Chapitre 01
A l'aube du destin
« - Kuroga Tsukiko-san et Sanada Kagami-san dans mon bureau, immédiatement ! Tonna une voix visiblement furieuse. »
Nous nous levâmes et nous exécutâmes sans rechigner, suivant ensuite l'homme qui venait de hurler jusque dans son bureau. Quelques minutes plus tôt, une bagarre avait éclaté dans le couloir, bagarre dont nous étions la cause, ce qui avait déclenché la colère de l'homme. Ce dernier cria, son ton montant blessant nos oreilles :
«- Puis-je avoir une explication, mesdemoiselles ? Qu'est-ce que c'était que ça ? »
Bizarrement, il n'eut pour réponse qu'un grand silence.
« - Je vous préviens, tant que je n'aurais pas le fin mot de l'histoire, vous ne partirez pas d'ici !
- Monsieur, je … commençais-je, avant d'être coupée par les pleurs d'une certaine Sanada-san. »
En effet, cette dernière pleurait à chaudes larmes, ce qui eut pour effet de mettre mal à l'aise l'homme qui se tenait face à nous.
« - Pardon, Monsieur le Directeur, tout est de ma faute ! C'est moi qui aie fait tomber quelque chose appartenant à Kuroga-san …
- S-Sanada-san, ce n'est … commença l'homme dont l'air sévère qu'il arborait un peu plus tôt n'était visiblement qu'une façade et qui était maintenant embarrassé par la tournure des choses. »
Comprenant le stratagème, je continuais :
« M-mais non ! C'est de ma faute ! Si je n'avais pas … »
Et la comédie continua ainsi pendant plusieurs minutes, avant que l'homme, totalement décontenancé et gêné ne nous fassent sortir afin que nous rejoignions notre classe.
Un peu plus loin, dans le couloir, Sanada-san pris la parole et dit d'un ton blasé :
« - Toujours aussi lente à la compréhension, à ce que je vois !
- Tu n'avais qu'à me prévenir ! Si j'avais su, j'aurais joué le jeu dès le début ! Répliquais-je.
- Et tu voulais peut-être que je te hurle de faire comme moi ?
- C'est si dur que ça de faire des signes ?
- Pourquoi pas le langage des signes, tant que tu y es !
- Je ne te parle pas de langage des signes, bon sang, juste d'un petit signe qui m'aurait indiqué que tu bluffais !
- Ouais ... Peut-être … Et puis, tu aurais dû verser au moins une petite larme, tu aurais été beaucoup plus convaincante.
- Moi, pleurer ? Et puis quoi encore !
- Pfff … Toi et ton saleté d'orgueil … Bon, bref… L'important, c'est qu'on s'en soit sorti. Tu as quand même bien joué le jeu, bravo demi-portion, fit-elle en référence à ma petite taille.
- De même pour toi, pimbêche. »
Nous arrivâmes finalement devant notre classe dans un silence complet, sentant que ce n'était pas terminé. Je toquais à la porte et l'ouvris. Je me retrouvais face à Mlle Aomori, une jeune femme aux cheveux châtains avec des yeux marrons et qui se trouvait être notre professeur principale. Elle nous regarda de manière menaçante.
« - Kuroga-san … Sanada-san … Quel plaisir de vous voir, commença t-elle d'une voix doucereuse et avec un sourire sadique, à faire froid dans le dos.
- Veuillez-nous excuser pour notre retard, mademoiselle, répondîmes-t-on en cœur, hésitant sur la première syllabe. Un coup d'œil à Sanada-san me confirma que nous pensions exactement la même chose : le moment où nous étions dans le bureau du directeur n'avait été qu'une partie de gâteau à côté de ce qui allait suivre, car nous nous en étions probablement mieux sortie. »
Et en effet, nous avions vu juste, car nous écopâmes toutes deux d'une sanction donnée par notre cher professeur principal. Nous devrions rester après les cours afin de nettoyer entièrement la classe, chose qui allait s'avérer difficile, vu l'état plus que sordide de la pièce. Nous en aurions pour plusieurs heures au moins, avec un peu de chance.
Après nous être faites remonter les bretelles par Mlle Aomori et avoir pris connaissance de notre sanction, nous retournâmes nous asseoir à nos places.
« - Je vais ramasser les autorisations parentales pour le voyage aux Amagiso Onsen*. Vérifiez bien qu'il ne manque rien avant de me les rendre ! Prévint le professeur.
- Oui, mademoiselle ! répondirent les élèves en chœur. »
J'étais la seule personne à n'avoir pas répondue, fouillant dans mon sac comme si ma vie en dépendait. Mlle Aomori, arrivée à mon niveau, me regarda faire d'un œil surpris et me demanda :
« - Quelque chose ne va pas Kuroga-san ?
