne trouva rien à répliquer et saisit un clou neuf. Sam n'avait pas tort. Il était irrationnel. Cela faisait trois jours que lui et Gabriel étaient arrivés et à part un caquetage incessant, ce dernier n'était finalement pas un si mauvais gars que ça. Après tout, Sam l'avait choisi. Et même si Dean ne comprenait pas vraiment pourquoi – son frère aurait pu se trouver beaucoup mieux – il devait avoir ses raisons. Et Gabriel des qualités cachées.

_ J'espère juste que son frère n'est pas aussi bavard, grogna-t-il tout de même une fois le premier clou enfoncé.

Parce que s'il se retrouvait face à un Gabriel bis, il allait forcément en tuer un des deux. Déjà parce que depuis quelques mois il s'était habitué au calme de sa solitude, et ensuite parce que Gabriel devait prononcer le terme « trou de Dean » au moins vingt fois par heure, pour tout et n'importe quoi, et qu'un deuxième comme ça, il ne le supporterait pas.

D'accord, c'était de sa faute si le surnom s'était répandu dans la communauté locale mais ce n'était pas une raison pour le lui ressasser encore et encore et encore et encore et encore et une fois de plus. Sur le coup, il avait trouvé cela amusant, enfin non pas vraiment mais il avait pu le dissimuler, mais maintenant, ça commençait à bien faire. Il allait devoir trouver un nouveau nom super cool pour sa grotte si celle-ci en valait vraiment la peine.

_ Impossible, répondit Sam en saisissant une planche de plus.

_ Tu crois ?

_ Gabriel ne laisse personne en placer une. Je ne vois donc pas comment son frère aurait pu même développer la faculté de parler.

Dean sourit. Au moins Sam avait-il conscience des défauts de son compagnon.

Ils travaillèrent dans un silence confortable, fixant les dernières planches puis installant une porte accordéon. Lorsque le résultat leur parut satisfaisant, ils mirent en place le lit d'appoint et une veilleuse.

_ J'espère que ce type n'est pas trop à cheval sur le confort, commenta Dean, les bras croisés sur la poitrine et l'œil fixé à leur installation.

C'était spartiate mais c'était tout ce qu'il pouvait offrir. Lui s'en accommodait bien et Sam et Gabriel ne s'étaient pas encore plaints de leur matelas gonflable. Gabriel avait même précisé en apprécier le côté bondissant avec un clin d'œil appuyé et Dean avait frémi de ce qui pouvait se passer sous son toit lorsqu'il dormait à poings fermés. Lui qui à ce niveau là avait vécu comme un moine au cours des six derniers mois... Hamish avait bien parlé de lui présenter sa dernière petite fille célibataire mais Dean avait refusé. Dans un coin de sa tête, il s'était dit que ce nouveau départ pouvait également être pour lui l'occasion de se confronter à ce petit problème qu'il dissimulait sous des tonnes de dénis depuis trop longtemps. Il n'en avait pas encore eu le courage. Comment Sam faisait-il pour être aussi à l'aise avec… ça !

_ S'il fait de la spéléologie, il a l'habitude de dormir sur des rochers humides et de pisser dans des ruisseaux, répondit Sam dont le ton calme contrastait avec le tumulte intérieur de Dean. Ca va être le Hilton pour lui ici.

Dean haussa les épaules. Ca se tenait.

_ Samamour ! Deano ! Nous voilà !

La porte frappa avec force contre le mur et Dean grimaça. S'en était terminé des paisibles heures seul en compagnie de son frère. Rien que la présence de Gabriel irradiait le bruit. Par politesse, il sourit en se tournant vers les nouveaux venus.

Gabriel était tellement extatique qu'il sautait presque sur place. A ses côtés, le type qui l'accompagnait paraissait en comparaison bien terne dans son vieil imperméable.

_ Cas ! s'écria Gabriel en attrapant son frère par le bras, voilà Sam, la lumière de mes jours. Et à ses côtés, celui qui tire la tronche, c'est Dean, le propriétaire des lieux. Les gars, voilà Castiel, mon petit frère. Le plus sympa de la lignée. Moi excepté.

Dean manqua de protester. Comment ça celui qui tirait la tronche ? Il avait fait l'effort de sourire !

