Et voilà la suite! Merci à tous pour vos commentaires, c'est vraiment super motivant et je vais faire de mon mieux pour publier la suite au plus vite. Juste pour info, j'y connais que dalle en spéléologie donc pardon pour les approximations s'il y a des amateurs ici!
"***"
_ Alors là les mecs, c'est la super classe ! s'esclaffa Gabriel, assis confortablement sur la couverture à carreaux qu'il avait ramené.
Dean soupira et tenta de nouer le harnais que Castiel lui avait donné. Il portait déjà un genre de sous-combinaison noire moulante qui lui donnait l'impression d'être un Sims cambrioleur, une combinaison rouge dans laquelle il était étonnamment rentré et étonnamment à l'aise, un casque qui ne rendait pas si mal que ça sur Castiel mais dont il était certain que sur lui, ça lui donnait vraiment une tête de con – d'ailleurs Gabriel avait éclaté de rire et Sam pouffé quand il l'avait noué sous son menton – et les bottes du géologue dans lesquelles ses orteils se chevauchaient un peu. Il avait aussi un genre de ceinture pleine de mousquetons et désormais, il peinait à savoir comment refermer ce foutu harnais.
Il jura.
Et en plus il avait trop chaud.
Déjà qu'ils s'étaient tapés toute la marche depuis la cabane chargés comme des ânes. Castiel avait décrété qu'il serait plus pratique de se changer sur place et comme il était le spécialiste, tout le monde l'avait écouté. Ils avaient donc dû prendre les tenues, plus le matériel et l'énorme pique-nique que Gabriel avait concocté aux aurores. Dean espérait au moins que son frère et son goinfre de petit ami n'allaient pas tout manger en leur absence parce qu'il se connaissait, il aurait faim en remontant. Même si le tunnel ne faisait que dix mètres comme le craignait Castiel. Rien que les préparatifs étaient un exercice en eux-mêmes !
D'ailleurs, il avait fallu se déshabiller avant de se rhabiller. Et Dean n'en avait pas du tout, mais alors pas du tout, profité pour jeter un coup d'œil en coin à Castiel lorsque celui-ci ne portait que son caleçon. Bon, il l'avait peut-être aperçu. Mais ça avait été vraiment un hasard fortuit ! Et puis il s'était immédiatement détourné. Enfin presque immédiatement. Le temps qu'il réalise que Sam et Gabriel étaient en train de l'observer. De toute façon, il n'avait pas vu grand-chose. Juste suffisamment. Castiel était moins large que Benny mais il avait tout de même tout ce qu'il fallait où il fallait. Un corps de sportif. Pas du genre de celui qui fait de la gonflette dans une salle qui sent la sueur, comme Sam. Non, le genre de muscles qui se développe à l'extérieur, du muscle utile, du muscle qui…
_ Tu t'en sors ?
La voix rauque de Castiel directement dans son oreille le fit sursauter. Mais pourquoi se tenait-il aussi près de lui ?
Dean avala sa salive et bafouilla deux ou trois fois avant de parvenir à répondre.
_ Non.
Ce fut le seul son que sa gorge serrée lui permit de produire. Et ses oreilles chauffaient. Et pourquoi Gabriel avait-il un sourire triomphant ?
_ Je vais t'aider.
Castiel s'agenouilla devant lui et saisit les lanières du harnais sur ses hanches. Oh bordel, pourquoi avait-il fallu qu'il se colle là, juste entre ses cuisses, avec sa tête… Dean leva les yeux au ciel. Il était ridicule et autant hors de contrôle que s'il avait quatorze ans. Il devait se concentrer sur l'expédition à venir, pas sur les mains de Cas ajustant les liens autour de son corps. Il en allait de son avenir professionnel et financier après tout.
_ Et voilà.
