Joyeux anniversaire ! Joyeux anniversaire ! Joyeux anniversaire coffee-without-a-pause ! Joyeux anniversaire ! Je suis sure que tu ne t'attendais pas à ça, ahahaha ! Bon, en fait je voulais la finir mais pas facile d'écrire discrètement quand tu es toujours dans la pièce… Donc tu n'auras là que l'avant-dernier chapitre. Et promis, je tente d'écrire le dernier chapitre en moins de ceux ans ! J'espère que ça te plaira et encore bon anniversaire ! (Et pour les autres, ceux qui lisaient cette fic il y a fort longtemps, merci à vous si vous êtes encore là et encore pardon pour l'énoooorme retard. Disons que j'ai été happée par un autre fandom qui ne m'a plus relâchée)

« *** »

Dean regarda sa montre. Le soleil commençait à disparaître derrière les montagnes et il s'inquiétait. Castiel n'était toujours pas là. Le géologue était parti seul au petit matin pour faire… ses trucs de géologue… des prélèvements, des relevés, de la cartographie et pas mal d'autres choses que Dean avait encore du mal à saisir. Pendant ce temps, ce dernier avait accompagné Gabriel et Sam en ville pour rencontrer un élu local intéressé par leur projet et qui pouvait leur apporter une aide de l'Etat, voire même son soutien dans le cas d'un financement bancaire. En somme, Dean avait passé une journée ennuyeuse à écouter Sam discuter gros sous avec un gars en costard. Sympathique certes, passionné par sa région et son histoire certes, mais quand même, un gars en costard ! Et il n'avait eu qu'une envie, ca avait été de retrouver Cas et de se glisser entre ses bras. Et même plus encore.

C'était le premier matin depuis leur longue exploration jusqu'aux confins de la grotte, où Dean se levait sans courbatures. Son corps n'avait été que douleur et souffrance dans les trois jours qui avaient suivi. En fait, il avait dormi plus de douze heures la première nuit. Et quasiment la même chose la nuit suivante. A chaque fois il avait senti Cas qui se levait, sortant discrètement du lit qu'ils partageaient mais il s'était trouvé incapable de le suivre et avait replongé directement dans un sommeil profond et bien mérité d'après lui.

Toujours était-il qu'il s'était levé ce matin enfin dans de meilleures dispositions. Castiel l'avait embrassé et lui avait assuré qu'il rentrerait en fin d'après-midi. Dean s'était retenu de lui faire un clin d'œil entendu. A présent qu'il était remis de ses deux jours sous terre, il avait envie de faire un peu plus que de dormir. A la place, il avait attrapé la main de Castiel et l'avait attiré tout contre lui pour piquer ses lèvres d'un baiser supplémentaire.

_ J'ai hâte, avait-il murmuré contre la peau du géologue.

C'était évidemment ce moment là que Gabriel avait choisi pour sortir de la chambre.

_ Ah ! s'était-il écrié en pointant Cas et Dean du doigt. Grillés !

Dean avait lutté très fort contre lui-même pour ne pas reculer brusquement. Mais il n'avait aucune raison de le faire si ce n'était à cause d'un vieux reste de honte de sa vie précédente. Après tout, il était chez lui et tout le monde ici savait ce qu'il se passait entre lui et Castiel. Et il était plus heureux que jamais. Plus serein aussi malgré les difficultés de leur projet. Alors oui, s'il avait envie d'embrasser Castiel sous son propre toit, il le ferait et tant pis pour les railleries de Gabriel. Dean savait qu'il devait apprendre à vivre avec. Son frère ne paraissait pas vouloir changer de petit ami.

Il se demanda brièvement s'il ne devrait pas présenter plus longuement Sam à Balthazar. Ce dernier était un prédateur évident et Sam une proie agréable. Puis il secoua la tête. Il n'était pas sûr de gagner au change entre Gabriel et Balthazar.

Puis il avait regardé Castiel s'éloigner dans la montagne, son lourd sac sur l'épaule. Et il ne l'avait plus revu depuis.

Dean plissa les yeux en tentant de deviner la silhouette du géologue se détachant dans le soleil couchant. Peine perdue. Derrière lui, il entendait Sam mettre le couvert et l'odeur du barbecue lui chatouillait les narines. Son estomac grogna et Dean s'en voulut un peu d'être aussi affamé alors qu'il aurait dû se lamenter d'inquiétude. Mais visiblement, son corps et son esprit n'étaient une fois de plus pas en adéquation.

Il sursauta en sentant une main se poser sur son épaule. Il se retourna brusquement, pensant trouver Cas qui était rentré par un autre chemin. Il ne découvrit que le haut du crâne de Gabriel.

Dean baissa les yeux pour croiser le regard de celui-ci.

_ Arrête de faire cette tête ! le sermonna Gabriel. Il ne va pas tarder. Mais tu connais Cas ! Quand il est dans ses petits cailloux, rien d'autre ne compte. Il a probablement oublié l'heure qui passe.

Dean opina. Il savait que Gabriel avait raison. Après tout Castiel était son frère et il le connaissait depuis toujours. Et puis le géologue était passionné par son métier mais il était aussi l'homme le plus prudent du monde. Il n'y avait donc aucune raison de s'en faire.

_ C'est prêt ! annonça Sam en sortant du feu une belle côte de bœuf.

Il avait même pris le temps de faire une sauce aux champignons et Dean en salivait d'avance.

L'esprit un peu plus tranquille, il passa à table, face à Gabriel qui parvint à monologuer tout au long du dîner, tout en dévorant à belles dents le contenu de son assiette. Dean était impressionné par une telle performance. Lui-même fit honneur à la viande mais s'il avait bavardé en même temps, il aurait probablement postillonné partout. Il allait devoir demander à Gabriel son truc en la matière. Il en oublia même de se retourner pour vérifier de temps en temps que Castiel n'arrivait pas dans son dos.

Ce fut lorsqu'ils terminèrent le repas et que la nuit était déjà tombée que Dean sentit l'angoisse le reprendre. Il scruta longuement l'obscurité à la recherche d'une pointe de lumière mais il n'y avait rien.

Anxieux, il aida Gabriel et Sam à débarrasser et fit même la vaisselle, espérant qu'un peu de travail manuel distrairait son cerveau. Alors qu'il mettait tout à sécher il songea même à attraper une lampe pour rejoindre Castiel.

_ Ne sois pas un imbécile ! se moqua Gabriel lorsqu'il lui fit part de son projet. Je t'assure qu'il n'y a pas lieu de s'inquiéter. Il ne va pas tarder.

