Lalala, désolée pour le retard! J'ai tendance à moins écrire en été, je travaillais sur d'autres fics et en plus, il y avait la saison 3 d'Hannibal qui me prenait toute mon énergie vitale et émotionnelle (les gens, regardez Hannibal c'est la meilleure série de tous les temps!). Mais me revoilà! Plus que jamais focalisée sur le Trou de Dean! Normalement la suite devrait arriver bien plus rapidement. Merci de votre patience, à très bientôt et bonne lecture!
"***"
Dean se remit debout lentement sans quitter les deux hommes des yeux. Le premier devait friser la cinquantaine, avec un crâne se dégarnissant et un début de barbe. Il fixait Dean les mains dans les poches de son élégant costume et un sourire aux lèvres. Derrière lui, le second type était un peu plus jeune, grand et blond, et donnait l'impression d'avoir mordu dans un citron tellement il paraissait hautain et négatif.
Dean retira son casque. Il se sentait ridicule ainsi scruté. Mais il ne voulait pas être le premier à briser le silence. Il se força à retourner son regard au premier homme. Il ne savait pas qui était ces deux là mais à leur allure, ils n'apportaient rien de bon.
Le combat visuel dura de longues secondes, seulement entrecoupé par les soupirs et les roulements d'yeux du blond qui visiblement trouvait tout ce manège ridicule.
_ Oui, bravo, vous en avez tous les deux des énormes. Maintenant peut-on passer à autre chose ? demanda-t-il du ton le plus sarcastique que Dean ait jamais entendu.
Même Sam n'arrivait pas à la cheville de ce gars là.
_ Chut ! lui intima le plus petit.
_ Ca fait déjà une bonne demi-heure qu'on se caille les miches à attendre que quelqu'un remonte, je ne vais pas rester là éternellement.
Dean eut envie de lui répondre que s'il ne voulait pas se cailler les miches il n'avait qu'à porter un t-shirt moins échancré mais cela aurait brisé son vœu de silence. Au final, le brun lâcha prise et se racla la gorge avant d'entamer un discours bien rôdé.
_ Dean Winchester je suppose ? Mon nom est Fergus Crowley. Vous avez peut-être entendu parler de moi ? Depuis de nombreuses années je travaille en collaboration avec les propriétaires de grottes de la région auxquels j'apporte mon savoir, mon expérience et mes moyens logistiques pour les aider à développer et promouvoir leur bien à travers un réseau de…
Dean lâcha un soupir exagérément fort et tourna le dos aux deux hommes. Il n'était pas là pour entendre le blabla d'un escroc. Cas comptait sur lui et il devait toujours lui rapporter un stylo.
_ Eh ! Oh ! Tu m'écoutes gamin ! cria Crowley derrière lui. Je ne me suis pas tapé une randonnée dans la montagne pour me prendre un vent !
Dean se retourna brusquement et lui jeta son regard le plus noir. Le type ne parut pas le moins du monde décontenancé. Il avait dû en croiser des plus impressionnants que Dean sur son chemin.
_ J'ai entendu parler de vous, confirma Dean. En mal.
Crowley porta une main sur sa poitrine.
_ En mal ? répéta-t-il d'un air outré. Certainement des jaloux ou ceux à qui j'ai refusé mon aide devant la nullité de leur grotte. Mais toi mon garçon j'ai entendu dire que tu…
_ Je suis pas votre garçon, grogna Dean en trouvant enfin au fond de son sac le stylo recherché.
Il savait qu'il n'aurait pas du même parler avec ce type mais il n'arrivait jamais à se tenir face à un imbécile.
_ D'accord, d'accord, plus de mon garçon, concéda Crowley. Môôônsieur Winchester, j'ai entendu dire que votre désormais célèbre trou était exceptionnel et j'ai pensé qu'il était de mon devoir d'en permettre l'accès à tous. Mon associé et moi-même avons constaté aujourd'hui à quel point il était difficile de l'atteindre alors que le grand public mérite de jeter un œil aux merveilles qu'il contient. C'est pourquoi…
_ Je ne suis pas intéressé, répondit Dean en glissant le stylo dans une de ses pochettes.
_ Vous ne savez même pas ce que je propose !
Dean se retourna et secoua la tête.
_ Vous pouvez proposer tout ce que vous voulez, je ne suis quand même pas intéressé.
Crowley força un sourire amical mais Dean n'était pas dupe. Il voyait la colère au fond de son regard.