Castiel se redressa brusquement et leurs nez ne furent plus qu'à quelques millimètres l'un de l'autre. Cela ne paraissait pas déranger le moins du monde le géologue. Dean recula d'un pas. Gabriel riait. Sam tenait la tête entre les mains. Pour Dean, la situation toute entière était surréaliste.
Cela empira lorsque Castiel se mit à lui tourner autour, le scrutant sous tous les angles.
_ Bien, tu n'as pas l'air d'avoir oublié quoique ce soit. Comment te sens-tu dans tes bottes ?
_ Elles sont un peu juste, admit Dean, mais si nous ne descendons qu'une heure ou deux, ça devrait aller.
_ Et la combinaison ?
Dean fit de grands mouvements des bras pour prouver à Cas qu'il était à l'aise.
_ C'est bon. Je suis bien dedans. J'ai juste très chaud.
Et en l'occurrence, il sentit une goutte de sueur couler de son front sur sa joue.
_ L'hypothermie est la première source d'accident sous terre, lui récita le spéléologue. Mieux vaut pour toi avoir chaud ici que froid là-bas.
Dean approuva.
_ Teste ta lampe, lui ordonna ensuite Castiel.
Dean porta la main à son casque et alluma la lumière qui y était intégrée. Le scientifique eut l'air satisfait.
_ Tout a l'air en ordre. Prends tes affaires, nous allons descendre.
Dean souffla. Ca y est, ils y étaient. Ils allaient pénétrer dans la grotte. Il espérait vivement que tout se passe bien. Et qu'il n'était pas claustrophobe. A priori il n'avait jamais eu ce type de problème mais se retrouver sous terre, dans le noir, constituait pour lui un challenge inédit. Au pire, il pourrait toujours s'évanouir dans les bras de Castiel.
Il grimaça. Mais à quoi était-il donc en train de penser ?
Castiel était agenouillé au bord du trou et vérifiait une fois de plus le contenu de son sac de sport.
_ Qu'est-ce que tu as là dedans ? fit Dean en s'approchant.
Il espérait que sa voix avait repris un timbre normal.
_ De la corde supplémentaire, des piles de rechange, de l'eau, des barres protéinées, et encore du petit matériel dont on pourrait avoir besoin, un piolet etc. Je n'ai pris que le minimum. Nous serons vite de retour.
Dean se pencha pour regarder Castiel tout remballer dans le sac de toile qu'il appelait un kit.
_ Tu es déjà descendu longtemps ?
En tirant sur la fermeture, Castiel hocha la tête.
_ Oui, j'ai déjà fait des expéditions de plusieurs jours. Et si ton trou est profond, je devrai probablement faire de même ici pour en découvrir toutes les subtilités.
Dean se mordit la lèvre inférieure. Il n'avait pas envie de passer des jours et des jours sous terre mais il n'avait pas non plus envie de laisser Castiel là-dessous tout seul. Il se demanda si le spéléologue voudrait de sa compagnie si cette perspective se présentait. Il secoua la tête. Il s'en faisait trop. La grotte n'en vaudrait peut-être même pas le coup.
_ Mais, dans ce genre de cas, comment tu fais pour la nourriture ? interrogea-t-il tout de même, sa curiosité le titillant.
_ J'emporte ce qu'il faut, dit Castiel en plantant un piquet auquel il noua une corde dont il testa la solidité en tirant dessus.
_ Et l'eau ?
_ Même chose.
Dean hésita. Il avait une dernière question mais…
_ Et pour les toilettes ? fit sa bouche avant que son cerveau n'ait pu peser le pour et le contre d'une question aussi intime.
_ J'ai un bidon, répliqua sobrement Castiel comme si la question ne le perturbait pas.
Après tout, pour lui, ce n'était qu'une question technique.
Dean fit la moue. Sérieux ? Dans un bidon ? Non, franchement, hors de question qu'il descende plusieurs jours de suite ! Il n'était pas délicat mais quand même, un bidon !
_ Tu te sens d'attaque ?
_ Oui, oui, approuva-t-il en opinant avec conviction.
