HEY. C'est encore moi, pour une fois que je tiens mes promesses quand je dis que le prochain chapitre sera là bientôt, c'est beau
Je suis à fond dans DR pour le moment donc j'ai pas trop de mal à me motiver à écrire cette fic 8) ALSO si y'a des gens sur le fandom FR de danganronpa qu'ils viennent me parler, j'aime rant à propos d'Izuru et Junko
Encore une fois merci beaucoup Elliada pour ton avis ily girl. Et merci à LilSucrette pour ta review alors que tu regardes pas DR je t'AIME
Bonne lecture !
CHAPITRE 3 – L'habit ne fait pas le moine
"I'm gonna get you to burst
Just like you were a bubble
Frame me up on your wall
Just to keep me out of trouble"
Fall Out Boy - Irresistible
JUNKO
- Et maintenant, tu fais quoi ?
Le visage de Celestia était calme, aussi impénétrable que d'ordinaire derrière son fond de teint pâle tandis qu'elle enroulait distraitement une mèche de ses cheveux noir d'encre autour de son index. On aurait presque pu croire cette question anodine et qu'elle se désintéressait de ce que Junko pouvait bien décider de faire. Mais les deux jeunes filles s'analysaient mutuellement depuis trop longtemps pour que Junko manque le feu sombre qui brûlait dans ses yeux, l'air de la défier de dévier de son mode de fonctionnement habituel.
Junko esquissa un sourire presque hésitant et enfantin, l'un de ses préférés, avant de hausser les épaules.
- On continue jusqu'à ce que je m'en lasse et que je me trouve quelqu'un d'autre avec qui m'amuser.
Celestia hocha la tête, un soulagement imperceptible se déposant derrière ses paupières.
- Je n'en attendais pas moins de toi.
Komaeda leva les yeux vers Junko, les sourcils froncés comme s'il regrettait déjà ce qu'il allait demander.
- T'as pas envie que ça soit un peu différent, cette fois-ci ?
Junko s'étira avec un soupir. Ses deux meilleurs amis avaient décidément le chic pour avoir des points de vue diamétralement opposés.
- Quelle drôle d'idée.
- Je sais pas, je me disais que t'aurais peut-être envie de coucher avec quelqu'un qui t'apprécie, pour une fois.
Un éclair passa sur le visage de Celestia et elle se tourna vers Komaeda.
- Qu'est-ce que ça peut te faire ? C'est plus simple.
- Je suis pas en train de lui dire quoi faire ! se défendit Komaeda. Tu penses vraiment que je traînerais avec vous deux si je pensais qu'il y a quoi que ce soit de mal à s'amuser avec qui on veut ?
Junko les laissa se disputer, plongée dans ses pensées.
- T'as raison, déclara t-elle finalement.
- Quoi ? s'écrièrent-ils tous les deux d'une même voix.
- T'as raison, répéta Junko. Ça sera peut-être plus appréciable s'il m'aime. Qui a dit que ça devait être réciproque ?
Ses deux compères ouvrirent des yeux ronds comme des billes.
- Junko, mais…balbutia Komaeda, incapable de trouver ses mots.
Celestia éclata de rire et les deux filles se tapèrent dans la main.
- C'est diabolique. Je te reconnais bien là, Junko.
Komaeda lui prit le bras, l'air abasourdi par ce qu'il venait t'entendre. Junko leva les yeux au ciel. N'avait-il pas l'habitude de son absence totale de morale ?
- Dis-moi que tu plaisantes, Junko.
- Absolument pas. J'aime le challenge, de temps en temps.
Komaeda soupira, totalement dégoûté.
- J'ai besoin d'un café. Je peux plus vous suivre, les filles…
- Tu t'y feras, Ko. Tu t'y feras. dit Celestia en échangeant un sourire avec Junko.
- Si seulement.
La réunion du Bureau des Étudiants du samedi matin consistait en un énorme petit-déjeuner pendant lequel ils s'empiffraient tous à l'abri des regards indiscrets, histoire de renforcer le mythe clamant qu'ils ne se nourrissaient que de salade et de pain sans gluten. Ils étaient tous réunis dans leur local deux fois plus grand que ceux alloués aux autres associations, buvant leur café hors de prix en pyjama.
- Ko, bâilla Junko. T'es de corvée de beignets.
La présidente était assise en bout de table, ses pieds chaussés de pantoufles rose fluo posés sur la surface en plastique.
- Je l'ai fait la semaine dernière, protesta Komaeda. C'est au tour de Fukawa.
Cette dernière planta ces ciseaux dans la table.
- Répète ?
- Arrête d'être aussi paresseux, déclara Togami. Vas-y, qu'on en finisse.