- Je … Je ne trouve pas l'autorisation, répondis-je.
- Malheureusement, si tu ne l'as pas, tu ne pourras pas venir … Tu es sûre d'avoir cherchée partout ?
- Je crois … Ah, ça y est, je l'ai ! m'exclamais-je, victorieuse en sortant plusieurs feuilles de mon sac qui étaient apparemment juste glissées dans un cahier. Voici, mademoiselle, veuillez m'excuser, continuais-je, confuse.
- Ce n'est pas grave, me rassura le professeur.»
La journée, déjà bien entamée de moitié, continua ainsi.
[...]
Vint le moment fatidique de la sanction, chose peu attendue.
« - Tu es sûr que ça va aller, Tsuki ? Me demanda une voix d'un ton inquiet. Je peux peut-être t'aider …
- Ne t'inquiète pas Fûko, je m'en sortirais toute seule, et puis, je ne pense pas que mademoiselle Aomori soit prête à te laisser m'aider ! De plus, je suis la seule à mériter cette sanction avec l'autre gourde, dis-je en pointant Sanada-san, tu n'as pas à rester pour nous aider. Par contre, pourrais-tu passer chez-moi pour prévenir mes parents que je serais en retard, s'il-te-plaît ?
- Bien sûr Tsuki ! De toutes façons, je l'aurais fais même si tu ne me l'avais pas demandé, je connais ta mère, elle serait morte d'inquiétude si tu rentrais tard sans prévenir … Et puis, comme ta maison est sur mon chemin, je n'aurais pas à faire de détour ou quoi que ce soit dans le genre. Bref, tu peux compter sur moi !
- Merci Fûko, à demain !
- A demain et bon courage, répondit Fûko en s'en allant.
- Merci, chuchotais-je, plus pour moi même, puisqu'elle était déjà partie. »
Nous nous attelâmes à la tâche, ne nous adressant la parole que pour nous chamailler, comme lorsque je fis malencontreusement tomber le sceau que Kagami utilisait pour nettoyer les fenêtre :
« - Hé ! Fais attention où tu mets les pieds, il y en a partout maintenant !
- Si tu ne l'avais pas mis là, je n'aurais pas shooté dedans !
- C'est pas de ma faute si tu ne vois pas où tu marches !
- Bah peut-être, mais moi au moins, je ne pose pas mes affaires en plein milieu du chemin !
- Et ça, c'est pas en plein milieu du chemin, peut-être ? Me répondit-elle en désignant mon propre sceau, celui que j'utilisais pour nettoyer le sol, qui était effectivement au milieu de l'allée entre les tables.
- Euh … Ouais, bon, d'accord.
- Je l'avais bien dit ! Bon, maintenant, tu nettoies ce que tu as fait tomber !
- Et puis quoi encore ? T'as pas vu tout ce que j'ai à faire encore ?
- Ouais, mais ce n'est pas moi qui ai fait tomber le sceau.
- C'est pas moi qui l'ai mis en plein milieu du chemin ... »
Et ça continua ainsi jusqu'à ce que Kagami s'avoue vaincu et qu'elle nettoie l'eau qui était tombée, même si entre temps, elle avait en partie séchée.
Nous arrivâmes finalement à bout de notre tâche après plusieurs heures, la nuit étant tombée depuis un petit moment.
« - Enfin ! J'ai cru qu'on n'en verrait jamais la fin ! Dis-je en m'affalant sur une chaise, épuisée.
- Pour une fois, je suis d'accord avec toi, l'idiote, me répondit Sanada-san en m'imitant.
- Ça fait plaisir à entendre, imbécile, répondis-je alors qu'un léger sourire s'étendait sur mon visage.
- Je te rappelle que ce n'est pas moi qui a enchaîné les bourdes, fit-elle sarcastique
- Ça n'empêche que j'en ai probablement fait beaucoup plus que ce que tu as pu faire !
- Ça reste à voir, ça … »
Nous éclatâmes toute deux de rire et finîmes pas nous diriger vers la sortie de l'école, traversant des couloirs tous plus lugubres les uns que les autres. Soudain, Sanada et moi nous arrêtâmes, ayant entendu un bruit suspect provenant de notre gauche, où se trouvait un couloir sans lumière des plus effrayants, censé faire parti d'une partie inutilisée de l'école.
« - O-on ferait mieux de se dépêcher, me chuchota t-elle juste assez fort pour que je l'entende.
