Coucou les gens! Désolée, désolée, désolée du retard de publication. J'ai eu comme qui dirait une petite panne d'écriture en novembre et en décembre je bosse tellement que je ne sais même plus écrire mon nom donc... mais me revoilà avec la suite! J'espère qu'il y a encore du monde ici pour la lire Oo; En tout cas merci à tous ceux qui prendront la peine d'y jeter un coup d'oeil!
"***"
Dans les premières minutes de la descente, Dean resta à bonne distance de Balthazar. Il voyait le faisceau de sa torche frontale à quelques dizaines de mètres devant lui mais sinon, il n'était qu'une silhouette dont Dean ne souhaitait pas s'approcher.
Cependant, lorsqu'ils atteignirent la fente menant à la grande salle et que Castiel stoppa pour expliquer à l'autre géologue la suite des opérations, Dean n'eut pas d'autre choix que de les rejoindre. Traîner des pieds à l'arrière aurait été puéril et il ne voulait pas gâcher une exploration qui était importante pour Cas.
Balthazar posa la main sur la pierre comme pour en tester le grain. Puis il passa la tête dans l'ouverture et Dean l'entendit renifler de façon méprisante. Il serra les poings, sentant venir la remarque désagréable.
_ Je ne pensais pas que ton trou serait aussi étroit, Dan. Ca va être un sacré chantier pour que tout le monde puisse y passer. J'espère que tu as quelques économies.
Dean grommela une réponse incompréhensible. Il n'avait pas de bonne réplique à cela. Après tout, les finances étaient son point faible.
_ Sans compter, reprit Balthazar en se tournant vers Castiel, qu'une des strates me parait très calcaire. Ce n'est pas très solide tout cela. Il va falloir se méfier en cas de travaux.
Le géologue opina.
_ C'est ce que j'avais aussi remarqué. J'espérais trouver une seconde entrée mais pour le moment toutes mes pistes se sont révélées vaines.
_ Attends, intervint Dean. Tu veux dire qu'il y a des risques d'éboulements ?
Castiel posa sur lui un regard serein.
_ Rassure-toi. Pas dans l'immédiat Dean. Cette structure n'a pas bougé depuis des milliers d'années et ce ne sont pas nos quelques allées et venues qui vont la déranger. Là où il faudra se méfier, c'est quand nous acheminerons sur place des engins de chantier. Mais il n'y aura pas de problème si nous avons affaire à de vrais professionnels.
_ Voilà ! approuva Balthazar. De vrais professionnels. C'est ce qu'il faut sur ce type de mission. Pas des… amateurs.
Il cracha le dernier mot avec animosité et un regard appuyé sur Dean.
_ Balthazar, arrête ! le rabroua Castiel avant que Dean n'ait pu se défendre. Dean est tout à fait apte à nous accompagner.
Balthazar haussa les épaules.
_ Si tu le dis… J'espère juste que tu n'es pas aveuglé par l'amour.
Il répondit avec tant d'aigreur que Dean en sentit presque le goût sur sa langue. Puis Balthazar se glissa dans l'ouverture, volant le commandement à Castiel.
Ce dernier se tourna vers Dean.
_ Je suis désolé du comportement de Balthazar. Il peut être vraiment horripilant. Mais il n'est pas plus dangereux qu'un chaton. Après deux ou trois remarques, il se calmera, crois-moi.
_ T'en fais pas, répondit Dean en se donnant un air nonchalant qu'il ne ressentait pas. Je peux gérer. Et puis tu as besoin de lui pour la suite des évènements donc…
Il fit une petite moue à laquelle Castiel répliqua d'un sourire tendre.
_ Merci Dean, fit-il en plongeant dans ses yeux son regard si bleu.
Et l'espace d'un instant, Dean oublia qu'il était plusieurs mètres sous terre avec les pieds dans la boue.
Ce n'est que plusieurs secondes après qu'il réalisa qu'il n'entendait plus rien, là où les bruits de bottes de Balthazar faisaient écho à peine un instant auparavant. Il détourna la tête à contrecœur.
_ Nous ferions mieux d'y aller avant que cet idiot ne se perde.
_ Il ne se perdra pas. C'est l'homme le plus efficace en profondeur que j'ai connu. Il est meilleur que moi.
Dean n'en crut pas un mot et mit cela sur la modestie naturelle de Castiel. Mais ce n'était ni le temps ni le moment d'en débattre.
