Harry se tenait, raide, dans le bureau du directeur de la clinique. Il était presque déconnecté de la réalité. Il ignorait quoi faire et quoi ressentir à propos de tout ce qu'il venait de découvrir. Heureusement, il avait Arthur à ses côtés. Il ne savait pas ce qu'il aurait fait sans la famille Weasley et Hermione. Cette nouvelle… C'était beaucoup trop !

Lorsqu'il était allé au Terrier via la cheminette, il avait aussitôt trouvé la famille complète réunie. Il n'avait pas pu articuler un mot, encore sous le choc, alors pendant que Molly l'obligeait à s'assoir, inquiète, il avait tendu la lettre à Arthur. Harry était heureux d'avoir fait la démarche de venir voir sa famille de cœur.

Arthur avait, immédiatement, pris les choses en main. Il avait lancé quelques sorts et confirmé que la lettre était véridique. D'ailleurs, Arthur connaissait la clinique de réputation. Ses services étaient parfaits mais assez chers. Après quoi, Arthur avait contacté la clinique et prit rendez-vous. Il en avait obtenu un dans l'heure suivante. Harry n'en avait pas été surpris. Il savait déjà que cela payait d'être le Sauveur du monde sorcier.

Maintenant, c'était l'heure de vérités ! Dans quelques minutes, il obtiendrait toutes les explications qu'il voulait. Elles ne seraient pas inutiles ! Il ne parvenait toujours pas à croire que le contenu de cette lettre soit vrai. Ca ne pouvait pas vraiment être en vrai ! Autant qu'il trouvait cette idée merveilleuse, elle était impossible ! Un secret pareil ne pouvait pas être préservé !

Harry sursauta lorsqu'une porte s'ouvrit et que le directeur entra avec un sourire jovial mais évidement nerveux. Il s'installa face à eux, rapidement.

« Monsieur Potter ! C'est un honneur de faire votre connaissance. Permettez-moi de vous remercier pour… »

« J'aimerais en venir, tout de suite, au sujet de votre lettre, monsieur. »

Harry savait ce qui allait venir. Les remerciements pour avoir battu « vous-savez-qui » comme se bornaient à l'appeler la majorité des sorciers. Mais, aujourd'hui, il n'avait ni la patience, ni l'humeur d'écouter cela. Alors, il avait mis à profit ce que lui avait appris Draco.

Et oui, il avait un apprentissage accéléré avec son ancien adversaire. En apprenant toutes les responsabilités qui allaient de paire avec l'héritage Potter et Black, Harry était allé trouver la seule famille qui puisse le guider et le comprendre. Les Malefoy étaient les seuls à se rapprocher de lui en termes de richesses et de poids politique. Narcissia et Draco lui avaient appris tout ce qu'un héritier tel que lui aurait dû apprendre avant ses dix sept ans. Le résultat avait été spectaculaire. Même, Harry avait été surpris. Face à des personnes inconnues qu'Harry n'appréciait pas particulièrement, il devenait un personnage totalement différent. Assez semblable à Draco Malefoy en vérités.

Et là, le directeur de la clinique de l'arbre aux fées en faisait les frais.

L'homme devint plus nerveux et s'agita nerveusement. Il se tendit et poussa un dossier vers Harry.

« Comme il a été dit dans votre lettre, Albus Dumbledor nous a confié votre famille. Il nous a mis sous serment. Son unique but était de protéger vos parents et votre parrain. »

« Votre lettre disait que James et Lili avaient reçu un sortilège de Magie noire. »

C'est Arthur qui avait posé cette question. Il n'avait pas vraiment connu les parents d'Harry. Ne faisant parti de l'ordre durant la première guerre, il n'en avait pas eu l'occasion. Il n'avait jamais voulu impliquer que sa famille dans une guerre. Seul le fait qu'Harry (qu'il avait rapidement considéré comme un de ses enfants) soit directement impliqué dans la seconde l'avait poussé à participer à celle-ci. Quoiqu'il en soit, Molly et lui avaient rencontré le couple Potter à quelques reprises par le biais des frères de Molly. Et, ils avaient sympathisé.

« Oui… James et Lili Potter ont reçu le sortilège Somnus Morthus. Ce sortilège lie ses victimes au sort du lanceur, en quelque sorte. »

« Comment vont-ils ? Et mon parrain ? Comment est Sirius ? »

« Monsieur Black se porte bien. Il est toujours dans le coma mais il donne des signes de réveil. Vos parents sont parfaitement rétablis. »

« Comment ont-ils pris les choses ? Le nombre d'années écoulées en particulier… » Demanda Arthur, inquiet.

Le malaise du sorcier sembla croitre tandis qu'Arthur voyait, avec inquiétude, l'irritation d'Harry grandir. Leur interlocuteur dut sentir le danger car il s'empressa de prendre la parole.

« A vrai dire, nous ne leur avons pas dit grand-chose. Nous les avons maintenus isolés depuis leur réveil. Ils ne savent que le strict minimum. »

« Vous ne leur avait pas dit combien de temps ils ont été dans le coma. »

La voix d'Harry était calme. Quiconque le connaissait un minimum aurait flairé le danger. Arthur le repéra mais le directeur crut qu'il échappait au danger.

« Effectivement, j'ai… »

Il n'acheva jamais cette phrase. Harry se leva avec, autour de lui, une aura de pure fureur. Il déclara, d'une voix à peine contrôlée, qu'il emmenait, immédiatement, sa famille chez lui et quitta, à pas rapides, le bureau.