- Tu as raison, faisons vite, j'ai un mauvais pressentiment, répondis-je sur le même ton. »
Nous marchâmes quelques mètres quand soudain un second bruit résonna dans le couloir. Celui-ci faisait penser à des petites roues glissant sur le sol. Je me retournais, suivie de Sanada et vis avec horreur une petite poupée sortir du couloir que nous venions juste de dépasser. Nous restâmes plusieurs minutes figés ainsi. La poupée était petite, d'une cinquantaine de centimètres tout au plus, et elle avait un kimono dans les tons de rouge avec de longues manches atteignant pratiquement ses pieds qui étaient à peine visibles. Des impressions florales étaient imprimées sur le tissus et il était tellement long qu'il traînait pratiquement sur le sol. Elle avait de long cheveux noirs, pratiquement aussi long que le kimono et qui semblait doux, ce que je n'aurais cependant vérifiée pour rien au monde, trop terrorisée.
Subitement, la poupée tourna la tête dans notre direction et nous fixa de ses yeux verts. Des yeux qui semblaient tellement vivants ...
Nous hurlâmes et nous enfuîmes en courant, espérant échapper à cette vision cauchemardesque.
Une fois hors de l'école, nous continuâmes à courir jusqu'à être à une bonne distance du portail, là, nous nous calmâmes un peu, en tentant de reprendre notre souffle :
« - T-tu as bien vu la même chose moi, hein ? Me demanda Sanada-san, essoufflée et visiblement encore sous le choc de se qui venait de se passer.
- Oui … Qu'est-ce que c'était que cette chose ? Lui répondis-je dans le même état qu'elle.
- Je n'en sais strictement rien, et honnêtement, je ne veux ni savoir, ni retourner voir !
- Je suis du même avis. La prochaine fois qu'on sera sanctionnées, on passera par ailleurs, quitte à faire un énorme détour !
- Exactement, répliqua t-elle. »
Une fois notre souffle reprit, nous continuâmes dans la même direction, habitant à quelques mètres l'une de l'autre. Nous étions encore effrayés par ce qui venait de se passer.
J'arrivais la première chez moi :
« - A demain l'idiote ! Lança Kagami. Et prépares-toi, demain je remets ça !
- T'inquiètes pas pour ça, je suis prête ! Je ne te ferais pas de cadeaux. A demain l'imbécile ! Répliquais-je. »
Et sur ce, nous nous quittâmes, tandis que je gardais mon mauvais pressentiment qui ne m'avait toujours pas quitté. Je passais le pas de la porte de chez-moi et m'écriais :
« - Je suis rentrée !
- Bienvenue à la maison ma chérie ! Me lança une grande femme brune aux yeux marron, depuis la porte de la cuisine. Pourquoi rentres-tu si tard ? Heureusement que Fûko-chan m'a prévenue, sinon je serais morte d'inquiétude, vue l'heure qu'il est !
- Désolé maman, ce n'est rien, j'avais juste quelque chose à faire avec Kagami-san, lui expliquais-je après l'avoir rejoint dans la cuisine.
- Oh ! Cette chère Sanada-san ! Comment se porte t-elle ? Ça fait longtemps que je ne l'ai pas vu.
- Bien, bien … Je vais me changer, je reviens.
- Vas-y ! Tu me raconteras ta journée après. »
Je montais les escaliers de ma chambre, l'angoisse au ventre et me changeais, enlevant mon uniforme de la journée. Je me regardais dans le miroir et y vit une jeune fille aux cheveux noirs, aux yeux bleus dont la peau de couleur porcelaine faisait ressortir l'éclat, remarquant cependant quelques signes de fatigues sur mon visage, probablement dû au peu de sommeil que j'avais eu cette nuit, ma petite sœur, Koi, une petite boule de nerfs brune, ayant eu de la fièvre, j'étais restée une bonne partie de la nuit éveillée, trop inquiète pour m'endormir. Puis, je regardais les lumières de la ville dehors. Pourquoi était-je toujours aussi préoccupée ?
Un peu plus tard dans la soirée, le téléphone sonna, ma mère étant occupée à préparer le repas, je répondis :
« - Maison Kuroga, j'écoute !
- Bonjour Tsuki-chan, je suis la mère de Kagami, je suis désolé de te déranger à cette heure-ci, mais elle n'est toujours pas rentrée. J'ai appelée chez plusieurs de ses amies qui m'ont dit que tu étais rentrée avec elle ce soir.
- E-elle n'est pas rentrée ? Pourtant, nous nous sommes quittés devant chez moi il y a plusieurs heures, votre maison n'étant qu'à quelques mètres de la mienne, elle devrait être là !
- C'est bien pour cela que je t'appelle, nous sommes mort d'inquiétudes son père et moi. Tu n'aurais pas une idée de où elle pourrait être ?
- Je … Je suis désolé, mais je n'en ai malheureusement aucune idée, elle n'avait pas l'air de vouloir aller où que ce soit quand nous nous sommes quittés tout à l'heure.