_ Alors allons-y avant qu'il ne nous sème.
Castiel s'engagea dans la fente, Dean sur les talons.
Ils retrouvèrent Balthazar de l'autre côté, les mains sur les hanches et tournant sur lui-même comme pour évaluer la taille de la salle dans laquelle il se trouvait.
_ C'est bizarre, ça fait au moins dix secondes que je n'ai entendu aucune remarque sarcastique, railla Dean en bombant le torse de fierté devant l'expression du géologue.
Même si ce dernier avait dû voir les photos d'Ellen sur internet, il n'avait probablement pas réalisé à quel point la forêt de stalactites et de stalagmites était vaste. Et même s'il tentait de dissimuler au mieux ses expressions faciales, il ne faisait aucun doute que Balthazar était impressionné parce qu'il découvrait dans le faisceau de sa torche.
_ C'est pas mal, finit-il par admettre, les dents serrées.
_ Pas mal ? répliqua Castiel en levant un sourcil. As-tu la moindre idée des dimensions de cet endroit ?
_ J'avoue que j'ai du mal à évaluer. Mais à ton ton, j'imagine que c'est gigantesque.
Castiel hocha la tête et ouvrit son sac pour en tirer un paquet de feuilles.
_ Ce ne sont que les prises de notes initiales. J'ai des versions propres en surface que je te montrerai si ça t'intéresse mais en attendant…
Ils se tinrent côte à côte, le temps pour Castiel d'expliquer à Balthazar l'étendue de ses découvertes. Isolé derrière eux, Dean ne manqua pas de remarquer que Balthazar se penchait de plus en plus contre l'épaule de Castiel, hochant la tête comme si de rien n'était mais en profitant pour grignoter son espace personnel millimètre par millimètre. Cela ne parut pas troubler le géologue, tout à ses explications, mais Dean sentit ses poings se serrer et sa mâchoire se crisper.
Il détourna la tête, cherchant à calmer sa respiration. Ils n'en étaient qu'au tout début de l'exploration, ce n'était pas le moment de faire une crise de jalousie. Il n'était pas puéril à ce point. Et il avait entièrement confiance en Castiel. Pourtant, il ne pouvait s'empêcher de se sentir exclu de leur discussion, surtout lorsqu'elle commença à s'éterniser.
Il tenta de se joindre à eux mais les fragments de conversation qu'il saisissait étaient trop techniques pour qu'il comprenne quoique ce soit. Ils étaient passé en mode professionnel et lui se trouvait à la traine.
A la longue, il finit par abandonner et s'assit sur une roche en attendant que Castiel ait terminé de présenter sa pile de paperasseries à son collègue. N'empêche que ce dernier avait presque sa tête contre celle de Castiel. Dean s'attendait à tout moment à le voir tenter une main aux fesses. C'était bien le genre du personnage ! Du coup, il se sentait obliger de surveiller l'arrière train de Castiel, juste comme ça, pour s'assurer qu'il allait bien et que rien n'allait se passer. Et puis, ça faisait passer le temps plus vite.
Finalement, Castiel termina sa présentation et réalisa à quel point Balthazar était proche de lui. Il fronça les sourcils et recula d'un pas mais ne commenta pas. Il rangea juste ses notes à leur place d'origine.
Balthazar ne parut pas s'offenser de sa réaction et l'air toujours aussi nonchalant, il se tourna vers Dean.
_ Désolé Dan, on t'a un peu ignoré mais… oh ! OH !
_ Qu'est-ce qu'il se passe ? s'alarma Castiel.
_ Regarde ! Regarde ! s'écria Balthazar en tendant un doigt vers Dean.
Ce dernier se figea, se demandant s'il n'avait pas une mygale sur l'épaule. Ce qui était complètement idiot puisqu'il n'y avait pas de mygale en Nouvelle-Zélande. Il pencha alors pour un serpent, un crocodile, une créature mutante de The Descent. Dans le doute, il resta immobile, espérant que Castiel ou même Balthazar viennent le sauver.
_ Je ne vois rien… murmura Castiel en plissant des yeux.
_ Mais si ! Regarde ton mec ! Il a une énorme stalagmite d'au moins trente centimètres de largeur dans les fesses ! J'en suis vraiment impressionné Dan !
Dean soupira et se leva.
_ C'est une pierre plate, crétin, grommela-t-il en comprenant enfin où Balthazar voulait en venir.
