Désolée pour le retard de publication! Vous savez, la personne qui choppe la grippe quand il fait 40 degrés, c'est moi! Donc un peu de retard pour ce chapitre mais je tenterai de publier la suite plus rapidement. Merci à tous de continuer à me lire! J'espère que ça vous plaît toujours autant!
"***"
Dean se tourna une nouvelle fois dans son lit. Il n'allait plus pouvoir tenir longtemps. D'un autre côté, il était quasiment certain d'être seul dans sa petite cabane. Mais Castiel n'était pas du genre bruyant. Au moins Gabriel n'était pas là, ça c'était une certitude. Mais c'était plutôt le géologue qu'il tentait d'éviter. Les deux autres aussi certes, puisqu'il était certain qu'ils allaient l'interroger sur son comportement de la veille, mais surtout Castiel.
Il pensait que la nuit l'aiderait à prendre du recul sur les évènements de la soirée précédente mais c'était un échec total. Il se sentait toujours en panique à l'idée d'affronter Castiel et les sentiments qu'il faisait naître en lui.
Alors il avait décidé de se terrer sous sa couverture jusqu'à ce qu'il disparaisse de la surface du globe, ou au moins jusqu'à ce qu'il soit seul et qu'il n'ait pas à affronter les autres. Mais sa vessie n'était pas d'accord.
Il grogna. Il n'allait quand même pas faire au lit comme Sammy lorsqu'il était petit !
A contrecœur, il se leva et colla son oreille contre la porte. Il n'entendait pas un bruit à part celui du vent et du petit ruisseau à l'extérieur.
Bon il pouvait aussi ouvrir sa fenêtre et passer par là si vraiment il voulait éviter qui que ce soit mais s'il se faisait chopper, il allait encore se faire foutre de sa gueule pendant des jours. Voire des années, connaissant Gabriel.
Alors il prit une grande inspiration et posa la main sur la poignée. Le cœur battant fort dans sa poitrine, il tourna le bouton. La porte grinça lorsqu'il l'entrouvrit malgré ses extrêmes précautions.
Il jeta un rapide coup d'œil mais ne vit personne. Cela ne voulait rien dire. La cabane était pleine de recoins.
Sur la pointe des pieds, il se glissa hors de sa chambre. Le parquet de bois grinçait à chacun de ses pas et au bout du troisième, Dean abandonna l'idée d'être discret. Il serra les poings et, longeant les chambres de fortune, pénétra dans la pièce principale.
Il se sentit idiot. Elle était complètement vide. Evidemment qu'elle était complètement vide ! Cela faisait bien une demi-heure qu'il guettait sans rien entendre !
Il s'avança pour découvrir un petit mot posé sur la table en bois où il prenait en général son petit déjeuner.
Il lui jeta à peine un coup d'œil et reconnut l'écriture de Sam. Par contre il y avait une tartine à lire et Dean préféra d'abord aller satisfaire son besoin naturel dans le petit coin prévu à cet effet à l'extérieur avant de se plonger dans la prose de son frère.
Se sentant plus léger, il se versa un bol de céréales et un grand verre de jus d'orange avant de se mettre sur la chaise qu'il considérait comme la sienne et de lire en diagonal tout le blabla rasoir que lui avait laissé Sam.
Entre tout un sermon sur son comportement de la veille et des mots d'encouragement qui lui passèrent loin au dessus de la tête, Dean apprit deux informations intéressantes. Tout d'abord que Sam et Gabriel s'en tenaient au plan et qu'ils partaient visiter les grottes aux alentours. Et ça c'était une bonne nouvelle. Il n'aurait pas à se taper une leçon de moral de la part de son frère ou les vannes graveleuses du boulet qu'il trainait.
Sam lui racontait ensuite que Castiel était parti tôt le matin seul à la grotte pour poursuivre ses recherches et que pour des questions de sécurité, bien évidemment, Dean était grandement invité à le rejoindre dès qu'il aurait émergé.
Dean poussa un long soupir. Il aimait passer du temps seul avec Castiel. Plus encore quand le géologue lui faisait découvrir les merveilles du monde souterrain. Mais cela voulait dire aussi affronter ce qu'il s'était passé la veille. Ou alors il pouvait aussi utiliser son habituelle attaque du « si je n'en parle pas, ça n'a jamais existé » qu'il maitrisait à la perfection, au point de se demander si certains de ses souvenirs embarrassants n'étaient pas que des rêves.