- Je vous hais tous autant que vous êtes.
- C'est faux, dit Celestia en souriant au-dessus de sa tasse de thé fumante.
Lorsque Komaeda revint avec leur commande entière, ils se mirent tous à manger comme des ogres – sauf Togami et Celestia qui avaient un semblant de savoir-vivre.
- Alors, ton nouveau passe-temps vient ce soir ? lui demanda Togami.
- Il viendra. répondit Junko avant de mordre dans un deuxième beignet au glaçage doré.
- T'en sais rien, objecta Komaeda.
- Il viendra. répéta Junko en levant les yeux au ciel.
Ishimaru fronça les sourcils.
- Il paraît que vous vous êtes embrassés dans les vestiaires, c'est pas très règlementaire…
Celestia pouffa derrière sa manche et Junko sourit à Ishimaru d'un air infiniment patient.
- Mon chou, tu sais bien que je me fous de ce qui est règlementaire ou non. Et puis comment tu sais ça ? Mondo te raconte tout ou quoi ?
Ishimaru s'empourpra immédiatement et s'empressa de balbutier :
- Non, pas du tout ! Je..
Celestia et Komaeda échangèrent un regard éloquent.
- Peu importe, marmonna Junko. J'espère que tout est prêt pour ce soir.
- Bien entendu, répondit Togami en remontant ses lunettes sur ses yeux.
La maison qu'ils avaient louée pour la fête était située à quelques blocs du campus, dans une banlieue résidentielle. Le BDE pouvait remercier la famille de Togami d'être riche comme Crésus.
- Bon, puisque tu t'occupes de tout comme d'habitude, je me tire. Je sais toujours pas ce que je vais me mettre sur le dos.
- Quelle importance ? Tu seras quand même la plus belle fille de la fête. dit Komaeda.
- Merci pour les autres, grommela Celestia en levant les yeux au ciel.
- Junko veut juste l'impressionner, diagnostiqua Komaeda sans prêter attention à la remarque de Celestia.
Togami haussa les sourcils.
- J'aurai été le dernier à imaginer Kamukura en train de faire la fête.
- Tu l'aurais imaginé en train de bécoter Junko dans les vestiaires ? lui demanda Fukawa.
- …pas vraiment.
- Dans ta face ! ricana Junko en lui tirant la langue. A ce soir, les losers.
- Très mature, présidente. soupira le trésorier.
Ishimaru se tenait toujours prêt à appeler les urgences à la fin de l'une de leurs soirées. Il avait été le premier à se rendre compte qu'il était indispensable de boire avec modération lors de sa première année. Son premier weekend d'intégration avait été haut en couleur, pour parler franchement. Loin d'être celui qui avait vomi ses tripes, Ishimaru avait dû soutenir Mondo lorsqu'il avait décidé de partir se balader dans le quartier après s'être enfilé une bouteille entière de vodka.
Au fur et à mesure des soirées qui avaient suivi, il avait appris à reconnaître les signes avant-coureurs d'un désastre et qui surveiller pour éviter d'avoir un coma éthylique sur les bras. Premièrement, les trois quarts des premières années n'avaient aucune idée du volume d'alcool qu'ils ne devaient pas dépasser. Deuxièmement, l'équipe de football américain avait beau se targuer d'être une bande de gros durs, Ishimaru les avait tous déjà vus en position latérale de sécurité un vendredi matin et si il avait été quelqu'un d'aussi mesquin que Junko, il les aurait tous pris en photo. Et dernièrement, le proverbe étudiant « Vomir c'est repartir » était tout aussi stupide que mensonger.
Cependant, le vice-président du BDE était si préoccupé ce soir-là qu'il ne surveillait les foules que d'un œil.
Appuyé contre l'un des murs du grand salon de la villa, Ishimaru soupira à intervalles réguliers en observant le duel de bras de fer qui s'éternisait entre Mondo et Nekomaru. Il n'avait rien observé de potentiellement dangereux, à part Junko qui fusillait tous ceux qui passaient devant elle du regard. Il n'avait pas la moindre idée de ce qui pouvait l'énerver à ce point, même s'il supposait qu'Izuru Kamukura n'y était pas pour rien.
La facilité avec laquelle Junko obtenait ce qu'elle voulait l'avait toujours sidéré. Il se souvenait parfaitement de la première fois où elle lui avait adressé la parole. Le BDE précédent venait de terminer son discours expliquant les modalités d'inscription pour leurs successeurs. Deux listes de personnes s'inscrivaient chaque année et la promotion votait pour les plus populaires.
Junko s'était assise à côté de lui à la bibliothèque comme si cette place lui avait toujours appartenu et lui avait lancé sans préambule :
- Je veux que tu rejoignes ma liste pour le BDE.