Il se soucierait de cette histoire de bidon plus tard. Pour le moment, il allait déjà lui falloir tenir une heure avant même d'envisager une descente plus longue.
_ Bien, reprit le géologue. Tu te souviens de tous les conseils de sécurité que je t'ai donnés sur le chemin ?
Dean approuva. Castiel avait longuement blablaté et à priori, il en avait retenu la plus grande partie. Dans l'ensemble, ce n'était que de la logique et du bon sens.
_ Tu me suis scrupuleusement, fit Castiel en prenant un ton autoritaire que Dean sentit descendre le long de sa colonne. Tu passes par où je passe, tu marches là où je marche. Tu ne t'éloignes sous aucun prétexte. Et à la moindre contrariété, même la plus petite chose, tu me préviens. Ce qui peut sembler anodin en surface pour s'avérer mortel là-dessous.
Dean indiqua qu'il avait bien compris. Castiel se tourna vers Gabriel et Sam, toujours assis à l'écart. Gabriel avait sorti un paquet de biscuits qu'il grignotait nonchalamment.
_ Nous allons descendre dans le trou de Dean, cria Castiel vers les deux autres.
Gabriel leva un pouce enthousiaste.
_ Nous ne descendrons qu'une heure, voire deux maximum. Si au-delà de ce laps de temps nous ne sommes pas de retour, prévenez les secours.
_ Ce sera fait, chef ! répondit son frère. Amuse-toi bien dans le trou de Dean. Ne va pas trop profond pour une première fois !
_ Je comptais y aller doucement. Après tout Dean est un débutant, lui confirma Castiel, ce qui provoqua une fois de plus l'hilarité de Gabriel.
Castiel fronça les sourcils mais ne commenta pas outre mesure. Il devait être habitué aux absurdités de son frère.
_ Tu es prêt Dean ? demanda-t-il une fois de plus.
Et une fois de plus Dean opina. En fait il ne savait pas s'il était prêt ou pas mais s'il ne se lançait pas, il ne le saurait jamais. Et puis il était déjà descendu seul dans le premier mètre du trou, il pouvait le refaire. Et pour aller plus loin, il serait cette fois en compagnie d'un professionnel. Il avait une parfaite confiance en Castiel. Perturbant pour lui qui généralement était un animal solitaire.
_ Je passe devant, expliqua le géologue. Une fois en bas, je t'attends avant de poursuivre.
_ Ok.
Castiel saisit la corde qu'il venait de dérouler et se laissa glisser au fond du trou. Juste après, le son de sa voix étouffée se fit entendre. Dean se pencha. Par l'ouverture, il distinguait le visage du géologue dans la pénombre. Ses yeux étaient fixés sur lui.
_ A toi Dean.
Ce dernier jeta un dernier coup d'œil à Sam et Gabriel en attrapant la corde. Son frère lui fit un signe de la main. Il répondit d'un hochement de tête avant de sauter en arrière.
_ Dean qui rentre dans le trou de Dean, fit Gabriel en se tournant vers son amant. Deanception.
Sam prit un air peiné.
_ Arrête, c'est nul.
Gabriel haussa les épaules.
_ Tu es juste boudeur parce que j'avais raison.
Un long silence suivit cette déclaration. Puis Sam se frappa le front du plat de la main.
_ Oh bordel, grogna-t-il. Comment j'ai fait pour ne rien remarquer avant !
_ Pour ta défense, fit Gabriel, tu n'as pas beaucoup vu Dean ces dernières années.
_ Mais quand on commence à réaliser…
_ On ne voit que ça hein ? poursuivit Gabriel d'un air ravi.
Sam secoua la tête.
_ Je croyais Dean plus discret… plus subtil que ça !
_ Discret comme un Winchester ! se moqua son amant.
Sam se renfrogna.
_ Qu'est-ce que ça veut dire ça ?
