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SECRET N°7
« Ne négligez surtout pas l'apparence de votre sauce : elle doit avoir du volume. »
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- 25 septembre 2007 -
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— Tu sais quoi ? S'il y a bien un truc qui ne m'a pas manqué pendant les grandes vacances, c'est bien les cours de sport !
Amusée, je me tournai vers Chloé pour la voir s'avancer vers le terrain de sport avec l'air de celle qui monte à l'échafaud. Depuis la fin de la guerre, en plus des cours de vol qui étaient obligatoires uniquement en première année, McGonagall avait mis en place des cours d'initiation au sport Moldu. Le but était double : ils permettaient aux élèves de se familiariser encore un peu plus avec la culture Moldue (et entraient ainsi dans l'objectif de tolérance fixé par le Ministière qui en avait profité pour rendre le cours d'étude des Moldus obligatoire à partir de la troisième année) et en même temps de nous faire garder la forme.
Or Chloé détestait le sport et je n'étais pas loin de la rejoindre sur ce point. Contrairement à Meredith qui, en tant que joueuse dans l'équipe de Quidditch de Serdaigle, était dispensée de ces cours et à Victoria qui avait toujours aimé les activités physiques, je n'avais jamais éprouvé un quelconque intérêt pour le sport. Tous ces joueurs acclamés qui se ridiculisaient chaque jour en s'adonnant à des pratiques stupides telles que celle de courir après une balle faisaient partie d'un monde que je préférais garder à distance.
Sous les plaintes de ma camarade de chambre, on finit par atteindre les terrains de foot, basket et autres jeux Moldus qui avaient été aménagés dans un coin du parc. Mollement, on salua le professeur qui était chargé d'enseigner la matière et dont je n'avais jamais réussi à retenir le nom. Entre élèves, nous l'appelions tous « Raton-Laveur », surnom qu'il devait au bonnet absolument ridicule orné de petits ratons-laveurs avec lequel il était venu nous faire cours une fois, en deuxième année.
Pour le premier trimestre de cette septième année, Raton-Laveur avait choisi comme sport le rugby et c'est en soupirant qu'on se rangea par binôme de taille pour s'exercer au plaquage. Tous mes camarades de maison étant bien plus grands que moi, je me retrouvai en compagnie d'un Gryffondor du nom de Jeff avec qui j'avais déjà sympathisé lors de nos précédents cours d'éducation physique. Malgré sa morphologie d'adolescent pré-pubère (parfaite pour le poste d'attrapeur qu'il occupait au Quidditch), je savais à quel point il pouvait être redoutable et j'accueillis son salut avec un gémissement étouffé qui le fit éclater de rire.
Jeff était l'un des seuls Gryffondor que j'appréciais et la raison était simple : il faisait partie des rares à m'appeler par mon prénom et non par ce sobriquet grotesque dont tout Poudlard abusait. Pour être tout à fait juste avec les autres, il avait surtout tellement usé de ce dernier par le passé que j'avais fini par lui renverser une bouteille d'eau sur la tête en cinquième année, ce qui avait très nettement calmé ses ardeurs. Depuis, on avait fait connaissance et, si nous ne nous parlions jamais en dehors des cours de sport, j'aimais nos grandes discussions sur le sens de la vie, les curieuses pièces que Raton-Laveur comptait dans son dressing et les dernières lubies vestimentaires des filles de Poudlard.
— Alors, tu es prête à mordre la poussière, Maya ? me nargua-t-il alors que Raton-Laveur nous indiquait qu'on pouvait commencer l'exercice de ceinturage.
— Absolument pas. Donc je te serai reconnaissante d'y aller mollo, répliquai-je.
Jeff éclata de rire et, bien loin de faire honneur à la l'intégrité légendaire des Gryffondor, me plaqua aussitôt à terre.
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- 3 octobre 2007 -
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La première séance de travail dans le cadre du projet du professeur Londubat fut un vrai fiasco. Nous avions beau avoir choisi un terrain neutre pour étudier (à savoir la bibliothèque) et avoir ramené à notre table tous les livres de botanique répertoriant les plantes magiques que nous avions pu trouver, Audrey et moi n'étions d'accord sur rien.
Elle tenait absolument à s'occuper d'une plante qui impressionnerait le reste de notre promotion sans se rendre compte que la charge de travail qui irait avec serait tout aussi impressionnante. Quant à moi, je souhaitais choisir une plante qui nous permettrait d'obtenir une note convenable sans pour autant passer notre vie ensemble à nous occuper d'elle.