Mais pour cela, il fallait aussi que Castiel se prête au jeu et qu'il ne vienne pas questionner Dean. A priori, il n'y avait pas vraiment de risque puisque Castiel était du genre taciturne et que c'était lui qui avait fui la nuit dernière mais bon, dans un moment de courage inattendu, le géologue pouvait très bien tenter de le mettre en face de ses sentiments.
Dean termina son petit déjeuner dans une ambiance maussade.
Il traina pour faire la vaisselle et sa toilette. Et lorsqu'il consulta sa montre, il réalisa qu'il était presque midi. Le ciel était couvert et il était difficile d'évaluer l'heure à la seule luminosité.
Ne se trouvant plus d'excuse pour perdre son temps, il enfila ses bottes. Il n'y avait plus rien rappelant la spéléologie dans la cabane et il supposa que Castiel avait filé avec le matériel.
Sur le chemin, Dean sifflota pour se donner de l'entrain mais même à ses oreilles son air guilleret sonnait faux. Et s'il avait gardé ses mains dans ses poches, ce n'était pas pour avoir l'air cool comme il l'aurait souhaité mais juste pour les empêcher de trembler.
Il arriva au bord du trou trop rapidement à son goût. A terre, il trouva sa tenue sous une bâche qu'ils avaient amenée à cet effet. Inutile en effet de transbahuter le plus gros du matériel tous les jours. Surtout dans un coin aussi isolé.
Il jeta un œil aux alentours mais aucun signe de Cas. Pas plus lorsqu'il se pencha au dessus de l'entrée de la grotte.
A défaut d'autre idée, il récupéra ses vêtements de spéléologie et se changea. Il avait désormais assez d'expérience d'après lui pour se risquer seul dans la première section du tunnel.
Une fois prêt, il agrippa la corde et descendit dans l'obscurité.
Il n'eut pas beaucoup de chemin à faire pour trouver Castiel. A son grand désarroi le géologue était accroupi au début de la fente étroite menant à la grande salle. A l'aide d'un petit maillet et d'un pic, il prélevait des morceaux de roche qu'il stockait dans des sachets posés à ses genoux.
Il ne se tourna pas vers Dean, même s'il avait dû l'entendre s'approcher avec le résonnement de ses pas dans la galerie. Un peu déstabilisé et surtout très nerveux, Dean se racla la gorge.
_ Bonjour Cas, lâcha-t-il finalement après de longues secondes d'hésitation pendant lesquelles il avait eu l'impression de trépigner comme un gamin devant se rendre aux toilettes.
Le géologue détacha un petit bout de pierre et le rangea consciencieusement avant de répondre.
_ Bonjour Dean.
Mais son regard resta tout à son travail.
Dean voulut mettre les mains dans ses poches mais il réalisa qu'il n'en avait pas dans sa combinaison. Alors, par défaut, il coinça ses pouces dans sa ceinture. Ca lui donnerait au moins un peu de contenance.
Il resta derrière Castiel, ne sachant que faire ou que dire. Il se mordit la lèvre. Cette tension entre eux était pénible. Il allait devoir trouver une solution car il ne voulait pas que la belle aventure de la grotte soit gâchée aussi bêtement.
_ Euh… tu fais quoi ? tenta-t-il d'un ton hésitant.
Castiel sortit de son kit un carnet et prit quelques notes.
_ Je fais des prélèvements. Evaluer la nature de la roche nous permettra de nous faire une idée plus précise de l'ampleur des travaux. Et d'élaborer un devis exact des travaux à réaliser si nous voulons ouvrir ton tr… ta grotte à un large public.
Dean n'en était pas sûr mais il lui avait semblé que les épaules du géologue s'étaient légèrement affaissées lorsqu'il avait évoqué le trou.
_ Oh… cool !
Il serra les dents devant son manque de réparti. Ce n'était pas comme ça qu'il allait retisser le lien perdu entre lui et Castiel. Sam, lui, aurait probablement trouvé les bons mots. En fait, à voir son comportement avec Gabriel, Sam aurait certainement jeté Castiel à terre pour lui enfoncer la langue au fond de la gorge. A quel instant son petit frère était-il devenu plus dégourdi que lui à ce niveau là ? C'était vraiment rageant !