Il était vrai qu'au milieu de toutes ces pointes, les roches plates étaient rares mais pas inexistantes. Ce que Balthazar avait forcément dû remarquer à son arrivée. Ce dernier prit un air faussement confus.
_ Oh, pardon. J'ai vraiment cru… Je pensais enfin avoir compris la raison pour laquelle Castiel te trouve aussi extraordinaire et pense nécessaire d'ouvrir ton trou à tous.
_ Ah ah. On ne me l'avait jamais faite celle-là, gronda Dean qui avait de plus en plus de mal à garder son calme.
_ Ca suffit Balthazar, intervint Castiel en se plaçant entre les deux hommes.
Il avait probablement remarqué la tension sur les traits de Dean.
_ Oh Cassie, tu ne peux pas m'en vouloir. Je tente de voir ton homme sous son meilleur jour mais il ne m'aide pas. Dès que je lui découvre une qualité, je n'ai que déception. Mais avoue toi aussi qu'il paraissait bien assis sur une stalagm…
_ Ca ne m'a même jamais effleuré l'esprit.
_ Tu mens ! le taquina Balthazar avec un sourire en coin.
Castiel se renfrogna et pencha la tête de côté comme s'il ne comprenait rien à l'humour de son ex-amant.
_ Pourquoi mentirais-je ?
_ Allons, ça ne t'a pas rappelé sous la couette quand tu le…
Il stoppa en voyant Castiel baisser la tête. Alors il dévisagea Dean qui lui aussi avait détourné le regard. Il les scruta tour à tour.
_ Ne me dites pas que vous n'avez jamais...
_ On a ! Mais pas tout… se défendit Dean.
Il savait qu'il n'avait pas à se justifier auprès de Balthazar mais il n'avait pas pu s'en empêcher. Il ne voulait pas que celui-ci croit que sa relation avec Castiel n'était pas réelle.
_ Ca ne te regarde en rien Balthazar, le recadra ce dernier, beaucoup plus posé que Dean.
Balthazar éclata de rire. Il passa un bras autour des épaules de Castiel et l'autre autour de celles de Dean.
_ Comme c'est mignon. Et vous attendez quoi ? Vous vous réservez pour le mariage ? Vous… prenez votre temps ?
Il avait opté pour un ton narquois qui hérissa les poils de Dean. Celui-ci se dégagea brusquement de son emprise.
_ Comme Castiel l'a dit, ça ne te regarde pas !
Balthazar gloussa de nouveau mais relâcha à son tour l'autre géologue.
_ Ok, je n'insiste pas, mes petits anges chastes. Et je suis de tout cœur avec vous, ajouta-t-il en posant une main sur sa poitrine.
Puis il se pencha au dessus de Castiel.
_ Mais si jamais tu t'ennuies, lui susurra-t-il à l'oreille assez fort pour que Dean entende, tu sais où me trouver.
_ Je suis déjà passé par là Balthazar et je trouve la chasteté plus engageante, merci.
Et sans un regard en arrière, Castiel reprit sa marche au milieu des roches. Balthazar n'hésita que quelques secondes avant de lui emboîter le pas mais il ne pipa plus un mot pendant de longues minutes pour le plus grand bonheur de Dean dont un large sourire fendait le visage pour la première fois depuis le début de l'exploration.
Ils évoluèrent en file indienne au milieu des colonnes de pierre, Castiel s'arrêtant de temps à autre pour désigner à Balthazar des points géologiques qu'il trouvait inédits ou intéressants. Balthazar ne conversa plus avec lui que professionnellement, au grand soulagement de Dean.
Puis il les guida jusqu'au boyau menant à la rivière souterraine. Balthazar s'agenouilla pour observer le passage.
_ Vous êtes déjà descendus par là il semblerait, constata-t-il en jouant avec la corde qu'ils avaient laissé fixée.
_ De nombreuses fois, confirma Castiel. Mais il faut absolument que tu vois ce qui se trouve au bout de cette galerie.
_ De l'eau si j'en juge par le bruit.
_ Une rivière.
Balthazar se passa une main sur le visage.
_ Me dis pas qu'il y a ces saloperies de vers luisants ici aussi, grogna-t-il.
Castiel et Dean échangèrent un regard hésitant.
_ Hum… si, finit par répondre Castiel.
Balthazar se redressa brusquement.
_ Ah non ! J'en ai ma claque des vers !