_ Enchanté, répondit Castiel d'une voix bien plus rauque que ce que son physique laissait présager, coupant net Dean dans son élan.

Il se tourna tout d'abord vers Sam.

_ Je suis ravi d'enfin te rencontrer Sam. Gabriel m'a longuement parlé de toi au téléphone. Très longuement.

Sam eut un petit rire.

_ Ca ne m'étonne pas de lui. Je suis content d'enfin rencontrer un des frères de Gabriel.

_ Le seul qui vaille le coup, chuchota ce dernier.

Puis Castiel se tourna vers Dean, levant vers lui ses yeux clairs. Dean avait rarement vu un regard d'une telle intensité. C'était comme si ce type ne clignait pas des paupières. C'était… déstabilisant.

_ Dean, enchanté. Et merci de me laisser explorer ton trou.

_ Tout le plaisir est pour moi, répondit Dean, plus crispé qu'il ne l'aurait voulu.

Puis il réalisa ce qu'il venait de dire et songea l'espace d'un instant à courir se réfugier tout au fond de sa grotte, peu importait la profondeur et les risques.

Castiel ne parut rien remarquer. Gabriel à contrario avait la tête enfoncée dans le torse de Sam pour cacher son hilarité.

La perspective des prochains jours épuisa Dean d'avance.

« *** »

Castiel se révéla, étonnement pour Dean, bien plus tranquille que Gabriel. Sur le coup, Dean avait mis ça sur le compte de la fatigue inhérente au voyage. Mais depuis plusieurs heures qu'ils étaient ensemble sur la pente où Dean avait découvert son trou, Castiel n'avait presque pas pipé un mot. Sam avait peut-être eu raison. Peut-être qu'à cause de Gabriel, le pauvre gars n'avait jamais vraiment appris à communiquer. Il parlait mais juste le nécessaire.

En fait, à son arrivée, Dean lui avait bien proposé de manger un truc ou de faire une petite sieste histoire d'être d'attaque pour le travail à venir mais Castiel avait poliment décliné. Il avait argué qu'il avait déjà mangé dans l'avion et qu'il ne dormait de toute façon que très peu. Cela expliquait en grande partie les larges cernes qui soulignaient ses yeux trop bleus. Il avait immédiatement exprimé le souhait de se rendre au bord du trou de Dean pour effectuer un test de pénétration.

Pris de court, Dean avait opiné, tentant d'ignorer les gloussements de Gabriel dans son dos. Il s'était alors tourné vers ce dernier et lui avait ordonné de bien prendre soin de Sam en leur absence. C'était tout ce qu'il avait trouvé pour le faire rester à la cabane. Castiel paraissait assez austère mais il ne voulait pas prendre le risque d'avoir les deux frères sur le dos d'un coup. On n'était jamais trop prudent.

Contre toute attente, Gabriel n'avait pas protesté. Dean l'avait cru vidé par les six heures de conduite aller-retour jusqu'à Auckland mais avec du recul, il se demandait si Gabriel n'avait pas juste profité de l'occasion pour passer un moment seul en compagnie de Sam. Il préférait ne pas songer à ce qu'il se passait sur le matelas gonflable en ce moment.

_ Pardon.

La voix rêche de Castiel le tira de ses pensées et il réalisa qu'il était sur le chemin du géologue. Il s'écarta vivement. Castiel se mit à quatre pattes et planta un truc dont Dean ne connaissait pas la fonction dans la terre entre deux rochers. Depuis qu'il était arrivé, le scientifique avait prélevé, gratté, prélevé de nouveau, de la terre aussi bien que des roches. Il avait aussi enfoncé tout un tas de machins métalliques autour de l'ouverture du trou dans laquelle il n'avait jeté qu'un bref coup d'œil. Pour Dean, c'était très déconcertant.

Il alla s'assoir sur une pierre un peu à l'écart, à côté de l'imperméable que Castiel avait retiré avant de débuter ses analyses. A ses pieds se trouvait une grosse mallette rigide, genre attaché-case pour géant, de laquelle le frère de Gabriel tirait régulièrement du matériel. Il était perdu. Il pensait que Castiel allait pénétrer dans le trou et lui dire ce qu'il y trouverait. Au lieu de cela, ils étaient là depuis trois heures et à part regarder Castiel faire des allées et venues, il n'avait pas grand-chose à faire.