Dean resta à tergiverser de longues minutes pendant lesquelles Castiel bougea à peine. A bien y regarder, sa présence paraissait l'avoir bloqué dans son travail. Comme s'il n'osait plus rien faire sous les yeux de Dean.
Ce dernier se passa une main dans les cheveux. Il lui fallait absolument briser la glace.
_ Tu as besoin d'aide ? proposa-t-il à défaut d'autre chose.
Cela fit réagir le géologue mais pas de la façon dont Dean l'avait espéré. Il ne le regarda pas et, à la place, se glissa à plat ventre dans la fente.
_ Ca va aller Dean. Je n'en ai plus pour longtemps.
Le bruit du marteau sur le pic reprit.
Dean se laissa glisser au sol et s'assit à même la roche, dos contre la paroi de la galerie principale. Il voyait la forme de Castiel s'agiter dans l'étroit passage à mesure qu'il prenait des bouts de roches et les rangeait dans son sac qu'il avait fait glisser devant lui.
Il se sentait nul et inutile. Pourtant il n'était pas du genre coincé !
Sans cesser de scruter Castiel, il s'interrogea. Que ferait-il si le géologue était une femme ? Il ferait sans doute deux ou trois blagues grivoises et l'inviterait à prendre un verre. Rien de bien sorcier. Et même si Castiel avait un pénis, cela ne changeait pas vraiment la méthode, non ?
Dean ouvrit la bouche et la referma aussitôt. D'après sa réaction de la veille, Castiel n'apprécierait certainement pas les blagues grivoises. Il allait devoir passer à la phase B du plan.
Il baissa la tête et prit une grande inspiration. Il pouvait le faire ! Ca n'avait rien de difficile. Juste quelques petits mots et tout rentrerait dans l'ordre. Ou dégénèrerait complètement mais ça Dean ne voulait pas y songer.
Il s'observa les ongles. Ils étaient terreux. Il allait devoir les brosser avec application ce soir si jamais son plan marchait.
Mais s'il voulait que son plan marche il allait devoir avant tout le mettre en branle. Allez !
Il savait que plus il y réfléchirait, moins il y parviendrait. Alors il repoussa ses angoisses et ses questionnements le plus loin possible, tout au fond de son cerveau et laissa son instinct prendre le dessus.
_ Cas ça te tenterait de dîner avec moi ce soir il y a un super resto indien à quinze minutes d'ici.
La phrase était sortie d'une traite, sans intonation ni pause et il se demanda si Castiel avait même entendu ce qu'il venait de dire.
Le bruit du marteau cessa, remplacé par un gros choc et un grognement. Dean bondit.
_ Cas ! Tu vas bien ? cria-t-il dans le conduit.
_ Oui, oui, je me suis juste cogné à la paroi.
_ Tu ne t'es pas fait mal ? Tu ne saignes pas ? s'inquiéta Dean, pire qu'une mère poule.
Il le savait mais il n'arrivait pas à s'en empêcher.
_ Non Dean. Je porte un casque. Tout va bien.
Dean souffla et se figea lorsque le cliquetis du marteau recommença. Est-ce que Castiel avait compris ce qu'il avait dit ? Etait-ce sa façon de le rejeter ?
Il entendit un raclement et un grognement et les pieds de Castiel, qui dépassaient du trou, s'agitèrent pour le faire avancer plus loin encore de Dean.
Dépité, celui-ci songea à remonter seul. Il n'avait de toute façon aucune utilité à l'heure actuelle.
Mais alors qu'il s'apprêtait à faire demi-tour, la voix distante de Castiel le retint.
_ Dean ?
_ Oui ?
_ C'est d'accord pour ce soir.
Dean sentit un large sourire s'inscrire sur sa face.
_ Cool !
Puis il grogna, maudissant une fois de plus son incapacité à répondre quelque chose de spirituel lorsqu'il se trouvait en compagnie du géologue.
Alors il garda le silence et se rassit par terre pour continuer à regarder Castiel travailler, se sentant plus serein que jamais.