_ Et s'il a fait une mauvaise chute ? Ou s'il s'est perdu ? Ou s'il a rencontré sur le chemin du retour…

_ Quoi ? Un kiwi ? Un kakapo ? Ou pire... un opossum? Tant de créatures terrifiantes de la nuit Néo-Zélandaise ! railla Gabriel. Tu cogites trop Dean. Cas a probablement décidé de dormir sur place quand il a vu l'heure. Le connaissant, il doit avoir en bas tout un tas de couvertures de survie et des rations pour des jours.

Ca, c'était quelque chose que Dean ne pouvait nier. Castiel était un homme prévoyant. Et s'il avait décidé de dormir dans la grotte et que Dean débarquait, il lui passerait probablement un savon pour s'être aventuré en pleine nuit jusqu'au trou.

La mort dans l'âme, Dean se brossa les dents et se coucha.

« *** »

Le lendemain matin, Dean se réveilla aux aurores. Le lit lui semblait bien vide sans la présence apaisante de Cas. Il posa la main sur le matelas, espérant y sentir la chaleur de son amant qui serait passé sans qu'il ne s'en aperçoive mais sans succès. Le lit était désespérément froid et Dean soupira pour dissimuler l'angoisse qui montait en lui.

Il tentait d'être rationnel, arguant contre son propre cerveau que Gabriel avait raison, que Cas avait dû dormir dans la grotte pour ne pas faire le trajet de nuit. Mais une boule de plus en plus difficile à ignorer lui nouait les entrailles.

_ Merde, jura-t-il quand il passa la tête dans le salon et le découvrit tout aussi vide que son lit.

Son esprit lui criait de courir jusqu'à l'entrée de la grotte pour voir ce que Cas fichait mais il se rappelait encore et encore qu'il était irrationnel et que rien de terrible n'avait pu arriver à quelqu'un d'aussi professionnel que son amant.

Alors il prépara le café, grilla une tartine de pain de mie et s'assit à sa place habituelle pour grignoter du bout des dents son petit déjeuner.

Au moindre bruit il sursautait, guettant le retour de Cas qui n'arrivait pas. Et encore et encore il consulta l'heure, jusqu'à ce qu'il n'y tienne plus. Sam et Gabriel dormaient toujours et n'étaient pas là pour le raisonner. Alors, Dean sauta dans ses vêtements de la veille et remplit un thermos de café. Il pourrait toujours utiliser cette excuse pour s'être aventuré aux premières lueurs du jour dans la montagne si jamais le futur époux de son frère le taquinait sur sa nervosité incontrôlable. Puis il partit dans l'air encore frais, la rosée du matin humidifiant ses bottes.

Lorsqu'il parvint à l'entrée de la grotte, il était essoufflé. Il n'avait pas été jusqu'à courir mais son pas rapide, même dans les pentes, avait suffi à faire monter la chaleur sur ses joues et à coller son t-shirt à son dos.

_ CAS ! appela-t-il en regardant autour de lui, à la recherche du géologue.

Mais il n'y avait de trace ni de Castiel, ni d'un campement où il aurait passé la nuit. Rien.

Dean grimaça. Il n'avait pas sa tenue de géologie mais descendre jusqu'à la première salle ne lui posait plus aucun problème. Cas allait probablement lui faire la tête pour l'avoir rejoint sans casque mais calmer ses angoisses paraissait plus important à Dean.

Il élargit sa ceinture pour y coincer le thermos et une lampe de poche qu'il avait dégotée dans les caisses de petit matériel qui restaient sur place en permanence. Puis il saisit la corde et entra dans le trou.

Il faisait sombre lorsque ses pieds touchèrent le sol et sans son casque muni d'un faisceau, il ne voyait absolument rien. Son premier réflexe fut de récupérer la lampe et d'éclairer les alentours avec lesquels il était désormais familier.

_ Cas ! appela-t-il de nouveau, l'écho de sa voix se répétant encore et encore dans le long couloir.

Dean tendit l'oreille mais autour de lui ne régnait que le silence, à l'exception de quelques gouttes d'eau qui clapotaient ici et là en tombant du plafond.

Prenant garde à ne pas glisser, Dean s'enfonça dans le corridor, en direction de la petite fente derrière laquelle, espérait-il, il allait trouver Cas.

_ Cas ! tenta-t-il une fois de plus, juste au cas où, avec le même résultat.

Ses mains tremblaient à présent et le rayon lumineux qui éclairait le sol irrégulier devant lui ne cessait de sauter.

Dean se força à prendre une grande respiration pour calmer son souffle comme il avait appris à le faire lorsqu'il se trouvait bloqué dans un passage difficile. Mais il ne pouvait chasser ce mauvais pressentiment qui lui tordait l'estomac.

Quand il atteignit la fente, il passa la lampe à l'intérieur et manqua de hurler. Mais le son resta bloqué dans sa bouche, son cerveau en conflit avec ce que voyaient ses yeux.

Il n'y avait plus de passage.

Là où auparavant s'était trouvée une ouverture certes étroite mais praticable, il n'y avait plus qu'un mur de pierre.

_ Non… non… non… gémit Dean en se précipitant dans la fente jusqu'à ce que sa main rencontre la pierre froide et humide qui avait dû se détacher d'un des murs.

Ignorant toute consigne de sécurité, Dean gratta, frappa et appela, espérant que la voix rauque de Cas se ferait entendre même de l'autre côté de la roche. Mais celui-ci restait désespérément muet. Et le bloc de pierre était bien trop lourd pour qu'il parvienne à le basculer.

_ Merde ! Non ! cria-t-il en frappant jusqu'à ce que ses mains lui fassent mal.

Il était en train de paniquer, il le savait. Et paniquer ne l'aiderait pas à sauver Cas. Rien ne disait qu'il avait été pris dans l'éboulement. Il était peut-être juste bloqué de l'autre côté. Et Dean pouvait encore le sauver. Mais pour ça, il fallait qu'il conserve son calme et qu'il réfléchisse.

_ Réfléchis ! Réfléchis ! s'encouragea-t-il en se passant une main boueuse dans les cheveux.

Quand il parvint à connecter quelques neurones, il réalisa vite que seul, il n'arriverait à rien. Il avait besoin d'aide, de gens compétents, de gens intelligents, de gens capables de mettre en place un plan de sauvetage sans être submergés par leurs émotions. Il avait besoin de Sam et Gabriel dans un premier temps.

Dean fit volte-face pour se précipiter vers la sortie mais sa semelle ripa contre une pierre humide et il s'étala de tout son long. Il jura à nouveau quand ses mains s'enfoncèrent sur du gravier et que son genou butta violemment contre une aspérité. Le thermos roula au loin mais il n'avait pas le temps de le récupérer. C'était exactement la raison pour laquelle il avait besoin de rester calme avant de se tuer et de ne servir absolument à rien à Cas.