Une petite voix tout au fond de son cerveau lui susurrait qu'il y avait pire comme occupation mais il la snoba comme il avait snobé celle lui avait souvent murmuré que Benny avait décidemment de fort belles épaules. C'était une voix dangereuse et pénible et il se passait fort bien de son opinion, merci !

Il se racla la gorge, prêt à tout pour reprendre le contrôle de ses pensées.

_ Hum… et sinon, tu fais quoi ?

Castiel releva les yeux vers lui. Dean aurait juré qu'il n'avait toujours pas cligné des paupières depuis qu'ils s'étaient rencontrés. En fait, il se demanda s'il avait vraiment des paupières. Il avait peut-être un genre de malformation super rare de l'œil, ou alors on avait dû les lui retirer enfant parce que Gabriel avait collé de la super glue dessus, cet enfoiré ! Ou alors Castiel était en fait un homme lézard ce qui expliquait aussi sa passion pour se glisser sous les pierres.

Ce regard fixe était inhabituel et pénétrant et Dean frissonna. Il se surprit aussi à se tordre nerveusement les doigts. C'était idiot. Il n'était plus un gamin. Il n'avait pas à être impressionné par un homme lézard taciturne à la voix gonflée de testostérone.

_ Je teste le sol, répondit laconiquement Castiel en refermant une petite fiole dans laquelle se trouvait un peu de terre.

_ Pourquoi ? poursuivit Dean qui se demandait s'il parviendrait à obtenir une conversation de plus de trois répliques avec le nouveau venu.

Castiel se redressa et épousseta ses genoux. Son pantalon sombre n'était, d'après Dean, pas le plus adapté pour des activités de plein air mais Castiel ne paraissait pas s'en formaliser. Il s'approcha de lui et déposa son échantillon aux côtés de nombreux autres dans sa grosse valise.

Sur le coup, Dean crut qu'il allait repartir à ses occupations et qu'il n'obtiendrait jamais de réponse. Au lieu de cela, Castiel s'assit près de lui. Très près de lui. Certes la pierre qui leur tenait lieu de banc n'était pas large mais cette proximité embarrassa immédiatement l'ainé des Winchester. Mais s'il se reculait, cela risquait d'être mal perçu et il ne voulait pas se mettre Castiel à dos dès le premier jour.

_ Le test de pénétration m'a permis de conclure que les abords de ton trou étaient suffisamment stables pour que j'y entre sans danger.

Dans sa tête, Dean s'imagina le rire de Gabriel et il détesta ce dernier même en son absence. Castiel en revanche était d'un sérieux quasi surréaliste vu la situation.

_ Les prélèvements quant à eux sont plus de l'ordre de l'amusement personnel.

_ … ha… souffla Dean un peu perplexe.

S'il y avait une chose dont Castiel n'avait pas l'air, c'était bien amusé. Contre toute attente, un coin de sa bouche se releva alors dans une presque invisible tentative de sourire.

_ J'aime connaitre la composition des sols, déterminer la structure des roches, imaginer des théories sur la formation de ces lieux. C'est comme revivre les origines du monde. C'est fascinant.

Dean n'avait jamais songé qu'on puisse voir autant de choses dans des vieux cailloux. Mais ce n'était pas le type de pensée qu'il avait envie de partager avec Castiel. En fait il se sentit soudain complètement idiot. Ce type venait faire ici un vrai travail scientifique lui, Dean, tout ce qu'il avait eu en tête, c'était de savoir si son trou pouvait être exploité commercialement. Il devait être patient et laisser Castiel faire les choses dans les règles de l'art.

_ Mais les prélèvements me servent aussi à anticiper ce que je vais trouver dans ton trou, poursuivit-il. Le type de roches locales, le matériel à prévoir. Ca va me permettre de mieux me préparer pour demain.

_ Demain ?

Castiel opina.

_ Demain, c'est le grand saut vers l'inconnu. Je vais être le premier à entrer dans ton trou et j'avoue être très excité.

