Bonjour~
Une petite songfic aujourd'hui demandée par mon exploitatrice (ce mot existe, chut.) préférée, SunWings ! C'est du gros drama, je préviens tout de suite. J'ai voulu tester un style un peu différent de mes songfics habituelles alors j'espère que ça vous plaira.
Je m'excuse d'avance, préparez vos mouchoirs et vos antidépresseurs parce qu'on part sur une chanson de Fauve: Kané.
Bonne lecture !
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En temps normal, Balthazar aurait trouvé la vue magnifique. Les lumières de la ville qui brillaient sous lui, loin devant lui, comme si elles reflétaient les milliers d'étoiles du ciel qu'on ne pouvait voir que de cette hauteur. En temps normal, il aurait apprécié, en fermant les yeux, le vent frais frappant son visage, séchant ses larmes pour n'en laisser que des sillons ternes.
« Tu peux changer si tu le désires. T'ouvrir aux autres. Te mettre à nu. Lâche prise. Laisse tomber tes illusions. »
Il lui avait dit ça il y a quelques semaines. Théo. Son amant, ou quelque chose comme ça, il n'était même plus sûr en cet instant. Il allait mal, il avait voulu l'aider, comme d'habitude. Comme d'habitude ils s'étaient engueulés à la place. Il avait fini par soupirer et lui balancer ces derniers mots avant de partir. Bob lui était reconnaissant d'avoir tenu aussi longtemps avec lui. Il avait fini par le laisser, comme tous les autres. Il ne pouvait pas lui en vouloir, tout était de sa faute après tout.
OK, d'accord
T'es pas un modèle de vertu
Et puis c'est vrai que t'es pas non plus
Un coup en or
D'ailleurs, si on regarde ton corps
Quand tu te mets à poil
Faut bien avouer que tout nu
T'es pas vraiment l'homme idéal
Théo courait aussi vite que possible dans les rues encore animées malgré l'heure tardive, bousculant les passants sans prendre le temps de s'excuser. Il avait reçu un message, plus tôt dans la soirée, qu'il n'avait pas pu voir avant plusieurs heures. Des remerciements, des excuses, des adieux. Il s'était maudit de ne pas l'avoir lu plus tôt. Il avait essayé d'appeler, sachant pertinemment qu'il n'aurait pas de réponse, avant de partir en trombe, paniqué, insultant mentalement l'abruti qui lui servait d'amant. Il savait bien ce qui allait se passer. Il espérait que ce ne soit pas trop tard. Il avait encore tant de choses à lui dire. Tant de choses qu'il aurait dû lui dire plus tôt.
J'ai aussi appris que tu rêvais
D'être Lennon ou McCartney
Qu'est-ce tu veux, mon vieux?
T'as fait de ton mieux, ça s'est pas fait
Et puis on m'a dit que la nuit
Tu cherchais à revendre ton âme au Diable
Pour qu'il te rende moins laid
Plus fort, aimable et stable
Ouais il avait essayé de faire de son mieux. Il avait essayé longtemps. Y avait jamais eu de bons résultats. Il finissait toujours par tout foutre en l'air. Y avait cette chose en lui, au fond de son cœur, qui le forçait à briser lui-même ses propres efforts, ses propres rêves. Il avait tenté toutes les solutions possibles, il s'était rendu malade, fou pour essayer d'aller mieux, ne serait-ce qu'un instant. Théo avait réussi. Un petit peu. Mais maintenant il était seul. Sa dernière solution était sur ce rebord de pierre froide où il était assis à regarder les lumières qui dansaient en-dessous de lui.
Pourtant t'es beau, comme une comète
Je t'ai dans la peau, je t'ai dans la tête
Et quand bien même
Y aurait que moi
Tu peux pas t'en aller comme ça
Parce que t'es beau
Comme une planète
Je t'ai dans la peau, je t'ai dans la tête
Je te le répéterai
Tant qu'il faudra
Tu peux pas t'en aller comme ça
Il arriva au pied d'un immeuble, essoufflé, mais ne s'arrêta pas pour autant. Avec appréhension, il regarda autour de lui en se dirigeant vers l'arrière du bâtiment. Pas d'attroupement inhabituel, il espéra que c'était un bon signe. A moins qu'il ne soit pas là... Si, il était forcément là.