Il se releva, grimaçant quand il réalisa qu'il avait brisé l'ampoule de sa lampe et que du sang lui coulait le long de la jambe. Ce n'était sans doute pas grand-chose mais il le sentait et cela lui servirait de leçon. Il devait se montrer méthodique.

Prenant appui sur la paroi rocheuse, il se guida le long du couloir jusqu'à ce qu'il perçoive la sortie et la lumière du jour. Même si celle-ci lui paraissait extrêmement faible. Mais il n'y prêta pas garde. Il y avait plus urgent.

Il attrapa la corde malgré ses paumes amochées par sa chute et commença l'ascension.

Une goutte d'eau lui tomba alors sur le nez. Puis une seconde. Et Dean comprit qu'il pleuvait.

Lorsqu'il émergea, le ciel était sombre et promettait des pluies bien plus importantes que la petite bruine sous laquelle il se trouvait. Sans attendre, il reprit le chemin de la cabane, se dépêchant sans pour autant risquer de se casser le cou. Il regardait soigneusement où il mettait les pieds et grognait chaque fois que ses yeux tombaient sur le tissu déchiré de son jean. Cela lui apprendrait à descendre sans la tenue adéquate.

Et Cas allait sûrement en faire tout un foin. Lorsqu'il sortirait. Parce qu'il allait sortir. Il n'y avait pas d'autre alternative.

Malgré son calme apparent, Dean était terrifié. Son cerveau lui soumettait encore et encore les pires hypothèses et il les rejetait de toute son énergie. Non, Cas n'était pas mort dans l'éboulement. Non, il n'allait pas manquer d'air, d'eau ou de nourriture. Non, il n'allait pas finir noyé quand les pluies allaient faire gonfler le niveau de la rivière souterraine. Quoique… il n'était pas vraiment certain de ce dernier point. Et quand il atteignit enfin une partie plus plane et plus praticable, Dean se mit à courir malgré son genou ensanglanté.

« *** »

Lorsqu'enfin il arriva à la cabane, il en poussa la porte avec tant de force qu'elle claqua contre le mur. Assis à table à prendre le petit-déjeuner, Sam et Gabriel relevèrent la tête de concert.

_ Un problème ? demanda ce dernier sans son habituel rictus, comme s'il avait compris à la mine de Dean que l'heure était grave.

_ Il y a eu un éboulement ! s'écria Dean. A l'entrée de la grotte ! Je n'ai pas vu Cas ! Je ne sais pas s'il est coincé, prisonnier derrière ou s'il…

Mais il n'eut pas le temps de continuer. A la mention d'un éboulement, Sam et Gabriel s'étaient levés et précipités vers lui.

Aussitôt, Sam le fit s'assoir pour qu'il se calme alors que Gabriel avait sorti son téléphone pour appeler les secours.

_ Dean, Dean, fit Sam d'un ton qui se voulait serein mais qui tremblait. Il va falloir que tu sois plus précis sur ce que tu as vu. A quel niveau de l'entrée…

_ Dans la fente, le coupa Dean qui avait l'impression qu'ils étaient en train de perdre du temps. Un pan de mur est tombé et bloque le passage. C'est impossible à bouger je crois ! Il va falloir des jours pour que… et la pluie… et…

_ Dean ! intervint Sam mais Dean leva la main pour le faire taire.

Il savait qu'il était en train de péter les plombs. Il n'avait pas besoin que Sam le lui rappelle. Il devait juste… faire quelque chose.

Il se remit debout si vite qu'il manqua de se cogner le crâne contre le menton de Sam qui était toujours penché vers lui. Puis se précipita vers Gabriel qui expliquait à Dean ne savait qui la situation.

_ Appelle aussi Balthazar ! cria-t-il à son futur beau-frère en se précipitant vers la chambre de Castiel. Qu'il vienne immédiatement.

S'il n'y dormait plus depuis un moment, le géologue y conservait toujours ses documents, ses notes et ses croquis et Dean était certain qu'il trouverait là de quoi aider Cas.

Il plongea sous le lit de camp et récupéra les carnets de Cas. L'homme était si méticuleux qu'il y avait consigné au propre et parfaitement triés tous ses plans et toutes ses observations.

Dean ne prit pas la peine de les ouvrir. Il les récupéra tous et retourna au salon sous le regard anxieux de Sam.

_ Tu as besoin d'aide ? fit ce dernier en rejoignant Dean à la table.

Celui-ci avait poussé d'un geste brusque du bras les restes de petit-déjeuner, faisant tomber à terre une pluie de couverts dont il ne se soucia pas. Puis il ouvrit les cahiers à la recherche du moindre renseignement qui permettrait de tirer Cas de ce mauvais pas.

Sans un mot, Sam fit de même.

Gabriel revint alors, son portable au bout des doigts.

_ Les secours seront là bientôt, promit-il. Et Balthazar m'a assuré qu'il arriverait dans quelques minutes. Il semblait… inquiet, admit-il.

Dean opina distraitement, toujours concentré sur l'écriture fine de son amant. Il ne comprenait pas les trois quarts de ce qui était consigné et cela commençait à le frustrer.

_ Je ne sais même pas ce que je cherche, admit-il en reposant le carnet avec humeur sur la table.

Il gémit et se passa les mains dans les cheveux. L'air condescendant de Sam lui donnait envie de hurler.

_ Des professionnels sont en route, Dean. Ils vont le sauver. J'en suis certain.

_ Et puis Cas est plein de ressources, intervint Gabriel. Il n'en a pas l'air comme ça, mais sous la pression il peut se révéler incroyablement débrouillard. Je suis même prêt à parier qu'il trouvera un moyen de sortir avant même que les secours n'arrivent.

Dean opina mais doutait tout de même. Aussi malin qu'il soit, Cas ne pourrait pas bouger tout seul l'énorme bloc lui barrant la route. Et l'autre sortie était à des heures de marche, tout en haut d'une cascade géante, dissimulée par des buissons et des branchages et ressortant il ne savait où.

Dean frappa du poing. Voilà qui était peut-être une solution ! S'il parvenait à déterminer l'endroit où effleurait la grotte qu'ils avaient découverte avec Balthazar, il pourrait peut-être rejoindre Cas. D'en haut, il suffirait de lancer une corde et de descendre en rappel. Ca lui paraissait bien plus jouable que de percer un bloc de roche dans une structure déjà instable.

Il arracha des mains de Sam le carnet le plus récent et chercha les notes que le géologue avait peaufinées pendant toutes ces heures où Dean dormait pour se remettre des affres de l'expédition.