Castiel n'avait pas l'air plus excité qu'il n'avait eu l'air amusé, si ce n'était pour la petite lueur au fond de ses yeux que Dean ne s'était pas rendu compte fixer avec intensité. Il baissa la tête puis grimaça en se remémorant la dernière phrase du géologue. Soit ce type avait le même humour que Gabriel mais était beaucoup plus subtil dans son appréciation de la situation, soit il n'avait aucune idée des horreurs qu'il débitait. Dean aurait parié sur cette dernière possibilité. Après tout, Gabriel ne devait pas l'appeler Forrest Gump pour rien. Il allait cependant devoir vite trouver un autre nom pour cette fichue grotte ! Il n'avait aucune envie de voir imprimé en grand sur des prospectus de l'agence de tourisme « Tous Dans le Trou de Dean ! » ou quelque chose d'équivalent.

_ Et donc d'après tes échantillons, tu sais ce que tu vas trouver là-dessous ?

Castiel pencha la tête de côté.

_ Non, non, rien d'aussi précis, corrigea-t-il. Je sais juste si c'est solide, friable, quel type de pitons prévoir pour la descente, ce genre de choses. Mais je ne peux déterminer ni sa longueur, ni sa profondeur, ni même si on va trouver quoique ce soit d'intéressant. Enfin, d'intéressant pour quelqu'un d'autre que moi.

Dean eut un léger sourire. Castiel se rendait donc compte que sa passion n'était partagée que par quelques-uns et que le plus large public boudait tout ce qui n'était pas spectaculaire. L'espace d'une seconde, il eut envie que son trou ne soit qu'un tout petit trou sans intérêt dans lequel Cas pourrait initier les spéléologues débutants.

Puis il secoua la tête. Déjà, ça sortait d'où ce « Cas » ? Ils ne se connaissaient que depuis quelques heures à peine. Ensuite, Dean avait besoin d'argent. Et ce n'était pas avec une grotte insignifiante qu'il allait en gagner. La région était truffée de grottes et la compétition était rude. Alors soit ce que Cas allait découvrir était exceptionnel, soit il était bon pour choisir de nouveau entre les patates douces et la vigne. Ou les moutons.

_ Et qu'est-ce que tu qualifierais d'intéressant ? demanda-t-il.

Il était peut-être temps pour lui de se pencher sur la concurrence et ce qu'on trouvait réellement dans le coin.

Castiel leva les yeux au ciel et croisa les mains sur ses genoux. Dean observa son profil du coin de l'œil. Les joues du géologue étaient assombries par le début de barbe de celui qui ne s'est pas rasé depuis deux jours.

_ A titre personnel, je trouve tout intéressant. Mais si j'étais un type moyen, disons, au hasard, Gabriel, il me faudrait des stalactites géants, des salles gigantesques, voire même une rivière souterraine.

Dean ne put réprimer un sourire à la petite pique de Castiel contre son frère.

_ Et tu penses vraiment qu'on peut trouver tout cela là-dessous ?

_ On peut. Mais c'est rare. Je ne vais pas te mentir, il est plus probable que la galerie s'arrête au bout de dix mètres et que dans deux jours je sois de nouveau dans un avion en direction des Etats-Unis.

Dean ne répondit pas. Il se contenta de hocher la tête en se mordant les lèvres. C'était une possibilité à laquelle il avait songé, bien sûr, mais qu'il avait repoussée dans un coin de son cerveau. Il était bon pour ignorer ce qui l'embarrassait.

_ Quoiqu'il en soit, fit Castiel en se relevant, nous serons fixés en partie demain.

_ En partie ?

Castiel eut de nouveau son étrange petit sourire en coin.

_ Si ton trou vaut vraiment le coup, il va me falloir plusieurs jours, voire semaines pour en faire le tour et entièrement le cartographier.

Il se pencha pour ramasser son matériel et Dean n'eut pas le cœur de le reprendre sur la formulation. Il avait hâte d'être à demain.

« *** »

_ Alors, cette petite balade, c'était comment ? les salua Gabriel en éventant la braise qui rougissait dans le barbecue.

_ Ce n'était pas une balade Gabriel, le reprit Castiel. C'était une étude préliminaire.