Ishimaru se souvenait avoir relevé le nez de ses notes, aussi abasourdi par le fait que Junko Enoshima lui ait adressé la parole que par ce qu'elle venait de dire.
Ils n'avaient jamais discuté plus de trois minutes lors de soirées ou la fois où ils s'étaient retrouvés dans le même groupe pour un travail à rendre à plusieurs. Pourquoi lui ? Qu'est-ce qu'elle avait vu chez lui qui pouvait le rendre digne d'intérêt ?
- Pourquoi ?
Junko avait souri comme si elle savait exactement quelles questions venaient de traverser son esprit, lisant en lui comme si ses inquiétudes étaient transparentes. Qu'est-ce qu'elle lui voulait ?
- Parce que tu sais remettre les gens à leur place. avait-elle répondu. Parce que t'es le premier à rappeler les règles à tout le monde et que les autres te font confiance.
Ishimaru avait refermé son livre avant de croiser le regard de Junko.
- Qu'est-ce que t'en sais ?
- Oh, je sais ce que les gens pensent, avait ricané Junko. Tu peux me croire.
Il avait beau ne pas la connaître à cet instant-là, Ishimaru avait pressenti qu'elle disait la vérité. Junko observait les gens avec un mélange de fascination et de mesquinerie. Et pour une raison qu'il n'arrivait pas à définir, elle donnait l'impression aux autres qu'ils étaient spéciaux rien qu'en les regardant plus d'une demi-seconde.
Même si c'était sûrement la fille la moins sympathique de Hope's Peak et qu'elle cherchait simplement à le rallier à sa cause pour son profit personnel.
- Alors, tu seras mon vice-président ?
Ishimaru avait hoché la tête avant de la pointer du doigt.
- Me prends pas pour un imbécile, par contre. Si vous faites quoi que ce soit d'illégal…
Junko avait éclaté de rire.
- Jamais sous ton nez, commandant. Je te tiendrai au courant quand j'aurai réuni tout le monde.
Ishimaru l'avait regardée partir en se demandant dans quoi il venait de s'embarquer. Et étonnamment, il n'avait pas regretté sa décision une seule fois depuis, malgré les sautes d'humeur de Celestia, la condescendance de Togami et le caractère manipulateur de Junko.
Il était fier d'être la seule personne assez responsable de cette équipe pour surveiller les agissements des autres durant leurs soirées, car ils avaient tous tendance à oublier que leur rôle ne se limitait pas à parader en groupe dans les couloirs sous le regard envieux de tous les autres.
Pourtant, Ishimaru était loin d'avoir le cœur à la fête, ce soir-là.
Junko buvait rarement plus de deux verres durant les soirées organisées par le BDE de Hope's Peak. Pragmatique, elle savait à quel point l'alcool avait tendance à lui faire baisser sa garde. Et ce n'était en aucun cas la bonne occasion de se montrer vulnérable.
Accoudée à la balustrade de la terrasse entre Celestia et Togami, elle expira la fumée de sa cigarette avec mauvaise humeur. Il était près de minuit et demi et elle n'avait toujours pas aperçu Izuru.
- Je te jure que s'il n'est pas là dans cinq minutes, je me fais Mondo.
Celestia haussa les sourcils d'un air dégoûté.
- Oh je t'en prie, tiens-toi.
- Tu peux faire largement mieux, en plus, renchérit Togami.
Mondo était actuellement en plein bras de fer avec Nekomaru dans le salon de la villa et il se faisait plus ou moins laminer.
Junko jeta à nouveau un œil à son smartphone à la coque scintillante avant de soupirer d'exaspération.
- J'ai besoin d'un verre.
- Ça fera ton troisième, fit remarquer Celestia.
- Et alors, siffla Junko, je conduis pas à ce que je sache.
Elle s'éloigna dans un claquement de talons sans même attendre une réplique de sa meilleure amie, guère d'humeur à écouter ses remontrances.
Junko était presque parvenue jusqu'au bar lorsqu'elle repéra une chevelure noire qui ne pouvait appartenir qu'à une seule personne.
- T'as pris ton temps. siffla t-elle en se plantant devant lui, les bras croisés.
Un sourire amusé se dessina sur les lèvres d'Izuru.
- J'étais sûr que ça t'énerverait.
- Espèce de petit-
Elle n'eut pas le temps de finir sa phrase par une insulte bien sentie, car Komaeda choisit ce moment précis pour faire irruption entre eux.
- Ah, c'est donc toi, Kamukura !
Junko leva les yeux au ciel. Izuru acquiesça poliment.
- Bonsoir.
Komaeda tendit la main à Izuru.
- Nagito Komaeda. Le meilleur ami de Junko.
