Hello tout le monde. Tout d'abord, merci beaucoup à Queen-Mebd et Taraliel pour leur commentaire et à tout ceux qui ont lu mon histoire. Je vous apportes avec grand plaisir le chapitre 2 en espérant que vous l'apprécierez. Bonne lecture à tous !


Mon village était un lieu connu seulement par ceux qui l'avait déjà vu. En outre, son emplacement était tel et notre discrétion si efficace que même le meilleur des éclaireurs chercherait longtemps pour nous trouver. Même avec le soleil déclinant et la lune montante, rien ne m'empêchait de me repérer parmi les bois. J'avais depuis un bon moment perdu de vu mon petit abri où reposait le chevalier prisonnier, mais sans que je puisse y faire quoique ce soit, mon esprit ne put s'arrêter de penser au jeune homme. Quel étrange homme d'ailleurs... Le bruit de pas derrière moi fit stopper mes pensées. Je me retournais pour voir de qui il s'agissait, en réalité, ce n'était qu'un garde, veillant sur les différentes entrées des lieux. Sa peau peinte de bleu me rappela mon père, lui même coloré de cette manière, signe de pouvoir du combat. Je n'en avait pas l'honneur, mon père avait refusé que je face partie des combattants, ce matin n'avait été qu' une exception pour manque d'effectif. Je doutais de pouvoir un jour reprendre une arme et au fond, je n'en ressentais pas l'envie. L'homme me salua avant de reprendre son inspection et me laissa entrer. Divers feux avaient été allumé, leurs lumières tamisées par les branches épaisses des arbres en ce début d'été. J'ai avancé vers l'attroupement, au centre, Merlin n'avait pas encore commencé à parler.

Lorsque les gens me virent arriver, je remarquais sur chacun d'entre eux un regard différent, allant de la simple surprise au dégout. Mon envi de vouloir sauver le chevalier m'avait mis dans une mauvaise situation et à leurs yeux, je pouvais rapidement changer de camp, ce qui bien sur pour moi était impensable. Sans faire plus attention à eux, je m'avançais encore un peu et attendis que notre chef parle. Ce qui ne tarda pas, formulé dans notre langue maternelle, son discours fut court et clair.

« Les chevaliers du grand mur sont à notre recherche, nous ne pouvons plus rester ici, il nous faut repartir au nord du pays. Le prisonnier, dit-il en se tournant vers moi, vient avec nous. Mais sache Judy, que si il tente de se jouer de nous, il mourra, peut importe ce que tu pourras en penser. »

Je n'ai pas compris le sens de ces derniers mots. Pourquoi aurais-je eus mon mot à dire ? Merlin restait le chef et cela ne changerait pas pour moi. Je ne compris pas non plus pourquoi ma gorge se serra lorsqu'il annonça de sang froid vouloir le tuer si il s'échappait. Ce chevalier n'était rien pour moi... Non, c'était surement parce que je n'aimais pas que l'on tue de cette manière. Je me demande encore comment il m'a été possible de combattre ce matin alors que je n'appréciais guère ôter la vie à quelqu'un.

« Nous partirons après demain, commencez à vous préparer au cas ou. Ils sont très fort, il se peut même qu'ils nous trouvent plus vite que prévu. » Merlin termina sur cet ordre, puis il retourna s'assoir près du feu avec les autres membres du conseil. Avec cet ordre, je devais me dépêcher de rentrer pour commencer à ranger mes petites bricoles. Sans compter qu'il me faudrait annoncer au prisonnier notre départ prochain, il ne risquait pas de le prendre bien. Quel idée m'avais prise de vouloir l'épargner ? Je disparus dans la forêt en direction de ma cabane. Je fus surprise de voir le feu que j'avais allumé avant de partir éteint, et je fus encore plus surprise de voir le lit vide, la corde qui avait servi à attacher le prisonnier était défaite. L'angoisse me pris immédiatement et l'évidence me sauta aux yeux. Le chevalier s'était échappé.