_ Que quand tu m'as rencontré, reprit Gabriel en bombant le torse, tu étais aussi discret que ton frère.
_ Je ne passais pas mon temps à rougir dès que tu étais à moins d'un mètre de moi ! se défendit Sam.
Gabriel dodelina de la tête comme s'il n'était pas tout à fait d'accord avec cette déclaration.
_ On ne passait pas non plus notre temps à nous regarder droit dans les yeux comme si le reste du monde n'existait pas ! ajouta Sam.
_ Ca c'est parce que tu es trop grand et qu'à chaque fois que je cherchais ton regard je ne trouvais que ton torse.
_ Je ne suis pas trop grand, tu es trop petit. Bref, tout ça pour dire qu'une fois de plus tu exagères et que je n'avais rien en commun avec Dean.
_ J'ai quand même vu que tu étais intéressé.
_ C'est toi qui m'as fait du rentre dedans ! s'exclama le plus jeune des Winchester.
_ Parce que j'ai vu que tu étais intéressé, répliqua Gabriel comme s'il s'agissait là d'une évidence.
_ On n'a jamais été aussi cucu, gronda Sam en volant un gâteau du paquet de Gabriel.
_ Heureusement ! s'esclaffa ce dernier.
Sam sourit à son tour. Il ne savait pas ce qu'il allait se passer entre Dean et Castiel mais quelque chose lui disait que vu le comportement de Dean, ça n'allait pas être simple du tout.
_ Tu crois que Cas est intéressé ? demanda-t-il après avoir avalé sa première bouchée de biscuit.
Il faisait un temps agréable et il s'allongea pour regarder le ciel d'un bleu profond.
_ Je ne sais pas, fit Gabriel en s'étalant à moitié sur lui. Je ne l'ai jamais connu avec quelqu'un. Mais je peux le pousser un peu. Même lui donner des cours de drague et de… tu sais quoi ! D'ailleurs, avant, il faudrait que je m'entraîne un peu à…
Sam lui cloua le bec du reste de son gâteau.
_ Sois sérieux un peu. On a une mission à remplir, dit-il en programmant deux heures sur sa montre.
Gabriel éclata de rire, faisant voler des miettes partout.
« *** »
_ Ca va Dean ? Tu ne te sens pas trop à l'étroit ?
Dean secoua la tête, faisant se balader la lueur jaune de sa lampe sur les murs rêches de la grotte. Ils se trouvaient encore à l'entrée et la lumière du jour était bien visible dans son dos. Pour le moment, il se sentait calme.
Castiel eut l'air satisfait.
_ Alors en route.
Le géologue se mit lentement en marche.
Dean lui emboîta le pas. Se retrouver seul dans le noir avec Castiel sonnait bien sur le papier. En réalité, ça n'avait rien de romantique.
Dès qu'il était entré dans la grotte, Dean avait senti le froid. Le géologue avait eu raison. Il faisait beaucoup plus frais à l'intérieur qu'à l'extérieur. Et il faisait aussi beaucoup plus humide.
Castiel baladait sa torche de droite à gauche. Les murs étaient clairs et pour le moment ils ne formaient qu'une longue galerie. Sur le sol se trouvaient des multitudes de petits cailloux qui roulaient sous le pied. C'est ça que Dean avait senti lorsqu'il était descendu la première fois et qui avait fait qu'il était remonté aussi sec.
_ Alors, ça se présente comment ? demanda Dean en suivant des yeux la longue corde que Castiel déroulait au fur et à mesure de leur avancée.
_ Au moins nous savons que le couloir fait plus de dix mètres, annonça le géologue en éclairant le conduit.
Sa torche ne suffisait pas à découvrir le passage jusqu'au bout. Dean sourit. Pour le moment il n'y avait rien d'exceptionnel mais au moins son trou n'était pas désespéramment court.
_ Fais attention, annonça Castiel après une vingtaine de mètres supplémentaires, le plafond à tendance à s'abaisser.