Comme il s'y était attendu, il y avait tout un tas de mesures et de relevés topographiques qui ne lui disait pas grand-chose. Mais il pouvait voir que Cas aussi avait tenté de déterminer la position exacte de la grotte. Se levant si fort que sa chaise tomba au sol, Dean se précipita pour la seconde fois dans la chambre de Cas. A côté de tout le reste se trouvait une grande carte de la région. Dean pouvait déjà voir les annotations de Cas, des points de couleur à différents endroits et des acronymes dont il ne déchiffrait pas le sens. Mais il devait y en avoir un. Pour un œil averti, il devait y en avoir un.

Dean retourna à table et découvrit que Gabriel avait débarrassé ce qu'il restait d'assiettes et de nourriture pour aménager un espace de travail d'une taille convenable. Il le remercia d'un hochement de tête et y étala la carte.

_ Qu'est-ce que tu cherches ? demanda Gabriel en venant se placer tout près de lui alors que Sam continuait ses recherches dans les carnets de Cas.

_ La grotte de l'autre jour, fit Dean dont les yeux scannaient les reliefs figurés et les quelques routes de la région à la recherche du moindre indice. Elle laissait passer la lumière du jour. Si nous parvenons à la trouver…

_ Cas avait-il la moindre idée d'où elle pouvait être ? intervint Sam sans arrêter sa lecture rapide.

_ Je sais qu'il avait fait pas mal de calculs et de relevés. Mais je suppose que s'il l'avait vraiment trouvée, il m'aurait prévenu.

Sam poussa un soupir impatient.

_ C'est tellement frustrant, grogna-t-il en tournant les pages à toute vitesse. Il y a des tas d'indications là-dedans mais je ne comprends rien. Rien !

Le bruit d'un moteur se fit entendre même à travers le son de la pluie qui tombait de plus en plus fort sur le toit métallique. Aussitôt, Dean abandonna la carte et se précipita vers l'extérieur, prêt à guider les secours. Mais quand il ouvrit la porte, il tomba sur la grosse voiture noire de Crowley. Balthazar en sortit avant même qu'elle ne soit complètement arrêtée.

_ Que s'est-il passé ! s'écria-t-il en courant vers Dean, ignorant les éclaboussures boueuses qui sautèrent sur ses chaussures parfaitement cirées et son pantalon d'un noir parfait.

_ Un des pans de la première fente s'est écroulé ! Et Cas est bloqué à l'intérieur ! expliqua Dean en jetant un regard mauvais à Crowley qui verrouillait sa portière avant de les rejoindre. Qu'est-ce qu'il fiche là celui-là ?

Balthazar lui posa une main sur l'épaule pour le ramener à l'intérieur et Crowley les suivit de près malgré l'hostilité de Dean.

_ Nous étions ensemble quand Gab a appelé. Je n'allais quand même pas le faire me ramener à ma voiture pour revenir ensuite ici. Sans compter qu'il a des moyens considérables qui peuvent nous êtres utiles.

Dean renifla.

_ Oui comme le bulldozer dont il nous a menacés et qui…

Il s'arrêta soudain, une idée lui traversant l'esprit. Il tendit un doigt accusateur vers Crowley.

_ C'est lui ! s'exclama-t-il. C'est lui qui a saboté le passage et qui a piégé Cas.

Crowley roula des yeux et se planta face à la carte restée sur la table.

_ Bien sûr que non ce n'est pas moi, grogna-t-il en suivant de l'index des lignes énigmatiques pour Dean tracées par Cas.

_ Depuis le début…

_ STOP ! le coupa immédiatement Crowley en levant la main. Je suis peut-être un homme d'affaire véreux, je le reconnais. Et est-ce que j'ai tendance à faire pression sur les propriétaires de grottes par des menaces pour qu'ils me cèdent leurs droits d'exploitation ? Très certainement. Mais écoute-moi bien gamin. Je ne suis pas un assassin. Et je n'irais certainement pas saboter ce qui parait être la nouvelle poule aux œufs d'or tout ça pour me débarrasser de ton petit copain. Alors maintenant nous allons tous travailler ensemble pour trouver une solution car ici, nous ne faisons que perdre bêtement du temps.

Dean serra les poings et crispa la mâchoire. Il n'avait aucune confiance en Crowley. Et n'était pas certain de le croire. Mais l'homme avait raison sur un point. Ils n'avaient pas de temps à perdre. Cas devait les attendre.

_ Bien, commençons logiquement, décréta Balthazar en arrachant un carnet directement des mains de Sam. Depuis quand Cas est-il coincé là-dedans ?

_ Je ne sais pas exactement, admit Dean. Il devait rentrer hier soir mais ça n'a pas été le cas. Sur le coup, j'ai cru qu'il avait oublié l'heure tellement il était pris par son travail mais ce matin, il n'était toujours pas là et quand je suis allé voir…

Il se passa une main rageuse sur le visage.

_ Merde ! Je savais que j'aurais dû aller voir hier soir, pesta-t-il, sentant la culpabilité lui remonter lentement dans les entrailles.

_ Tatata, le coupa Balthazar. Une intervention de nuit aurait de toute façon été impossible. Mais à présent, il faut nous dépêcher. La pluie n'est jamais un bon signe pour la spéléologie.

Dean opina nerveusement. C'était exactement la réflexion qu'il s'était fait et savoir qu'un spécialiste comme Balthazar y adhérait n'avait rien de rassurant.

_ Les secours ont été prévenus ? continua ce dernier.

_ Ils sont en route, répondit Gabriel.

_ Bien, approuva Balthazar avant de reporter son attention sur Dean. Cas t'a-t-il donné le moindre signe de vie lorsque tu étais sur place ? Je sais que c'est une question assez dure mais je dois savoir.

Dean secoua la tête.

_ J'ai appelé, frappé mais je n'ai rien entendu. La fente est longue et je ne sais pas sur combien de mètres ça a pu s'écrouler. Il est possible qu'il ne m'ait pas entendu, ajouta-t-il comme une note d'espoir qu'il se donnait lui-même.

Balthazar se gratta le menton.

_ Je vois.

Il tourna rapidement les pages des carnets jusqu'à trouver ce qu'il voulait.

_ Voilà une coupe schématique du passage, expliqua-t-il à Dean en lui montrant un des dessins de Cas. Peux-tu pointer à peu près l'endroit où se trouve l'éboulement.

Dean réfléchit quelques instants pour ne pas faire d'erreur. Il avait été en panique en découvrant le conduit bouché mais il y avait eu l'équivalent d'environ trois fois la longueur de son bras. De ça il était certain.

