Salut!

Voilà un chapitre plus long que le premier. Bonne lecture!


Rencontre

Le retour à la maison fût calme. Moins tendu qu'à l'aller. Mais j'avais appris à ne pas me fier aux apparences. Je devinais aisément les critiques qui se cachaient sous le silence de Mike à mes côtés. Ma main était encore une fois prisonnière de la sienne, qui avait remplacé ses caresses par des pressions plus ou moins fortes. Je devinai qu'il se remémorait la discussion de tout à l'heure.

Lui conduisait, tandis que Jane soutenait de son épaule la tête endormie de Bree, à l'arrière. Elle regardait au dehors, perdue au loin.

La voiture s'arrêta enfin. Sans surprise, il ne me lâcha pas. J'attendis donc avec lui que Bree et Jane sortent. Cette dernière me toisa, me demandant silencieusement si tout allait bien. Je hochai la tête. Une fois les deux autres éloignées, il commença à parler.

- Donc, tu…reprends le travail demain ?

- Oui. Mes congés maladie sont terminés.

Les perturbations actuelles étaient la cause de mes maux de tête. J'avais décidé de me reposer quelques jours. Je ne me sentais pas vraiment mieux mais l'hôpital de Port Angeles ne m'avait accordé que sept jours. Je devrai faire avec. Il dû remarquer mon malaise :

- Je t'emmènerai si tu le…

- Non, ça ira, mentis-je. Je passerai déposer Bree au lycée, demain matin. Ne t'en fais pas.

J'ouvris la porte. Il me retint. Je soupirai, de nouveau agacée.

- Pas la peine de jouer les dures à cuire avec moi, Bella, dit-il vraiment inquiet.

Je regrettai presque mon ton sec et froid.

- Des tempêtes solaires sont encore à prévoir ces jours-ci. Je sais à quel point tu y es sensible. Je ne te laisserai pas vagabonder seule et affaiblie avec une bande de sangsues aux alentours !

Ses doigts atteignirent mon menton et me forcèrent à lui faire face. Son visage était plus près que ce à quoi je m'y attendais.

- On vit dans une bourgade constamment pluvieuse qui te prive de ta ressource principale : le soleil. Malheureusement, on va être forcé à y rester un bon moment.

Il se rapprochait doucement. Je n'avais pas besoin qu'on me remémore notre situation pour le moins pénible. J'évitai ses lèvres de justesse et elles caressèrent le coin de ma bouche.

- Laisse-moi te venir en aide, Bella.

Je me libérai de son emprise et sortis de la voiture. Je fis deux pas puis lui lançai sans me retourner :

- La nourriture humaine n'est pas si mauvaise. Ça me permet de tenir…

- Pas longtemps, fit-il en me coupant la parole. J'ai une méthode beaucoup plus agréable.

J'eus un rire sans joie.

Mais, quel emmerdeur ! Il parlait du transfert. C'était une manière courante et très agréable, dont deux immortels s'échangeaient leur énergie. En couchant ensemble. J'avais senti venir cette proposition, il y a une heure, lorsque la serveuse nous avait servi ce dessert blanc sur son coulis rouge. Malgré mes refus constants, il ne lâchait pas prise. Ses intentions répétitives manquaient de plus en plus d'originalité.

- Bonne nuit, Mike.

Sur ce, je me dirigeai vers les bâtiments de ma résidence. Quelques secondes après, j'entendis la voiture démarrer derrière moi.

Je m'arrêtai un moment et levai les yeux. Dans le silence de la nuit, rythmé par les quelques cris de grillons autour de moi, des nuages s'accumulaient au-dessus. Ils me donnaient impression d'un mauvais présage.

Puis il y avait de nouveau Jane, accoudée à mon balcon, avec son expression narquoise.

- Vilaine fille, murmura-t'-elle. Arrête de le faire languir, comme ça. Donne-lui ce qu'il veut et il te laissera tranquille.

- Et puis quoi encore…

Si seulement, c'était aussi simple. Visiblement, elle connaissait mal notre ami. Mike ne me lâcherait pas. Et moi, je me bagarrais encore avec mes traumatismes.