OoOoOoOoOoOo

Galahad courrait à en perdre haleine, traversant à toute vitesse les arbres. Parfois, une branche feuillu venait frapper son visage mais rien ne l'arrêta. Sa blessure à l'épaule le brulait, elle lui criait douleur mais il ne l'entendit pas, il ne remarqua pas que la plaie s'était réouverte et baignait dans le sang. Il jura pour n'avoir pu trouver ses armes, sa gardienne devait surement les avoir caché ou emmené avec elle. Cependant, elle avait commit une erreur en le croyant endormit et l'ayant attaché avec une simple corde, bien serré, il devait l'avouer. Il n'avait pas attendu longtemps avant de s'enfuir vers les bois. Il ne savait pas où il allait ni depuis combien de temps il courrait mais il ne voulait en aucun cas rester prisonnier des Pictes. Bien que la jeune femme qu'il eut rencontré tout à l'heure lui avait semblé charmante, aimable et gentille, il préférait éviter le contact pour finir la gorge tranchée dans son sommeil. Ce qui évidemment risquait de lui arriver si ils n'avaient plus besoin de lui.

Il eut besoin cependant d'écouter les plaintes de son corps sur le point de le lâcher. La tête lui tournait, ses oreilles sifflaient et son épaule était encore plus douloureuse qu'avant. N'ayant plus le choix, Galahad fut contraint de s'assoir pour éviter l'évanouissement. Pourquoi était-ce lui qui s'était pris la flèche parmi tous les autres ? Il ne prétendait pas vouloir voir ses compagnons dans le même état mais vraiment, quelle injustice ! Il avait réussi à garder son calme ce matin mais il ne savait pas si il pourrait continuer prochainement...

Des mouvements derrière lui le firent lever la tête, il se retourna aux aguets, titubant légèrement sous la douleur de son mal de crane naissant. Il vit apparaître Judy, elle même essoufflé, nerveuse et angoissé. Ses traits s'éclaircirent lorsqu'elle aperçut le chevalier, puis Galahad vit passer la colère sur son doux visage. Ses lèvres se figèrent dans un rictus de rage et elle s'avança à grand pas vers lui. Il n'eut pas le temps de répliquer, une main claqua sourdement sur sa joue, pour le reste, il entendit la voix de la jeune femme s'écrier avec indignation.

« Êtes-vous fou ? Vous auriez pu vous faire tuer si je n'avais pas remarqué votre absence à temps. Si quelqu'un d'autre vous avez trouvé, vous seriez mort !

-Vous ne pouvez pas me reprocher d'avoir essayé de sauver ma vie ! S'écria Galahad hors de lui. Quoi que je fasse, je suis condamné, si je reste avec vous, je peux être tué à tout moment ! Ma seule chance restait celle ci, il me fallait la saisir. »

Il s'arrêta, le souffle court. Un gémissement traversa ses lèvres alors qu'il s'agenouillait, terrassé par la douleur cuisante de son corps tout entier. Même encore animée par la fureur, Judy ne le laissa pas en proie aux tortures qui s'en prenaient à lui à cœur joie. Elle nota la réouverture de la blessure, le bras de Galahad était en sang et la chemise blanche avait gravement tournée au rouge. Elle s'approcha, tâtant avec précision la plaie et grimaça en voyant l'étendu des dégâts.

« Votre blessure est importante, il faut que vous retourniez au camp avec moi pour que je m'en occupe. Si on la laisse dans cet état, vous risquez une infection. Il se pourrait qu'avec votre fièvre vous ne passiez pas la nuit... » murmura t-elle désolé.

Toute sa colère était passé et elle comprenait parfaitement les intentions de Galahad... Seulement, elle ne pouvait le laisser repartir dans cet état, d'une part parce qu'il ne survivrait pas et d'autre part parce qu'elle ne voulait pas le voir mourir en sachant qu'elle aurait pu l'aider.

« Je ne veux pas... » Grogna le chevalier exténué. Parler devenait pour lui un supplice.

Judy ne lui laissa pas le choix, avec délicatesse, elle l'obligea à se relever et l'aida à se maintenir debout. Sans protester, Galahad se laissa ramener, sachant que sa force ne lui permettait pas de continuer. De plus, il ne tenait pas particulièrement à mourir. La jeune femme le força en douceur à s'assoir sur sa paillasse avant de disparaître un peu plus loin et revenir avec quelques outils de couture et le nécessaire de soin. S'asseyant à ses côtés, elle déboucha un pot en terre cuite où elle y plongea un chiffon humide et le laissa infuser le temps de défaire la chemise du chevalier. Galahad la regarda faire et se raidit en sentant le chiffon être appuyé sur sa plaie.