_ Ecoutez, je ne sais pas ce qu'on vous a dit de moi mais c'est un tissu de mensonges. Je suis un businessman. Votre intérêt est mon intérêt. D'ailleurs, pour vous prouver ma bonne foi, je vais vous faire une offre qui ne vous engage à rien.
_ Je ne…
Crowley leva la main pour le faire taire.
_ Laissez-moi terminer.
Il poussa légèrement en avant le grand blond qui de toute évidence n'avait aucune envie d'être là.
_ Mon associé que voici est un géologue internationalement connu. Et un spécialiste du monde souterrain. C'est une référence auprès de ses pairs. Et il a publié pour de nombreux grands journaux. Il sera ravi d'explorer gratuitement votre trou et de vous aider à concevoir un projet accessible au plus grand nombre, n'est-ce pas Bal…
_ BALTHAZAR ?
Tous sursautèrent lorsque la voix rauque de Castiel résonna. Le géologue venait en effet d'apparaître à l'entrée de la grotte et il regardait les deux hommes, les yeux écarquillés.
Le dénommé Balthazar rendit à Castiel son air surpris et son visage perdit pendant quelques instants toute sa morgue.
_ Qui est-ce ? demanda Crowley avec la même expression que s'il fixait un cafard courant sur ses contrats.
_ Un… collègue, admit Balthazar, les dents serrées.
_ Un autre géologue ? se braqua Crowley.
_ Oui.
_ Connu ?
_ Pas autant que moi mais oui, assez connu.
Castiel soupira en se hissant hors du trou pour rejoindre Dean.
_ Je suis moins connu que toi parce que je ne passe pas mon temps à me faire mousser, répliqua Castiel, la mine fermée et un air farouche que jamais Dean n'aurait cru voir sur ce visage.
_ Je ne me fais pas mousser ! Excuse-moi si je suis naturellement sociable, moi ! lâcha Balthazar avec piquant.
_ Toujours à te chercher des excuses, grogna Castiel. Je vois que tu n'as pas changé.
_ Que veux-tu ? Je suis tels les cornichons, conservé par l'aigreur. Toi par contre, tu as l'air fatigué.
Dean fronça les sourcils. Ca ressemblait de plus en plus à une dispute entre amants. Il se tourna vers Crowley mais le businessman lui renvoya son regard dépité en haussant les épaules.
_ Je suis fatigué parce que j'ai beaucoup de travail, contra Castiel en désignant l'entrée de la grotte.
_ Oh oui, railla Balthazar. Occupé à explorer toute la journée le fameux Trou de Dean, c'est ça ?
Son regard se fit suspicieux en se tournant vers Dean qui était trop interloqué pour intervenir.
_ Ou alors, reprit-il, occupé à explorer toute la nuit l'autre trou de Dean ?
_ Hé ! protesta celui-ci.
Mais Balthazar l'ignora royalement et sourit face au rougissement de Castiel.
_ J'ai raison n'est-ce pas ? Tu m'as remplacé par plus jeune !
Les yeux de Castiel lançaient des éclairs et Dean avait l'impression qu'il allait d'une seconde à l'autre se jeter sur Balthazar pour lui refaire le portrait à grands coups de calepin.
_ Tu m'as planté un couteau dans le dos, Castiel. Il m'a planté un couteau dans le dos, répéta-t-il à la cantonade tout en faisant de grands gestes de bras.
Avant que Castiel n'ait pu répondre, Crowley s'imposa.
_ Ok, très bien, tout ça c'est bien joli mais moi je suis venu ici pour me faire de l'argent, pas entendre parler de coucheries. Pouvons-nous revenir à nos moutons, s'il vous plait ?
_ Je ne sais pas qui vous êtes et je ne resterai certainement pas près de lui, répliqua Castiel en récupérant la corde pour descendre. Viens Dean, on a encore du travail.
Dean réalisa qu'il n'avait nul autre choix que de suivre le géologue dont les ondes de colère le faisaient se sentir minuscule.
Il reposa son casque à la va-vite sur son crâne et adressa un petit signe de la main à Crowley et Balthazar avant de suivre Castiel. La tête de Balthazar passa alors au dessus du trou.
_ Alors Dean, il est comment au lit Castiel hein ? cria-t-il, sa voix amplifiée par les murs de la grotte. Formidable non ? C'est moi qui lui ai tout appris ! Moi !
