DERNIER AVERTISSEMENT: Ce prologue contient des spoilers pour ceux n'ayant pas lu le manga. Veuillez lire mes Disclaimers si ce n'est pas déjà fait!
Tokyo, Académie de la Croix-Vraie. 4 ans avant la nuit bleue.
Un long bruit de papier froissé retentit dans le bureau du directeur, suivi d'un profond soupir. La paperasse. Une montagne de paperasse. C'était le quotidien de Johann Faust cinquième du nom, directeur de ce prestigieux établissement.
- "Fort bien, vous pouvez disposer", dit-il sur un ton las.
La secrétaire se hâta de quitter la pièce en claquant la porte, arrachant un sourire de coin à son supérieur.
L'extravagant individu aux cheveux violet semblait mépriser tout ce qui concernait de près ou de loin le travail administratif et passait le plus clair de son temps à flâner dans ses jeux et bouquins en s'empiffrant de sucreries et gâteaux en tout genre, choses qu'il ne se cachait même pas de faire sous le regard ébahi de ses employés. C'en était à se demander comment un tel homme pouvait occuper une si haute fonction et surtout, où il pouvait trouver le temps de mener son travail à bien avec un tel comportement. De son côté, Mr. Faust ne semblait pas accorder la moindre importance à son image ni à sa réputation au sein de ses subordonnés, certains eurent même juré que le directeur se mettait en spectacle devant eux pour ensuite se régaler de leur malaise. Si on lui avait posé la question, il n'aurait sûrement pas nié: observer les humains et leurs étranges émotions était l'un de ses passe-temps favoris.
Il fixa la ramette de papiers que la secrétaire avait sauvagement posée devant lui et soupira à nouveau:
- "Quel ennui..."
Fiches de salaire des professeurs, divers CV, candidatures et nombre de documents futiles attendant sa signature. Il balaya son bureau d'une main, envoyant au sol tout ce qui se trouvait dessus et en claquant des doigts, fit apparaître une délicate tasse rose ainsi qu'une théière. Comme par magie, le précieux liquide ambré se déversa dans la tasse sans même qu'il n'eut à bouger le petit doigt. Posant ses jambes sur son bureau, il s'empara de la tasse et se mit à en siroter le contenu. Son regard se posa sur l'amas de papier gisant maintenant au sol. L'un d'entre eux avait attiré son attention: une enveloppe. Pourquoi donc son courrier était-il mêlé à la paperasse de l'académie? Il cessa sa dégustation pour mieux analyser l'objet, ses yeux s'écarquillèrent légèrement quand il le reconnut. Cette enveloppe se trouvait sur son bureau depuis quelques mois déjà et bien sûr, il en connaissait le contenu. Alors pourquoi ne l'avait-il pas jetée depuis le temps? Y repenser le fit sourire. Il l'avait précieusement gardée dans l'attente d'un moment propice, un moment où l'ennui du travail de directeur le gagnerait. Un moment comme maintenant.
Il claqua à nouveau des doigts et la lettre apparut entre ses doigts.
"Herr 'Johann Faust' ou qu'importe le nom sous lequel tu vis actuellement" lit-il sur le devant de la lettre.
Un grand sourire amusé se dessina sur ses lèvres, laissant apparaître ses canines aiguisées.
- "Oh toi..." ricana l'homme en se hissant hors de son siège.
"Je sens que je ne vais pas regretter cette petite visite"
Il glissa l'enveloppe dans une poche de son élégante veste blanche et en sortit un trousseau de clés à la place. Le sourire toujours aux lèvres, il en sélectionna une avec soin, s'avança vers la porte de son bureau et l'introduit dans la serrure. Un bruit sourd résonna. Quand il ouvrit la porte, le couloir de l'académie de la Croix-Vraie avait disparu pour laisser place à un paysage des plus étranges: une forêt.
- "Wunderschön..."