« Détendez vous. Fit elle en voyant les traits du chevalier se durcir. Cela nettoiera la blessure. »

Le jeune homme acquiesça avec difficulté mais ne parvint pas à ce détendre, ne serait-ce que pour la douleur. Mais le plus dur restait visiblement à venir lorsqu'il vit Judy passer du fil dans une aiguille et l'approcher de son bras. Pourtant, le contact fut à peine plus douloureux qu'une piqure et la sensation du fil traversant la peau fut comme un tiraillement, peut-être était-ce la fièvre qui modifiait la perception du chevalier. Il sombra cette fois ci vraiment dans le sommeil, se laissant bercer par la douce voix de la jeune femme.

OoOoOoOoOoOo

Je compris tout de suite qu'il avait finalement succombé au sommeil. Mine de rien, c'était normal vu les blessures que son corps abordait. La fièvre avait légèrement baissé mais restait dangereuse, je me devais de le surveiller. Je rangeais mes affaires lorsque me revinrent en mémoire les évènements de la soirée. L'homme que j'avais vu ce matin si calme avait perdu son sang froid en s'échappant. La détresse que j'ai vu dans son regard lorsque nous étions dans la forêt m'avais encore plus surprise que son détachement. Je ne connaissais rien de lui et pourtant, j'avais perçu dans ses yeux la fureur de vivre enfouit dans ce caractère changeant. Je ne me vois habituellement pas comme quelqu'un comprenant les autres, mon empathie se limitait aux caractéristiques de base humaine et pourtant, ce désire de survie m'avaient sauté au visage. Je devais l'avouer, je n'étais pas habituée à ça, généralement, les prisonniers perdaient toute force de vivre en se sachant dans nos filets et rare étaient ceux qui avaient survécu. Dans son cas, surement comme pour ses camarades, leurs familles perdu et la liberté promise les aidaient encore à avancer. Du moins, je le supposais car après tous, je ne connaissais des chevaliers que ce qu'on m'avais raconté.

Je dus ranger pendant un bon moment jusqu'à tard le soir car la fatigue pris possession de moi sans que je puisse répliquer. Je n'eus pas le temps de faire quoique ce soit que je m'assoupis avec un long bâillement sur le bord de la paillasse aux côtés de mon prisonnier. Je m'endormais enfin avec plaisir après cette longue journée. Mes rêves cependant ne furent pas heureux, j'avais pendant tout le jour retardé cette pensées mais les images de mon père revinrent. Sanglantes, violentes, mon subconscient repassait en boucle ces événements, mon père se prenant la lame dans le corps, ses chairs déchirées avec la puissance du coup, lui, retombant lourdement sur le sol sans bouger, ses yeux se fermant pour l'éternité. Et moi, incapable de faire quoique ce soit, courant à travers les morts avec pour unique objectif de le rejoindre. Le chevalier ne faisait déjà plus attention au cadavre de mon père, occupé avec un autre qu'il tua avec tout autant de violence... J'ai brusquement ouvert mes yeux en larmes, tremblante, j'avais froid et je respirais si fort que j'en avais mal aux côtes. À mes côtés, le chevalier avait les siens grand ouvert et me regardait étrangement, me voyant en proie à la panique. Ça y est, je fondais en larme, pleurant mon père que plus jamais je ne reverrais. Il m'avait sauvé en me conseillant de rester en lieu sûr et c'est lui qui avait perdu la vie. Et durant toute la journée j'ai tenté de penser autre chose, préférant m'occuper du prisonnier pour éviter de faire face à ma réalité. Mais personne ne pouvait rien contre le chagrin, encore moins pour une personne aimée.

Mon père était tout pour moi, je n'avais eu ni frère ni sœur et ma mère était partie dieu sait où, me laissant seule avec lui. Le dur combat pour la liberté de nos peuples lui prenait pratiquement tout son temps mais toujours il réussissait à revenir vers moi. Je ne m'étais jamais sentie abandonnée, il était le pilier de ma vie, mon guide même encore aujourd'hui... et maintenant, j'étais complètement perdue.

Soudainement, j'ai senti quelque chose de chaud me coller et me tirer doucement. Relevant les yeux, j'ai compris qu'il s'agissait du chevalier qui me prenait dans ses bras. Ses traits étaient tirés par la douleur mais ses yeux étaient plutôt doux. Même voyant que je n'avançais pas vers lui, il resserra son étreinte.

« Je ne sais pas pourquoi vous pleurez mais ce n'est surement pas pour rien. Fit-il doucement.

-Qu'est-ce qui vous fait penser ça ? Demandais-je en reniflant.