« *** »
Castiel avait passé une chemise bleue qui mettait en valeur ses yeux. A chaque fois que Dean le regardait, il sentait les coins de ses lèvres remonter. De l'autre côté de la table, occupé qu'il était à décrire ses projets pour la grotte, le géologue ne paraissait pas réaliser l'effet qu'il lui faisait.
_ J'ai vraiment envie de faire découvrir ces merveilles au plus grand nombre, expliquait-il, mais en même temps j'aime l'idée de conserver un côté intimiste réservé aux vrais passionnés.
Dean opina. Il n'avait pas le même dilemme que Castiel. Lui, ce qu'il voulait, c'était gagner de l'argent. Ou alors n'ouvrir la grotte qu'à lui et au géologue pour qu'ils puissent passer du temps ensemble à la lueur bleuté des vers. Il n'y avait pas d'entre deux. Mais pour ce soir, il allait approuver tout ce que Castiel dirait.
Il reprit un morceau de pain naan au fromage et le porta à ses lèvres.
_ Mais je suppose, poursuivit Castiel, que c'est toi qui décidera. C'est toi le propriétaire.
Dean se dépêcha d'avaler pour répondre, manquant de s'étrangler au passage. Au final, il dut descendre une bonne partie de son lassi à la mangue pour calmer sa quinte de toux.
_ Désolé, s'excusa-t-il en remarquant que Castiel avait l'air inquiet. Tout va bien. J'allais donc dire, c'est toi le spécialiste. Je m'en remettrai probablement à ton opinion.
Castiel eut ce petit sourire en coin qui faisait fondre à chaque fois le cœur de Dean.
_ Je ne suis pas un homme d'affaire. Les conseils de Sam et Gabriel seront probablement plus avisés que les miens.
Et il reprit une bouchée de l'énorme byriani que la jeune serveuse lui avait apporté quelques minutes auparavant.
Dean plissa le nez.
_ Ce sont deux ignobles avocats. Ils ne sont même jamais descendus dans la grotte. Je ne sais pas si je peux me fier à eux. Et surtout pas à ton frère.
Le sourire de Castiel s'élargit et Dean eut envie de lui attraper la main. A part un duo de vieilles dames à l'autre bout de la salle, ils étaient seuls dans le restaurant. Même la serveuse avait disparu et avec la musique indienne qui passait en bruit de fond, il avait l'impression d'être loin de chez lui, dans un petit coin de paradis, seul avec le géologue.
Ses doigts hésitèrent et finalement se crispèrent sur sa fourchette. Il la planta dans la grosse portion de curry qu'il lui restait. Ici, la nourriture était bonne mais copieuse, même selon ses critères.
_ Tu as raison, répondit Castiel. Si on laissait Gabriel faire, il y aurait des banderoles « Le Trou de Dean : Toujours Ouvert Pour Vous ! » ou quelque chose du genre, partout dans la ville.
Dean pouffa. Il visualisait la scène d'ici. Il secoua la tête.
_ Il va vraiment falloir trouver un autre nom. Tu as une idée ?
Castiel leva les yeux au plafond, les sourcils froncés comme s'il pensait intensément. Pendant les deux minutes qui suivirent, il se contenta de réfléchir tout en mangeant machinalement. Dean en profita pour terminer son plat tout en observant le visage concentré du géologue. Il aurait peut-être dû faire mine de chercher quelque chose lui aussi mais il n'en avait vraiment pas envie. Et puis Castiel était généralement tellement dans la lune qu'il ne s'apercevrait probablement de rien.
_ Alors ? insista-t-il en passant le reste de son pain naan dans son fond de sauce.
Il se sentait sur le point d'exploser mais ça en valait vraiment la peine. Pour un petit restaurant au milieu de nulle part, c'était vraiment savoureux.
_ Quelque chose comme… la voix rauque de Castiel s'interrompit… la Grotte de Dean, peut-être ?
Dean leva les sourcils. Tout ça pour ça ?
_ C'est tout ce que tu as ?
Il lui sembla que le géologue rosissait et il baissa la tête vers son assiette encore à moitié pleine.
_ Je n'ai jamais été le créatif de la famille, grogna-t-il.
Dean était partagé entre la stupeur et l'amusement. C'était vraiment le moins qu'on pouvait dire !
_ Et qui l'était ? demanda-t-il en espérant que Castiel le regarderait de nouveau.
_ Gabriel, répondit le géologue en haussant les épaules.
