Bonjour~
Ça faisait un moment que je n'avais rien posté ici, et dans le fandom en général mais me revoilà ! Et avec du Braggière ! Ce n'est pas un OS qu'on m'a demandé mais je préfère le mettre ici car le scénario n'est pas de moi, il a en effet été proposé par le soyeux créateur de ce ship qu'est Rainflicker.
C'est la première fois que j'écris un one-shot complet sur ce ship et c'est du tout fluff, je vous souhaite une bonne lecture !
Disclaimer: Aventures ne m'appartient pas, le scénario, Bragg et l'Homme à la rapière qu'on appelle Camille non plus, seuls les mots sont à moi donc ce serait gentils de ne pas me les prendre, et je ne gagne rien d'autre que votre amour pour mes écrits.
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Camille claqua la porte de l'immeuble en sortant, un peu trop fort comme d'habitude, poussa un bref soupir qui forma un nuage de vapeur et commença à marcher d'un pas vif en resserrant son long manteau autour de lui. Au bout de quelques mètres à peine il ralentit, son regard irrésistiblement attiré par les soudaines couleurs venues illuminer le sombre matin d'hiver. Camille jeta un œil à sa montre et sourit. Il avait un peu de temps. Il s'arrêta et observa la petite boutique de l'autre côté de la rue. Il était encore tôt et les rues étaient désertes mais l'auvent de bois peint en lavande était déjà relevé au dessus de la devanture de la même couleur. Le verre des vitrines était et de la porte était irrégulier mais laissait passer une faible lumière rosée et diverses silhouettes déformées aux couleurs chatoyantes.
Camille sortit une cigarette et l'alluma, gardant la flamme de son briquet allumée quelques secondes de plus pour réchauffer ses mains. Cela faisait quelques mois qu'il avait emménagé dans cette rue, et presque autant de temps qu'il avait pris l'habitude, à moins d'être en retard, de s'arrêter ici, devant la petite boutique de fleurs sobrement nommée par des lettres blanches: Bragg.
Alors qu'il laissait lentement, par intermittence, une traînée de fumée blanche passer la barrière de ses lèvres, le son d'un carillon retentit, la porte s'ouvrit en grand et il apparut. De dos d'abord, ses cheveux d'un noir profond tombant sur ses épaules, sa taille soulignée par le nœud du tablier, toujours du même violet, attaché autour. Il marchait à reculons pour traîner, avec une facilité qui reflétait l'habitude, un lourd pot en terre contenant un arbuste dont les branches aux épines vert vif portaient quelques décorations en bois et tissus aux couleurs pastel. Noël approchait après tout.
Camille l'observa encore un moment depuis l'autre côté de la rue pavée de gris alors qu'il faisait des aller-retours entre l'extérieur et l'intérieur du magasin, ramenait des jacinthes bleues, roses, parfois encore closes, plaçait devant la vitrine dans un ordre étudié des pensées où se mêlaient des rouges et oranges flamboyants, des iris à l'indigo sombre, des chrysanthèmes d'un jaune ou d'un rose éclatants, des hellébores rose pâle... Il effectuait cette routine chaque matin, avec toujours des plantes et des couleurs différentes, se préparait très tôt à accueillir le premier passant qui serait attiré par le contraste que la boutique offrait avec le reste du matin morne.
Et d'après ses mains rougies, Camille se doutait qu'il était déjà là depuis encore plus tôt, à arroser, tailler, soigner chacune de ses fleurs. Il se demanda, comme souvent, alors que l'homme aux cheveux noirs sortait une nouvelle fois, chargé de tant de roses rouges et blanches qu'elles dissimulaient son visage, comment les bras si fins et pâles que laissaient voir les manches retroussées de la chemise trop large, qui avaient l'air si frêles pouvaient transporter autant de plantes, de pots, de caisses sans jamais sembler se fatiguer.
Perdu dans ses contemplations, il sursauta presque en prenant soudain conscience des yeux sombres qui venaient de se poser sur lui et du sourire qui lui était adressé. Sans y répondre Camille regarda à nouveau sa montre. Il était resté plus longtemps que d'habitude. Précipitamment, avec une négligence forcée, il jeta cigarette à demi consumée au sol et l'écrasa avant de tourner les talons et repartir, se retenant de courir et se traitant d'idiot pour n'avoir pas su réagir à ce qu'il lui semblait qu'il attendait pourtant depuis le début.