_ Ah oui, les préliminaires de la pénétration, c'est ça ?

_ Les études préliminaires et le test de pénétration avant le début de l'exploration demain, oui, corrigea Castiel toujours aussi sérieusement.

Gabriel pouffa. Dean roula des yeux. Les deux frères étaient vraiment diamétralement opposés.

Sam sortit à son tour avec dans les mains des assiettes et des couverts. Il avait l'air aussi détendu que son compagnon. Dean frémit. Ils avaient vraiment dû profiter de leur temps seuls. Au loin, le soleil tombait derrière les montagnes.

_ Ah, vous voilà pile à l'heure ! Gabriel a absolument tenu à allumer le barbecue. Il a dit que Castiel adorait les burgers.

Ce dernier eut le sourire le plus large que Dean lui avait vu depuis son arrivée.

_ C'est vrai, admit Castiel, toujours aussi laconique.

_ Ca tombe bien, il parait que Dean aussi adore les burgers, répliqua Gabriel avec un clin d'œil appuyé.

Castiel parut ne rien discerner mais Dean se figea. Qu'est-ce que Gabriel sous-entendait par là ? Dans le doute, il lui jeta un regard noir.

_ Allez vous nettoyer vite fait, les sermonna Sam. On va bientôt passer à table.

Dean conduisit Castiel à l'intérieur pour qu'il dépose sa lourde mallette puis jusqu'à l'évier improvisé à côté de la cabane d'où s'écoulait un mince filet d'eau venu de la rivière.

Sam les suivit des yeux. Lorsqu'il fut certain d'être hors d'écoute, il se pencha vers Gabriel.

_ Qu'est-ce que tu essaies de faire ?

Gabriel fit sa plus mauvaise imitation de la mine innocente.

_ Quoi ? Moi ? Mais rien du tout !

_ Tu crois que je n'ai pas vu ton clin d'œil de la subtilité d'un éléphant ?

_ Ca ? Oh mais ce n'était rien. Juste un sujet pour développer une franche camaraderie entre eux.

Sam croisa les bras sur sa poitrine. Gabriel faisait une bonne tête de moins que lui mais il n'avait pas le moins du monde l'air impressionné. Au contraire, il paraissait ravi de la moue sur le visage de Sam.

_ Franche camaraderie ? fit Sam avec suspicion.

_ Oui !

_ Tu n'essaierais pas de coller Dean avec ton frère j'espère ! cracha-t-il en se penchant vers l'oreille de son amant.

_ Quoi ? Moi ! Non !

_ Je connais ton opinion mais crois-moi, Dean n'est pas intéressé.

Gabriel éclata d'un rire trop franc à son goût. Il ne jouait plus, il était certain de ses convictions. Sa main se posa sur l'épaule de Sam.

_ Mon petit Sam, je t'aime de tout mon cœur. Et même au-delà. Et je sais que ton grand frère c'est ton héros, patati, patata, mais ouvre-les yeux.

_ Je…

Gabriel lui posa un doigt sur les lèvres pour le faire taire.

_ Je ne vais pour une fois pas argumenter, reprit-il. Promets-moi juste d'observer la façon dont ton frère regarde mon frère. C'est tout.

Sam opina. Ca il pouvait le faire. Mais il était sûr que tout cela n'était qu'une idiotie née de l'esprit souvent trop imaginatif de Gabriel. Il n'avait jamais connu Dean qu'avec des femmes. Et des très belles.

_ Et puis, reprit Gabriel avec un sourire suggestif, il faut bien que quelqu'un déniaise un peu Castiel.

Sam voulut répondre que dans ce cas il n'avait qu'à trouver quelqu'un d'autre que Dean mais le retour des deux autres, mains propres et cheveux humides, le coupa net.

« *** »

_ Alors, comment ça va se passer exactement cette exploration du trou de Dean ?

Ce dernier grogna à la question de Gabriel mais après trois bières et quatre burgers, il ne se sentait plus vraiment en état de protester.

Castiel se tourna vers son frère. Il avait aussi beaucoup mangé mais paraissait bien plus frais que Dean malgré le décalage horaire.

_ Demain ne sera qu'une petite phase d'exploration, histoire de vérifier mes théories sur la nature du sol.