_ Par là ! déclara-t-il d'un ton assuré et Balthazar jura.

_ La strate calcaire. J'en étais sûr. Tu vois cette ligne qui part en biais ? C'est là que ça a cédé. Cas était certain que ça tiendrait mais de toute évidence, il avait tort. Vos activités de ces dernières semaines ont dû jouer plus que prévu sur la structure. Si tout le passage s'est effondré, ça va prendre des semaines pour consolider suffisamment les lieux pour y faire une percée. C'est beaucoup trop long.

_ C'est aussi ce que je me suis dit, approuva Dean. C'est pourquoi je pensais qu'on pourrait passer par l'autre côté.

_ Par la grotte de la cascade ?

_ Par la grotte de la cascade !

Balthazar pencha la tête de côté pour réfléchir puis opina.

_ Ca parait être notre meilleure option mais Cas avait-il réussi à déterminer où la trouver en surface exactement ?

_ Il ne m'en avait pas parlé, avoua Dean dans un soupir. Mais je sais qu'il y travaillait. Par exemple il y avait cette carte…

Il montra à Balthazar la carte que Crowley était toujours en train de fixer.

_ … et…

Il récupéra le dernier carnet de notes de Castiel et le feuilleta vivement jusqu'à trouver ce qu'il cherchait.

_ … et tout un tas de données qu'il avait noté ici mais je ne comprends rien.

Les yeux de Balthazar passèrent rapidement de la carte aux notes de Castiel et il s'humecta les lèvres.

_ Ok, reprit-il. De toute évidence, il y avait tout là-dessus sauf la conclusion. Qu'on me laisse travailler dans le silence le plus absolu, j'ai des calculs à faire.

Il sortit de la poche intérieure de sa veste un stylo qui valait sans doute plus cher que la cabane de Dean et s'assit, le carnet et la carte étalés devant lui. Aussitôt, il se plongea dans son travail, marmonnant et griffonnant sur une page blanche qu'il venait d'arracher à l'arrière du cahier. Les autres reculèrent silencieusement, même Dean, comme si leur simple présence pouvait le troubler. Et pourtant, ce dernier avait envie de hurler, de pousser Balthazar à aller plus vite encore mais le déconcentrer n'était pas une solution, il le savait. Alors, il se joignit aux autres et observa le dos de Balthazar, courbé, crispé, alors qu'il était penché vers la table à écrire encore et encore.

Même lorsque les secours arrivèrent une poignée de minutes plus tard, il ne leva pas la tête.

Gabriel leur expliqua rapidement la situation. Dean avait commencé mais, nerveux, il s'était embrouillé puis agacé et son futur beau-frère avait pris le relais.

_ Vous êtes certain qu'il est impossible de s'immiscer dans le passage d'origine ? insista le responsable de l'équipe en se tournant vers Dean quand Gabriel eut terminé.

_ Presque certain, admit-il. Mais comme Gabriel vous l'expliquait, monsieur à la table est l'un des plus grands géologues de la planète et il est en train de chercher une solution. Si nous attendons encore quelques minutes…

_ Cela ne sera pas nécessaire ! déclara alors Balthazar d'un ton théâtral.

Sans même se tourner vers eux, il se leva de sa chaise et saisit la carte d'un mouvement ample. Dean n'aurait pas eu le cœur qui battait aussi fort, il aurait roulé des yeux face aux manières de Balthazar. Cas était en danger, ce n'était pas le moment d'en faire des tonnes.

Mais il se calma cependant un peu quand Balthazar fit volte-face et afficha une mine satisfaite qui donnait grand espoir à Dean.

_ Si Cas ne s'est pas trompé dans ses mesures, reprit le géologue en s'avançant vers le petit groupe entassé à l'entrée de la cabane, et j'ose espérer qu'avec son talent il ne s'est pas trompé, l'accès à la salle de la cascade se trouve environ dans… cette zone, indiqua-t-il en pointant du doigt un espace dégagé dans la montagne.

Aussitôt, le responsable de l'équipe de sauvetage s'avança vers lui, lui posant des questions sur l'équipement nécessaire pour descendre jusqu'à l'intérieur de la grotte.

_ Donc, fit-il à la suite d'une discussion que Dean avait suivie d'une oreille distraite, trépignant sur place, vous n'avez posé aucun matériel à ce niveau ?

_ Non, confirma Balthazar. Mais l'accès dans l'autre sens est équipé. Cela veut donc dire que si Cas va bien, il aura sûrement été capable de rejoindre cette salle par lui-même et s'il est blessé, nous devrions pouvoir l'atteindre en quelques heures seulement. Enfin, si le niveau de l'eau ne monte pas trop car la plus grande partie du trajet se fait au bord d'une rivière souterraine.

Le groupe de sauveteurs grimaça comme s'ils savaient parfaitement ce que cela signifiait.

_ On peut y aller maintenant ! s'impatienta Dean de sa voix la plus grave.

Balthazar leva un sourcil.

_ On peut y aller mais la première étape est déjà de trouver l'endroit. Il va falloir explorer et sonder les lieux. Et pas n'importe comment. La dernière chose dont nous avons besoin, c'est d'avoir l'un de nous qui tombe par inadvertance au fond de la grotte. Et dois-je te rappeler la hauteur sous plafond de cet endroit ? Si nous allons sauver un type, ce n'est pas pour en sacrifier un autre.

Dean ne pouvait qu'approuver mais il était prêt à plonger dans la cascade la tête la première si cela signifiait sortir Cas de là.

_ Sans compter qu'une fois l'entrée trouvée, poursuivit Balthazar, il va sûrement falloir déblayer un peu. Et crois-moi, ça ne sera peut-être pas une mince affaire si des kilos de buissons ont poussé là-dessus.

Un raclement rauque s'éleva dans leurs dos et Dean et Balthazar se tournèrent pour découvrir Crowley, la mine embarrassée, qui les fixait en grimaçant.

_ A ce sujet, admit-il, j'ai un bulldozer traine dans ce coin.

Il leva la main quand Dean tenta de l'interrompre.

_ Je n'allais pas m'en servir, se défendit-il. Je l'avais placé là pour l'avoir rapidement sous le coude si jamais j'avais besoin de vous faire peur. Juste… un petit coup de pouce pour vous convaincre de travailler avec moi. Mais sans malice ni méchanceté bien sûr !

_ Bien sûr, grogna Dean.

Il aurait bien collé une droite dans le pif du bonhomme mais en l'occurrence, Crowley allait peut-être se montrer utile. Il ne pouvait donc pas le mettre hors jeu. Il lui règlerait son compte plus tard. Peut-être. Selon l'évolution de la situation.