- Je sais.
Komaeda fronça les sourcils, perplexes.
- Oh…
Junko se racla la gorge avec impatience.
- À plus, Komaeda. Fais-nous de l'air.
Izuru le regarda partir en secouant la tête.
- T'es aussi sympa avec tes amis qu'avec le reste de la promo, à ce que je vois.
- Oh, ne te laisse pas avoir par son petit numéro de charme. C'est une garce, tout comme moi.
- Au moins tu es au courant, c'est un pas dans la bonne direction…
- Ouais ouais, c'est ça. répondit Junko comme si elle se moquait totalement de ce qu'il venait de dire. Tu sais danser ?
Izuru fronça les sourcils comme si c'était la question la plus absurde qu'on lui ait jamais posée.
- Comme si on allait danser.
- Oh que si. Viens là.
- Tu sais, si tu veux qu'on réitère l'expérience du vestiaire, je suggère qu'on choisisse un autre endroit que le milieu de la piste.
- Oh calme-toi deux secondes, ricana Junko. On a le temps.
Elle l'attira au milieu du flot des danseurs et malgré ses réticences, Izuru ne résista pas. Elle lui adressa un sourire satisfait lorsqu'il posa ses mains sur sa taille. Junko soupira en posant sa tête sur son épaule. Les cheveux d'Izuru étaient définitivement ce qu'elle préférait chez lui, et ils sentaient si bon…
- En fait, oublie ce que j'ai dit. Embrasse-moi.
Izuru leva les yeux au ciel l'air de lui dire « je le savais », mais il ne se fit pas prier. Leu baiser ne dura qu'une poignée de secondes, mais Junko eut tout le loisir de se rendre compte d'à quel point il lui faisait perdre pied facilement.
- Est-ce que tu te préoccupes même de savoir si les gens passent une bonne soirée ? murmura Izuru dans son oreille.
- Qu'est-ce que ça peut te faire ?
- J'en sais rien. J'aime observer les gens.
- Éclaire-moi, alors. Qui s'ennuie à mourir, ce soir ?
- Ton vice-président a l'air au bord du suicide. On lui a brisé le cœur ou quoi ?
Junko sortir instantanément de sa torpeur.
- Pardon ?
- Tu l'as regardé, au moins ?
- Bien sûr, c'est mon vice-président.
- C'est ça.
- Qu'est-ce que c'est censé vouloir dire ?
- Va lui demander ce qui ne va pas, murmura Izuru. Il me fait presque de la peine.
- T'es pas en train de me donner un ordre, là, quand même ?
- Un conseil, corrigea Izuru. C'est ton ami, non ?
- Je préfère le terme collègue.
Izuru resta pensif une poignée de secondes, les mains toujours posées sur la taille de Junko.
- T'es la fille la plus étrange que j'aie jamais rencontrée.
Un sourire triomphant éclaira le visage de Junko.
- J'espère bien.
Même après qu'ils se soient éclipsés dans l'une des chambres sombres de la maison dans laquelle la fête avait lieu, même après qu'Izuru l'ait rendue complètement folle et après l'avoir embrassé jusqu'à en perdre la tête, Junko ne put s'empêcher de repenser à ce qu'il avait dit à propos d'Ishimaru.
Il avait remarqué quelque chose à propos de son vice-président qui lui avait échappé, et ça n'était pas tolérable. Elle se devait de découvrir ce qui se était loin d'être son meilleur ami et elle s'en moquait pas mal la plupart du temps, mais il faisait partie de son équipe.
Et personne ne faisait du mal à son BDE sans en payer le prix.
Kirigiri ne vivait pas dans les dortoirs de l'université Hope's Peak pour deux raisons très simples : premièrement, elle pouvait compter le nombre d'étudiants qu'elle appréciait sur les doigts de sa main et deuxièmement, son travail à mi-temps lui permettait de s'offrir un appartement à proximité.
Elle avait l'habitude de marcher le kilomètre qui la séparait du campus dans le froid, et savait quel chemin emprunter dans les corridors pour éviter les gens les plus problématiques. Mais il y avait une chose que Kirigiri Kyouko ne pouvait éviter : passer par son casier pour récupérer ses livres de cours. Et cela faisait trois semaines depuis la première lettre anonyme qu'elle avait trouvée à l'intérieur.
Ce n'était pas des menaces, contrairement à ce qu'elle avait craint en décachetant la première lettre.
Il s'agissait à chaque fois d'un poème différent. Et ce matin là le faisait pas exception à la règle.
« Tu crois au marc de café,
Aux présages, aux grands jeux :
Moi je ne crois qu'en tes grands yeux.
Tu crois aux contes de fées,
Aux jours néfastes, aux songes.