Dean se dépêcha de rejoindre Castiel qui avait déjà atteint le passage étroit.
Il retrouva le géologue de l'autre côté, assis sur une grosse roche et l'air toujours aussi furieux.
_ Cas ? tenta-t-il en s'approchant doucement.
Celui-ci tourna le regard vers Dean, le visage fermé et la mâchoire crispée.
_ Ton casque est mal mis, Dean, lui fit-il remarquer avec une pointe d'exaspération dans la voix.
Puis il soupira et se passa une main sur le visage.
_ Pardon, souffla-t-il. Je suis un peu… irrité.
Dean réajusta son casque et vint s'agenouiller près de Castiel. Il força sur son visage un sourire mais il était inquiet.
_ J'avais cru remarquer, répondit-il d'un ton qu'il espérait léger. Tout va bien ?
_ Je ne m'attendais pas à tomber sur Balthazar, confia Cas sans presque desserrer les dents.
_ J'avais bien compris ! Moi-même ils m'ont foutu une trouille ces deux crétins quand je suis sorti.
Cela eut au moins le mérite d'arracher un sourire fugace à Castiel.
Dean se redressa pour s'assoir à côté du géologue. La conversation serait peut-être plus aisée s'ils n'avaient pas à se regarder dans les yeux.
_ Alors, débuta-t-il après quelques secondes de silence, ce Balthazar… Un ex ?
Du coin de l'œil, il devina Castiel qui opinait.
_ Un collègue, devenu un ami… mon meilleur ami de l'époque en fait… et qui a voulu pousser les choses un peu plus loin.
_ Et ça c'est mal fini, assurément.
Castiel se leva et s'étira et Dean crut sur le coup qu'il n'allait pas répondre. Puis il fit quelques pas vers le passage où ils travaillaient précédemment. Dean le suivit. Il avait la main sur la pochette contenant le stylo. Castiel paraissait l'avoir complètement oublié.
_ Disons, reprit ce dernier en posant la main sur une stalagmite, que Balthazar était plus agréable en ami qu'en amant. Sa vision d'une bonne soirée c'était de rentrer à la maison avec deux inconnus pour organiser une partie fine. Et après s'étonner que je foute tout le monde à la porte.
Dean pouffa.
_ Sérieux ?
Castiel hocha la tête.
_ Une fois, deux fois, trois fois etc… Il passait son temps à me dire que j'étais trop coincé et que je devais apprendre à m'amuser. Mais je ne voyais pas pourquoi ça aurait été à moi de m'adapter à son style de vie plutôt que l'inverse. Ce n'est pas parce qu'il était le plus bruyant de nous deux qu'il avait forcément raison. Bref, au bout d'un moment j'en ai eu assez et je suis parti.
_ Tu le regrettes ?
_ Non, répondit sans hésitation Castiel. Je regrette peut-être son amitié mais pas le reste. Tu as le stylo Dean ? enchaîna-t-il sans pause.
Pris de court, Dean sortit son stylo et le tendit à Castiel qui avait rouvert son carnet. Le géologue reprit ses notes là où il les avait laissées.
_ De toute façon, j'espère bien ne jamais les revoir, ces deux là, grogna Dean pour qui la conversation avait comme un goût d'inachevé.
_ Qui était l'autre type ? demanda Castiel un peu distraitement.
_ Crowley.
Cela attira l'attention du géologue.
_ Le type dont tout le monde nous dit de nous méfier ?
_ En personne.
_ Et Balthazar travaille avec lui ?
_ Apparemment. Crowley l'appelait son associé.
Castiel pinça les lèvres, la mine toujours aussi contrariée.
_ Ca ne m'étonne pas, lâcha-t-il alors. Si ça peut lui rapporter, ça l'intéresse. Tu sais qu'il lui est arrivé de voler du matériel pour…
Dean posa une main apaisante sur l'épaule de Castiel.
_ Doucement, doucement. De toute façon, on ne le reverra probablement plus. J'ai bien signifié à Crowley que je n'étais pas intéressé.
_ Que t'a-t-il proposé ?
_ Si tu crois que j'ai écouté son baratin de vendeur de voitures ! Je l'ai tout de suite envoyé paître.
Castiel lui sourit tendrement et son visage se détendit.
_ Viens Dean. Allons voir où mène cette galerie.
Il serra brièvement sa main avant de se glisser dans l'ouverture.