Dans l'arrière-boutique éclairée par la lumière orangée du jour déclinant, Bragg terminait de composer un bouquet d'œillets blancs, jaunes et roses pour sa dernière commande de la journée, une cliente qui devait revenir le lendemain matin. Il s'agissait d'une jeune femme dont la mère était à l'hôpital après un accident et dont ces fleurs étaient les préférées. Bragg n'avait pas pu s'empêcher d'y rajouter quelques-unes de ses plus belles fleurs. Il aimait essayer de deviner les histoires qui amenaient les passants dans sa boutique, il avait beaucoup appris sur l'attitude de chaque personne, selon chaque occasion depuis qu'il avait créé son petit magasin de fleurs, mais lorsque ses clients se confiaient à lui, pour lui demander conseil ou parce qu'ils avaient simplement besoin de partager leurs émotions, il offrait toujours quelques tiges supplémentaires, comme remerciement pour avoir fait part de leurs sentiments à un inconnu, comme encouragement, comme petite contribution à la surprise de la personne qu'il aura eu l'impression de connaître, même pour quelques minutes à peine. Les histoires des fleurs étaient toujours belles. Parfois tristes, incertaines, mélancoliques, mais toujours pleines de joie, d'espoir ou de souvenirs. Bragg aimait les fleurs car elles étaient pour lui une représentation du cœur des gens, des sentiments que chaque être humain pouvait porter à quelqu'un d'autre.
Alors qu'il coupait un morceau de ruban de satin pour la touche finale, le son cristallin du carillon résonna à l'entrée et le sortit de ses pensées.
- Je suis à vous dans une minute ! lança-t-il par habitude sans interrompre ses gestes.
Il était rare qu'il reçoive un client si peu de temps avant la fermeture. Laissant un demi-sourire planer sur son visage, il commença à imaginer les raisons potentielles de sa venue. Un cadeau de dernière minute oublié avant un rendez-vous ? Tout simplement une soudaine envie, en passant devant la vitrine, de faire plaisir à quelqu'un ? Il se dépêcha de nouer le ruban autour du bouquet et repassa rapidement dans la pièce principale pour accueillir celui ou celle qui venait d'y rentrer.
A quelques pas de la porte se tenait un homme dans un long manteau sombre regardant, sans vraiment sembler les voir, les étalages de roses devant lui. Ses doigts jouaient avec un élastique qui avait dû auparavant se trouver dans ses cheveux mi-longs et, même si Bragg ne pouvait voir son visage tourné vers le présentoir, il était clair qu'il ne se sentait pas à sa place. Néanmoins sa posture et ses larges épaules dénotaient une habituelle assurance.
- Bonsoir, je peux vous aider ?
Lorsque l'homme se retourna vers lui, ne l'ayant visiblement pas entendu arriver, Bragg le reconnut aussitôt. C'était l'homme qu'il avait vu le matin-même, et celui d'avant et encore avant, du côté opposé de la rue. L'homme qui s'arrêtait un instant chaque matin mais ne s'était encore jamais décidé à entrer. Il fallait avouer que son apparence ne laissait pas supposer qu'il pouvait s'intéresser aux fleurs. Avec sa silhouette et sa démarche imposantes, et la légère mais bien visible cicatrice qui lui barrait le nez, il avait l'air plus apte à tenir une épée qu'un bouquet. Ce qui rendait les choses d'autant plus intrigantes. Son histoire, s'il acceptait de lui en faire part, serait sûrement agréable à écouter.
- Je voudrais un bouquet.
Malgré son visage impassible, Bragg réussit à déceler une pointe d'hésitation dans sa voix grave.
- C'est généralement ce que veulent les personnes qui entrent chez un fleuriste, répondit Bragg en riant pour tenter de le détendre, mais enchaîna rapidement devant le manque de réaction et le regard pénétrant de l'homme: Quel genre de bouquet ?
- J'espérais justement que vous sauriez me renseigner.
- Bien sûr, de quelle occasion s'agit-il ?
- Une invitation.
Quelque chose venait de changer dans son expression, une ombre de sourire s'était installée sur ses lèvres bordées d'une barbe fine et il semblait soudain avoir regagné toute sa confiance.
- Et, hum, quel type de personne voulez-vous inviter ? demanda Bragg, quelque peu déstabilisé par son attitude.
Le sourire de l'homme se fit un peu plus franc, et il posa ses avant-bras sur le comptoir pour se pencher légèrement vers lui avant de répondre en le regardant toujours droit dans les yeux:
- C'est quelqu'un que je vois tous les jours, à vrai dire je ne lui ai jamais parlé mais j'aimerais faire connaissance... et plus.
- Je vois. Vous voulez avouer une attirance, c'est bien ça ?
L'homme hocha la tête pour acquiescer et Bragg contourna le comptoir pour commencer à lui montrer quelles sortes de fleurs pourraient convenir, ainsi que pour briser le contact visuel, étrangement presque à contrecœur. C'était la première fois qu'il rencontrait une telle personne, et savoir qu'il s'agissait de l'homme qu'il voyait tous les matins de loin lui créait une impression étrange. Et intrigante.