Je pénétrai dans le rez-de-chaussée ou une volée de marches étroites étaient situées. Pas la peine de vérifier, il n'y avait personne. Silencieusement, je survolai mes deux étages habituels et passai à travers la porte. Dans le confort de mon petit appartement, je me sentis en sécurité. A l'abri des événements qui nous menaçaient ma famille et moi, à l'abri des sangsues, à l'abri des autres traqueurs. A l'abri de Mike. La pénombre et le silence m'enveloppaient et m'accueillaient. J'entendais la respiration lente et calme de Bree sur mon divan. Je sentais un courant d'air froid qui s'infiltrait par la baie vitrée entr'ouverte. Je remontai la couverture de la jeune endormie et rejoins Jane.

- Tu fais ta tête des mauvais jours, Bella.

- Ouais, ben. C'tait pas un bon jour, maugréai-je.

Je m'accoudai au balcon, à ses côtés. Le silence s'installa de nouveau. Me fit du bien. J'aimais ça avec Jane. Elle me comprenait. Nous ne remplissions pas l'air de parole inutile, nous nous contentions d'apprécier la présence de l'autre, d'en dénicher le support dont nous avions besoin.

En cet instant, tout allait bien. Mais demain, que se passerait-il ?

- Tu n'aurais pas un pouvoir qui permettrait d'arrêter le temps ?

Elle répondit d'un sourire sans joie. Je souhaitai que demain n'arrive pas. Que Bree ne retourne pas dans son école infestée de sangsues. Que je ne reprenne pas mon travail, la tête prête à exploser, l'humeur massacrante parée à tuer le premier ou la première qui me souhaiterait « Bien bonjour ». Le ciel menaçant semblait renforcer de plus en plus mes appréhensions.

Non. Demain… Demain ne serait pas un bon jour.

Pourtant, il arriva. Bien trop tôt à mon gout, la lumière revint autour de nous. Bien trop tôt, la voiture de Mike réapparût en bas de chez moi. Et bien trop tôt, Bree se réveilla et vint me demander si j'avais faim.

Je pris un bol de céréales avec elle. Les deux autres ayant plus de mal à digérer la nourriture humaine, nous mangeâmes seules.

Une fois préparées et restaurées, nous sortîmes de chez moi. Jane se dirigea vers sa moto. Je fus très soulagée qu'elle aille se renseigner aussi tôt à propos des postes de surveillants au bahut. Ça me retirait une épine du pied.

D'une oreille distraite, j'écoutais les nouvelles dans la voiture de Mike tandis que nous suivions la file de lycéens ou de parents qui déposaient leurs enfants. Un nouveau meurtre, un réseau de prostitution démantelé, une jeune fille portée disparu, une célébration quelconque… Bref, le quotidien des humains : ennuyant et dépressif. Jane nous suivait, sans nous dépasser pour une fois. Quant à moi, je n'étais pas particulièrement pressée, mais cette lenteur m'exaspérait.

- Vous n'êtes pas obligés de m'accompagner jusqu'à l'entrée. Ici, c'est bien.

- Qu'est-ce que t'as ? T'as peur qu'on te fasse honte ? murmurai-je.

Malgré tout, j'eus un pincement au cœur. La plupart de ses camarades arrivaient avec leur propre véhicule. J'avais eu comme projets de la laisser manipuler le volant un peu plus souvent, durant mes congés. Mais, le temps s'était écoulé si vite.

- D'accord, d'accord, cédais-je. Mike, gare-toi, s'il te plait. Mais, je t'accompagne jusqu'au parking.

Nous parcourûmes la centaine de mètres qui nous séparait de l'entrée du parking. Les quelques fines gouttes qui s'écrasaient sur mon visage me firent du bien. Malgré mes dix-neuf ans, l'âge auquel j'avais cessé de vieillir, je ne tranchai nullement avec la population qui nous entourait. Bree et moi étions toutes deux en jeans un pull pour elle, une veste et une chemise pour moi.

Je ne me faisais pas remarquer. C'était sans doute pour cela qu'elle avait paru soulagée lorsque je m'étais proposée pour l'emmener ici.

- Bon ben voilà, fis-je en m'arrêtant.

Elle semblait presque déçue de me voir partir aussi vite. Un élan d'affection m'envahit. Je caressai son jeune visage de quinze ans.

- Au moins, dans quelques mois, tu viendras me rejoindre.

Je ris pour cacher mon malaise.