Puis il recommença à manger.
_ Evidemment, fit Dean en se passant une main sur le visage. On en revient toujours là.
_ On pourrait quand même tenter d'utiliser sa créativité à notre avantage. Ton frère pourrait peut-être le contrôler ! proposa Castiel, la bouche pleine de riz.
_ Il faudrait que je voie avec Sam…
Mais Dean n'était vraiment pas certain du résultat. Sam était trop complice avec Gabriel pour qu'il ait complètement confiance en lui.
_ Assez parlé de Sam et Gabriel, poursuivit-il d'un ton plein d'entrain.
Après tout, ils avaient passé la quasi-totalité du repas à discuter de la grotte et de son futur mais ce n'était pas pour ça que Dean avait invité Castiel en premier lieu.
_ De quoi veux-tu qu'on parle ? s'étonna le géologue.
Dean prit une grande inspiration avant de se lancer.
_ De toi par exemple !
Castiel ouvrit grand les yeux et pencha la tête de côté.
_ De moi ?
_ Oui de toi. On a passé des heures ensemble et finalement je te connais assez peu. Qu'est-ce que tu aimes par exemple ?
La question parut rendre Castiel aussi perplexe que la recherche d'un nouveau nom pour la grotte. Ce n'était pourtant pas la question la plus complexe qu'il soit.
_ J'aime… les roches, répondit le géologue au bout de quelques secondes.
Dean pouffa. Castiel était unique.
_ Ca je m'en étais douté. Mais quoi d'autre ? Tu as des passe-temps ? Tu écoutes de la musique ? Qu'est-ce que tu aimes manger ?
_ La spéléologie. Non. Des burgers.
Cette fois ci, Dean partit d'un franc éclat de rire. Castiel conserva sa mine hésitante.
_ Quoi ? fit Dean. Tu n'as jamais eu de rendez-vous avant ? Tu n'as jamais parlé de toi à qui que ce soit ?
Le géologue fit une moue vexée.
_ Bien sûr que si j'ai déjà eu des rendez-vous. Et des relations.
_ Alors ?
Castiel soupira et reposa sa fourchette. Ses mains serrèrent le bord de la table.
_ J'étais toujours avec des gens qui aimaient plus parler d'eux qu'entendre parler de moi.
Dean ressentit comme un pincement au cœur. Pourtant, Castiel n'avait l'air ni triste, ni mélancolique. Juste analytique.
_ Et toi Dean ?
_ Quoi moi ?
_ Qu'est-ce que tu aimes ? Tu as des passe-temps ? Tu écoutes de la musique ? Qu'est-ce que tu aimes manger ?
Dean se passa une main sur le visage. Il était certain d'avoir rougi et d'arborer un air bêtement hilare qui ferait honte à son père. Il s'en fichait. Il était bien avec Castiel.
Il prit quelques instants pour réfléchir.
_ Je dirais les voitures. Pas vraiment. Beaucoup mais toujours la même. Des burgers.
_ Pas de passe-temps ? s'étonna Castiel.
_ Pas vraiment. Peut-être bosser sur les voitures mais ça a longtemps été mon métier. Donc on ne peut pas vraiment appeler ça un passe-temps.
_ Pas même quand tu étais enfant ? Quand j'étais gamin, je pouvais pendant des heures ramasser les cailloux que je trouvais jolis. Bon, Raphaël avait tendance à me les voler pour me les jeter dessus mais…
Il haussa les épaules.
Dean se félicita une fois de plus d'avoir Sam comme frère. La fratrie de Castiel avait l'air terrible. Et pas dans le bon sens.
_ Non. Quand j'étais enfant je m'occupais principalement de Sam. Notre père travaillait beaucoup.
_ Tu n'as vraiment pas dû avoir une enfance facile, fit Castiel dont le regard était franchement désolé.
Dean s'apprêtait à répondre d'une façon désinvolte lorsque sa gorge se bloqua. En fait, tout son corps se bloqua. Castiel venait de poser sa main sur la sienne.
Sa première idée fut de se dégager. Quelqu'un pourrait les voir ! Puis il se reprit. Après tout c'était ce qu'il voulait. C'était ce pour quoi il avait invité le géologue à diner. Et c'était l'une des raisons pour lesquelles il avait fui son père. La possibilité d'être enfin lui-même.