_ Tu… tu n'aimes pas ? hésita Dean.
_ Oh si ! La première fois que je les ai vus, j'ai trouvé ça très joli. La deuxième fois aussi. Et puis la troisième. Mais Crowley m'a fait faire des audits de toutes les grottes qu'il gère. TOUTES. LES. PUTAINS. DE. GROTTES ! J'en ai vu des vers. Encore et encore et encore et encore et encore et encore.
Il roula théâtralement des yeux.
_ Alors s'il n'y a rien d'autre que des vers par là, reprit-il, tu peux te les fourrer là où Cas n'est pas encore allé car il est hors de question que je me retrouve une fois de plus la tronche dans leurs filaments gluants en voulant analyser un mur. Je suis géologue moi, pas biologiste ! L'organique, j'en ai rien à battre. Montre-moi des cailloux, nom de nom !
_ On… on va peut-être zapper les vers, fit Dean avec précaution en se tournant vers Castiel.
Ce dernier opina et s'avança vers Balthazar.
_ Balthazar, il y a quelque chose dont je voulais te parler.
Celui-ci soupira.
_ Laisse-moi deviner. Il y a une zone que tu aimerais explorer mais tu ne peux pas le faire seul, du coup tu espères m'amadouer suffisamment pour que je t'accompagne tout en faisant porter trois tonnes de matériel à Dan, pensant par là même être discret. J'ai bon ?
_ Quelque chose du genre oui, admit Castiel après quelques secondes de silence, sa voix plus rauque encore qu'habituellement.
Balthazar croisa les bras sur sa poitrine et dévisagea tour à tour Dean et Castiel.
_ Et qu'est-ce que j'y gagne moi ? A part trois jours dans le noir, en compagnie… hostile… fit-il en désignant Dean d'un vague geste de la main, et le risque de me faire saquer par mon patron ?
_ Tu méprises ce type ! s'écria Dean. Ca se voit comme le nez au milieu de la figure !
Balthazar eut une petite moue.
_ Sache mon très cher Dan que c'est là une affirmation peu impressionnante. Je méprise tout le monde. N'empêche que je suis bien content d'empocher son chèque à la fin du mois.
_ Vendu, grommela Dean.
Balthazar ne parut pas mal le prendre. Son sourire était même rayonnant, comme s'il était très fier de l'orientation qu'avait prise sa carrière.
_ Et oui que veux-tu ? J'ai des goûts de luxe et la recherche paie vraiment très mal. Mon petit arrangement avec Crowley n'a donc pas que des désavantages. Et vous, que me proposez-vous ? D'après les bruits qui courent je sais que tu es complètement fauché et je connais Cas. Pour lui, l'argent n'a pas de valeur. Il est au service de « La Science ».
Il conclut sa tirade d'un petit gloussement moqueur.
Dean regarda Castiel. Il ne savait que répondre à Balthazar. Après tout c'était le géologue que le connaissait le mieux, c'était lui qui parviendrait peut-être à le convaincre.
_ J'espérais que l'idée d'être le premier homme à explorer la grotte jusqu'au bout serait une motivation suffisante.
_ Oh ! Tu me réservais le fond du Trou de Dan rien que pour moi ! Je suis flatté, Cas, vraiment.
Il battit exagérément des cils.
_ Mais soyons sérieux deux minutes, reprit-il. Concrètement, pourquoi je vous suivrais au milieu de je ne sais où ?
_ On pourrait donner ton nom à la galerie, genre le Boyau Gluant de Balthazar, lança Dean.
_ Dean, tu n'aides vraiment pas, le sermonna Castiel.
Celui-ci haussa les épaules mais aucun regret ne se lisait sur son visage. Cependant il décida de rester désormais en retrait. Il ne voulait pas faire foirer le plan de Cas, tout ça parce qu'il avait une antipathie partagée en l'encontre de Balthazar.
_ Je sais que tu es un vrai passionné de géologie, reprit Castiel en se tournant vers son ex-amant.
_ Je suis aussi un passionné de vêtements de luxe et de bons vins, répliqua ce dernier. Pour autant je ne te vois pas m'offrir une veste Cardin et un verre de Bâtard-Montrachet. Seulement de la caillasse et des larves poisseuses.
Castiel ne se laissa pas déstabiliser.
_ Cet endroit est une découverte majeure. Le genre de grottes qu'on rêve tous de trouver un jour. L'occasion d'une vie Balthazar !