Quelques semaines auparavant, elle avait insisté pour que je suive les cours avec elle. Mais, je ne supportais pas de rester confinée avec Mike et ses plans drague douteux. Donc, j'avais préféré prendre un job. Et lorsqu'un poste à l'accueil de l'hôpital s'était libéré, je n'avais pas hésité. Ça ne faisait pas de mal de contribuer un peu aux économies de la famille et je pouvais avoir mon propre appartement. Ni Bree, ni moi n'avions eu la chance d'avoir une scolarité normale lorsque nous étions humaines. Tandis que je m'en fichais éperdument, je savais que cela lui manquait. Ma famille et moi souhaitions qu'elle revive ces années, qu'elle rattrape un peu le temps perdu, tant que l'occasion y était favorable.

Je soupirai.

- Tu devrais aller rejoindre tes amis.

Je regrettai immédiatement ces paroles. J'ignorai si c'était à cause de sa fâcheuse tendance à m'idéaliser, mais elle était tellement en retrait des autres. Ou cela était peut-être dû à sa propre expérience dans sa vie précédente. En tout cas, ses interactions sociales étaient quasi-nulles. J'aurai aimé qu'elle teste ce que c'était une vraie vie d'adolescente au lycée, avant qu'elle ne s'engage dans une voix remplie de solitude et de violences.

D'un geste, elle remit une mèche derrière son oreille et répondit, mal à l'aise :

- Ils ne sont pas encore arrivés. Enfin,… Si. Les voilà.

Heureuse, je me retournai vers la direction qu'elle regardait. Mais, je déchantai rapidement.

Une superbe Volvo grise et rutilante slalomait gracieusement entre les personnes présentes, suivie de près par une BMW rouge, tout aussi éclatante. Les badauds ne se privaient pas pour reluquer. Lorsqu'elles s'arrêtèrent finalement à leur place, des… vampires… en sortirent.

Je dû me remémorer ce qu'ils étaient. Ne l'aurais-je pas vu, je n'y aurais jamais cru. Ce n'étant pas tant leur beauté ou leurs habits très riches qui me surprenaient le plus. Mais, cela contribuait énormément.

Les vampires que j'avais détruits étaient hargneux et sauvages. Ils n'hésitaient pas à abuser la moindre créature humaine ou spirituelle. Peu leur importait, du moment que du sang se trouvait à l'intérieur. J'éprouvais aussi le plus profond dégoût envers leurs yeux écarlates. J'aimais tant effacer la lueur meurtrière qui y régnait afin de la remplacer par le regard vide indiquant la fin de leur existence. Il était facile de passer à côté de leur avantage physique pour voir clairement les plus perfides créatures jamais créées. Je n'avais jamais eu le moindre remord à plonger mes dents dans leur gorge, à apprécier le goût de leur chair glacée sur ma langue, la saveur de leur énergie colossale à mesure que je m'en abreuvais. Pour finir, je ne me lassais pas de voir leur tête se séparer de leur corps, ni même de mettre feu aux plus teigneux. Le venin qui circulait sous leur peau délicieuse se révélait être un redoutable combustible.

Alors, je ne comprenais pas (absolument pas !) le spectacle qui se déroulait devant moi.

- Hey Alice ! Salua Bree.

« Tu vas la fermer ! » aurais-je voulu lui crier. Cependant, la petite brune aux cheveux en pétard se tourna vers nous et nous salua de la main, le plus naturellement du monde. Son sourire s'agrandit quand elle me vit. C'était bien elle que j'avais aperçu, hier, sur les toits.

Elle fût aussitôt rejointe par un grand blond qui la tint d'une manière possessive par la taille. Malgré ses allures de stars hollywoodiennes qu'on ne voyait que sur les couvertures de magazines (photoshopées à mort), je discernais distinctement les cernes violettes qui entouraient ses yeux noirs même si elles étaient cachées par des lunettes de soleil. Ce type était assoiffé. Et puis, sérieusement…

Des lunettes de soleil…A Forks… Ouais, mais bien sûr.

Il me toisait d'un air qui indiquait qu'il était paré à une riposte si jamais je m'approchais de la brune. Trop sidérée pour faire autre chose, je lui rendis son regard sans ciller.

- Ça va aller, Jazz, murmura Alice en se mettant entre nous. Fais-moi confiance.