« *** »
_ Je n'y crois pas que ce Crowley soit venu jusqu'ici pour te soudoyer, grogna Sam en coupant avec enthousiasme sa pièce de viande.
Depuis qu'ils étaient arrivés en Nouvelle-Zélande, il mangeait de moins en moins sainement, ce qui arrachait à Dean et Gabriel des sourires complices.
_ De toute façon, s'il te harcèle, on lui colle un procès au cul et puis c'est tout, ajouta ce dernier. Nous sommes en train de devenir des pros en matière de législation locale.
Sam approuva avec enthousiasme.
Dean leur sourit. Après avoir passé tant de temps seul et déconnecté de son frère, c'était plaisant, même presque émouvant, de le savoir ainsi à ses côtés.
_ C'est sympa les gars mais toute cette histoire de grotte risque de durer un petit bout de temps. Vous n'allez pas pouvoir rester ici éternellement.
Dean s'était déjà étonné que Sam et Gabriel n'évoquent jamais leur éventuel retour aux Etats-Unis. Avec un boulot comme le leur, pouvoir se libérer aussi longtemps tenait quasiment du miracle.
Dean se crispa quand Sam et Gabriel échangèrent un regard gêné et que son frère se gratta la gorge.
_ Ne t'en fais pas Deano, répondit Gabriel avec un enthousiasme feint complètement évidemment, nous n'allons pas être sur ton dos pendant des années. Juste pendant encore quelques mois si besoin est.
Si le but était de le rassurer, c'était complètement raté. Et le sourire figé de Sam en rajoutait encore une couche.
_ Ok les gars, qu'est-ce qu'il se passe ? demanda-t-il en les dévisageant tour à tour.
Gabriel donna un coup de coude à Sam qui le lui rendit.
_ Mais vas-y toi ! C'est ton frère après tout !
_ Ton frère est là aussi ! répliqua Sam.
Gabriel roula exagérément des yeux. Physiquement Castiel était bien là mais mentalement il était complètement à la ramasse et n'avait pas décroché un mot de tout le repas. D'après Dean, le retour de Balthazar lui pesait plus qu'il n'osait l'avouer. D'ailleurs ils n'en avaient même pas parlé à Sam et Gabriel. Sans compter qu'ils avaient exploré le dernier conduit qu'ils avaient découvert et qu'au bout se trouvait effectivement la cascade qu'ils entendaient depuis le début. Sauf qu'elle était minuscule et que le bruit monstrueux qu'ils avaient perçu n'était que l'amplification de son grondement dans les couloirs de pierre. Dean s'en fichait pas mal. Sa grotte était déjà bien assez cool comme ça. Mais visiblement, Cas s'était attendu à mieux et avait été déçu. Tous ces évènements mis bout à bout avaient plongé le géologue dans une humeur morose.
_ En fait, se lança finalement Sam, on a démissionné.
_ QUOI ? s'écria Dean.
Son frère leva une main.
_ Pas de panique. Gabriel a juste passé l'examen pour devenir juge et a réussi. Mais il ne prendra pas ses fonctions avant plusieurs mois. On s'est donc dit que c'était le bon moment pour se payer un peu de temps libre
_ Whaoh ! s'exclama Dean. Félicitations !
Gabriel prit un air faussement modeste qui ne trompait personne.
_ Oh, ce n'est rien. J'étais déjà une sommité dans le milieu depuis mon bouquin.
Dean leva un sourcil.
_ Quel bouquin ?
_ L'an dernier j'ai sorti un bouquin sur les jurisprudences insolites. Genre un type jeté aux alligators en Louisiane pour avoir torturé nombre d'entre eux ou ce gars enfermé avec un ours pour avoir déclenché des bastons violentes. La plupart datent du siècle dernier mais maintenant… maintenant que je vais avoir le pouvoir…
Il bondit de sa chaise et leva le poing vers le ciel étoilé.
_ … je vais pouvoir les remettre au goût du jour !
Et il éclata de rire en retombant sur son siège.
Dean se frotta le visage.
_ Les pauvres gars n'ont pas la moindre idée de ce qui les attend, maugréa-t-il.
_ Pas la moindre ! s'enthousiasma Gabriel avec un clin d'œil. J'ai des milliers d'idées de peines toutes plus hilarantes les unes que les autres !
Et il gloussa de plus belle.
Dean se tourna alors vers son frère.