Moi je ne crois qu'en tes mensonges.
Tu crois en un vague Dieu,
En quelque saint spécial,
En tel Ave contre tel mal.
Je ne crois qu'aux heures bleues
Et roses que tu m'épanches
Dans la volupté des nuits blanches !
Et si profonde est ma foi
Envers tout ce que je crois
Que je ne vis plus que pour toi. »
En dessous du poème de Verlaine, trois phrases se battaient en duel, aussi énigmatiques que les précédentes.
Romantique, non ? J'ai toujours aimé Verlaine.
Je pense à toi.
Pliée avec soin et glissée dans son casier, la lettre était en tous points identique aux précédentes. Les mots y étaient inscrits à l'encre rouge vif. L'écriture était grossière, mais donnait tout de même l'impression que la personne qui l'avait écrite y avait passé du temps. À vrai dire, ça ressemblait à l'écriture d'une fille assez intelligente pour imiter l'écriture d'un garçon. Kirigiri se contenta de glissa la lettre dans un de ses cahiers avec les quatre autres.
Malgré le temps qu'elle passait à se convaincre qu'elle s'en moquait éperdument, Kirigiri passait tout de même beaucoup de temps à penser à ces lettres. Bien évidemment, la seule chose qui l'intéressait était de résoudre l'énigme.
Et pour la première fois depuis qu'elle avait décidé d'investiguer un mystère, elle n'avait pas la moindre idée pour un potentiel suspect.
Lors des pauses entre deux heures en amphithéâtre, il arrivait à Kirgiri de ressortir l'une des lettres de son classeur pour les relire. Malheureusement pour elle, ce fut le moment que Celestia choisit pour venir l'importuner.
- Tiens donc, voilà Miss Détective.
Kirigiri soupira. Celestia l'avait surprise en train de lire un Sherlock Homes une fois, et elle semblait prendre un malin plaisir à l'appeler Miss Détective depuis. Sans oublier d'y ajouter ce ton condescendant qu'elle semblait utiliser pour s'adresser à toutes les autres personnes qui avaient le déplaisir de sa compagnie.
- Salut, Celestia, répondit Kirigiri d'un ton laconique, sans même la regarder.
- Qu'est-ce que tu lis ?
Kirgiri glissa habilement la lettre qu'elle relisait sous son livre.
- En quoi ça t'intéresse ? T'as pas quelques personnes à torturer ? J'aimerais bien finir ma dissertation en paix.
Celestia laissa échapper un rire léger.
- Tu viens de me dire plus de mots dans une seule phrase que pendant une année de cours.
Devinant qu'elle n'aurait pas la paix de sitôt, Kirigiri ferma son livre et se tourna vers Celestia. Comme d'habitude, ses longs cheveux noirs étaient relevés en anglaises aux boucles parfaites.
Elle n'avait jamais compris pourquoi Celestia prenait un tel plaisir à lui casser les pieds – en réalité, Celestia n'aimait personne donc ça n'avait rien de surprenant, mais Kirigiri avait la nette impression qu'elle la détestait. Elle ne savait d'ailleurs pas pourquoi : elles parlaient à peine, et même si Kirigiri avait des notes excellentes, elles étaient loin d'être aussi exceptionnelles que celles de Celestia.
- Peut-être qu'on se parlerait plus souvent si tu n'étais pas constamment en train de parader avec Junko…
Celestia haussa ses fins sourcils et s'apprêta à répliquer lorsqu'Izuru se racla la gorge derrière elle. Comprenant qu'elle lui bloquait l'accès à sa place, Celestia soupira d'agacement et s'en alla sans un commentaire de plus.
- Tu me sauves la vie, marmonna Kirigiri.
Izuru regarda Celestia rejoindre Komaeda plus loin dans l'amphithéâtre.
- J'ai vu ça. Un problème ?
- Non, le passe-temps de Celestia est juste de venir me poser des questions un peu trop personnelles. Je n'ai jamais compris ce qu'elle me voulait.
Izuru ne fit aucun commentaire et sortir son ordinateur de la mallette qu'il trimbalait tous les jours. Kirigiri l'examina une poignée de secondes avant de lui tendre un mouchoir sans un mot. Izuru fronça les sourcils avant de jeter un œil à son reflet dans l'écran de son ordinateur. Il esquissa un demi-sourire et essuya la légère trace de rouge à lèvres au coin de sa bouche.
- Et à qui est ce rouge à lèvres ? le taquina Kirigiri.
- Comme si tu ne le savais pas…
- J'imagine que tu la trouves moins emmerdante que prévu.
- Elle est persistante.
Kirigiri le regarda comme s'il venait de vendre son âme au diable.