Alors il ne bougea pas et força un sourire sur son visage. Il savait qu'il était complètement crispé et que ça devait plus ressembler à une grimace qu'à autre chose mais Castiel parut ne rien remarquer. Il resserra juste sa prise sur les doigts de Dean.
Ce dernier inspira longuement avant de répondre.
_ Venant de quelqu'un dont les frères lui jetaient des pierres…
Sa voix était aussi tendue que son corps et il s'étrangla en milieu de phrase. Castiel le relâcha alors et Dean paniqua plus encore que lors du contact initial. Sa réaction avait-elle refroidi le géologue ?
Il sursauta en entendant la serveuse dans son dos.
_ Vous avez terminé ? Ca vous a plu ?
Castiel repoussa légèrement son assiette dans laquelle il restait un peu de riz pour indiquer qu'il avait fini. Dean se tourna vers elle et lui donna son plus beau sourire de façade. Il ne savait pas si elle les avait vus ou pas se tenant la main mais il se sentait écarlate.
_ C'était délicieux. Et vraiment copieux. Merci.
Elle opina comme si c'était le type de remarques qu'elle recevait régulièrement.
_ Vous prendrez un dessert ? proposa-t-elle malgré tout en retirant l'assiette de Dean.
Castiel secoua la tête.
_ Si j'avale quoique ce soit d'autre je pense que je ne pourrai plus passer dans la fente de ton tr… de ta grotte, se reprit-il au dernier moment.
_ Rien pour moi non plus, ajouta Dean sans plus oser regarder la serveuse.
Il avait vu une lueur dans son regard lorsque Castiel s'était repris sur le fil. Elle savait. Ou du moins, elle le soupçonnait, ce qui pour lui était tout aussi embarrassant.
_ Désolé, s'excusa Castiel. L'habitude je pense.
Dean secoua la tête pour le rassurer. Il jeta un coup d'œil vers le comptoir et constata qu'il n'y avait personne. La serveuse avait dû retourner en cuisine. Alors du bout des doigts, il tapota la main de Castiel.
_ Ne t'en fais pas. Comme l'a chanté Mick Jagger, old habits die hard.
_ Qui ?
Les doigts de Dean s'immobilisèrent.
_ Mick Jagger !
Castiel secoua la tête.
_ Ne me dis pas que tu n'as jamais entendu parler de Mick Jagger ! Tu as vécu dans une caverne ou quoi !
Castiel eut son sourire en coin.
_ En fait…
Dean leva les yeux au plafond.
_ Oui, c'est vrai… j'avais presque oublié ! Spéléologue un jour, spéléologue toujours.
Un mouvement au coin de son champ de vision indiqua à Dean que la serveuse était de retour et il retira précipitamment sa main.
_ Je… je vais peut-être aller payer, balbutia-t-il.
Il termina d'un trait son lassi et se leva.
_ Je… l'interrompit Castiel en attrapant son portefeuille dans la poche intérieure de sa veste.
Dean lui fit un petit geste de la main en s'éloignant.
_ Ne t'en fais pas. C'est pour moi.
Il régla rapidement l'addition, rangeant négligemment la carte du restaurant que la serveuse lui avait tendu dans son portefeuille.
Castiel l'attendait, debout près de la porte.
Ils sortirent dans l'air doux de la nuit. A cette heure tardive, il n'y avait plus personne depuis longtemps dans les rues. Dean aurait bien profité du calme ambiant pour tenir la main de Castiel sur le chemin menant à la voiture. Mais en milieu de semaine, il n'avait eu aucun mal à se garer et la Hilux se trouvait juste en face de l'établissement, la lumière jaune de la vitrine se reflétant même sur la peinture noire du véhicule.
Attraper la main de Castiel maintenant aurait été bien ridicule. De même que de lui proposer de faire un petit tour dans les rues désertes afin de faire durer le moment.
Dean hésita tout de même mais déjà Castiel se dirigeait du côté passager.
Alors à son tour, il déverrouilla la voiture et s'installa derrière le volant.
Le début du trajet se fit dans un silence tendu. Aucun des deux hommes ne paraissaient plus savoir ni que faire, ni que dire. Finalement, Dean craqua et mit la musique. La voix de Robert Plant emplit l'habitable.