_ Tout ça c'est bien joli mais toi, tu vas faire quoi ?
Sam se passa une main dans les cheveux, comme il le faisait toujours lorsqu'il était gêné.
_ Tu sais, quand j'ai commencé le droit, je pensais pouvoir faire le bien, changer les choses…
Dean opina. Son petit frère avait toujours été un idéaliste.
_ Avec les années, j'ai réalisé que je passais la moitié de mon temps à défendre des enflures alors…
Il haussa les épaules.
_ Disons que le feu sacré s'est éteint, conclut-il d'un geste fataliste. Mais ça ne veut pas dire que je n'ai pas de projets ! ajouta-t-il brusquement, coupant court à tout commentaire de Dean.
Ce dernier le fixait d'un air suspicieux.
_ On a déjà pas mal d'économies, expliqua Sam. Et Gabriel va gagner encore plus. Alors on s'est dit que c'était le bon moment pour lancer notre grand rêve.
Dean attendait, toujours en silence, le bruit de ses doigts tapotant impatiemment la table de bois couvrant presque le coassement des grenouilles. Il craignait ce qui arrivait.
_ On va ouvrir un refuge pour chiens ! s'exclama Sam, l'œil brillant et le sourire rayonnant.
Il dévisageait Dean comme s'il attendait son approbation, ses poings serrés tremblant d'excitation maintenant qu'il révélait un secret qu'il l'avait longtemps démangé.
_ On a acheté une grande propriété à quelques kilomètres de San Francisco, reprit Gabriel avec dans les pupilles la même lumière que son amant. Sam recueillera et prendra soin de tous les chiens qu'on nous apportera le temps de leur trouver une nouvelle famille.
_ Il a y beaucoup de travaux pour tout mettre aux normes, mais on a un bon entrepreneur qui s'occupe de ça. Il nous envoie régulièrement des infos sur l'avancée du chantier. Et globalement on devrait pouvoir ouvrir au moment où Gabriel va prendre ses fonctions. On rentrera donc là.
_ Dans trois mois en gros, ajouta Gabriel qui souriait jusqu'aux oreilles.
Sa main se glissa sur celle de Sam et serra ses doigts avec affection.
Dean soupira et se pinça le nez. Ca faisait vraiment tout un tas d'infos à digérer. Et pas que des bonnes. Il se mordit les lèvres avant de répondre.
_ Sam, reprit-il en utilisant sa meilleure voix de grand frère, je sais que ton but est louable et je suis tout à fait pour que les gens poursuivent leur rêve. Mais, sans vouloir jouer les rabat-joies, tu es sûr de toi ?
Sam ouvrit la bouche pour répondre mais Dean ne lui en laissa pas le temps. Il détestait faire ça mais le bien de Sam était plus important pour lui que de passer pour un chic type.
_ Parce que, et je ne le souhaite pas mais on ne sait jamais, qu'est-ce qui se passera si jamais vous vous séparez ? Lui, il pointa Gabriel, aura son super boulot à vie. Mais toi, tu seras le type qui aura quitté une boîte de rêve pour t'occuper de chiens errants. Comment tu trouveras un nouveau job après ça ? Sérieusement, tu risques de te retrouver sans rien.
Sam prit son air le plus butté.
_ De toute façon Dean, c'est trop tard. J'ai déjà démissionné.
_ Et puis il ne restera pas sans rien, ajouta Gabriel en caressant la main de Sam. Il aura la moitié de ce que je possède.
_ Ben voyons, tu seras aussi généreux, grogna Dean.
Même s'il appréciait de plus en plus Gabriel, le bien être de Sam avait tendance à le rendre un peu parano.
Gabriel soupira et se tourna vers son amant.
_ Dis-lui.
_ Non toi dis-lui.
Ils reprirent leur jeu de coups de coude et au final, Sam céda. Gabriel était imbattable quand il s'agissait d'être pénible.
_ On va se marier, annonça-t-il à Dean sans plus de préambule.
_ Que… quoi ? bafouilla celui-ci.
_ On va se marier, répéta Sam comme s'il s'adressait à quelqu'un d'un peu lent. C'est pour ça aussi qu'on est venus en Nouvelle-Zélande. Je voulais te l'annoncer de visu et te demander d'être mon témoin. Mais avec tous les évènements des dernières semaines, on n'avait pas encore eu l'occasion de t'en parler.
_ Je… euh…
Soudain, Dean se retrouvait à court de mots.