A toute vitesse, Théo monta par l'escalier de secours, ne se souciant pas de ses poumons qui le brûlaient ni de ses jambes qui faiblissaient.
Enfin il arriva aux dernières marches, celles qui donnaient sur le toit, plus que cette foutue grille à ouvrir... Il se laissa presque tomber dessus en l'ouvrant, complètement à bout de souffle. Un éclair de panique le traversa, trop tard, lui fit réaliser que son arrivée brutale aurait pu provoquer un sursaut fatal à celui qu'il voulait sauver.
Qu'importe, il était bien là, assis dos à lui, sa silhouette frêle se détachant de l'immensité du ciel et des lumières de la ville.
– Balthazar... Octavius... Barnabé... (Il s'obligea à respirer profondément) Descends tout de suite d'ici. Du bon côté.
Et puis tu feras quoi, cané, dis-moi?
T'auras l'air fin
Ça sert à quoi, caner, dis-moi?
Ça sert à rien
Le bruit de la grille ne l'avait pas tant surpris, la voix en revanche le fit se figer. Il tourna la tête vers Théo avant de reporter rapidement son attention sur le vide sous ses pieds, incapable d'affronter son regard. Il savait qu'il n'aurait pas dû lui envoyer ce message. Mais il avait besoin de dire au revoir à quelqu'un. Il se demanda vaguement comment il l'avait retrouvé avant de se souvenir que c'était ici que Théo l'avait amené une fois, pour regarder les étoiles. Une belle nuit. Il était venu ici presque inconsciemment, ça lui avait paru logique. Peut-être qu'au fond c'était pour l'attendre. Pour qu'il sache où le trouver. Peu importe, ça ne faisait que retarder l'inévitable, il avait déjà choisi.
Alors il se leva, toujours au bord du vide, pour faire face à Théo.
– C'est trop tard Théo. Ça sert plus à rien de rester là.
Je sais, je sais
Tu fais parfois du mal aux gens
Parce que t'es pas toujours le mec
Le plus loyal
Ni le plus franc
Déjà qu'en temps normal
T'es un peu pas normal, justement
Mais en plus, quand tu bois
Tu deviens rapidement assez sale
Limite flippant
A la vue de son visage ravagé, le cœur de Théo se serra. Même dans l'obscurité il pouvait voir les yeux rougis par la fatigue et les pleurs, les sillons noircis des larmes sur ses joues creusées, chacun de ses traits témoignait de ses nombreuses nuits blanches et de son désespoir. Il était à bout.
Il avait peut-être une dernière chance. Pour tout lui dire, tout ce qu'il avait refusé, tout ce qu'il avait fui jusqu'ici. C'était maintenant ou jamais de toute façon.
– Déconne pas Bob, s'il te plaît. Ce qui sert à rien c'est ce que tu t'apprêtes à faire. Ce serait même lâche de t'enfuir comme ça. T'as fait des conneries, t'en as fait des tas même. On pourrait faire une longue, longue liste de tous tes défauts. T'es susceptible, égoïste, égocentrique, impulsif, menteur...
Ça t'arrive aussi d'être un peu
Libidineux
Quand t'es pas carrément insistant
De faire des trucs pas très élégants
Pour t'excuser le lendemain
Piteusement
Et puis tes coups de sang, tiens
On pourrait en parler aussi
Quand tu sors les crocs
Sans crier gare
Pour un rien
Et contre n'importe qui
Balthazar éclata d'un rire sans joie en passant ses mains tremblantes sur son visage épuisé. Il avait l'air si fragile, Théo craignait que le moindre coup de vent ne l'emporte. Il voulut faire un pas vers lui mais s'immobilisa immédiatement en le voyant rapprocher son pied du bord comme un avertissement.
– C'est pas vraiment le meilleur moyen pour empêcher quelqu'un de mourir. Je sais bien ce que tu cherches à me dire. Mais laisse tomber, y a plus de solution pour moi. Y en a jamais eu. Parce que je les ai toutes foutues en l'air !