- Oh mon dieu … Ça veut dire qu'il lui est arrivé quelque chose. Merci Tsuki-chan, nous allons aller voir dehors, mon mari et moi, puis si nous ne trouvons rien, nous appellerons la police.
- Je peux venir vous aider ? Je pourrais peut-être être utile …
- Si tu veux Tsuki-chan, nous aurons probablement besoin de ton aide.
- J'arrive tout de suite alors ! »
Je raccrochais le téléphone et filais expliquer la situation à mes parents. Mon père, un homme brun qui possédait lui aussi des yeux marrons et était plutôt grand, décida de m'accompagner, tandis que ma mère, plus ou moins sous le choc de la nouvelle s'affalait sur une chaise. Nous ne traînâmes pas, rejoignant rapidement les parents de Kagami-san qui étaient visiblement très inquiets. Nous nous répartîmes prestement les zones à chercher, ne perdant pas notre temps qui s'avérait être précieux, en vaines discussions. La mère de Kagami partit appeler la police dès que nous lui dîmes que nous n'avions pas vu sa fille en venant, son mari ayant déjà inspecté le reste de la rue.
La police ne tarda pas à arriver, tandis que nous cherchions aux alentours quoi que ce soit qui aurait pu nous indiquer l'endroit où se trouvait Kagami, ou prouvant sa présence dans les environs. Nous nous dirigeâmes vite vers les bruits de sirène pour savoir s'ils ne savaient pas quelque chose, et comme j'étais la dernière à l'avoir vu, nous savions parfaitement que la police aurait des questions à me poser. N'ayant d'ailleurs aucunes informations de leur côté, c'est d'ailleurs ce qu'ils commencèrent à faire, afin de collecter le plus d'indices possibles. Je leur fis une description précise de ce qui s'était passé, omettant cependant l'épisode de la poupée. Je savais très bien que si j'en parlais, ma bonne foi pourrait être remise en cause et les policiers, par bêtise, perdrait probablement beaucoup d'information. Le policier qui m'interrogeait ne s'aperçut en rien de la suppression de ce passage dans mon récit et continua à noter ce que je disais, n'oubliant pas de poser quelques questions de temps à autres.
Les recherches durèrent une bonne partie de la nuit, mais malheureusement elles n'aboutirent à rien, comme si Kagami s'était volatilisé, ce qui semblait même presque être la possibilité la plus probable au vue de l'absence d'indices. Mon père finit par me raccompagner à la maison car je tombais de fatigue, il retourna ensuite aider les secours dans leurs recherches.
Je partis me coucher sans toucher au repas que ma mère m'avait préparée, trop estomaquée par tout ce qui venait de se passer. A peine touchais-je le matelas que je m'endormis, épuisée par les événements de la journée. Cependant, je dormis mal, mon sommeil troublé par des cauchemars où des poupées me poursuivait, le sourire aux lèvres, avec l'intention de me tuer.
[...]
Le lendemain matin, après un réveil des plus difficiles, je me préparais à aller en cours lorsque ma mère, dans la cuisine, passa la tête par l'entrebâillement de la porte et me lança :
« - Tu es sûre de vouloir aller en cours, Tsukiko ? Si tu veux, tu peux rester à la maison aujourd'hui, vu ce qui s'est passé hier …
- Ne t'inquiètes pas Maman, j'ai besoin de me changer les idées. A ce soir !
- Comme tu veux, ce soir ma chérie, passes une bonne journée … »
Sur ce, je sortis de la maison. Je n'avais pas dit toute la vérité à sa mère. En fait, je ne voulais surtout pas montrer aux autres que je pouvais être faible et sentimentale, car la plupart seraient probablement au courant de la disparition de Kagami et il était hors de question qu'ils pensent que j'étais touchée par ça, même si c'est bel et bien le cas. Nous avions beau nous envoyer des fleurs à longueur de journée, je savais que je pouvais compter sur elle, et c'était réciproque. Nous nous connaissions depuis le collège, Kagami venait alors d'emménager dans le quartier, de retour de l'étranger après plus de dix ans d'absence. Elle ne connaissait pratiquement pas le pays, car lorsqu'elle l'avait quitté, elle était encore toute petite. Mes parents avaient alors aider les Kagami à s'installer, nos parents devinrent amis, même si nous nous chamaillions à longueur de journée.
Je me sentais mal de l'avoir laisser rentrer seule le soir précédent, me disant que j'aurai dû la raccompagner, même si je savais que Kagami aurait refusée … J'aurais toujours pu la forcer à accepter. Maintenant, ça me rongeait de n'avoir rien fait et de ne pouvoir rien faire.
Malheureusement, ce n'était que le début …
[...]