_ Félicitations, intervint Castiel qu'ils avaient presque oublié. C'est une magnifique nouvelle.
_ Merci Cas, répondit Sam avec un sourire tendre.
Gabriel se pencha au dessus de la table pour pincer la joue de son frère.
_ Oui merci. Tu veux être mon témoin ?
Castiel cligna des yeux.
_ Tu es sûr ? Tu n'as pas des tas d'amis qui seraient ravis de s'en charger ?
Gabriel fit la moue.
_ J'ai des tas d'amis mais je pense que tu serais un meilleur choix. Et puis comme ça, j'aurai un peu de famille représentée.
_ Tu n'invites pas Michael ou Luci ?
Gabriel pouffa.
_ Ca ne risque pas !
Le silence retomba et tous les regards convergèrent vers Dean qui ne s'était toujours pas exprimé.
Celui-ci se racla la gorge. Puis il força un sourire sur son visage.
_ Eh bien… Félicitations je suppose.
Mais le ton n'y était pas. Alors, il se leva de table et débarrassa les assiettes. C'était beaucoup pour lui en une seule journée. Entre la rencontre avec Crowley, un ex de Castiel et maintenant ça... Dean commençait tout juste à accepter la relation entre Sam et Gabriel alors les imaginer se marier le perturbait vraiment. Mais moins que le fait que Sam abandonne son travail pour quelque chose d'aussi futile qu'un refuge pour chiens. Son petit frère en était presque venu aux mains à plusieurs occasions avec leur père pour aller à l'université et suivre son rêve de devenir avocat. Et Dean avait été le témoin passif de toute cette violence. Maintenant, cela paraissait tellement vain. Sam était sûr de lui mais Dean sentait quand même l'angoisse lui tordre les entrailles.
Il sursauta lorsqu'une main se posa sur son épaule. Il s'attendait à trouver Castiel, désireux de passer un moment en sa compagnie mais c'était Sam qui le dominait de toute sa hauteur.
_ Ca va Dean ? lui demanda-t-il doucement.
Dean reposa l'assiette qu'il était en train de rincer. Il soupira et sourit de son mieux.
_ Ouais ça va. C'est juste que… tu sais… parfois… j'ai encore des… hum… blocages ? proposa-t-il à défaut de mieux.
Son frère hocha la tête.
_ Mais sérieusement Sam, reprit Dean, t'es allé à l'université et maintenant tu veux d'occuper de clebs ?
_ Oui.
_ Tu es sûr ?
_ Oui.
_ Comme sûr et certain ?
Sam pouffa.
_ Oui Dean. Crois-moi, ce n'est pas une décision prise à la légère.
Dean grogna.
_ Et papa ?
_ Quoi papa ?
_ Tu vas lui en parler ?
_ De quoi ?
_ De tout. Le mariage ? Le boulot ?
Sam fit une moue et secoua la tête.
_ J'ai pas envie qu'il débarque en pleine cérémonie pour tout bousiller. Je lui enverrai un faire-part après. Et si jamais ma vie l'intéresse, il pourra toujours m'appeler et là éventuellement je lui parlerai de mon nouveau boulot.
Dean souffla.
_ Je préfère ça.
Sam leva un sourcil.
_ Si je dois être ton témoin, je suppose que je vais devoir être présent. J'ai pas envie de le croiser. Il sait pas du tout où je suis et ça me va très bien.
Sam eut pour Dean un sourire attendri et pendant un instant, ce dernier eut l'impression d'être le petit frère. Et plus encore quand Sam lui ébouriffa les cheveux.
_ T'en fais pas, je préfère t'avoir toi plutôt que lui !
_ Hey ! protesta Dean en tentant se repousser la main géante de son frère.
Cette fois Sam éclata franchement de rire et recula de quelques pas quand Dean chercha à l'éclabousser avec sa vieille éponge. Il répliqua d'un doigt bien haut et reprit le chemin de la cabane non sans lui souhaiter une bonne nuit.
_ Sam ! l'interpela Dean. Laisse-moi la nuit, le temps que tout ça décante et… Je sais que demain, je serai super content pour toi. Pour vous deux.
Sam répondit d'un grand sourire et d'un petit geste de la main.