_ C'est Mick Jagger ? demanda Castiel.
Si ça avait été n'importe qui d'autre, Dean aurait pris son air le plus outré. Il savait qu'avec Castiel, cela ne servait à rien.
_ Absolument pas. Il va vraiment falloir que je te fasse une mise à niveau.
Le géologue lui sourit et l'espace d'un instant Dean oublia de regarder la route. Il évita de justesse un opossum téméraire.
_ Bordel ! grogna-t-il.
Le silence se réinstalla dans la voiture mais il n'était plus aussi lourd qu'à leur départ. Dean fut même tenté de mettre sa main sur le genou de son passager mais le geste manquait de finesse à son sens. Et puis, ils n'étaient plus qu'à cinq minutes de chez lui et déjà au loin il devinait le petit chemin en graviers menant jusqu'à sa cabane. Il s'y engagea prudemment.
Lorsqu'il gara la Hilux, toutes les lumières étaient allumées à l'intérieur. Et il espérait vraiment qu'ils n'allaient pas tomber sur Sam et Gabriel en train de s'envoyer en l'air dans son salon. Avec ces deux là, tout était possible.
Il posa sa main sur la poignée de la portière mais remarqua que Castiel n'avait pas bougé. Il se figea. Castiel attendait-il que Dean fasse ce que faisaient parfois les gens dans les voitures à la fin d'un rendez-vous ?
Ok, Dean devait bien admettre qu'il avait songé à embrasser Castiel une fois arrivé à bon port. Il avait énormément d'expérience en matière de patins dans une voiture et il ne savait plus combien de petites amies il avait ainsi raccompagnées au volant de l'Impala.
Mais là, il ne pouvait pas juste embrasser Castiel et repartir. Ni le mener sur le pas de la porte et rentrer chez lui. L'embrasser maintenant voudrait dire qu'après, ils allaient devoir retourner ensemble dans l'espace commun et prétendre qu'il ne s'était rien passé. Ou alors admettre ce qu'il s'était passé et subir les regards moqueurs de Sam et Gabriel. Dean pouvait les imaginer d'ici avec leurs yeux brillants et leurs petits rictus.
Non, c'était décidément trop de questions et de complications pour lui. Il trouverait bien une occasion plus adaptée pour un premier baiser.
Et non, ce n'était pas du tout une fuite de plus !
_ Dean, l'interrompit la voix grave de Castiel alors qu'il s'apprêtait à sortir.
Sa main s'éloigna de la portière et il se tourna vers le géologue, son cœur battant si fort qu'il en avait presque mal et le souffle court.
_ Oui ?
Ils étaient plongés dans la pénombre mais la lune suffisait à deviner le regard intense de Castiel posé sur lui.
_ Je sais que j'ai dû passer pour un grand naïf à tes yeux pendant des jours.
Dean ne pouvait le nier, alors il laissa le géologue poursuivre.
_ Mais je ne suis pas si naïf que ça. Ni candide. Ou inexpérimenté.
_ Je… euh…
Dean bafouilla. Il était complètement pétrifié. Castiel avait le même regard que Benny ce soir là. Et même s'il paraissait hésitant, il se lançait là où Dean avait fui.
_ Et je…
Le géologue se tut au milieu de sa phrase. A la place, il se pencha vers Dean. Ce dernier ferma les yeux tout en amorçant à son tour un mouvement. Et puis merde pour les conséquences ! C'était ce dont il avait envie !
Trois petits coups tapés contre la vitre le firent reculer brusquement. Il se tourna pour découvrir Gabriel le nez collé contre le verre et Sam juste derrière lui.
Il jeta un regard paniqué à Castiel mais le géologue avait la tête baissée et un de ses poings se fermait et se rouvrait convulsivement, comme s'il avait l'intention de le coller dans la face de quelqu'un. Dean aurait prédit Gabriel, au hasard.
_ Vous êtes enfin là ! s'enthousiasma celui-ci, le son de sa voix étouffée dans l'habitacle.
_ On a plein de super trucs à vous raconter, ajouta Sam, une main posée sur l'épaule de son amant.
Dean souffla, autant pour marquer sa contrariété que pour reprendre son calme. Puis il ouvrit la portière. Il entendit Castiel en faire de même de l'autre côté.
(à suivre…)