L'homme prit une grande inspiration puis y pénétra, laissant toutes ses responsabilités et son identité de directeur derrière lui.
L'étrange portail se ferma silencieusement et s'évapora, laissant l'homme aux cheveux violet seul dans ce magnifique tableau. La forêt était belle et dense. Une faible lumière orangée traversait le feuillage des arbres et illuminait les environs d'une lueur presque irréelle. Lumière du crépuscule, sans en douter. Le soleil s'était à peine levé sur son académie japonaise mais ici, il terminait sa course pour bientôt laisser place à la nuit. Les fins rayons ardents se reflétant sur l'écorce et le feuillage des arbres, le calme de l'endroit que seuls ses bruits de pas venaient troubler, la chaleur agréable de l'instant... L'homme n'avait pas d'affinité particulière avec la nature et pourtant il appréciait le spectacle. Il ne pouvait le nier: souvent, les plus belles choses de ce monde étaient celles qui demeuraient intouchées par les hommes. Il suivit le chemin de terre qui défilait devant lui, parfaitement conscient de sa destination. Il n'était pas venu ici depuis quelques années et pourtant, il se souvenait de chaque détail, chaque arbre, chaque roche, chaque virage sur ce petit chemin si familier.
Cet endroit, cette forêt, cette région, il les eut traversées à pied et à cheval il y a des centaines d'années, bien avant que les voitures et autres moyens de transports inventés par l'homme n'apparaissent dans cette contrée. Il la connaissait mieux que quiconque, l'ayant explorée de long en large quand les hommes la mentionnaient toujours sous le nom de Germania. Il la chérissait, tout comme il chérissait les années et souvenirs passés ici. L'Allemagne.
Ses pas l'amenèrent hors de la forêt et la vision qui s'offrit à lui le tira de ses pensées. Il se trouvait maintenant face à un lac. Emprisonné par des reliefs montagneux de chaque coté, l'étendue d'eau reflétait la lumière du soleil couchant et donnait l'impression de brûler. La surface était devenue brasier. Il fit quelques pas en avant. Une telle image ne se produisait jamais au sein de sa ville japonaise. Il se régala de l'instant avant de porter son regard sur la silhouette discrète d'une petite maison au bord du lac, ce qui le tira de sa contemplation.
- "Tu es en retard, démon."
Un grand sourire se dessina sur ses lèvres à l'entente de cette voix. Sans se retourner, il ricanna:
- "Tu ne t'attendais quand même pas à me voir arriver à l'heure? Voyons, tu me connais trop mal..."
Il se retourna pour faire face à son interlocuteur. Un humain se tenait là, les bras croisés. Ils se ressemblaient. N'importe quelle personne extérieure à la scène aurait pensé qu'ils étaient frères. Pourtant, il n'en était rien.
- "Mon cher Loritz."
- "Quel plaisir de te revoir, Mephisto. Dit-il en inclinant la tête en guise de respect."
Portant la main sur sa poitrine, il lui rendit sa révérence, satisfait d'entendre ce nom. Il le préférait largement à toutes les autres appellations qu'il pouvait avoir. Mephisto et Loritz se toisèrent brièvement. Le sourire du démon s'élargit, dévoilant ses crocs. Ni l'un ni l'autre n'avait changé depuis leur dernière rencontre.
Loritz ne s'en étonna pas car après tout, il avait le Roi Démon du temps et de l'espace face à lui. Comme si le moindre changement pouvait affecter cet être surnaturel: il était l'incarnation du temps et en contrôlait toutes ses facettes. Et lui?
Il en était sa pâle copie. Son clone.
- "Sept mois depuis la réception de ma lettre, il me semble. Peut-on encore parler de retard dans une telle situation? Herr Weiß , LUI, est venu dès qu'il a appris la nouvelle."
- "Que d'accusations! Alors ce cher Shiro est déjà venu jusqu'ici, hum? Il ne m'en a pas dit un mot. Je voulais venir bien sûr, mais disons qu'entre le Vatican, mon laboratoire et mon poste de directeur, je n'ai pas trouvé le temps." Soupira t-il en feignant le regret.