_ Quelles théories ? interrogea Sam qui lui avait mangé plus de salade que de viande, au grand désespoir de Dean. Ce n'était pas comme cela qu'il l'avait élevé !

Castiel haussa les épaules.

_ Je n'en ai pas encore puisque je n'ai pas encore analysé mes échantillons en détail. Je comptais attendre la fin du dîner pour cela.

Dean, avachi sur la table, se redressa brusquement. Il faisait déjà nuit noire, on entendait les grenouilles et les oiseaux nocturnes au loin et leur veilleuse, montée sur un piquet était la seule source de lumière. Bref, d'après lui, c'était quasiment l'heure de filer au lit.

_ Tu veux faire ça maintenant ? s'écria-t-il. Mais tu ne dors jamais ?

Castiel se tourna vers lui, la tête penchée de côté. Une habitude que Dean avait déjà relevée précédemment. Leurs yeux se croisèrent.

_ Je dors, confirma Castiel. Mais très peu.

Dean aurait voulu ajouter quelque chose, lui conseiller de se reposer histoire d'être en forme demain mais les mots restèrent bloqués dans sa gorge et il se contenta d'observer les yeux clairs de Castiel. Ce regard si étrange que même un battement de cils ne venait pas troubler.

Sam sentit un coude s'enfoncer dans ses côtes et il baissa la tête vers un Gabriel triomphant. Il fit la moue. Ca ne voulait rien dire. D'accord, Dean était beaucoup plus cool avec Castiel qu'il ne l'était en général avec les gens qu'il ne connaissait pas. D'accord, il lui avait cédé le dernier steak quand Castiel avait fait des yeux de chiot. Et d'accord, cette façon qu'ils avaient de se regarder droit dans les yeux comme si le reste du monde n'existait pas pouvait porter à confusion. Mais ça ne voulait rien dire ! Dean était peut-être juste heureux de s'être trouvé un nouvel ami. Il n'avait pas souvent eu l'occasion de sociabiliser depuis qu'il était venu s'installer ici.

Dans le doute, Sam se racla tout de même la gorge et ce fut suffisant pour que Dean détourne la tête.

Le pied de Gabriel le frappa à la cheville sous la table. Il ne réagit pas. Il avait toute la nuit pour se venger.

_ Et sinon Cas, reprit Sam pour détendre l'étrange atmosphère qui venait de toucher la tablée, tu vas descendre seul là-dedans ? Ce n'est pas un peu dangereux ?

Castiel se tourna vers lui, toujours aussi raide. Ses mains étaient posées à plat de chaque côté de son assiette vide.

_ C'est un sujet que je comptais aborder avant la fin du repas, dit-il de son ton monocorde. Je suppose qu'aucun de vous n'a déjà fait de spéléologie ?

_ J'ai déjà exploré des trous… commença Gabriel avant que Sam ne le fasse taire d'un regard meurtrier.

Castiel ignora son frère comme s'il était habitué à l'entendre brailler sur tout et n'importe quoi. Les frères Winchester, quant à eux, secouèrent la tête de concert.

_ Avant mon départ, je pensais trouver sur place quelqu'un pour m'accompagner. Même un débutant que j'aurais pu guider dans les passages faciles. Histoire d'avoir au moins un soutien et une aide en cas de difficulté. Mais maintenant que je vous vois…

_ Quoi ? s'offusqua Gabriel, c'est quoi le problème ?

Castiel soupira et les étudia chacun tour à tour.

_ Déjà, toi, tu n'as jamais été considéré. L'un des aspects de la spéléologie que j'apprécie, c'est le silence.

Gabriel pinça du bec, vexé comme un pou.

_ Ensuite, poursuivit son frère, j'ai amené du matériel en double mais il m'appartient donc il est à ma taille. De toute évidence, Sam ne rentrera jamais dedans.

_ Et moi ? s'imposa Dean.

Il n'avait pas réfléchi avant de parler. En fait, descendre sous terre dans une grotte inexplorée, sur le principe, ça ne le tentait pas plus que ça. C'est qu'il avait vu The Descent lui ! Et puis le manque d'air, le noir, les tonnes de roches au dessus de la tête, ça n'était pas très engageant. Sans compter que toute l'île était sujette aux séismes et un tremblement de terre sous terre, ça paraissait vraiment flippant. Mais il n'était pas plus à l'aise avec l'idée de laisser Castiel descendre seul là-dessous, même s'il était un professionnel.