- Et toi, tu as trouvé qui était ton admirateur secret ? lança Izuru.
Elle se figea.
- Comment…
- Oh, pitié, tu passes ton temps à lire et relire ces lettres quand on a des pauses.
Kirigiri croisa les bras.
- J'ai toujours aucune idée de qui ça peut-être.
- Laisse-moi-les lire ?
Kirigiri hésita, la main posée sur la couverture de son classeur.
- Oh allez, c'est trop personnel ? Tu ne sais même pas qui c'est.
- Pas faux, soupira Kirigiri. Tiens.
Elle lui tendit les quatre enveloppes.
Junko retourna le problème Ishimaru dans tous les sens jusqu'au début de l'après-midi qui suivit la soirée. Après les observations d'Izuru de la veille, elle s'était effectivement rendu compte que le comportement de son vice-président ne tournait pas rond depuis un petit moment.
- Qu'est-ce qui pourrait clocher chez Ishimaru ? finit-elle par lâcher.
Junko était étendue sur son lit en pyjama, les cheveux enroulés dans une serviette de bain. Celestia, Komaeda et elle étaient censés être en cours depuis déjà quarante minutes. Le professeur Chisa ne faisant jamais l'appel, ils avaient décidé d'un commun accord de sécher son amphi.
Celestia fronça les sourcils et reposa sa tasse de thé fumante.
- Tu veux dire, en dehors du fait qu'il en pince pour Mondo ?
- Pardon ?
- Oh, tu me déçois Junko. dit Komaeda. Même moi j'ai remarqué.
- T'as un radar à gay, Ko. Tu comptes pas. rétorqua Celestia.
Junko donna un coup de pied dans un livre de chimie qui traînait.
- Je déteste quand ce petit con a raison.
- Quel petit con ?
- Laisse tomber.
- Izuru et toi avez l'air d'avoir de drôles de sujets de conversation, commenta Celestia.
- Ce mec n'est pas net. C'est ce que j'aime chez lui.
Komaeda secoua la tête de dépit.
- J'ai besoin d'une pause.
Sur ces mots, il ramassa le livre de chimie dans lequel Junko avait shooté sans cérémonie et quitta la pièce.
- C'est ça, va bécoter ton première année espèce de guignol ! lui cria Junko avec une grimace.
Celestia se massa les tempes comme pour chasser une migraine. La journée allait être longue.
x
Hinata Hajime était un étudiant parfaitement normal, ce qui signifiait qu'il avait attendu la dernière semaine précédant les partiels pour se mettre à réviser. Assis à la cafétéria déserte de Hope's Peak entre ses deux compagnons d'infortune, Nanami et Naegi, il oscillait entre un état de panique totale et un vague sentiment de je-m'en-foutisme.
- Qu'est-ce que c'est au fond, un semestre de raté, dans une vie ? philosopha t-il.
- Parle pas de malheur, soupira Naegi, qui surlignait ses notes à la vitesse de la lumière.
Hinata rejeta la tête en arrière avec un soupir de souffrance ultime. Il avait la vague impression d'être coincé dans une boucle temporelle qui ne contenait qu'une journée de révisions. Il était certain d'avoir bu plus de café que d'eau depuis le début de la journée et son nouveau moyen de mesurer le temps qui passait était le stade de décomposition avancée du surligneur bleu vert de Naegi.
À côté de lui, Nanami fixait ses notes d'un air absent en se rongeant l'ongle du pouce. Ils avaient tous les trois décidé de laisser leurs téléphones au fond de leur sac pour éviter toute distraction supplémentaire – et Hinata avait confisqué la console portable de Nanami au préalable, évidemment.
Hinata devait admettre que l'envie de rallumer son smartphone pour vérifier ses messages le démangeait, mais s'il cédait à la tentation, il devrait payer le goûter à toute la tablée et son porte-monnaie n'avait décidément pas besoin d'une telle punition.
Hélas pour la moyenne de mathématiques financières d'Hinata, s'il y avait bien une chose à laquelle les trois étudiants résistaient encore plus facilement qu'à l'envie de consulter leurs messages pendant une session de révisions, c'était bien un bon ragot juteux. Et cet après-midi-là, ce fut Kazuichi Souda et Mioda Ibuki qui virent le leur apporter sur un plateau d'argent.
Le couple de secondes années s'assit à leur table sans y avoir été invité – car c'était leur façon de faire, ils étaient bruyants, sans-gêne, et amis avec quasiment toute la promotion.
- Hello les jeunes ! s'exclama Souda, qui avait tout juste huit mois de plus qu'Hinata. Alors, on révise ?
- On essaie. maugréa Hinata. Vous en avez pas, des exams ?