Théo commençait à avoir très peur. Toujours debout devant lui, un peu surélevé, au bord d'un vide de plusieurs dizaines de mètres, Bob s'agitait, parlait en faisant de grands gestes, comme à son habitude. Mais contrairement à son habitude, là, le moindre faux pas signifiait la fin. Et même avec le temps de réaction le plus court du monde, Théo était bien trop loin pour arriver à temps.
– Toute ma vie, si j'ai réellement été capable de vivre un jour, j'ai toujours tout foutu en l'air ! J'ai toujours fini par envoyer valser tout ce qui m'arrivait de bien, tout ce qui me permettait de vivre ! Et t'es même la dernière preuve de ma connerie. La preuve de trop... Alors donne-moi une seule bonne raison de continuer à m'acharner !
Pourtant t'es beau, comme une comète
Je t'ai dans la peau, je t'ai dans la tête
Et quand bien même
Y aurait que moi
Tu peux pas t'en aller comme ça
Parce que t'es beau
Comme une planète
Je t'ai dans la peau, je t'ai dans la tête
Je te le répéterai
Tant qu'il faudra
Tu peux pas t'en aller comme ça
– Je t'aime, Bob.
A ces mots, le jeune homme désespéré se calma un peu. Théo n'osait pas espérer, mais peut-être, peut-être qu'il était sur la bonne voie.
– Je te le dirai autant de fois qu'il le faudra, je t'aime Bob ! C'est peut-être pas une raison suffisante, mais je t'aime. Je suis peut-être pas dans ta tête, je ne peux pas comprendre tout ce que tu vis. Mais toi t'es constamment dans la mienne. Et c'est peut-être un peu ma faute si tu es là. Je sais que je te l'ai pas dit assez mais si tu veux bien... nous donner une chance, je te le répéterai tout le restant de ma vie. Je t'aime.
Bob avait baissé la tête, gardait ses mains contre ses yeux. Il s'était remis à pleurer. Il pensait qu'il n'avait plus une seule larme à verser depuis le temps pourtant. Sa décision était prise mais il ne savait plus comment réagir. Il croyait qu'en sautant ça résoudrait tout... Il croyait qu'il ne pouvait plus faire de mal à personne...
Théo se risqua à nouveau à faire un pas vers lui, deux, trois. Il pouvait presque tendre le bras pour le toucher désormais, mais fut une nouvelle fois arrêté par Balthazar.
– C'est faux. C'est impossible d'aimer quelqu'un comme moi. Ou bien tu comprends pas qui je suis, tu comprends pas ce que je suis. Je suis malade. Une maladie qui n'a pas de remède. Je suis un monstre Théo, un démon. Je fais du mal aux gens, je fais en sorte que personne ne puisse m'aimer !
Et puis tu feras quoi, cané, dis-moi?
T'auras l'air fin
Ça sert à quoi, caner, dis-moi?
Ça sert à rien
– C'est pas vrai, et tu le sais. C'est ce que tu t'efforces d'être parce que c'est ce que les gens disent. Arrête de les écouter, c'est pas toi qui fais du mal aux autres. Sois toi-même. Tu es quelqu'un de fort. Y a encore plein de solutions, j'en suis sûr, je les chercherai moi-même s'il le faut. Mais celle-ci n'en est pas une.
T'as peur de tout
C'est à peine croyable
Tu bloques sur un nombre de choses
Absolument incalculable
Ça dure depuis tellement longtemps
Je sais pas comment tu fais
Pour dérouiller autant
Même si je crois quand même
Qu'à la longue, ça t'a un peu abîmé
En dedans
Toujours en larmes, Balthazar regarda Théo droit dans les yeux puis, ne pouvant plus supporter la peur et les supplications qu'il lisait dans son regard, il lui tourna le dos pour faire face aux lumières des immeubles.
– Je veux plus de solutions. Je veux juste arrêter d'avoir mal et de faire du mal.
Il voulait juste mourir. C'était fini pour lui, plus rien ne le retenait dans ce monde. A part lui. Mais même s'il semblait sincère, il ne le serait pas éternellement. Et il reviendrait au même endroit. C'était inutile. Autant partir tout de suite.