James se força à avaler la nourriture que les infirmières venaient de lui apporter. Oh, elle était très bonne ! Il n'y avait rien à dire à ce sujet. Il en avait, tout simplement, assez d'être enfermé sans rien savoir de ce qu'il se passait à l'extérieur de cette clinique. De cette chambre, même ! Sans nouvelles de ses amis... Mais, plus important, sans nouvelles de son fils ! Cela faisait plusieurs mois que Lili et lui s'étaient réveillés. On ne leur disait plus rien sur ce qui se passait hors de cette clinique. On les avait, simplement, informés qu'ils étaient sortis du coma où Voldemort les avait plongés à la mort de celui-ci. Face à leurs questions répétées, on leurs avait assurés qu'Harry se portait bien et était en sécurité… Mais depuis, plus rien !

Lili se réveillait et s'endormait en larme. James voulait se montrer fort mais il ne se sentait pas plus vaillant que sa femme. Leur dernier souvenir, à tous les deux, était l'attaque de Voldemort. Comment leur garçon avait-il pu survivre au mage noir ?

James serra les poings au souvenir de la traitrise de Peter. Il avait failli perdre sa famille à cause de ce rat ! James ne savait pas pourquoi Voldemort avait lancé ce sortilège de coma plutôt que l'Avada mais il en louait le ciel.

Une main douce se posa sur son poing, l'incitant à lever les yeux vers Lili. Et comme chaque fois, James senti ses envies de meurtres disparaitre. Ces yeux lui rappelaient toujours qu'il ne pouvait pas se permettre de traquer Pettigrew. Sa femme et son fils comptaient sur lui. Ils avaient besoin de lui.

« Ca va aller, James. On va sortir d'ici et retrouver Harry. Je suis certaine que Sirius et Remus le gâtent beaucoup trop. Notre bébé doit être très heureux. »

La voix de Lili était convaincante. James soupira et reprit la tâche de se nourrir. Pour s'arrêter, de nouveau, quelques instants plus tard au son d'une voix hurlante.

« Où sont-ils ? »

Eh bien, c'était inhabituel ! Depuis tous ces mois, la clinique était habitée par un silence angoissant. Cet homme qui hurlait était presque rassurant.

James aurait été plus rassuré s'ils avaient eu leurs baguettes en main, néanmoins. Mais, on ne leur avait jamais remis… Même suite à leurs réclamations répétées. James se sentait démuni et vulnérable. Il n'avait jamais été sans baguette. Il avait même possédé une baguette d'entrainement avant de recevoir sa première véritable baguette à onze ans. Alors, ne pas avoir sa baguette à un moment où sa vie était si incertaine l'effrayait.

La poignée de leur chambre (une cellule, oui !) commença à s'abaisser. James entraina, immédiatement, Lili au fond de la pièce. Il se crispa lorsque la poignée reprit sa place initiale et qu'un échange à voix basses et plutôt vif se fit entendre derrière la porte.

Puis, finalement, la porte s'ouvrit.

James cligna des yeux. L'homme roux qui venait d'entrer lui était familier mais il n'arrivait pas à replacer son visage. Ce fut Lili qui lui donna la réponse par un chuchotement choqué.

« Arthur ? Arthur Weasley ? »

James le reconnut à son tour alors qu'il hochait la tête. James voulait nier. Ce ne pouvait pas être Arthur Weasley. L'homme semblait avoir presque deux décennies de plus qu'il ne s'en souvenait.

« James, Lili… Vous devriez vous assoir. On vous a caché beaucoup de choses. »

Le couple s'empressa d'obéir et, dix minutes plus tard, ils n'avaient pas bougé de leur position. Arthur leur avait tout dit des années qui avaient passé et de leur mort présumée. De la mort certaine de Voldemort, il y a quelques mois. Il n'avait rien dit de plus, pour le moment. Heureusement, ces seules informations étaient suffisamment choquantes ! James soupçonnait qu'il y avait beaucoup plus qu'ils devraient connaitre… Comme le nom de celui qui avait défait Voldemort et comment avait vécu Harry jusque là.

« Vous me dite que mon bébé à dix huit ans, maintenant. » Souffla Lili.

Arthur frémit, visiblement, au désespoir du couple. Il lança un regard nerveux vers la porte puis reprit :

« Harry règle les détails pour vous ramener chez lui. »

James ferma les yeux lorsqu'il entendit parler de son fils comme l'adulte qu'il était. Leur enfant unique avait grandi sans eux. Il avait sa propre maison. Sa propre vie. Avaient-ils vraiment leur place dans cette vie.

Comme s'il avait perçu ses doutes, Arthur eut un léger sourire.

« Harry est un bon garçon. Généreux et aux besoins simples. Tout ce qu'il n'a jamais voulu, ce sont des amis et une famille. Vous ravoir dans sa vie, Sirius et vous, le comble… Enfin, le comblera lorsque le choc de la nouvelle sera digéré. »

Il y eut, alors, un léger coup à la porte. Arthur se leva, hésitant et un peu craintif. Surtout pour Harry. Le jeune homme était fragile. Un faux mouvement du couple et le garçon pourrait se sentir rejeté.

« C'est Harry… Est-ce… »

Arthur ne put achever sa phrase. James le coupa rapidement.

« Je veux voir mon fils ! »

« Oui, ça fait que trop longtemps que l'on attend ! »

Arthur ouvrit la porte et laissa la famille à leur retrouvaille.

Harry n'eut qu'un bref aperçu de ses parents avant que sa mère ne vienne se blottir dans ses bras. Harry blottit, aussitôt, son visage au creux du coup de sa mère et ne releva les yeux que lorsqu'il sentit une main tremblante sur sa tête. Ses yeux rencontrèrent une seconde ceux de son père avant que celui-ci ne les engloutisse, sa mère et lui, dans une chaude étreinte.