Il y eut un court silence suivi de rires simultanés de la part des deux hommes.
- "Je ne me lasserai jamais de ton humour, monsieur le directeur."
Mephisto ne pouvait s'empêcher d'observer Loritz à chacune de leur rencontre. Outre sa crinière marron foncée qui changeait de sa propre chevelure violette, cet humain partageait nombre de ses caractéristiques physiques. Sa grande taille, les traits de son visage, sa peau pâle comme l'ivoire et bien sûr ses yeux perçants aussi verts et profonds que la forêt qu'il venait de traverser. L'humain avait cependant une carrure plus robuste, preuve qu'il entretenait une certaine condition physique.
Il se tourna à présent vers le lac et la maison. Vivre seul ici ne devait pas être simple, il devait sûrement travailler dur pour trouver ses ressources et subsister. Comme s'il avait lu dans ses pensées, Loritz confirma:
- "Ce n'est pas la vie idéale dont j'avais tant rêvé en fuyant l'Ordre et le laboratoire, mais au moins nous sommes en sécurité..."
Il voulut continuer sa phrase mais se ravisa. Mephisto sourcilla, insistant pour qu'il y donne suite.
- "... pour le moment." Conclut-il après un bref moment d'hésitation.
Le démon soupira.
- "Voyons Loritz, combien de fois vais-je devoir te répéter que vous ne risquez rien? Ils ne vous retrouveront jamais. Mes plans ne présentent aucune faille~"
"Aucune faille..." souffla t-il, perdu dans sa contemplation du lac dont les reflets oranges faiblissaient peu à peu. Il voulu faire remarquer au démon que si ses plans étaient si parfaits, lui ou l'un de ses frères Ba'al serait en ce moment même en possession de son corps. Pourtant son âme y résidait toujours, trop forte pour laisser un démon y habiter. C'était pour cet unique but qu'il était né et lui ainsi que bon nombre d'autres hommes étaient des failles dans les plans du roi du temps. Jugeant cette accusation trop rude, il préféra garder le silence. Conscient de son inquiétude, Mephisto ajouta:
- "Puis ce n'est pas dans ta nature de t'inquiéter, cher ami~ Depuis quand es-tu devenu aussi paranoïaque?"
- "Depuis que j'ai quelque chose de plus précieux que ma propre vie à protéger."
Le ton sérieux de ses mots déstabilisèrent le démon qui le dévisagea en fronçant les sourcils. Il avait du mal à croire que de telles paroles étaient sorties de la bouche de cet homme qu'il connaissait pourtant si bien- ou plutôt qu'il croyait connaître. Il repensa au contenu de sa lettre tandis que l'autre avait toujours le regard plongé dans les eaux orangées. Que pouvait-il bien se passer dans sa tête? Pourquoi un tel changement?
La lettre. Il était bien décidé à en apprendre plus.
- "Bien, nous aborderons les sujets délicats plus tard. Le paysage est certes de toute beauté mais revenons à la raison de ma visite, veux-tu? J'ai hâte de croiser son regard". Le démon lui adressa l'un des sourires malsains dont il avait le secret, tout en agitant la lettre qu'il venait de tirer de sa poche.
"Mein lieber Freund,
J'ai l'immense plaisir de t'annoncer la naissance de ma fille et de vous convier, Herr Weiß et toi-même à mon humble demeure afin que nous célébrions cet heureux événement entre bons amis que nous sommes.
Je sais que ces étranges coutumes humaines ne sont d'aucun intérêt pour toi, ainsi permets-moi d'éveiller ta curiosité en te disant que le regard te cette enfant te seras plus que familier.
Tu nous trouveras à l'endroit habituel. Assure-toi de venir au moment où la surface devient brasier, à cet instant la barrière s'ouvrira sous tes pas.