D'ailleurs on t'entend parfois dire
Des choses étranges
Des trucs pas nets
De parler à l'envers Et de raconter des histoires
Sans queue ni tête
T'es devenu bizarre
Imprévisible
Déconcertant
Branque
Cryptique
Certains disent même
Qu'ils t'ont vu à ta fenêtre le soir
Parler aux satellites
Le vent se faisait un peu plus fort sur le toit de cet immeuble où ils se trouvaient. Malgré sa panique, Théo ne put s'empêcher de trouver que Bob était magnifique à cet instant avec ses bras levés pour laisser le vent jouer dans ses cheveux et ses vêtements, petite silhouette perdue entre les étoiles du ciel et de la terre. Il savait bien qu'il n'en pouvait plus, ce n'était même plus du désespoir à ce stade. Ses crises aussi soudaines qu'insensées n'étaient plus supportables depuis longtemps. Il avait vécu beaucoup trop de choses pour rester indemne. Théo les avait vues, ces innombrables cicatrices sur ses bras, ses jambes et ses hanches. Il avait sûrement raison en disant que c'était trop tard. Mais il ne pouvait pas se résoudre à le laisser partir comme ça.
Il n'osait pas le toucher, le ramener de force vers lui n'arrangerait rien. C'étaient ses mots qui importaient. Théo n'avait jamais su les utiliser correctement. C'était sa dernière chance d'y parvenir.
– Bob...
– Arrête, c'est fini je te dis. Je te remercie, Théo, pour tout ce que tu fais, tout ce que tu ressens pour moi. J'aimerais que ce soit suffisant mais c'est pas le cas. Je suis déjà trop loin de toi. J'existe plus depuis longtemps.
Pourtant t'es beau, comme une comète
Je t'ai dans la peau, je t'ai dans la tête
Et quand bien même
Y aurait que moi
Tu peux pas t'en aller comme ça
Parce que t'es beau
Comme une planète
Je t'ai dans la peau, je t'ai dans la tête
Je te le répéterai
Tant qu'il faudra
Tu peux pas t'en aller comme ça
– Ecoute-moi, une dernière fois et après... après tu fais comme tu veux. Je comprends que tu sois à bout. Mais je sais que tu as encore assez de force pour te battre, si tu me permets de rester à tes côtés. T'es pas fou, Bob, t'es pas mauvais non plus. T'es juste brisé.
Il fit une pause. Devant lui, Balthazar ne bougeait plus, ne montrait aucune réaction.
– Je veux t'aider, je suis sûr que je peux. Mais il faut que tu le veuilles aussi. Alors... C'est à toi que le choix revient. Je suis là, tu vois. Tout près de toi, les bras grand ouverts. Que tu choisisses un côté ou l'autre, je suis prêt à te rattraper quoi qu'il arrive. Je te l'ai déjà dit non ? Ou alors une fois de plus j'en ai pas été capable ? Peu importe, je te le dis maintenant. Si tu tombes je suis là pour te rattraper. Ça vaut au sens moral comme physique... Bob je te jure que si tu décides de te jeter de ce putain de toit je saute avec toi !
Et puis tu feras quoi, cané, dis-moi?
T'auras l'air fin
Ça sert à quoi, caner, dis-moi?
Ça sert à rien
Un sourire se dessina sur les lèvres de Balthazar, le premier sourire sincère depuis bien longtemps. Son visage était toujours noyé de larmes salées, mais son sourire suffisait à l'illuminer. Il l'avait sa solution, finalement.
Il se laissa tomber en avant.
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Pour la petite histoire, sachez que ce n'est pas moi qui ai choisi la fin. Je voulais faire un happy end mais plus j'écrivais plus j'hésitais alors j'ai fait un sondage sans dire quel choix donnait quelle fin. Alors ceux qui ont voté vous assumez ? x) *s'enfuit avant de se faire taper par Sun*
Bon je ferai peut-être une fin alternative, je sais pas. En attendant une petite review ça fait toujours plaisir !
Câlins et cœurs sur vous, à bientôt :3