Une semaine plus tard, Kagami n'avait pas encore été retrouvée et les policiers n'avaient toujours aucune piste, aucun indice.
Cependant, la vie devait poursuivre son cours et aujourd'hui était le jour du départ pour l'Amagiso Onsen.
Je me sentais un coupable car je savais très bien que Kagami mourrait d'envie d'y aller, elle l'avait en effet fait savoir tout haut lorsque Mlle Aomori nous avait donnée les formulaires de participation au séjour, deux semaines plus tôt. « Pourvu qu'on la retrouve vivante … pensais-je ».
Le réveil sonna et je me levais, abandonnant la douceur de mon lit pour aller enfiler des vêtements
et descendre manger. Ma mère était déjà dans la cuisine en train de me préparer un petit déjeuner, mon père étant déjà attablé et prenant lui aussi son repas.
Il avait été convenue que ce serait ce dernier qui m'emmènerait à la gare en voiture, m'évitant ainsi plusieurs pénibles heures de transports en communs, surtout avec une valise pratiquement aussi lourde que moi ainsi qu'un petit sac à main, qui attendaient dans l'entrée.
Après avoir fini, je me dirigeais vers l'entrée en compagnie de mon père, sans avoir oublié de dire au revoir à ma mère avant et être aller voir ma petite sœur dans sa chambre.
Je commençais à mettre mes chaussures quand tout à coup je me rappelais de quelque chose. Je montais précipitamment les escaliers jusque dans ma chambre et en ressortit après avoir attrapée un collier que j'attachais rapidement autour de mon cou. C'était le collier que mon frère m'avait offert quelques années auparavant, juste avant de mourir. C'était mon trésor, j'y tenais comme à la prunelle de mes yeux et en prenais grand soin. Mon frère, Tatsuya, m'avait offert ce pendentif le jour de mon anniversaire, trois ans plus tôt, la veille de sa mort dans un accident de voiture. Alors qu'il allait au travail, un samedi matin, comme toujours, un camion avait soudainement perdu l'usage de ses freins à un feu rouge. Il n'avait pu éviter la voiture de Tatsuya qui était mort sur le coup, sa voiture prenant feu quelques secondes après l'impact alors qu'elle avait heurtée une barrière. Mon frère n'avait que vingt-quatre ans et ce fut un choc dur pour ma famille, surtout pour moi qui était seulement âgé de quatorze-ans. Apparemment, le choc avait été tellement fort que j'avais oubliée tout ce qui s'était passé ce jour là. La dernière chose dont je me souvenais, c'était lorsqu'il m'avait offert le pendentif, après c'était le trou noir. Mes souvenirs reprenaient à partir de la sortie de la morgue, après l'identification du corps. Koi, en fut beaucoup moins affectée car elle n'était pas en âge de comprendre. Après tout, comment voulez-vous faire avaler à une enfant de cinq-ans que son frère vient de mourir ?
Mes parents aussi en avaient été très affectés, c'était normal après tout, perdre un fils laisse une cicatrice qui ne se referme jamais.
C'est pourquoi je prenais soins de ce collier comme si ma vie en dépendait.
Le pendentif était une perle blanche et devait être à peu près de la même taille qu'une noisette. Elle possédait des reflets nacrés qui donnait parfois l'impression qu'elle était vivante.
Il y avait aussi un bracelet que j'avais depuis toujours et que je ne quittais absolument jamais. Étrangement, je ne pensais même pas à l'enlever comme si ce dernier m'était vital. Il ressemblait énormément au collier, bien que la perle ne soit pas blanche mais noire. On pouvait lire dessus, incrusté dans la perle le caractère « Tsuki », autrement dit, « Lune ».
Après avoir vérifié que je n'oubliais rien, encore une fois, je sortis, accompagnée de mon père, sans oublier de faire des signes de la main à ma mère et ma sœur qui venait juste de se lever et était encore quelque peu comateuse. « J'ai l'impression que je ne les reverrais pas ... Ou du moins, pas avant un moment », pensais-je. Finalement, je montais dans la voiture après avoir déposé ma valise dans le coffre, bien que depuis la mort de mon frère, j'avais beaucoup de mal à mettre les pieds dans une voiture, ce qui était en soi compréhensible. Mon père démarre; cependant, après une dizaine de minutes, je me sentis mal et demandais à mon père de s'arrêter, ce qu'il fit, connaissant mon aversion pour ce transport. Par chance, nous étions en avance, nous ne devrions donc pas être en retard si je traînais un peu dehors afin de me changer les idées. Nous nous arrêtâmes sur le bord de la route, face à un temple et je descendis.
« - Je reviens papa, j'en ai pas pour longtemps, juste le temps de me dégourdir les jambes, lui dis-je péniblement, la gorge sèche.