-Vous pleuriez et criez dans votre sommeil.

-En quoi cela peut-il vous concerner ? Répliquais-je.

-On ne devrait pas à avoir affronter seul ses épreuves. Murmura t-il en caressant mon dos comme si je n'étais qu'un enfant.

Mes larmes redoublèrent mais elle me semblèrent moins douloureuses. J'avais l'impression que ce chevalier arrivait à calmer mes plaintes. Le contact de son bras autour de moi et la chaleur qu'il dégageait me rappelais mon père, en son cas il était presque comme un frère que je n'avais jamais eu.

La lumière du jour me ramena à la réalité, mon chagrin me passa un peu et je me redressais, m'éloignant dans un même temps de la douce chaleur de Galahad. Je regardais le ciel et remarquais que le soleil était déjà haut. Mince, la journée était bien avancée alors, presque dix heure ! Et moi qui avait plein de chose à faire.

« Vous allez mieux ? Questionnais-je en regardant dans la direction du chevalier. Il allait visiblement beaucoup mieux puisqu'il réussit à se lever.

-C'est plutôt à moi de vous le demander. Fit-il avec un petit sourire.

-Sans doute. Répondis-je avec autant d'enthousiasme. Vous voulez manger quelque chose ou peut-être vous laver ?

-Me laver ne me ferrais pas de mal. Dit-il en regardant les restes de sa chemise sanguinolente.

-Bien. Suivez moi. »

Je le menais vers la petite tente où à l'intérieur se trouvait une petite bassine d'eau, ça lui suffirait pour se débarbouiller. Je ne lui faisais pas encore assez confiance pour le mener vers la rivière un peu plus loin dans la forêt. Cela aurait été plus pratique et plus agréable en cette saison mais je ne voulais pas renouveler l'expérience d'hier.

« Je suis désolé, je n'ai que ça pour l'instant.

-Ça ira, je me débrouillerais. Fit-il en enlevant sa chemise. Je notais cette fois ci la forme de son corps que je n'avais pas détaillé la veille en le soignant. Pour dire vrai, il était bien fait, très bien fait même, de plus, son léger teint lui donnait un certain charme. Il ne s'aperçut pas de la couleur que prirent mes joues à cet instant et je me retournais pour éviter que justement il le voit.

-Dans ce paquet il doit y avoir de quoi vous habiller. » Bégayais-je en désignant un coin avant de sortir dehors.

J'inspirais à fond une fois à l'extérieur pour reprendre mes esprits. Je n'eus cependant pas beaucoup de temps, quelqu'un arrivait de la forêt d'un pas pressé. Quand je le reconnus, je sus immédiatement que quelque chose n'allait pas.

OoOoOoOoOoOo

Arthur vit arriver au loin son chevalier, galopant en sens inverse de leur direction.

« Voilà Tristan » dit-il à l'intention de ses hommes.

Ce dernier arriva rapidement à leur niveau et stoppa brusquement son cheval qui hennit de mécontentement. Le visage de Tristan était comme toujours impassible mais il semblait satisfait de lui.

« Tu as trouvé quelque chose ? Demanda Gauvain avec empressement.

-Oui, à l'est d'ici se trouve une forêt dense qui cache un certain nombre de Picte. En partant de là j'ai découvert leurs traces qui vont directement dans les bois. Là bas se trouve leur village provisoire, et vu l'agitation que j'ai entendu, on dirait bien qu'ils étaient pressé de partir, ils en ont négligé leur discrétion.

-Tu as pu voir Galahad ? Questionna Arthur.

-Non, je n'ai pas pu m'approcher, il y avait des sentinelles.

-Bien. Parfait Tristan. » Fit Arthur.

Malgré le peu d'informations qu'ils bénéficiaient sur leur ami, ils savaient où se trouvaient leur ennemis actuellement et cela suffisait. La seule solution maintenant était évidente.

« Que fait-ont Arthur ? Demanda Lancelot avec un petit sourire. Tous les chevaliers avaient compris le plan.

-Nous allons leur rendre une petite visite avant qu'ils ne partent. » Répondit Arthur confiant.

Il espérait bien retrouver Galahad comme tout le monde, le plus tôt serait le mieux. Tristan les mena à la lisière de la forêt où ils comptaient bien en finir rapidement.


Et voilà pour ce second chapitre. Merci à vous d'être passé et d'avoir lu. Sur ce à la prochaine et penser à me dire ce que vous en avez pensés!