Ibuki et Souda s'entre-regardèrent avant d'éclater d'un rire mi-nerveux, mi-hystérique.
- Ibuki préfère ne pas y penser !
- Ah, tu sais, les révisions c'est pas trop mon truc…
Hinata échangea un regard consterné avec Nanami et Naegi. Comment ces deux-là avaient bien pu avoir leur année restait un mystère aussi brumeux qu'injuste.
- Bref. Posez-moi un peu ces notes, qu'on parle un peu ragots…
Nanami glissa immédiatement sa main dans son sac pour en sortir sa console. Souda arqua un sourcil.
- Quoi ? sourit Nanami avec un haussement d'épaules. Puisque vous avez décrété une pause, je décide de ce que j'en fais…
- Peu importe, parle. le pressa Hinata.
- Il paraît que Junko sort avec le nouveau…
Hinata fronça les sourcils. Depuis quand Junko Enoshima, la garce la plus crainte de Hope's Peak, s'encombrait-elle d'un petit-ami ?
- Pas sûre qu'ils sortent ensemble. Tout ce qu'on sait, c'est que Mondo les a vus s'embrasser dans les vestiaires…
Maintenant qu'Hinata y pensait, il revoyait Komaeda lui parler avec lassitude de celui qu'il appelait la nouvelle « proie » de Junko. Il était stupide de ne pas avoir fait le rapprochement plus tôt, mais il devait avouer que les amis de Komaeda étaient loin d'être sa priorité lors des rares moments ou ils parvenaient à se retrouver tranquillement.
- Il a l'air tellement bizarre ! poursuivit Souda. Il paraît qu'il vient d'Angleterre…
- C'est quoi son nom déjà ? demanda Ibuki. Kakomura ? Kamakura ?
- Kamukura, non ? suggéra Hinata.
Tous les étudiants présents – même Nanami- se tournèrent vers lui.
- Comment tu peux savoir ça ? s'étonna Souda. C'est un troisième année et il ne parle à personne, à part à Kirigiri et…bah, Junko.
Hinata passa nerveusement une main dans ses cheveux. Il ne cachait pas spécialement aux autres qu'il sortait avec Komaeda, mais il n'avait pas pour autant envie de devenir le nouveau sujet de discussion des ragots de Hope's Peak.
- Euh, c'est Komaeda qui m'en a parlé, si je me souviens bien.
- Ah. se rembrunit Souda. Ce type est tellement bizarre, n'empêche. Il me fout les jetons.
Hinata croisa les bras, sur la défensive malgré lui.
- Comment ça ?
Le BDE de Hope's Peak était loin de faire l'unanimité au sein de l'université et Hinata comprenait totalement pour quoi au vu de la cinglée qui les dirigeait, mais Komaeda…C'était le seul membre du Bureau des Étudiants à lui avoir manifesté un semblant de sympathie. Quoique, Ishimaru Kiyotaka avait l'air d'être un type bien, quand il n'était pas occupé à crier après ceux qui ne s'essuyaient pas les pieds avant d'entrer dans le hall.
En bref, s'il préférait éviter de crier sur les toits qu'il était bel et bien amoureux de Komaeda, il n'allait pas laisser Souda parler de lui de cette façon sans une bonne raison.
- Déjà, il fait partie du BDE et ces gens-là sont tous tarés. reprit le mécanicien amateur.
- T'exagères pas un peu ? Il est pas aussi dingue que Junko….tempéra Hinata.
- Il est quand même sacrément bizarre, s'entêta Souda.
Hinata se retint de lui faire remarquer qu'il avait déjà entendu une argumentation mieux formulée que la sienne, mais Nanami posa une main sur son bras comme pour l'en dissuader.
- Enfin bref, faut qu'on y aille. Ibuki vous souhaite de bonnes révisions !
- Ouais, à la prochaine ! lança Souda.
Hinata leur répondit par un bref hochement de tête. Une fois qu'ils se furent éloignés, Naegi se tourna vers lui.
- Ça va, Hinata ? Tu sais, je pense pas qu'il voulait être méchant en disant ça, il doit sûrement avoir quelque chose contre le BDE en général, pas forcément juste Komaeda…
- Il a quand même spécifié qu'il lui « foutait les jetons », répondit sèchement Hinata. Je me fous un peu de ce que Souda peut bien penser ou raconter, mais quand même, j'ai du mal à comprendre. Il n'a jamais été bizarre avec moi…
- J'ai lu quelque part que les gens ne sont jamais eux-mêmes dès le début dans une relation, dit Nanami. Peut-être qu'il a quelques côtés un peu étranges dont tu ne t'es pas encore rendu compte pour le moment. Ça ne veut pas dire pour autant qu'il n'est pas adorable.