- D'accord, mais ne traînes pas trop, Tsuki.
- Ne t'inquiètes pas, dis-je en riant, amusée par son inquiétude plus que flagrante, je me dépêche. »
Je décidais de monter vers le temple, empruntant l'escalier qui y menait et qui étais, je dois l'avouer, plutôt haut et long. Une fois en haut des marches, je décidais d'aller faire une prière car j'avais toujours le mauvais pressentiment que j'avais avant que Kagami ne disparaisse et je me dirigeais vers le petit temple, fit sonner la cloche, avant de taper trois fois dans mes mains, priant pour ma famille et pour Kagami dont on n'avait toujours aucune nouvelles. Ayant terminé, je restais quelques instants là à respirer l'air ambiant rendu humide par la rosée matinale.
« - Bonjour, jeune demoiselle, s'écria quelqu'un derrière moi, alors que je faisais un bon sur le côté, surprise, vous êtes bien matinale.
- Grand-père ! Le morigéna une seconde voix féminine et plus jeune, il ne faut pas surprendre les gens par derrière, comme ça ! Je suis désolé, ajouta-t-elle à mon intention, excuse-le, il n'est pas méchant, juste farceur. »
Je me retournais vers les deux personnes et fut surprise. La voix plus jeune que j'avais entendue, appartenait en fait à une jeune fille qui ne devait pas être beaucoup plus âgée que moi. Ses cheveux étaient noirs et ses yeux marrons. Elle possédait des traits assez fins et était plus grande que moi, ce qui n'était en même temps pas difficile puisque je n'étais vraiment pas grande, pour preuve, j'étais la plus petite de ma classe.
Tous ces traits semblent banals, me direz-vous... Cependant, ensemble, ils faisaient d'elle une personne vraiment belle. S'ajoutait à cela une lumière de joie, d'envie de vivre dans ses yeux.
Plus ou moins rétablie de ma surprise, je me tournais vers l'autre voix et constatais qu'elle appartenait à un vieil homme qui devait probablement avoir dépassé la soixantaine. Il portait un habit traditionnel constitué d'un haut blanc et d'un pantalon bleu ciel. Il semblait gentil, mais comme l'avait dit un peu plus tôt la jeune fille, il semblait aussi très farceur.
« - Ce... Ce n'est pas grave, répondis-je, vous n'avez pas à vous excuser.
- Tu as besoin de quelque chose ? Me demanda la jeune fille.
- Non merci, j'étais juste venue prier, répondis-je. »
Soudain, je me rappelais que j'avais dit à mon père que je ne traînerais pas. Je jetais un coup d'œil affolé à ma montre et me raidit à la vue de l'heure. Bon sang, mais j'allais être en retard ! Paniquée, je me dépêchais et dit :
« - Excusez-moi, et merci pour l'accueil, je dois y aller, au revoir !
- Ce n'est rien. N'hésites pas à revenir ! Entendis-je dire la jeune fille alors que je me dépêchais de me diriger vers les escaliers.
- Bien sûr ! Répondis-je juste avant de m'engager dans les escaliers, le sourire aux lèvres. »
Je ne sais pas trop pourquoi, mais j'étais persuadée que je la reverrais et ce, dans très peu de temps …
Je rejoignis finalement la voiture, où mon père m'accueillit d'un regard courroucé.
« - On avait dit cinq minutes, Tsukiko, pas quinze ! Me gronda t-il alors que je m'installais sur le siège avant.
- Désolé papa, je ne pensais pas être aussi longue, m'excusais-je.
- Bon, ce n'est pas grave, mais nous allons devoir nous dépêcher maintenant, me répondit-il en démarrant. »
Le reste du trajet se déroula dans le silence. Par chance, nous arrivâmes à l'heure à la gare. Après avoir dit rapidement au revoir à mon père, je rejoignis Fûko dans le hall de la gare où attendaient une bonne partie des élèves, ainsi que les professeurs qui nous accompagnaient, dont Mlle Aomori que j'étais allée voir afin de lui signaler ma présence. Elle avait parue soulagée de me voir et m'avait alors dit d'attendre avec les autres élèves.
Le train arriva une trentaine de minutes plus tard dans un fracas assourdissant, tous les élèves étaient rassemblés sur le quai en compagnie des professeurs. « Le train en direction de Nagoya, quai 5. Soyez prudents sur les quais et veuillez signaler tous les colis suspects. Nous vous souhaitons un agréable voyage ! » Dirent les hauts parleurs. Sur instructions des professeurs, nous montâmes dans le train et nous assîmes aux places qui nous avaient été réservées. Le voyage passa rapidement, à tel point que je fus étonnée lorsque nous arrivâmes à la gare. Les professeurs nous firent descendre et nous regrouper afin de monter dans le bus qui devait nous conduire aux Amagiso Onsen et qui attendait en dehors de la gare.