Dean leva la tête et découvrit effectivement que le haut de son crâne n'était peut-être qu'à une poignée de centimètres de la roche. Instinctivement, il se pencha en avant.
_ Ton trou est de plus en plus étroit, fit Castiel en se baissant à son tour.
_ Ca veut dire qu'on s'approche de la fin ? demanda Dean en éclairant les murs qui à droite comme à gauche se resserraient.
_ Non, pas forcément. C'est possible que… ah !
Alors que Dean voyait avec crainte le bout du couloir se rapprocher dans le faisceau de sa lampe, Castiel s'arrêta soudain au beau milieu du passage. Dean lui rentra dedans.
_ Pardon, s'excusa-t-il en reculant brusquement.
Castiel tourna les yeux vers lui. Il n'avait même pas l'air d'avoir remarqué l'incident. A la place, il tendit le doigt pour désigner à Dean un étroit passage dans la fissure de la roche.
_ On peut prendre par là.
Dean ouvrit de grands yeux.
_ On ne peut pas passer par là, c'est beaucoup trop serré ! s'écria-t-il.
Le sourire de Castiel se fit plus franc.
_ Je me suis déjà glissé par beaucoup plus serré, fit-il, sûr de lui.
Dean hésita. Castiel posa la main sur son épaule.
_ Aie confiance Dean. Si ton trou doit attirer les foules, c'est grâce à ce que l'on trouvera derrière ce passage étroit.
Dean eut l'impression l'espace d'un instant qu'il allait soit éclater de rire, soit se mettre à pleurer. En fait, il était possible qu'il se lance dans les deux en même temps. Entre Castiel qui ne cessait d'évoquer son trou sans se rendre compte de ce qu'il racontait et la possibilité de se glisser dans une fente à peine plus large que sa cuisse, il y avait de quoi se rouler en boule dans un coin en espérant que tout ça ne soit qu'un mauvais rêve et qu'il allait se réveiller dans son lit à rêver de patates douces et de moutons.
La main de Castiel glissa le long de son bras. Dean frissonna.
_ Tu as froid ? s'inquiéta le géologue en fronçant les sourcils.
_ Non, non, tout va bien.
_ Tu es sûr ? Tu sais que l'hypothermie…
_ … est la première cause d'accident sous terre. Tu me l'as déjà dit et je l'ai bien retenu.
Castiel scruta son visage de longues secondes et Dean serra les poings pour ne pas relever les yeux. S'il plongeait une fois de plus dans le regard du géologue, il allait de nouveau s'y perdre et il devait rester concentré.
Finalement, Castiel hocha la tête.
_ Bien, tu as l'air d'aller. Nous allons maintenant passer par la première grosse difficulté de notre parcours. Si j'en juge par ce que je vois…
Castiel passa la tête dans la fente et resta silencieux un instant.
_ … Il n'y a pas plus de sept ou huit mètres à parcourir avant de déboucher dans ce que je devine être une autre salle. Je vais passer devant et vérifier que c'est faisable. Je t'appelle quand je suis sûr que c'est bon.
Dean fit signe qu'il comprenait mais le géologue poursuivit son discours.
_ Lorsque tu t'engageras entre les deux murs, mets-toi bien de profil. Respire lentement. Le passage est étroit, tu auras donc probablement l'impression de manquer d'air. Ne panique pas. Continue à respirer lentement et à progresser. Si tu as l'impression que tu vas rester coincé, tu t'arrêtes et tu m'appelles. Mais tu ne me parais pas si large que ça donc ça devrait aller.
_ Il y a des gens qui restent coincés ? s'inquiéta Dean.
_ Il y a des accidents dans tous les sports, répondit stoïquement Castiel en prenant à la main le sac qu'il portait jusqu'alors à l'épaule.