Celui-ci renifla.
_ L'occasion de ta vie, je te l'ai donnée Castiel et tu as préféré me larguer. Et maintenant tu espères quoi ? Qu'en souvenir de notre passé je vais t'aider à rendre riche et célèbre ton nouveau petit copain ? Tu rêves mon grand. Si je t'aide, ça ne sera qu'en échange de monnaie sonnante et trébuchante.
Castiel soupira bruyamment, les mains sur les hanches, la mâchoire crispée et les yeux au plafond. Dean ne l'avait jamais vu aussi agacé. Visiblement, il n'avait pas prévu que Balthazar remette leur rupture sur le tapis.
_ Grandis un peu Balthazar, répliqua-t-il en contrôlant difficilement son ton sec. Tu m'en veux pour quelque chose que tu aurais dû voir venir de loin et dont tu es en grande partie responsable. Tu n'as pas à… bouder ! Ou à gâcher une chance formidable pour nous trois, tout ça parce que les choses se sont mal terminées entre nous.
_ Non mais tu croyais quoi Cas ? Que j'allais te dire oui, la bouche en cœur et le…
Dean détourna le regard. La discussion prenait des allures de scène de ménage et ça le mettait vraiment mal à l'aise. Pas qu'il craignait que Cas et Balthazar terminent leur rixe par un baiser enflammé, non, mais il n'avais aucune envie d'en savoir plus sur leur vie d'avant, leur relation ou leur intimité. Et surtout, il ne voulait pas plus que Castiel que Balthazar remonte sans les avoir aidés. Si sur le coup il avait détesté l'idée d'une expédition à trois, maintenant qu'ils y étaient, il aurait été dommage de gâcher une telle opportunité.
_ Et si je te payais ? intervint Dean d'une voix puissante qui résonna sur les murs de roche plus fort encore de la dispute de l'ancien couple.
_ Dean… grogna Castiel en roulant des yeux comme s'il venait d'entendre la pire idiotie de son existence.
Balthazar, quant à lui, pouffa sans retenue.
_ Dean ! Dean ! Dean ! Ou est-ce Dan ? Don ? Bref mon cher D, tu n'as pas un sou. C'est quelque chose dont Crowley aime se gausser lorsqu'il prépare des plans de financement pour ton projet. J'ai moi-même vu le rapport de Cas l'autre matin et je doute que tu puisses réunir une somme pareille. Alors me payer… Sans compter que je ne suis pas bradé !
_ Sauf ta vertu… grommela Castiel, éclairant le visage de Dean d'un sourire en coin.
_ J'ai entendu ! s'offusqua Balthazar. Et excuse-moi mais au lit tu n'es pas exactement Père La Morale. Par exemple quand tu me…
_ J'admets, je n'ai pas d'argent pour le moment, l'interrompit de nouveau Dean avant d'entendre ce que Cas pouvait bien faire au lit à Balthazar. Mais si ce projet marche, j'aurai largement de quoi payer ce que tu demanderas.
_ Avec des si…
_ Lorsque le grand public viendra…
_ Mais pour que le grand public vienne, il faut des infrastructures, s'emporta Balthazar. Et pour construire des infrastructures, il te faut de l'argent… Que tu n'as pas ! On en revient toujours au même point mon pauvre Dean.
Il se tourna ensuite vers Castiel, la mine pincée.
_ Franchement Cas, tu me déçois. Il est très joli d'accord mais ce n'est vraiment pas une flèche.
_ Et pourquoi tu n'investirais pas ! s'exclama Dean, les poings serrés et la pose agressive, ses yeux ne quittant pas le visage de Balthazar.
Ce dernier leva un sourcil.
_ Pardon ? demanda-t-il, comme s'il avait mal entendu.
_ Pourquoi tu n'investirais pas ? Dans mon projet ?
Balthazar resta silencieux, comme s'il attendait que Dean développe son idée.
_ Tu as de l'argent, poursuivit ce dernier. Je suis certain que tu as de l'argent. Tu es malin et tu sais comment en gagner facilement. Tu aimes bien vivre et tu ne prendrais pas le risque d'être à la rue du jour au lendemain. Donc tu as des économies.
_ Continue, l'encouragea Balthazar d'une voix neutre.