Nous montâmes dans le bus dans une ambiance conviviale, les uns se chamaillant avec les autres, tandis que certains se racontaient des blagues, faisant rire par la même occasion leurs voisins.
J'aimais cette ambiance chaleureuse et sympathique.
Après une bonne demi-heure de route nous arrivâmes enfin à l'hôtel et nous dirigeâmes droit vers les chambres que les professeurs nous avaient distribuées.
«- Enfin ! Je suis contente d'être arrivée, me dit Fûko en se laissant tomber sur le lit.
- Moi aussi, lui répondis-je en faisant de même.
- Apparemment, demain nous allons visiter les alentours … Heureusement, ce soir, on a quartiers libres. Aucunes contraintes !
- Ouais... Que dirais-tu d'aller nous baigner aux Onsen après avoir déballé nos affaires ?
- Tu es si impatiente que ça d'aller te baigner ? Me répondit-elle en riant. Je te signale qu'il n'est que 12h ! Que dirais-tu d'aller déjeuner puis de visiter un peu les alentours plutôt ? Ajouta Fûko.
- Je pensais pourtant qu'il était plus tard, m'étonnais-je. Vas pour la promenade alors !
- C'est partit ! Dit-elle en m'attrapant par le bras.
- Hé ! Je te rappelle que nous devons d'abord déballer nos affaires, l'arrêtais-je.
- Ah, oui, c'est vrai … fit-elle déçue.
- Mais on peut le faire en revenant aussi, la consolais-je avec un sourire.
- Oui ! S'écria-t-elle. »
Elle me tira dans les couloirs et je la regardais faire avec un sourire attendri. Fûko était une des personnes qui m'était le plus importantes, nous nous connaissions depuis la maternelle. Elle connaissait pratiquement tout de moi et c'était réciproque. C'était une fille dynamique et gentille qui pouvait cependant se comporter comme une véritable gamine, aussi bien quand on lui refusait quelque chose que lorsque lorsqu'on lui accordait.
Nous arrivâmes finalement au restaurant et commandâmes à manger en nous asseyant à une table. La nourriture était vraiment appétissante et nous finîmes rapidement de manger.
Ensuite, nous sortîmes de l'hôtel et commençâmes à nous balader. Le paysage était magnifique, alliant toutes les couleurs de la nature, plus éclatantes les unes que les autres. On voyait bien que le printemps approchait à grands pas, la vie commençait à reprendre ses droits. On pouvait voir sur notre droite une petite fontaine dont l'eau venait directement d'un petit ruisseau, tombant directement d'un trou dans la roche. Le clapotis de l'eau ajoutait une touche romantique au paysage.
Nous passâmes ainsi tout l'après-midi à nous balader. Vers dix-neuf heures nous décidâmes qu'il était temps de regagner l'hôtel et nous dirigeâmes vers l'entrée.
Fûko et moi n'étions qu'à une dizaine de mètres quand soudain je sentis quelque chose d'étrange et m'arrêtais. Un malaise. Je sentais quelqu'un dont les intentions n'étaient pas des meilleurs nous observer.
Je décidais cependant de ne pas y faire attention afin de ne pas inquiéter Fûko qui n'avait rien remarquée et avait continuée à marcher vers l'entrée, la tête ailleurs. Je me dépêchais de la rejoindre avant qu'elle ne remarque quoi que ce soit. Une fois à son niveau, je me hâtais de lancer un nouveau sujet de conversation paraissant le plus naturelle possible. Heureusement pour moi, elle ne se rendit compte de rien et nous continuâmes ainsi jusqu'à notre chambre. Après avoir déballé nos affaires, nos ventre crièrent famines pratiquement en même temps, ce qui nous fit rire toute deux. Il fut ainsi décidé que nous allions dîner de ce pas et qu'ensuite nos irions nous baigner aux Onsen.
Nous fîmes la même chose que quelques heures plus tôt, au déjeuner, finissant rapidement de manger encore une fois. En sortant du restaurant, nous nous aperçûmes que la nuit était tombée et, par chance, la température ne s'était que peu rafraîchie. Fûko et moi nous dépêchâmes de monter dans notre chambre afin de mettre nos Kimonos* légers et Geta*; une fois cela fait, nous filâmes dehors, n'étant pas obligés de prendre nos affaires de toilettes puisque tout était fournit par la direction des Onsen sur place. Ensuite, nous prîmes le chemin qui menait aux Onsen.