D'ordinaire, j'avais tendance à me ranger sur l'avis des autres sans trop opposer de résistance. Mais, face à Audrey, je refusais toute forme de faiblesse et, à force de nous voir nous chamailler comme deux gamines, ce fut la vieille Mrs Pince qui avait mis fin à notre petite réunion en nous mettant à la porte de sa précieuse bibliothèque.
Audrey était aussitôt partie en direction de la salle commune en maugréant sur mon immaturité et mon égoïsme. Selon elle, je me préoccupais uniquement de mon souhait de ne pas poursuivre mes études sans prendre en compte le brillant avenir qui l'attendait elle. La laissant penser ce qu'elle voulait, j'avais profité de ma libération prématurée pour rejoindre Victoria et Meredith dans le parc. Cette dernière revenait de son entraînement de Quidditch et avait encore son balai coincé sous le bras. Comme à chaque fois qu'elle sortait d'une séance de vol, elle était radieuse et ne manquait pas de le faire savoir au monde entier.
— Eh, May ! s'exclama-t-elle dès qu'elle m'aperçut. Tu étais où ?
— À la biblio, répondis-je patiemment. J'avais dit à Meredith où j'allais et pourquoi juste avant de partir rejoindre Audrey, mais j'avais l'habitude qu'elle ne prête pas beaucoup d'attention à ce que je faisais lorsque je n'étais pas avec elle. Avec Audrey, ajoutai-je.
Victoria, allongée dans l'herbe, s'esclaffa et se redressa sur les coudes pour me toiser d'un regard moqueur.
— Alors ? s'enquit-elle. Comment s'est passée cette première réunion ?
— Catastrophiquement.
— Oh, mais pourquoi ? s'étonna Meredith. Tu as plutôt de la chance d'être avec Audrey, cette fille est une perle ! Tu devrais apprendre à la connaître, je suis certaine que tu l'aimerais bien si tu dépassais les préjugés que tu as sur elle...
— C'est moi qui aie des préjugés sur elle ?! m'indignai-je en ouvrant de grands yeux. Alors ça, c'est la meilleure !
— Bah quoi ? s'étonna la blonde sans comprendre.
J'échangeai un regard exaspéré avec Vicky et celle-ci se chargea de répondre pour moi.
— Mmmh, laisse moi réfléchir... Peut-être parce qu'Audrey Groover est l'image même de la petite peste richarde qui ne se gêne pas pour rabaisser ceux qu'elle n'aime pas... ? Ou peut-être parce qu'elle est une caricature de superficialité à elle toute seule ? Je ne sais pas trop... Tu en penses quoi Maya ?
J'eus un sourire amusé. Victoria partageait mon avis sur Audrey, au grand désarroi de Meredith.
— Quand je parlais de préjugés... soupira cette dernière en roulant des yeux. Vous voyez bien que vous êtes pleines d'a priori sur elle !
— Oh, je ne savais pas que tu connaissais ce mot... railla Victoria.
Sentant venir la dispute envenimée, je m'empressai de détendre l'atmosphère.
— Mais bon, on va finir par se mettre d'accord, j'en suis certaine ! fis-je pour contenter Meredith. Dîtes, vous avez vu l'affiche de la première sortie à Pré-au-Lard ? On y va toutes les trois ?
Victoria leva les yeux au ciel en m'entendant et se rallongea dans l'herbe.
— Désolée, je ne viens pas avec vous, s'excusa Meredith sur qui ma ruse de diversion avait marché. J'ai un rancard avec Jess de Gryffondor. Je vais essayer de lui extorquer quelques infos sur leur stratégie de Quidditch de l'année.
— Il s'appelle Jeff, corrigea Victoria d'un air désintéressé, les paupières closes et le visage caressé par les rayons du soleil de la fin de journée.
— Oui, bref, c'est pareil. Il faut que j'y aille, j'ai promis à Lya que je l'aiderais avec le devoir de sortilèges. À plus, les filles !
— À plus, nous répondîmes de concert.
Une fois que Meredith se fut éloignée, Victoria rouvrit un œil et me fixa avec insistance.
— Quoi ? m'agaçai-je en la voyant faire.
— T'étais sérieuse là ? « On va finir par se mettre d'accord », me singea-t-elle. Franchement, t'abuses. T'es pas obligée d'être toujours d'accord avec Meredith. Surtout quand elle a tort.
— Oui, mais je ne suis pas non plus obligée d'être toujours d'accord avec toi, objectai-je.
Vicky poussa un soupir devant ma mauvaise foi avant de marmonner un « laisse tomber » et de se laisser aller à une petite sieste.