- Vous avez une idée pour les couleurs ?
Il haussa les épaules.
- Du rouge, probablement.
Bragg passa entre les étagères remplies de pots et compositions florales multicolores, suivi de près -un peu trop près- par son client. Une légère odeur de tabac froid émanait de lui mais se mêlait pourtant étonnamment bien aux effluves délicates de jasmin, de roses et d'amaryllis.
- Des camélias pourraient convenir, elles symbolisent la perfection, l'admiration et, en rouge, l'attirance amoureuse. Cependant le rouge en général représente aussi la passion et l'engagement et risque d'avoir un message trop fort pour une première rencontre. Du rose devrait adoucir le tout en y ajoutant l'innocence, quant à la fleur à choisir en cette couleur... Pouvez-vous me décrire le caractère de cette personne ?
- C'est une personne qui a l'air très timide et sensible, presque fragile mais qui a pourtant une force étonnante, et un enthousiasme très contagieux lorsqu'elle commence à parler de sa passion.
Bragg se sentit de nouveau décontenancé par son sourire et la description faite sans hésitation, empreints d'une surprenante douceur de la part d'un homme aux traits si durs, -et n'avait-il pas dit qu'il ne lui avait jamais parlé ?- mais il se reconcentra sur son travail, l'entrain le regagnant rapidement à l'envie de composer un bouquet parfait.
- Dans ce cas, des pivoines seront très bien. Ce sont mes préférées en vérité, ajouta-t-il avec un sourire. Elles ajouteront la modestie, la sincérité et la volonté de protéger. Bien, je pense que ce sera suffisant. Ah, non j'allais oublier !
Il piocha parmi celles présentées, cinq camélias rouges, quatre pivoines roses et, au moment de revenir vers le comptoir, choisit également un hibiscus rouge. Il les déposa sur son plan de travail, alla chercher du ruban et une paire de ciseaux et commença à tailler chaque tige tout en décrivant chacune de ses actions.
- Ce sont des fleurs qui prennent un peu de place, les pivoines en particulier, je vais faire un bouquet rond pour qu'il n'ait pas l'air trop imposant.
Il rassembla les fleurs après en avoir coupé les tiges à taille égale et attacha, en serrant bien, un premier morceau de ruban vert clair.
- Et au milieu de tout ça, on laisse dépasser l'hibiscus pour rajouter la touche de séduction, dit-il en adressant à son client un sourire malicieux, mais surtout pour envoyer une invitation qui ne saurait être refusée.
- J'aurais le droit de vous accuser de publicité si ça ne fonctionne pas alors, répondit l'homme avec le même sourire.
- Vous pourrez, rit-il. Mais je suis sûr que ça fonctionnera. Et voilà ! Qu'en pensez-vous ? Vous voulez écrire la carte tout de suite ?
Il lui tendit un carton en forme de cercle ainsi qu'un feutre à la pointe argentée et arrangea quelques détails dans les pétales de fleurs en attendant qu'il eût fini d'écrire. Il accrocha ensuite la carte et fit payer l'homme avant de lui donner le bouquet.
- Merci beaucoup ! Je vous souhaite une bonne soirée, et j'espère que vous réussirez à l'inviter !
- Je vais vérifier ça tout de suite.
L'homme reprit soudain l'expression sérieuse et légèrement nerveuse qu'il avait eue en entrant dans la boutique. Il lui tendit le bouquet, que Bragg reprit par réflexe, lui adressa un dernier sourire et sortit à grands pas avant même qu'il n'ait eu le temps de le retenir. Bragg resta ainsi, confus, tenant le bouquet de fleurs à bout de bras quelques secondes avant de finalement le reposer pour lire la carte, ses joues se teintant de rose alors qu'il commençait à comprendre.
Il paraît que vous ne pouvez pas refuser cette invitation. Venez prendre un verre avec moi ce soir. Je vous attends dehors. Camille.
Bragg posa une main sur sa bouche pour étouffer sa surprise et un rire nerveux, et son visage pâle devint aussi rouge que les camélias du bouquet. Il dut prendre plusieurs minutes pour remettre de l'ordre dans ses pensées et, une fois ses rougeurs calmées, il se dépêcha de finir son rangement, d'enlever son tablier et d'éteindre toutes les lumières avant d'attraper son bouquet et de se précipiter à l'extérieur pour rejoindre l'homme qui l'attendait, Camille.
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Voilà~ Honnêtement, je ne sais pas si j'en suis fière ou pas, il y a beaucoup de dialogues et ceux qui me suivent doivent savoir à quel point je déteste ça, et même si je me suis amusée dessus, j'y ai passé bien plus de temps que je l'aurais voulu. Mais faire des recherches sur les fleurs et leur langage était très intéressant et j'espère que ça vous a plu à vous aussi !