Dean voulut répliquer qu'à priori se prendre une balle de tennis dans l'œil ou un ballon de basket dans le pif lui paraissait moins grave que de rester coincé entre deux murs de pierre sous plusieurs mètres de roches mais déjà Castiel pénétrait dans la fissure.
Fasciné, Dean le regarda s'aplatir le plus possible alors qu'il avançait en crabe vers l'inconnu. Il entendait le raclement de la combinaison contre les parois et le bruit de sa propre respiration.
_ Tout va bien ? Ca passe ? demanda Dean après plusieurs secondes.
_ Très bien, répondit Castiel, le souffle cependant un peu court. Avec de la patience et de la méthodologie, ça passe toujours.
_ Et ça ne risque pas de s'écrouler ? s'inquiéta tout de même Dean.
Castiel marqua un temps d'arrêt et Dean suspecta que s'il n'était pas coincé entre deux murs, le géologue se serait tourné vers lui avec un regard navré.
_ Dean, répondit-il d'un ton condescendant, ces roches sont là depuis des millions d'années. Si elles s'écroulaient maintenant, nous serions vraiment les hommes les plus malchanceux de la planète.
Dean grogna. Ca se tenait. N'empêche que, c'était une possibilité qui existait !
Castiel atteignit enfin le bout du passage et disparut derrière le mur. Dean entendait encore le bruit de ses pas claquant sur la roche mais il ne voyait ni le géologue, ni même la lueur de sa lampe frontale.
_ Cas ? appela-t-il, pas trop fort, pour ne pas faire s'écrouler des pierres, ou des petites roches, voire même provoquer tout un éboulement. On n'était jamais trop prudent !
Devant le silence persistant, il réitéra, un peu plus fort cette fois.
_ CAS ?
Il soupira. Castiel lui avait pourtant bien dit qu'il l'appellerait quand ce serait son tour de passer ! Alors pourquoi s'était-il éloigné ? Attendait-il de Dean qu'il prenne des initiatives ? Ou alors il s'était fait enlever par les créatures cannibales aveugles et chauves qui vivaient peut-être de l'autre côté de la fente !
Il grogna. Il n'aurait pas du repenser à The Descent ! Maintenant ça allait le hanter pour le reste du parcours.
_ Dean ?
La voix rauque de Castiel le fit sursauter. Il tourna vivement la tête, manquant de se cogner contre un piton rocheux. Le géologue se tenait debout de l'autre côté du passage que sa lampe éclairait. Dean ne devinait que sa silhouette dans la pénombre.
_ Je suis là, je suis là. Où tu étais passé ?
_ Je vérifiais quelque chose. Tu es prêt ?
Tout son cerveau lui criait non mais sa bouche répondit oui. Il n'allait quand même pas se dégonfler maintenant !
_ Tu es sûr qu'il n'y a pas de créatures cannibales de l'autre côté ? fit-il tout de même.
Un long silence s'installa.
_ Tu n'as pas vu The Descent… grommela Dean, se sentant soudain ridicule.
_ Si je l'ai vu. Un film terrible. Ces jeunes femmes ne suivent aucun principe de sécurité basique comme par exemple donner leur itinéraire à…
Avant que Castiel ne lui fasse un énième discours sur la sécurité en milieu souterrain, Dean prit une grande inspiration et se glissa entre les deux parois.
Cela eut au moins le mérite de faire taire le géologue. Ce fut d'ailleurs la seule chose positive de l'expérience. Parce qu'à part ça, Dean ne voyait pas ce qu'on pouvait trouver de plaisant à se contorsionner dans le noir entre deux parois trop étroites pour qu'il puisse même inspirer normalement. Il bloqua sa respiration, rentra son ventre, tordit sa colonne pour s'adapter au mouvement de la roche et progressa centimètre par centimètre, sa joue raclant presque le mur.