_ Il est temps de nous mettre en route alors, annonça Balthazar comme si le commandement lui revenait malgré la présence de sauveteurs professionnels.

Mais comme il avait l'air de savoir ce qu'il faisait, personne ne protesta et tous le suivirent à l'extérieur, s'équipant de leur mieux.

« *** »

Dean s'impatientait. Encore. Déjà, ils avaient mis une bonne heure à atteindre la zone déterminée par Balthazar. Ensuite, la pluie tombait de plus en plus drue. Il était trempé, il avait froid, et surtout, il ne cessait de s'imaginer le niveau de la rivière souterraine montant et montant encore jusqu'à rendre l'accès à Cas impossible. Et à présent, cela faisait plusieurs dizaines de minutes qu'ils sondaient la zone sans succès. A se demander si Cas ou Balthazar avaient fait des erreurs quelque part. Merde, même Crowley avait eu le temps d'aller chercher son bulldozer et de le ramener jusqu'à un endroit que l'équipe de sauvetage avait désigné comme sûr.

Pour le reste, ils avançaient tous à tâtons.

Dean réajusta le harnais qu'on lui avait passé pour les recherches. Attaché à un solide rocher, il devait le retenir en cas de chute. Et tous ceux qui sondaient la zone désormais portaient le même.

Il épongea de sa manche l'eau qui lui coulait sur le front. Il était de plus en plus difficile de voir quoi que ce soit avec cette pluie. Mais il quadrillait avec résolution la zone qui lui avait été désignée. Et il en allait de même pour Gabriel, Sam, Balthazar et même Crowley. L'équipe de sauvetage avait accepté toutes les mains tendues.

Soudain, un cri à sa gauche attira l'attention de Dean. Il releva brusquement la tête pour découvrir une jeune femme de l'équipe, agitant les bras avec vigueur, son gilet jaune immanquable dans le paysage d'un vert profond.

_ J'ai quelque chose ! J'ai quelque chose ! criait-elle au responsable d'équipe.

Aussitôt, celui-ci la rejoignit et une nouvelle attente débuta pour Dean.

Elle ne dut pas être si longue que cela, les sauveteurs ayant conscience de l'urgence de la situation, mais pour Dean, ce fut intolérable. Il fallut d'abord s'assurer qu'il y avait bien une grotte sous leurs pieds, déterminer un périmètre de sécurité puis, à l'aide du bulldozer de Crowley, qui avançait centimètre par centimètre pour ne pas que le sol se déroule sous ses chenilles, déblayer le terrain jusqu'à créer un passage accessible.

Plusieurs fois, Dean s'approcha pour avoir des nouvelles mais ils étaient bien trop haut et le fond de la grotte était bien trop sombre pour que quiconque sache si Cas était là ou pas. Mais Dean avait l'impression d'entendre à présent la cascade qui s'écoulait quelque part à proximité. Mais avec le bruit de la pluie, il n'en était pas certain.

Sam vint poser une main sur son épaule.

_ Ne t'en fais pas, ça va aller. Il sera bientôt dehors.

_ Oui, intervint Gabriel, c'est évident qu'on va trouver Cas au fond du second trou de Dean.

Le regard que lui jeta Dean suffit à lui faire abandonner toute autre tentative d'humour.

Lorsque les sauveteurs commencèrent à s'équiper, Dean les rejoignit.

_ Je dois descendre avec vous, fit-il d'un ton sans appel.

Malgré cela, l'équipe de sauvetage refusa.

_ Ecoutez, reprit Dean qui était sur le point de se jeter par l'ouverture si nécessaire, je suis déjà allé dans cette grotte et je connais bien le terrain.

C'était là une exagération monstrueuse mais aux grands maux…

Heureusement, Balthazar intervint en sa faveur. Sa renommée, le travail qu'il avait déjà effectué à l'intérieur de la grotte et celui concernant sa localisation lui avait valu automatiquement une place dans l'expédition et il était déjà en train de s'harnacher pour descendre.

_ Dean est un spéléologue hors pair, mentit-il en jetant à Dean un regard qui signifiait qu'il le lui revaudrait d'une façon ou d'une autre. Il a passé plus de temps que n'importe qui dans ces boyaux. Son expérience si nous devons aller chercher Cas plus loin dans les galeries nous sera forcément utile.

Dean le remercia d'un hochement de tête. Il n'appréciait pas l'homme mais il devait admettre qu'il savait se montrer efficace dans les moments importants. Et si dans quelques minutes Cas sortait de ce trou, ce serait en grande partie grâce à lui.

Du coup, lorsque ce fut son tour de s'équiper, Dean tenta de paraître le plus sûr de lui et naturel possible. Mais il était nerveux. Extrêmement nerveux. Un des membres de l'expédition devait descendre en premier, puis Balthazar, un sauveteur et Dean serait le quatrième. Viendraient ensuite les autres, selon la situation une fois en bas. Au moins les sauveteurs avaient des radios qui fonctionnaient même avec les conditions météo terribles qu'ils devaient affronter.

Dean prit une grande inspiration quand vint son tour. On vérifia autour de lui qu'il était bien attaché puis il saisit la corde qui avait été installée quelques minutes auparavant. Ses bottes glissèrent sur le sol friable et humide mais il tint bon. Son cœur battait fort mais il savait que s'il prenait une grande inspiration, il allait terminer avec de l'eau dans les narines, tousser, cracher ses poumons et retarder la mission. Alors, il n'hésita pas et poussa sur ses jambes pour descendre de plusieurs mètres.

A peine sous terre, le vrombissement de la cascade devint insupportable. A la faible lumière du jour à peine relevée par la lampe frontale de son casque, il put constater que son débit était bien plus fort que lorsqu'il était venu en compagnie de Cas et Balthazar. C'était de très mauvais augure.

Il prit une pause sur un piton rocheux mais lorsqu'il regarda vers le bas, il ne parvint à distinguer que quelques formes mouvantes sans pouvoir les identifier. Ses mains se crispèrent sur la corde et il reprit sa descente.

Arrivé à une dizaine de mètres du sol, les embruns étaient si forts que Dean eut l'impression de se trouver sur le pont d'un navire en pleine tempête. S'il n'avait pas déjà été trempé du temps extérieur, la cascade se serait définitivement chargée de finir le travail. Il n'avait qu'une hâte, c'était de trouver Cas, s'assurer qu'il allait bien puis de retourner dans sa petite cabane, de se sécher et de se glisser dans des draps confortables et sans la moindre trace d'humidité ! Puis ils pourraient dormir pendant des jours.

Il sourit malgré ses angoisses. Cela lui paraissait le plan idéal.