_ Si la grotte est aussi exceptionnelle que Cas semble le penser, on peut attirer un monde fou avec un plan marketing bien ficelé. Tu m'aides à financer les travaux et une partie des bénéfices seront pour toi. Même pas besoin de te salir les mains. Avec mon frère, on s'occupera de la gestion. Cas sera responsable de tout l'aspect technique. Toi, tu n'auras plus qu'à empocher ta part en fin de mois. Et surtout…
Balthazar n'ouvrit pas la bouche mais il avait la tête penchée de côté, comme si l'enthousiasme soudain de Dean avait finalement capté son attention.
_ … surtout, fit Dean les yeux brillants et le sourire complice, tu grilles au poteau Crowley sur le coup du siècle.
Cela arracha un petit rire au géologue.
_ Bon argument, bon argument, admit-il. Mais explique-moi. Lorsque tu dis que je n'aurai même pas besoin de me salir les mains, ça signifie que tu ne veux pas que je fourre mon nez dans tes affaires ? Tu n'en veux qu'à mon porte-monnaie ?
Dean haussa les épaules.
_ Exactement.
_ Hum… fit Balthazar sans expliquer davantage le fond de sa pensée.
Dean chercha Castiel du regard. Ce dernier l'observait, les sourcils froncés, comme s'il n'avait pas vraiment compris ce qu'il venait de se passer. Dean non plus à vrai dire. Il avait plus qu'improvisé sur le moment, espérant s'attirer les bonnes grâces de Balthazar. Ce n'était qu'au fur et à mesure de son argumentaire qu'il avait entrevu une vraie possibilité.
_ Et c'est reparti ! se plaignit celui-ci. Quand vous aurez fini de vous dévisager à vous en fouler le nerf optique, on pourra peut-être continuer. Si je dois lâcher une partie de mes économies, j'aimerais autant m'assurer avant que je n'investis pas dans un trou à rats.
Il fit un petit geste de la main pour indiquer à Castiel de lui ouvrir la voie.
« *** »
Dean ne savait plus depuis combien de temps ils étaient descendus. Juste qu'il avait faim, un peu froid, que ses membres le tiraillaient et qu'il avait très envie de soulager sa vessie. Il jeta un coup d'œil anxieux à Cas et Balthazar. Les deux hommes avaient les traits tirés mais ils ne paraissaient pas en aussi mauvais état que lui. Leurs yeux brillaient d'excitation à chaque fois qu'ils découvraient une nouvelle salle au détour de la rivière.
Pour Dean, elles étaient toutes les mêmes, sombres et humides, mais les deux géologues poussaient de grands « ohhhh » ou « aaaaahhh » enthousiastes lorsqu'ils tâtaient le sol, grattaient la pierre ou analysaient un mur. Ils se posaient les mains sur l'épaule et tendaient le doigt vers une paroi, débitant tout un charabia auquel Dean ne comprenait rien pour décrire trois nervures par-ci ou deux stries par-là.
Il se passa une main sur le visage et grogna. Il était couvert de boue.
Il fallait dire que comme l'avait prédit Castiel, la remontée du cours d'eau n'avait pas été de tout repos. Les pierres étaient glissantes et les passages étroits. Parfois, ils avaient dû tendre des cordes entre les deux rives pour traverser et Dean avait découvert qu'il n'avait rien d'un funambule. Plusieurs fois il avait glissé. Il avait serré la corde supérieure si fort qu'il s'était arraché la peau et avait finalement accepté la paire de gants que Balthazar, bien plus à l'aise que lui, lui avait tendu. Il en avait eu, à une époque, mais il n'avait jamais eu besoin de les porter lors des explorations précédentes, si bien qu'il avait fini par ne plus les emmener.
Ce qu'il ne regrettait pas d'avoir en revanche, c'était les bottes que Castiel lui avait offertes. Malgré tous ses efforts, il avait terminé avec le pied dans l'eau à diverses reprises mais ses orteils étaient toujours étonnement secs.
Il avait aussi dû ramper dans des cavités pour contourner un bras de rivière inondé, se hisser sur des promontoires parce que Balthazar estimait que c'était là le passage le plus sûr ou encore se glisser dans des passages plus exigus encore que celui à l'entrée de la grotte. Il en était sorti à bout de souffle, se demandant vraiment pourquoi il avait accepté de venir.
Balthazar avait éclaté de rire en le voyant.
_ On n'a pas l'habitude des fentes étroites, Dean ? avait-il gloussé en lui tapotant le dos. Cas aurait dû te donner quelques cours à ce sujet !
