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SECRET N°5

« Lorsque vous vous attaquerez à votre œuf, séparez très attentivement le blanc du jaune. Avec l'habitude, cette opération sera de plus en plus facile, aussi n'hésitez pas à vous entraîner avant. »

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- 2 septembre 2007 -

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Le jour suivant, la routine reprit ses droits dès la première sonnerie de la cloche du château. Je rejoignis la salle d'histoire de la magie tandis que Meredith et le reste des septièmes années de Serdaigle se dirigeaient vers les cachots où le vieux professeur Slughorn enseignait les potions.

Peu d'élèves avaient choisi de poursuivre le cours du professeur Binns au début de la sixième année. Il fallait dire que ce dernier, fantôme de son état, avait le don de parler de guerres, de massacres et d'événements fondateurs de la société d'une manière soporifique à en sauter par la fenêtre. Mais, outre ma tolérance pour les fantômes sans aucun doute supérieure à celle de mes camarades, j'avais une réelle passion pour cette matière que je jugeai bien plus intéressante que l'art des potions. Après tout, à quoi allait me servir de savoir faire des tas de mixtures dont j'oublierais le nom sitôt sortie de Poudlard ?

Seuls deux Serpentard et un Poufsouffle suivaient ce cours avec moi, et je baragouinai une salutation générale avant d'aller m'asseoir seule au milieu de la salle, pas trop près de Binns pour ne pas sentir le souffle froid qu'il exhalait dans son sillage, mais pas trop loin non plus pour pouvoir suivre le cours efficacement.

— Salut Mayo ! s'exclama Jim Rutherford, le Poufsouffle, alors que je passai devant lui.

Je levai les yeux au ciel sans répondre. « Mayo », c'était mon surnom. Mayonnaise, pour être exacte. À Poudlard, peu de gens me connaissaient en tant que Maya Reynolds. En revanche, tous visualisaient à peu près la fille timide dotée du surnom le plus stupide qu'on ait inventé dans la décennie. Tout ça parce que Flitwick, le prof de sortilèges, avait été incapable de lire correctement mon écriture lorsqu'il avait rendu les copies de notre premier contrôle en première année et avait confondu le « a » de mon prénom avec un « o ». Les années avaient passé, mais le surnom était resté.

Je détestais que l'on m'appelle comme ça. Le fait que l'on préfère utiliser le nom vulgaire d'une sauce pour me désigner plutôt que le prénom que mes parents m'avaient donné m'agaçait au plus haut point. Mais je vous l'ai dit : affirmée, je ne l'étais que bien en sécurité entre les quatre murs de ma maison. Si je ne me gênais pas pour manifester ma lassitude dès qu'un « eh, Mayo ! » se faisait entendre, je n'avais jamais pris de mesures drastiques à ce sujet et certains, comme Jim, ne manquaient jamais une occasion de me rappeler l'existence de ce surnom.

Malgré tout, j'appréciais beaucoup Jim, que j'avais souvent l'occasion de côtoyer par le biais de Victoria. Il était gentil et c'était un Poufsouffle pur jus : pas le plus captivant ou le plus talentueux des sorciers, mais une vraie perle d'humanité.

Le double-cours d'histoire achevé, c'est en sa compagnie que je rejoignis les serres de botanique pour mon premier cours avec le fameux Neville Londubat. On y retrouva Meredith et Victoria, avec qui je partageais ma table depuis la première année.

— Alors, l'histoire ? s'enquit Vicky.

— Intéressant, répondis-je.

— Très chiant, compléta Jim.

Je roulai des yeux, sans parvenir à ravaler un sourire amusé. Contrairement à moi, ce n'était pas par passion que le Poufsouffle avait choisi de poursuivre cette matière : ses notes catastrophiques aux BUSES ne lui avaient pas laissé le choix, c'était Binns ou le redoublement. Il partit rejoindre sa propre table alors que je me laissai tomber aux côtés de Meredith qui semblait décidée à profiter du soleil qui traversait la verrière des serres pour parfaire son bronzage déjà impeccable.

Le professeur Londubat ne tarda pas à arriver et manqua de s'étaler de tout son long en trébuchant sur les pots vides qui avoisinaient son bureau. Il y eu quelques rires, puis le silence se fit à nouveau, le fait d'avoir un héros qui avait permis de détruire un des plus grands mage noir de tous les temps en face d'eux intimidant quelque peu les Serdaigle et les Poufsouffle réunis dans la serre. Londubat bafouilla qu'on allait étudier les Mimbulus Mimbletonia, des plantes apparemment très utiles en médecine, et nous demanda de récolter leur pus de la manière la plus propre possible, arrachant une grimace à Meredith.

Le temps qu'il nous explique les quelques propriétés de la plante et la manière de procéder, les trois quarts du cours étaient déjà écoulés et il ne nous resta plus qu'à nous démener pour récolter le précieux pus avant que la cloche ne sonne.