Il posa le pied à terre et immédiatement le sauveteur qui l'avait précédé vint l'aider à se détacher. Puis Dean sauta sur un rocher en hauteur pour tenter d'apercevoir le moindre signe de vie. Il n'eut pas à chercher longtemps car Balthazar arrivait tout sourire avec à ses côtés un Cas sale mais bien en vie. Ce dernier se paya même le luxe de bailler et de se frotter les yeux alors que cela faisait des heures que Dean avait l'impression de faire la plus longue crise cardiaque du monde.

_ Cas ! cria-t-il en sautant en bas du rocher pour courir vers lui, manquant de s'étaler de tout son long une fois de plus quand sa semelle glissa sur la pierre mouillée.

Cas eut pour lui un sourire tendre sur lequel se superposa un regard surpris quand Dean se jeta dans ses bras.

_ Merde Cas ! Tu es en vie ! Tu vas bien ?

Les mains tremblantes, Dean caressa son visage, ses cheveux sales, cherchant la moindre trace de blessure. Mais Cas paraissait ne même pas avoir une égratignure.

_ Devine qui j'ai trouvé en train de dormir paisiblement dans un coin alors que nous étions en train de crever d'inquiétude ? fit Balthazar en secouant la tête.

_ Je vous signale, dit Cas, que j'ai passé une nuit blanche à remonter d'un bout à l'autre le Trou de Dean. J'avais bien mérité un peu de repos.

_ Et tu es sûr que ça va ? insista Dean. Tu n'es pas blessé ? Tu n'as pas eu peur ?

_ J'admets, fit Cas, qu'une bonne douche chaude ne serait pas de refus. Sinon non, je me doutais que vous viendriez me chercher, j'avais confiance en vous pour trouver l'ouverture de ce côté.

Dean sentit ses jambes flageoler et il s'écroula plus qu'il ne s'assit sur une grosse pierre près d'eux. A présent qu'il avait retrouvé Cas et que ce dernier était aussi serein que lui avait paniqué, son corps était en train de le trahir. Il ferma les yeux et se força à prendre de longues inspirations pour calmer ses tremblements.

_ Dean ? s'inquiéta Cas en lui posant une main sur l'épaule. Ca va ?

_ Je t'ai cru mort, admit Dean. Je ne voulais pas y croire bien sûr. Mais depuis que j'ai découvert l'éboulement, j'avais ce petit doute constamment au fond de mon esprit.

_ Mais je vais bien, confirma Cas. Je vais bien.

Deux sauveteurs s'approchèrent alors de lui, demandant à l'examiner pour s'assurer qu'il n'y avait pas de dégâts. Cas se plia à l'exercice de bonne grâce. Et en le regardant répondre à leurs questions, tourner dans tous les sens, se faire prendre ses constantes, le tout en étouffant un nouveau bâillement, Dean se sentit enfin plus serein.

_ Et concrètement, demanda le chef d'expédition, que s'est-il passé ?

_ Le boyau d'accès que j'utilisais habituellement s'est écroulé, répondit Cas, et Dean secoua la tête.

Ca, tout le monde le savait déjà, c'était même la raison pour laquelle ils étaient descendus par là ! D'ailleurs même Balthazar s'agaça.

_ Ca, Cassie, on l'avait déjà remarqué. Mais plus précisément, que s'est-il passé ?

Castiel baissa la tête, le regard fuyant et l'air embarrassé.

_ Disons que la paroi n'était pas aussi solide que je le croyais, admit-il.

_ Tu penses que Crowley a pu intervenir ? demanda Dean, incapable de mettre de côté une éventuelle culpabilité de l'homme d'affaires qui avait eu beau les aider aujourd'hui, il les avait quand même menacés quelques jours auparavant.

_ Crowley ? s'étonna Cas. Bien sûr que non. C'était uniquement ma faute. En rentrant après ma journée de cartographie, j'ai remarqué une minuscule paillette sur le mur à laquelle je n'avais encore jamais fait attention. Et j'ai songé qu'il pouvait s'agir d'or. Trouver un gisement résoudrait tous nos problèmes. Alors, j'ai voulu prendre un échantillon et là, la couche calcaire juste au-dessus a commencé à se fendiller. J'ai pu reculer avant que tout ne s'écroule mais je me suis retrouvé bloqué.

_ Oh merde, souffla Dean en se relevant enfin pour se rapprocher de Cas dont les premiers examens étaient terminés, ça a dû être terrifiant.

Cas pencha la tête de côté et le fixa, un peu confus. Il avait une trace de boue sur la joue et Dean leva une main pour la lui essuyer. Cas attendit qu'il ait terminé avant de reprendre la parole.

_ Pas vraiment, répondit-il. J'avais des réserves d'eau et de nourriture pour plusieurs jours et je savais que grâce à mes notes, vous seriez capables de venir me chercher de ce côté-ci. La seule chose qu'il me restait à faire était de remonter la galerie. J'ai bien dû presser le pas quand l'eau a commencé à monter mais jamais je ne me suis senti réellement en danger.

Dean souffla comme s'il était celui qui était resté bloqué des heures seul dans une grotte puis il étouffa un rire nerveux et secoua la tête. N'importe qui, absolument n'importe qui, aurait eu un moment de panique en se retrouvant coincé sous terre. Mais pas Cas. Non, Cas avait tranquillement refait la balade de l'autre jour et en attendant leur arrivée dont il n'avait jamais douté, il s'était assoupi. C'était tout bonnement incroyable. Incroyable !

_ Tu es incroyable, commenta d'ailleurs Dean en attirant à nouveau Cas contre lui, leurs casques se cognant dans la manœuvre.

_ Ok les tourtereaux, tout ça c'est bien joli, reprit Balthazar, mais maintenant il va peut-être falloir songer à sortir non ? Personnellement, le froid et l'humidité, j'en ai un peu marre. Pas vous ?

_ Quelques heures de sommeil dans un vrai lit me plairaient, fit Cas en s'étirant soigneusement, faisant craquer ses articulations. Et une douche. Surtout une douche.

Dean sourit. Cas sentait effectivement très fort.

Les sauveteurs les aidèrent à remonter un par un, Cas ayant l'honneur de passer en premier. Quand Dean arriva à son tour à la surface, son amant était dans les bras de Gabriel qui malgré son air décontracté, avait dû s'inquiéter autant que lui pour son petit frère.

_ Tu vois Deano, fit Gabriel en l'interpelant pendant que Dean terminait de défaire son harnais, je t'avais dit qu'il avait de la ressource. Il ne s'est pas inquiété une seconde !