Castiel opina.

_ Tu es ma meilleure option. Ca devrait aller au niveau de la combinaison mais je crains que les bottes ne soient un peu justes.

_ Tu as dit qu'on ne ferait que jeter un petit coup d'œil demain. Je peux tester tes bottes pendant une heure ou deux et si ça ne va pas, j'irai m'en acheter des nouvelles. Ce ne sont pas les équipementiers qui manquent dans la région.

Dean repéra du coin de l'œil Sam qui l'observait comme s'il ne l'avait jamais vu avant. Il l'ignora. Lui non plus ne comprenait pas bien pourquoi il insistait ainsi. Enfin si, il le comprenait, mais il l'ignorait.

Castiel finit par capituler.

_ On peut faire un test. Mais si jamais tu ne te sens pas à l'aise, que ce soit physiquement ou mentalement, tu me préviens et tu remontes. Je ne veux prendre aucun risque.

_ Promis chef ! s'exclama Dean.

Il se sentait beaucoup plus enthousiaste qu'il n'aurait dû l'être.

_ Et donc nous, on ne sert à rien ? grogna Gabriel en croquant le dernier carré de la tablette de chocolat aux cacahuètes qu'il venait de s'enfiler pour le dessert.

_ Bien sûr que si, répondit Castiel. Votre rôle est primordial. Vous êtes en charge de notre sécurité. Si jamais nous ne remontons pas, ce sera à vous de prévenir les secours.

Gabriel parut satisfait quelques secondes avant de grimacer.

_ Attends ! Ca veut dire qu'on va juste rester au bord du trou de Dean sans en profiter ? Juste à vous attendre ?

Castiel hocha la tête.

_ L'escroquerie… gronda Gabriel à voix basse.

_ On n'aura qu'à se faire un pique-nique, proposa Sam.

_ Et dans pique-nique il y a pique et il y a… fit son amant en se penchant vers lui pour lui caresser les cheveux.

Dean se levant brusquement l'interrompit dans son geste.

_ Je vais me coucher, annonça-t-il. Castiel a encore du travail et demain est une grosse journée.

_ C'est vrai, répliqua Gabriel, ce serait dommage d'être fatigué le jour où ton trou va être au centre de toutes les attentions.

Dean n'avait pas envie de faire une scène maintenant mais un jour, oh oui un jour, il allait vraiment voler dans les plumes de Gabe s'il continuait à être aussi lourd. Il se retint à grand peine de lui faire un doigt. Mais seulement parce que Sam était là et qu'il ne voulait pas être une source de conflit entre lui et son petit ami.

_ Ouais c'est ça, grogna-t-il. Bonne nuit les gars. Bonne nuit Cas. Te couche pas trop tard.

_ Bonne nuit, répondirent les trois autres en chœur.

_ De toute façon, on ne va pas tarder non plus, fit Sam en se levant à son tour.

Dean referma la porte de la cabane et n'entendit pas la suite de la conversation. Sans prendre la peine de se changer ou même d'enlever ses bottes, il s'écroula sur son lit. Te couche pas trop tard. Te couche pas trop tard ! Mais qu'est-ce qu'il lui avait pris de sortir ça à Cas ! Il n'était pas sa mère !

Il s'enfonça la tête dans son oreiller. Il était dans la merde. Mais vraiment. Jamais un type ne lui avait fait autant d'effet depuis Benny. En fait non, il lui faisait même plus d'effet que Benny. Dire qu'il ne le connaissait même pas depuis vingt-quatre heures. Et Gabe qui n'arrêtait pas avec ses blagues à la con !

Dean se força à respirer lentement. Il savait qu'il pouvait se contrôler. Il l'avait déjà fait. Même la fois où la situation avait failli dégénérer avec Benny, il était parvenu à lui tourner le dos. Il pouvait faire de même avec Castiel, le type qui plongeait dans son âme au moindre de ses regards.

(à suivre…)