- Qu'est-ce que tu lis dans ton temps libre exactement ? ricana Hinata.
Nanami plissa les yeux avant de se replonger dans sa partie de Gala Omega.
- Bon, finit par soupirer Hinata. Je crois que je vais aller…faire un tour. J'ai plus la tête à travailler, là.
- Reviens pas trop tard, lui conseilla Naegi. On a encore deux chapitres à réviser…
Hinata hocha la tête.
- Je vais juste au distributeur du premier étage.
Il regretta de ne pas avoir remis son manteau au moment même où il mit un pied dans le couloir à l'extérieur de la cafétéria. Les salles de Hope's Peak étaient très bien chauffées en hiver, mais les corridors, eux, restaient plongés dans un froid glacial.
Hinata avait simplement prévu de s'acheter un paquet de bonbons pour se remotiver à réviser, mais il tomba nez à nez avec Komaeda, d'une manière si comique qu'il se demanda un bref instant à quel moment sa vie était devenue une comédie romantique de mauvais goût.
- Eh ben alors, tu regardes plus devant toi quand tu marches, Hinata ? le réprimanda gentiment Komaeda.
Hinata leva les yeux vers lui avec un demi-sourire.
- Désolé, c'est la fatigue. Les partiels me rendent dingue.
- Je comprends totalement, soupira Komaeda.
- Toi non plus, tu n'as pas assez révisé ?
- Oh, les miens sont dans deux semaines, ça ira. Mais c'est Junko et Celestia qui me grillent le cerveau, là. Elles sont intenables en ce moment.
Hinata ne put s'empêcher de repenser aux paroles de Souda et il examina son petit-ami d'un œil plus attentif, malgré lui. Pourtant, rien d'autre que son sourire ou ses cheveux blancs toujours aussi désordonnés ne retint son attention. Komaeda haussa les sourcils.
- J'ai quelque chose sur le visage ?
- Ah, non. Je me disais juste qu'on a pas tellement le temps de se voir en ce moment, c'est dommage.
Komaeda esquissa un sourire, et sans même lui donner le moindre avertissement, il se rapprocha de lui pour l'enlacer.
- Je suis bien d'accord.
En temps normal, Hinata n'aurait pas apprécié qu'on lui fasse un câlin en plein milieu d'un couloir, mais il avait froid, il venait de passer trois heures devant ses notes, et il n'avait pas l'intention de refuser une étreinte bien méritée. Après un bref coup d'œil pour s'assurer que le couloir était bien désert, Hinata s'autorisa à se laisser aller contre lui avec un soupir.
- Je sais pas comment tu fais pour passer autant de temps avec Junko. Tout ce que j'entends sur elle me fait frissonner, finit par lâcher Hinata.
- Oh, tu sais, les rumeurs à Hope's Peak, ricana Komaeda. L'année dernière, la moitié de la promotion était persuadée que Fukawa avait tué une des élèves, alors qu'elle avait simplement déménagé.
Hinata éclata de rire devant l'absurdité d'une situation pareille. Il était vrai que Fukawa ne lui donnait aucunement envie d'aller lui demander l'heure ou quoi que ce soit d'autre, mais un meurtre…c'était tout de même d'un autre niveau de ridicule. Pire que les remarques sans fondement apparent de Souda.
- Junko et Kamukura, c'est une rumeur alors ? voulut savoir Hinata.
Komaeda secoua la tête d'un air dépité.
- T'es devenu un fidèle étudiant de Hope's Peak, toi. Toujours à l'affût des ragots…
Hinata lui donna un léger coup de coude.
- Allez, raconte. A quoi ça me sert de sortir avec quelqu'un du BDE si je ne peux même pas avoir les infos en avant-première ?
- Je suis profondément blessé, feignit Komaeda. On m'utilise.
Les deux garçons échangèrent un regard complice avant d'éclater de rire. Nanami et Naegi pouvaient bien se moquer de lui, Hinata n'admettrait pour rien au monde à quel point il agissait comme une écolière transie d'amour dès qu'il était face à Komaeda.
- Je t'écoute. sourit Hinata en croisant les bras. Dis-moi tout. Enoshima et Kamukura, c'est du sérieux ?
Komaeda prit un air pensif.
- Pour être honnête, je n'en sais rien moi-même. Ils se…fréquentent, ça c'est sûr. Pour ce qui est d'être ensemble, c'est moins certain. Je ne suis même pas sûr qu'ils soient tous les deux d'accord sur la question, d'ailleurs.
Et voilà pour le chapitre 3 !
Comme je suis à fond dans Noël en ce moment je ferai sans aucun doute un bonus Noël pour cette fic qui se passera juste après le cinquième chapitre. A plus et merci d'avoir lu !
Aeli