_ Pourquoi je me serais inquiété ? demanda Cas. Je connais bien le terrain et j'avais des jours de réserves.

_ Et puis surtout, tu avais un collègue capable de comprendre tes notes ! pointa Balthazar en sortant de la grotte.

_ Tu es le meilleur Balthy ! s'écria Gabriel en levant le poing.

_ Je sais, je sais.

Et Dean roula des yeux. Ils allaient probablement entendre parler de cette histoire pendant des mois si Balthazar restait à travailler avec eux.

Les sauveteurs s'assurèrent une fois de plus que Cas allait bien et ce dernier refusa même d'être conduit à l'hôpital. Le médecin-secouriste sur place ne jugea d'ailleurs pas la chose nécessaire et n'insista pas. A part une grande fatigue qu'ils ressentaient d'ailleurs tous, Cas allait bien.

Ensemble, ils redescendirent vers la cabane, matériel à l'épaule et cheveux dégoulinants. Mais au moins la pluie ne tombait-elle plus que de manière sporadique. Ils étaient essentiellement silencieux, fatigués par les heures de recherches et d'angoisse. Seules les voix fanfaronnant de Gabriel et Balthazar s'élevaient parfois mais Dean parvenait sans soucis à les bloquer. Il n'avait d'yeux que pour Cas qu'il ramenait sain et sauf à la maison. Et en cours de route, alors qu'il était entouré de parfaits inconnus, il saisit la main de son amant. Cas lui sourit et serra ses doigts avant de reporter son attention sur le chemin glissant.

Et petit-à-petit le cœur de Dean se calma. Il se promenait main dans la main avec l'homme qu'il aimait et personne ne lui avait fait la moindre réflexion. Personne ne s'était moqué ou lui avait jeté des cailloux. Les sauveteurs ne paraissaient même pas faire attention aux deux hommes. Alors, Dean souffla, se sentant plus léger que jamais.

_ Vous viendrez bien prendre un café ou quelque chose ? proposa Gabriel au responsable de l'équipe lorsqu'ils tournèrent dans la petite allée au bout de laquelle on distinguait déjà le toit.

_ C'est sympa mais non. J'ai encore un rapport à faire et nous devons être disponibles en cas d'autre intervention.

La conversation mourut rapidement et enfin Dean releva les yeux. Sa maisonnette se découpait à présent clairement et il plissa les paupières. Il voyait sa voiture, bien sûr. Et celle de Crowley. Puis la camionnette des secouristes. Mais il y en avait une quatrième, qu'il n'avait jamais vue, juste devant le perron. Une pointe d'angoisse lui noua les entrailles. Ce pouvait être un simple visiteur, bien sûr, un curieux désirant visiter la grotte. Mais par ce temps c'était peu probable et Dean avait un mauvais pressentiment. D'ailleurs, près de lui, Crowley marqua un temps d'arrêt.

_ Oh, fit-il avec une grimace.

_ Oh quoi ? demanda Dean, sentant une bouffée de colère le saisir comme à chaque fois que le type ouvrait la bouche depuis le matin.

_ Oh, je sens les ennuis, admit Crowley en ralentissant le pas. Tu vois, je ne te veux vraiment pas de mal. Sérieusement. Je n'ai rien à voir avec ce qui est arrivé à Cas et je n'aurais utilisé mon bulldozer que pour te faire peur mais euh… J'ai peut-être eu recours à d'autres méthodes de salopard pour te déstabiliser et… éventuellement prendre le contrôle de ton trou, je l'admets.

Dean stoppa brusquement et serra le poing. Cas vint se planter près de lui, scrutant Crowley de ses yeux plissés. Et quand Gabriel et Sam se joignirent à eux, l'homme d'affaires passa une main sur son crâne dégarni.

_ Qu'est-ce que tu as fait ? demanda Dean, se trouvant invincible avec tout son groupe autour de lui.

Crowley leva les yeux vers les nuages gris et fit une mimique contrite sans conviction.

_ J'ai… peut-être… comment dire…

_ Il a enquêté sur toi et il a contacté ton père, annonça Balthazar quand Crowley tarda à répondre.

_ QUOI ! s'écria Dean qui avait l'impression qu'il allait à la fois déchirer Crowley à mains nues ou s'écrouler au sol et vomir partout en se roulant dans la boue jusqu'à ne plus faire qu'un avec le paysage.

_ Tu n'as pas fait ça ! lança Sam en se collant à Crowley pour le dominer de toute sa taille.

_ Ce n'était pas très sympa de laisser ton paternel en plan comme ça, pointa Crowley. Quand je lui ai donné ton adresse, il m'a immédiatement répondu qu'il arrivait. Aujourd'hui. Je ne pensais pas qu'il serait déjà chez toi mais… visiblement, c'est un homme impliqué.

_ Tu n'as pas idée, souffla Sam en rejoignant Dean d'un pas furieux comme s'il se retenait à peine d'arracher la tête de Crowley tel un yéti enragé.

Dean avait l'impression de ne plus avoir de sang dans le cerveau ou les jambes. Il peinait à rester debout et au lieu de réfléchir à une solution, la même pensée lui tournait encore et encore dans la tête. Son père était là. Son père avait trouvé son refuge et venait à nouveau l'envahir et l'étouffer. Son père allait savoir pour Cas et lui et lui jeter un regard que Dean ne pourrait pas supporter.

_ Dean, Dean ! l'appela Cas. Calme-toi. Calme-toi. Tu es livide.

Les grandes mains de Sam agrippèrent ses biceps pour l'empêcher de tomber.

_ Reste-là Dean, ordonna son frère. Je vais aller le virer. Il n'a rien à faire ici et…

Malgré les belles paroles de Sam et le regard inquiet de Cas, le cerveau de Dean lui criait à présent de faire demi-tour et de se cacher au fond de sa grotte. Les sauveteurs, qui observaient la scène d'un air perplexe, avaient laissé pendre les cordes et il pourrait descendre facilement. Puis se terrer dans les nombreux recoins jusqu'à ce que la Terre entière oublie son existence.

Mais même cette idée s'envola lorsqu'il devina au loin la porte d'entrée qui s'ouvrait. Et la silhouette parfaitement identifiable de John Winchester apparut sur le perron.

Dean s'agita pour que Sam le relâche avant que son père ne les aperçoive. Mais trop tard. Comme s'il était mué par son instinct, John Winchester tourna directement la tête vers eux. Même de loin, Dean pouvait s'imaginer ses yeux se plisser et sa mâchoire mal rasée se serrer. Ils avaient été repérés. Et la voix de son père s'éleva dans la vallée, passant outre la distance et le bruit de la pluie.

_ DEAN !

(à suivre…)