« *** »
Lorsque Dean rentra dans la cabane, tout le monde était déjà couché. Ils avaient dîné plus tard qu'habituellement. Dean avait passé un long moment à expliquer leur journée à Sam et Gabriel qui n'avaient cessé de pester contre l'audace de Crowley. Heureusement qu'il avait mis de côté la présence de Balthazar pour ne pas embarrasser Castiel. Si le géologue voulait évoquer ce point, c'était à lui de le faire, pas à Dean. Cas n'avait rien dit.
Ils avaient aussi une grosse journée demain. Sam et Gabriel devaient se rendre à l'office du tourisme de bonne heure pour y évoquer le Trou de Dean avec la responsable locale. Pendant ce temps, Dean avait prévu de faire imprimer des tracts conçus par Sam qu'il déposerait dans les hôtels du coin. Quant à Castiel, il devait accueillir un couple de touristes qu'Ellen leur envoyait. Il était logique que tous soient allés au lit relativement tôt.
Dean se glissa le plus discrètement possible jusqu'à sa chambre. Mais au moment où il allait y pénétrer, il remarqua la lumière encore allumée sous la porte de Castiel. Son cœur se pinça. Lorsqu'ils étaient tous deux retournés dans la grotte après l'incident, le géologue s'était plongé dans le travail et Dean n'avait rien remarqué d'étrange. Castiel n'était après tout pas un grand causeur. Mais dès leur retour à la cabane, il avait été évident pour Dean que le moral n'était pas au beau fixe. Alors, il frappa doucement à la chambre de Castiel.
_ Oui ? fit la voix rauque du géologue.
_ C'est moi, répondit Dean en entrouvrant la porte.
Castiel était assis sur son lit, son carnet de notes sur les genoux et le stylo de Dean à la main, comme s'il était encore en train de travailler. Il portait le vieux t-shirt des Ramones que Dean lui avait prêté après leur nuit ensemble et il paraissait dormir avec tous les soirs. Cela flattait Dean et si Castiel voulait le garder, il lui en faisait cadeau avec plaisir.
_ Tout va bien ? demanda-t-il en s'installant près de lui avec précaution.
Le lit de camp grinça mais ne bougea pas.
Castiel opina et sourit à Dean.
_ Oui, oui, ça va.
_ Tu es sûr ? Tu m'as paru préoccupé ce soir.
_ Un peu. Mais ce n'est rien de grave.
Dean hésita. Devait-il pousser la discussion ou pas ? Autant il voulait aider le géologue à surmonter son coup de blues, autant il ne voulait pas non plus se montrer indélicat ou trop pressant.
Sa grande bouche prit cette décision pour lui et s'ouvrit sans qu'il n'y réfléchisse.
_ C'est à cause de Balthazar ?
_ En partie, admit Castiel mais sans se brusquer.
_ De mauvais souvenirs qui remontent ?
Le géologue posa sur lui un regard surpris.
_ N… non, hésita-t-il comme s'il ne comprenait pas ce dont Dean voulait parler.
_ Tu semblais… pas vraiment heureux de le revoir, appuya ce dernier.
Castiel soupira.
_ Sur le coup j'ai été surpris car il était vraiment la dernière personne à laquelle je m'attendais. Et puis furieux. Car ce projet c'est le mien… le nôtre… et je le connais assez bien pour savoir qu'une découverte comme celle-ci, il va vouloir y associer son nom. Alors oui, j'ai peut-être été un peu brusque avec lui. Pour mieux m'en débarrasser. Mais vu son attitude globale, je n'ai pas eu à me forcer.
Dean sourit.
_ Donc pas de vieilles peines de cœur qui ressurgissent ?
Castiel roula des yeux.
_ Non. Absolument pas. C'était il y a longtemps et je suis passé à autre chose depuis. A bien mieux d'ailleurs.
Il se pencha vers Dean pour effleurer ses lèvres.
_ C'est moi qui ai fait le choix de partir, ajouta Castiel. Je n'en ai aucun regret. Je pense qu'il en a été bien plus traumatisé que moi.
Dean pouffa, postillonnant au visage de Castiel qui recula brusquement.
_ Pardon ! gloussa-t-il en s'essuyant la bouche. Mais effectivement, il paraissait vraiment rancunier. Et du coup, qu'est-ce qui te chiffonnait ?
_ La cascade, grogna Castiel. Je suis sûr qu'il y a autre chose. Un bruit pareil… même avec l'écho…
Il paraissait soudain perdu dans ses réflexions.
_ Et c'est quoi le rapport avec Balthazar ? interrogea Dean.