Honnêtement, je ne l'aimais pas du tout. Il était sombre, mal entretenu et surtout, mal fait. On risquait à tout moment de glisser sur un caillou et de se faire mal en tombant.. Le chemin était bordé sur la droite d'une paroi rocheuse et sur la gauche, il y avait un vide d'une vingtaine de mètres. C'était tout de même assez effrayant et impressionnant, heureusement, il y avait une barrière, probablement pour éviter tout accident. Elle semblait cependant être dans un mauvais état.
Alors que je faisais part à Fûko de mes réflexions, je le sentis. Le même malaise que lorsque nous étions revenus à l'hôtel après notre balade en ville. Seulement, cette fois-ci, il était beaucoup plus proche et se rapprochait à toute vitesse, par derrière. Je n'eus que le temps de me retourner vers Fûko qui était quelques pas derrières moi avant de l'entendre hurler de douleur. Mon cerveau ne fit qu'un tour avant de comprendre ce qui se passait. Une chose était accrochée à son épaule et avait planté ses crocs dans sa chair. Je réagis instinctivement sans même y avoir pensé. J'attrapais une pierre et la lançais de toutes mes forces sur cette chose qui s'avéra être une sorte de furet qui possédait cependant des yeux verts fluorescents dans la nuit, le genre de chose à vous en donner des cauchemars. Il était cependant beaucoup plus long et large qu'un furet. La pierre l'atteignit en pleine tête et il lâcha Fûko dans un cri. Cette dernière s'écroula sur le sol, à moitié inconsciente à cause de la douleur.
« - Toi... Tu as osé me toucher ! Dit-il à mon intention.
- Je … fut la seule chose que je pu dire, choquée par le fait que cette chose parle.
- Tu vas mourir pour avoir fait un tel geste ! Hurla-t-il en se jetant sur moi. »
Seulement, il n'avait semble t-il pas prit en compte le vide, ainsi que le peu de solidité de la barrière alors qu'il nous envoyait valser en plein dessus. La barrière se brisa et nous tombâmes tout les deux du chemin.
« Tsukikoooo ! Entendis-je la voix de Fûko hurler, terrorisée. »
Je n'y répondis pas, la panique m'empêchant de dire quoi que ce soit. De toutes façons, à quoi cela aurait-il servit … Mes pensées s'entrechoquaient, rendant le tout totalement chaotique. C'est la fin ? C'est ainsi que je vais mourir ? Arrivais-je cependant à raisonner alors que je fermais les yeux, me préparant au choc à venir, sentant inconsciemment le sol se rapprocher de moi.
Amagiso Onsen : Ce sont des bains publics alimentés par des sources chaudes. Ceux d'Amagiso se situent entre Tokyo et Nagoya.
Kimono : Ce sont des vêtements traditionnels japonais.
Geta : Ce sont des chaussures traditionnelles japonaises.
Réponses au Reviews :
Liara : Merci Liara-chan ! ^-^ Contente que ça t'ai plu ! :p
Anae : Je suis contente que mon prologue t'ai plu, j'espère ne pas te décevoir pour la suite :D
Oui, tu as raison, j'en aurais probablement plus quand je posterais ce chapitre :3
Hisa-chan : Merci beaucoup, ça me touche ! ^-^ Mais non, je n'écris pas si bien que ça, il ne faut pas exagérer ^^' En tout cas ton com' m'a vraiment fait plaisir, merci beaucoup ! :)
Pixa-chou : Bien sûr que je te le dirais ! XD Ah oui, effectivement, tu as raison ! - Je vais essayer de voir si je peux corriger ^-^
Hinata-mangas : Hello !
Je suis contente que tu sois venue lire ma fic' ! :D
Oui, en effet, il va y en avoir ! XD En même temps, je n'ai pas cherché à le cacher … Mais ce n'est pas pour tout de suite, la romance :p
J'espère que la suite te plaira alors ^-^
Ça tu le découvriras assez tôt ! :D
Gné ? Personnage à la peau verte ? J'ai pas compris, là … 8D Où est ce que tu as vu écrit ça ? xD
Et bien, voici la suite, en espérant qu'elle te plaise :p
Marina : Merci, c'est gentil ! ^-^
Momo0302 : Bonsoir ! :3
Merci, je suis très contente que le début te plaise ! ^-^
C'est vrai qu'il y en a beaucoup Sesshoumaru & Rin ! Personnellement, je les aime beaucoup :p
Mais c'est vrai que ça fait du bien un peu de changement de temps en temps xD
Merci ! ^-^
Voici la suite, comme tu attendais ! x)
Merci à tous d'avoir lu, et pour certains attendus, ce chapitre, j'espère qu'il vous a plu ! :D
Je précise que le prochain n'est pas encore fini, donc vous devrez attendre un peu, désolé … ^-^'
En plus, j'ai une tendinite au poignet droit, alors ça n'arrange rien … u_u'
Bref, à la prochaine ! :D