Il avait ponctué sa réplique d'un coup d'œil appuyé à son ex-amant qui s'était contenté de hausser les épaules puis qui s'était avancé vers Dean en souriant.
_ Tu te débrouilles très bien, Dean, avait-il ajouté de sa voix rauque.
Et Dean s'était senti magiquement remis d'aplomb, avec la force et le courage de continuer ainsi pendant des kilomètres.
Du moins, c'est ce qu'il avait cru sur le coup. Maintenant, il était beaucoup moins sûr de lui.
Il leva la tête. Ici aussi, il y avait des vers qui luisaient au plafond, leur lumière azurée éclairant les parois abruptes d'une teinte dont Dean ne se lassait pas. Il réalisa que le bleu était probablement désormais sa couleur favorite. Il se demanda comment les petites larves étaient arrivées jusque là, au fin fond des entrailles de la Terre. Sûrement avec moins de difficultés que lui.
Il soupira. A quelques pas, Balthazar et Castiel étaient encore en grande discussion. Ils paraissaient même en désaccord.
Dean sursauta quand Balthazar se tourna d'un coup vers lui.
_ Alors Dean, on se sent au fond du trou ? demanda-t-il tout sourire. Pour une fois, oserais-je dire, marmonna-t-il ensuite.
_ Qu… Quoi ? fit Dean un peu largué.
Au moins Balthazar ne se trompait plus sur son nom depuis leur conversation sur un possible investissement. C'était déjà ça de pris.
_ Castiel pense que tu es fatigué et veux que nous fassions une pause. Moi, j'estime qu'un gars jeune et costaud comme toi est plein de jus et d'endurance et que tu peux tenir la distance jusqu'au bout. Ai-je raison ?
_ Arrête Balthazar, s'emporta Castiel. Ca fait des heures que nous avançons. Toi et moi tout comme Dean avons besoin de manger et de dormir un peu. Arrête de vouloir nous faire croire que tu es un surhomme.
_ Surhomme peut-être pas, répliqua Balthazar avec un air narquois en passant derrière Cas, les mains enserrant ses épaules, mais sur mon homme… ajouta-t-il en se penchant à son oreille.
Castiel fit un mouvement brusque. Leurs casques s'entrechoquèrent et Balthazar recula prestement.
_ Je plaisantais, je plaisantais ! s'amusa ce dernier en levant les mains en signe de reddition face aux mines furieuses de ses compagnons d'expédition.
Dean avait senti ses poings se serrer sans même qu'il y réfléchisse.
_ Bon, puisque vous avez tous les deux des sales têtes, reprit Balthazar pour changer de conversation, j'accepte qu'on se pose un peu ici pour reprendre des forces. Après tout, on a un peu de place et il ne fait pas plus humide qu'ailleurs.
Il s'approcha de Dean et tendit la main. Ce dernier crut un instant qu'il allait le pousser dans la rivière au bord de laquelle il se trouvait mais Balthazar se contenta de lever un sourcil.
_ Le sac, Dean. Il est temps de voir ce que Castiel nous a concocté de bon.
Au final, Castiel n'avait pas concocté grand-chose de bon. Leurs réserves consistaient principalement en barres énergétiques, en fruits secs et en nouilles déshydratées. C'était sommaire mais Dean était tellement affamé qu'il aurait même mangé du brocoli s'il n'y avait eu que cela au menu.
Ils firent bouillir de l'eau à l'aide d'un petit réchaud à gaz et mangèrent en quelques minutes et en silence. Avoir un repas chaud dans l'estomac revigora quelque peu Dean et il se proposa même pour préparer un peu de café soluble que Castiel avec fourré dans le bidon avec les aliments solides. Balthazar, évidemment, réclama plutôt un thé. Tout en sirotant leurs boissons chaudes, les deux géologues discutèrent à grands coups de détails techniques de la traversée qu'ils venaient de d'effectuer.
Dean sentit son esprit dériver. Pour la première fois depuis de longues heures, il se sentait bien. Il n'avait plus froid, il n'avait plus mal, il n'était plus à bout de souffle. D'accord, la spéléologie ne serait jamais sa grande passion et il ne comprenait pas bien l'enthousiasme de deux autres mais il était heureux de partager cette expérience avec Castiel. Et maintenant qu'il regardait le visage de ce dernier, les yeux fixés et la bouche pincée, concentré sur ses notes et ses schémas qu'il ne cessait de griffonner, la présence de Balthazar ne lui semblait plus aussi horripilante. Tout comme les sacs, les cordes et les harnais, il n'était un accessoire qui leur permettrait, à Cas et lui, d'atteindre leur objectif. Un accessoire un peu trop bavard et tactile au goût de Dean mais un accessoire quand même.