— Pique-nique ? proposa Victoria lorsqu'on sortit de la serre sous un soleil éclatant.

— Avec joie, répondit Meredith.

Depuis leur séparation à la Répartition en première année, mes deux amies avaient pris l'habitude de déjeuner ensemble dans le parc dès que les conditions météorologiques le permettaient et, lorsque j'étais devenue amie avec elles, je m'étais naturellement jointe à la tradition. Anthony, le grand-frère de Vicky, lui avait expliqué comment accéder aux cuisines du château et, ainsi, nous pouvions demander tout ce que nous voulions aux elfes de maison. Meredith fut chargée d'aller chercher de quoi nous ravitailler tandis que Victoria et moi rejoignions notre coin habituel.

Une fois installée, mon amie sortit un paquet de cigarettes de sa poche, vérifia qu'aucun professeur ne pouvait la voir, puis en porta une à ses lèvres tandis que je levais les yeux au ciel. Elle attrapa un briquet dans son sac et alluma sa clope avant de s'adosser au tronc d'un arbre avoisinant.

— Tu veux une taffe ? me proposa-t-elle en rejetant doucement sa fumée.

— Non, merci..

— Tu n'es toujours pas décidée à tenter le coup ?

— Les années passent, vos poumons vous maudissent et moi je ne vois toujours pas l'intérêt, raillai-je.

— C'est délicieux, pourtant, intervint Meredith qui revenait, des victuailles plein son sac. Je peux ? questionna-t-elle en s'emparant du paquet de Vicky.

— Vas-y.

La blonde sourit en guise de remerciement et tira à son tour sur une cigarette tout juste allumée.

— Alors, qu'est-ce que vous pensez de Londubat ? demanda Victoria en dessinant des ronds de fumée avec sa bouche.

— Sa maladresse est adorable ! s'extasia Meredith.

— Il a l'air d'être passionné et de bien connaître son sujet. Mais j'ai rarement vu plus timide, m'amusai-je.

— Justement, ça le rend adorable, répéta ma camarade de chambre avec obstination.

À la vue de mon air las, le rire de Victoria envahit l'espace comme un chant d'oiseau et le déjeuner continua sous le soleil de la fin d'été.

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Le soir venu, lorsque j'entrai dans le dortoir, seule Chloé s'y trouvait, plongée dans un de ses romans à l'eau de rose que je ne comprenais toujours pas comment elle pouvait apprécier.

— Aloha ! m'exclamai-je en envoyant valdinguer mon sac contre mon lit à baldaquin.

Chloé sourit en répondant plus sobrement à mon salut. J'avais tendance à être assez à l'aise en sa présence. Sa timidité était tellement plus forte que la mienne que j'avais l'impression de déborder d'assurance lorsque je me trouvais dans la même pièce qu'elle. D'autant plus que les élèves de Poudlard s'intéressaient encore moins à elle qu'ils ne s'intéressaient à moi. C'était horrible à dire, mais ça me donnait l'impression d'avoir le dessus sur elle, d'avoir la main pour une fois dans ma vie.

— Tu as vu ton horaire de passage pour ton entretien avec Flitwick ? me demanda-t-elle en reposant son livre sur sa table de nuit.

— Non. Il y avait bien trop de monde devant le tableau d'affichage, grimaçai-je.

J'avais horreur d'être prise dans la foule. Surtout pour quelque chose d'aussi futile qu'un entretien d'orientation. En septième année, les élèves devaient subir deux entretiens avec leur directeur ou directrice de maison : un au début de l'année pour commencer à sérieusement réfléchir à leur avenir professionnel, et le suivant quelques mois plus tard, pour confirmer leur idée de départ et commencer à avoir des contacts dans le monde du travail. Une bonne initiative en somme. Mais qui m'avait cruellement ennuyée en cinquième année, lorsque j'avais du subir le même type d'entretien pour choisir mes matières de sixième année. Comme si, à quinze ans, j'avais une idée précise de ce que je voulais faire de ma vie !

— Moi je passe vendredi soir.

— Tu sais déjà ce que tu vas dire ?

— Non. Je vais entrer au Ministère, je pense. Dans tous les cas, avec les matières que j'ai choisies l'an dernier, je devrais pouvoir aller un peu partout. Et toi ?

— Aucune idée, répondis-je. Quoi que je dise, Flitwick va passer l'entretien à me rappeler que j'ai sous-estimé mes capacités en poursuivant si peu de disciplines en sixième année.

— Au moins tu as du temps libre pour y réfléchir pendant que les autres sont en cours, plaisanta Chloé.

Je lui tirai la langue et elle s'esclaffa en se plongeant de nouveau dans la lecture de son livre. De mon côté, je me laissai tomber sur mon lit et fermai les yeux. J'étais déjà fatiguée du monde, du bruit, des cours, et ma musique me manquait. Ne vous y trompez pas : j'aimais bien Poudlard. Mais je sentais que la vie adulte allait encore plus me plaire...