Il avait l'impression de n'entendre que son sang bourdonner dans ses oreilles. Et pourtant, il devinait au loin la voix de Castiel l'encourageant. Il pouvait le faire. Il pouvait le faire. Même si le passage était de plus en plus fin. Il pouvait le faire. Même si l'air commençait à lui manquer dans les poumons. Il pouvait le faire. Même si son ventre était compressé et son corps déformé. Il pouvait… Il stoppa brusquement. Il n'était plus sûr de pouvoir le faire. Il ferma les yeux et repensa au conseil de Castiel. Respirer lentement. Sauf qu'il ne pouvait pas respirer. Tout son corps était serré.
_ Dean ! Dean réponds-moi !
_ Je suis bloqué, croassa-t-il d'une voix déformée par le manque d'air.
_ Non, tu n'es pas bloqué. Tu peux passer. Tu as largement la place de passer.
_ Non.
_ Dean avance !
Dean voulut bouger ses jambes mais elles refusaient de lui répondre. Il sentit une pointe de panique s'installer inexorablement dans un coin de son cerveau. Combien de temps pouvait-on survivre sans air ? Sûrement pas longtemps !
Il sentit quelque chose sur ses doigts et se figea. Il rouvrit les yeux pour découvrir Castiel tout près de lui. Le géologue lui tenait désormais la main et le fixait de son regard pénétrant.
_ Dean, reste avec moi. Ca va aller. Tu as compris ?
Dean resserra son emprise autour des doigts de Castiel.
_ Tu as compris ? insista celui-ci.
Finalement Dean opina.
Très lentement, Castiel le tira vers lui, le guidant pas à pas à travers l'étroit passage. La chaleur de sa peau contre celle de Dean aida ce dernier à se détendre et enfin ses jambes acceptèrent de lui obéir. A peine quelques secondes plus tard, ils étaient de l'autre côté et Dean se sentit ridicule d'avoir paniqué ainsi.
_ Pardon, souffla-t-il sans lâcher la main de Castiel.
Ce dernier lui caressa les doigts du bout du pouce.
_ Ne t'en fais pas. C'est déjà arrivé à tout le monde. Comment te sens-tu ?
_ Mieux. Beaucoup mieux. Putain, quand je pense que des gens font ça pour s'amuser !
Castiel eut le sourire de celui qui est coupable mais ne regrette rien.
Dean grogna mais il se détendit légèrement. Il n'avait plus l'impression de manquer d'air et son cœur était revenu à un rythme normal.
_ C'est une bonne nouvelle, répondit le géologue. Maintenant, je vais pouvoir te faire découvrir les merveilles de ton trou. Viens avec moi.
Dean sentit de nouveau le froid de la caverne lorsque Castiel lui relâcha la main. Ce dernier posa son sac à terre et en sortit une large lampe, de toute évidence bien plus puissante que celles qu'ils portaient sur leurs casques.
_ Lorsque je suis entré dans cette cavité, j'ai rapidement jeté un coup d'œil, car d'expérience, à la résonnance de mes pas, je me doutais que c'était large. Mais ça…
Il poussa un bouton et un faisceau de lumière traversa la grotte sur plusieurs dizaines de mètres. Très lentement, Castiel tourna sur lui-même, dévoilant une salle aux dimensions énormes. Le plafond n'était pas très haut mais la pièce était aussi large que longue. Mais ce qui coupa le souffle de Dean, c'était les centaines, voire les milliers de stalactites et de stalagmites qui pendaient du plafond, qui poussaient du sol ou qui se rejoignaient en colonnes irrégulières.
_ Whaouh, murmura Dean en faisant quelques pas, ne sachant plus par où tourner son regard.
_ Impressionnant n'est-ce pas ? lui demanda Castiel avec un grand sourire.
_ C'est magnifique, admit Dean.
Son petit moment d'angoisse était désormais complètement oublié face au spectacle qui s'offrait à lui.
_ Je t'avoue que je ne m'attendais pas à trouver quelque chose d'aussi exceptionnel dans ton trou, lui fit Castiel à voix basse en se rapprochant de lui.