Il ne parvint pas à étouffer un bâillement, attirant l'attention de ses deux compagnons.
_ Tu devrais dormir un peu, lui fit Castiel. Nous avons peut-être encore pas mal de chemin à parcourir.
_ Et toi ? demanda-t-il.
Cas avait tendance à cerner facilement mais là il atteignait des niveaux que Dean ne lui avait presque jamais vus.
_ Je finis ça et j'arrive.
Dean opina et se leva pour gagner le bout de la salle où il espérait trouver un peu d'intimité. Il avait du mal à s'habituer à se soulager dans une boîte mais d'après Castiel, c'était indispensable. Une fois le problème réglé, il retourna auprès des deux autres et chercha un endroit plat où dérouler son sac de couchage. C'était la première fois qu'il allait passer la nuit sous terre et ce n'était pas pour le rassurer.
Lorsqu'il pensa avoir trouvé un coin un peu moins inconfortable que les autres, il retira son casque et ses bottes et se glissa entre les deux pans molletonnés qui n'empêchaient ni le froid de le pétrifier, ni la pierre de lui rentrer dans les chairs. Ca allait être une nuit très très pénible et malgré son état de fatigue avancée, Dean doutait de s'endormir rapidement.
Il mit son sac sous sa tête en soupirant. C'était à peine moins désagréable.
Il entendit alors un bruissement de papier et quelques secondes plus tard, Castiel se couchait tout près de lui. Dean se tourna pour lui jeter un coup d'œil.
Ses cheveux étaient ébouriffés par son casque et son début de barbe était constellé de boue. Il était magnifique et Dean avait envie de l'embrasser.
_ Tu n'es pas trop mal installé ? lui demanda le géologue en se tortillant pour adapter son corps à la surface dure.
Dean hésita entre l'ironie ou la vérité mais cette dernière l'emporta.
_ Mon lit me manque, admit-il.
_ Ton lit me manque aussi, lui glissa Cas à l'oreille, faisant sourire Dean malgré le froid et l'humidité.
_ Tu vois, fit la voix hautaine de Balthazar, on aurait dû continuer encore. S'il était vraiment fatigué, il ne ferait pas autant de chichis.
Dean se redressa juste assez pour tendre son doigt en direction de Balthazar. Ce dernier l'ignora et s'emmitoufla à son tour dans son duvet.
_ Attends ! s'alarma Dean. Qu'est-ce que tu fais ?
Balthazar l'observa sans comprendre puis haussa les épaules avec un certain dédain.
_ Qu'est-ce que tu crois que je fais bougre d'idiot ! Je me couche ! Le sommeil n'est pas réservé aux débutants.
_ Mais si tu dors, je dors et Cas dort, qui monte la garde ?
_ La garde contre quoi ? demanda Balthazar sans cacher son exaspération.
_ Contre… contre…
Il sursauta en sentant la main de Castiel se poser sur son épaule.
_ Ne t'en fais pas Dean. Il n'y a rien de dangereux dans ces grottes. Pas besoin de monter la garde.
A ce moment là, Balthazar baissa la dernière lumière pour ne laisser qu'une simple veilleuse.
_ Au pire, fit-il, un ver va tomber du plafond, te ramper dans la narine pour te remonter jusque dans la boîte crânienne où il va découvrir un vaste espace vide pour s'installer.
_ La ferme Balthazar ! lança Castiel qui se rapprocha de Dean.
Il sentait désormais sa chaleur même à travers le sac de couchage.
_ Et puis tu sais Dean, poursuivit Balthazar pas le moins du monde décontenancé par les remontrances de Castiel, si jamais tu n'arrives pas à dormir, je suis prêt à me sacrifier pour t'aider à passer le temps. Plan à deux, plan à trois, je suis ouvert à tout.
_ Non, répondit une fois de plus Cas.
Et c'est la dernière chose que Dean entendit de la conversation avant de tomber dans le sommeil, entouré de la chaleur bienveillante et de l'odeur musquée du géologue.
(à suivre…)