Castiel soupira et se passa une main sur le visage. Il paraissait soudain fatigué.
_ Je pense qu'on peut remonter la rivière, avec la préparation adéquate et une exploration de plusieurs jours. Et je suis vraiment tenté. Mais je ne peux pas le faire seul.
Dean ouvrit la bouche mais Castiel le fit taire d'un geste de la main.
_ Je sais que tu veux aider mais tu es encore un débutant Dean. Et même si tu apprends vite, tu n'as pas le niveau, sans vouloir être vexant.
Dean opina. Même s'il était désormais à l'aise dans la partie de la grotte qu'il connaissait bien, il savait qu'il était loin de Castiel. Il était incapable d'évaluer le danger ou la trajectoire adéquate. Et sa connaissance du matériel et des techniques d'exploration était limitée. Vouloir accompagner le géologue reviendrait à les mettre en danger tous les deux.
_ Et donc tu pensais à Balthazar, conclut-il.
_ Oui, admit Castiel. Je suis en conflit. Il est très compétant et avec lui je pense pouvoir réussir. Mais comme je viens de te le dire, je n'ai vraiment pas envie de l'avoir sur le projet. C'est le genre de type qui veut se mettre en avant constamment. Alors que ton trou, Dean, je le vois comme un aboutissement personnel que je ne veux pas partager.
Dean roula des yeux.
_ Désolé, souffla Castiel. Ca m'a échappé. Mais c'était vrai dans tous les sens du terme.
Dean fit une petite moue pour dissimuler un sourire et il haussa les épaules.
_ Et tu ne peux pas trouver un autre collègue ?
Castiel grimaça.
_ Il me faut quelqu'un d'expérimenté, de disponible, volontaire pour venir jusqu'en Nouvelle-Zélande et travailler sans certitude de retour économique ? Nous ne sommes pas tous des altruistes simplement motivés par la science, Dean.
_ Hum… fit celui-ci en croisant les bras. Je vois le problème.
Castiel posa son cahier au sol et se passa les doigts dans les cheveux, les décoiffant involontairement.
_ Je crois que je vais juste remettre cette partie de l'exploration à plus tard en attendant qu'une meilleure idée se présente à moi.
Dean acquiesça. Cela semblait plus raisonnable. Il posa sa main sur l'épaule de Castiel. Elle était chaude. Et le t-shirt d'emprunt en moulait la forme avec perfection. Dean se pencha et embrassa Castiel dans le cou. Ils avaient si peu de temps pour eux…
_ En parlant de meilleure idée, murmura-t-il à son oreille, que dirais-tu de dormir dans ma chambre ?
Castiel tourna la tête pour le regarder longuement.
_ Je croyais que la présence de Sam et Gabriel te bloquait… répondit-il finalement, les sourcils froncés.
Dean eut un sourire penaud.
_ Je ne parlais que de dormir ! contra-t-il.
Castiel hocha la tête.
_ Ok. Ca me va.
« *** »
Ils ne firent pas que dormir. Enlacés l'un à l'autre, Dean ne put s'empêcher de chercher les lèvres de Castiel. D'abord timidement puis plus franchement. Leurs langues se caressèrent et bientôt leurs mains firent de même, glissant sous les t-shirts puis dans les caleçons. Quand Castiel le saisit, Dean hoqueta. Puis il se força à rendre la pareille. Il avait déjà fait ça des centaines de fois sur lui-même, ça ne devait pas être beaucoup plus compliqué sur un autre.
Leurs gestes se firent brouillons et frénétiques et au moment de l'orgasme, Dean se mordit les lèvres pour étouffer un gémissement. Il sentit Castiel se répandre sur ses doigts puis ils restèrent de longues secondes, leurs souffles mêlées, à juste profiter du moment.
Dean bougea le premier, se penchant par-dessus le bord du lit pour attraper sa boîte de mouchoirs.
_ Pas mal pour un débutant, murmura Castiel contre sa peau alors que Dean se glissait dans ses bras.
_ J'ai un bon modèle, répondit celui-ci en fermant les yeux au contact de son corps chaud. D'ailleurs, fais-moi penser à remercier Balthazar. Apparemment il est à l'origine de ton talent.
Castiel lui pinça le côté.
_ Il exagère beaucoup, comme toujours, grogna-t-il. Je suis naturellement doué.
Dean s'endormit le sourire aux lèvres.
(à suivre…)