Dean tendit la main et effleura un des stalagmites.
_ Merci Cas, dit-il en se tournant vers le géologue. Sans toi je ne serais jamais venu jusque là.
_ Merci à toi de m'offrir une telle opportunité.
Malgré la pénombre ambiante, leurs yeux se croisèrent et Dean perdit de nouveau son souffle. Les choses allaient décidément trop bien pour lui. Entre l'arrivée de Castiel, la découverte de cette cavité… Il eut envie de prendre le géologue dans ses bras. Il se retint. Au lieu de cela il se détourna.
_ Tu réalises que nous sommes probablement les premiers êtres humains à voir ce lieu ? reprit Castiel après une longue pause. Je vais m'amuser comme un petit fou à cartographier tout ça dans les prochaines semaines. Sans compter qu'il y a peut-être encore mieux plus loin.
_ Mieux que ça ? Tu crois que c'est possible ?
_ Tends l'oreille, murmura le scientifique.
Dean se tut et écouta du mieux qu'il pouvait.
_ Tu entends ? l'encouragea Castiel.
Dean hésita.
_ Je ne suis pas sûr mais… il y a comme un genre de vrombissement au loin.
En fait, il avait l'impression d'entendre comme un train dans le lointain, ce qui était absurde. Cependant Castiel approuva.
_ Je pencherais pour une rivière souterraine.
_ Tu crois ? s'écria Dean Dean. Ca pourrait être formidable !
_ Je n'en suis pas sûr mais c'est possible. De là, difficile de se rendre compte. Il faudra aller voir. Les sons sont souvent amplifiés et déformés sous terre.
Dean savait qu'il souriait comme un idiot mais il ne pouvait pas s'en empêcher. Tout ça était tellement cool !
_ Tu crois que des gens seraient prêts à payer pour visiter ça ? demanda-t-il en tendant le cou pour embrasser du mieux la salle du regard.
_ Je pense que ton trou peut vite devenir très populaire auprès des amateurs, confirma Castiel. Mais il y a encore beaucoup de travail avant de pouvoir l'ouvrir aux visiteurs extérieurs.
Dean approuva. Il savait qu'il devait laisser Castiel faire son travail comme il le fallait. Mais quand même, il avait hâte de montrer tout ça… à tout le monde !
_ C'est juste incroyable, reprit-il en slalomant entre les colonnes de pierre.
_ Dean, ne t'éloigne pas. Il pourrait y avoir des trous cachés.
_ La dernière fois que je suis tombé dans un trou caché, ça m'a plutôt porté chance, répliqua-t-il en faisant quand même attention où il mettait les pieds.
_ Ce serait dommage de te tuer maintenant, insista Castiel en le suivant.
Dean stoppa brutalement. Castiel n'avait pas tort. Ce n'était pas le moment d'être imprudent. Il balaya le faisceau de sa lampe au sol et sursauta. A moins de trente centimètres de son pied droit se trouvait une ouverture. Ce n'était pas passé loin.
_ Cas ! Viens voir ! s'écria-t-il avant de réaliser que le spéléologue était juste dans son dos.
Castiel se pencha vers l'ouverture et lui sourit.
_ On dirait que le bruit vient de là, constata-t-il.
Dean s'accroupit à ses côtés. Leurs genoux se frôlaient et Dean se dit qu'il serait tellement facile de tendre la main et… Il reporta son attention sur le nouveau passage qu'ils venaient de découvrir.
_ On va jeter un coup d'œil ? s'enthousiasma-t-il pour occulter toute autre forme de pensée.
Castiel secoua la tête.
_ Je n'ai pas prévu le matériel nécessaire.
Il consulta sa montre aux chiffres lumineux.
_ Nous avons encore un peu de temps. Je te propose de mieux explorer cette salle avant de remonter et demain nous nous plongerons dans ce second trou.
Dean ne put qu'approuver.
(à suivre…)