Elle caressait son bras et son visage. Elle faisait preuve de… tendresse envers lui ? Elle ferma la porte arrière de la Volvo d'où elle était sortie. Les deux passagers de la BM les rejoignirent à leur tour, marchant à la vitesse des humains…main dans la main ?… La jeune femme blonde sidérait tous les humains aux alentours, moi compris. Sa plastique, sa démarche, son élégance, son assurance… Puis je la vis réellement : son air hautain, son rictus méprisant, son arrogance. Je ne m'attardai pas sur elle. Son… Son mec ? Une véritable masse de presque deux mètres ne la quittait pas d'un centimètre, tel un garde du corps. Un air jovial et espiègle, constamment plaqué sur ses traits, s'intensifia lorsqu'il remarqua encore tous ces yeux sur eux.

Tant mieux pour lui. Moi, je ne l'aurai pas supporté. Tous ces regards. Jour après jour.

Je fis enfin attention à ce que Bree me racontait depuis dix secondes, déjà.

- … Jasper, le bien-aimé d'Alice, continua-t'-elle. Ceux qui viennent d'arriver sont Rosalie et Emmett. Rosalie et Alice sont super, je les adore.

Je sentis la présence de Jane derrière moi. Je me concentrai le rythme calme de son cœur, sur sa respiration lente et tentai d'afficher la même indifférence.

- Hey ! Voilà Edward.

Le dit « Edward » sortit de la Volvo côté conducteur. Lui aussi avait des verres noires sur les yeux (Pfff). Mais contrairement au grand blond frustré, les siens étaient d'or et ses cernes se voyaient moins. Tout en toisant notre petit groupe, il se dirigea vers le sien. Il faisait un peu plus gamin que ses confrères : moins massif qu'eux, plus petit en taille, son visage faisait plus jeune aussi. Je lui aurais donné 17 ou 18 ans, légèrement plus vieux que Bree. Ses cheveux blond-roux réussissaient à resplendir malgré le ciel couvert.

- …l'est très sympa. Une fois, il m'avait soufflé des réponses quand Mr Collins avait voulu m'afficher devant tout le monde. Je l'avais complètement bluffé…

Je le vis bouger ses lèvres. Il devait s'adresser à son clan si bas que j'entendis à peine les mots qu'il prononçait. Pendant tout ce temps, il ne nous lâchait pas. Il ne me lâchait pas. Il me toisait avec toute l'intensité que pouvait envoyer un regard : agacé, frustré. Comme s'il essayait de voir à travers ma tête, sans succès.

- Impressionnant, fit Mike.

Je ne l'avais même pas senti arriver. Avec peine, je me libérai de l'emprise du vampire et me tournai vers le dernier arrivant.

- Quoi ?

- Ben, ça, me répliqua-t'-il avec évidence. As-tu déjà vu pareil jeu d'acteurs ?

J'entendis un « Hey, mec » enthousiaste, suivi d'un commentaire sur un match de foot qui devait être récent.

On s'adressait à la masse ambulante. L'air tout aussi emballé, il commentait un jeu dont je me fichais complètement avec… un autre humain ! D'après les couleurs de sa veste, ce dernier faisait partie d'une équipe de football du lycée. Malgré leur ton enjoué, ils restaient à bonne distance l'un de l'autre. Le sixième sens ou l'instinct de survie humain, aussi faible soit-il, devait y être pour quelque chose : en effet, un no man's land dessinait entre les deux races.

- Alors, fit Mike. Voilà donc les « végétariens » ? Les « Human friendly »…

Je crus qu'il se moquait encore. Mais, il était aussi choqué que moi.

- Tu avais peut-être raison. Ils ont clairement l'habitude de côtoyer les humains. Je n'avais jamais vu ça, avant... Peut-être qu'une cohabitation est envisageable…Bella ?

Peut-être, oui. Les humains semblaient supporter leur présence aussi dérangeante qu'elle soit. Et nous ? Etions-nous moins altruistes qu'eux ? Mais si Maggie avait raison ? Si notre nature profonde reprenait le dessus ? Si Bree se trouvait à porter du frustré lorsqu'il… dans le cas où il… Il pourrait… Bree… Non. Je ne pouvais pas imaginer… Je ne pourrais jamais supporter de la perdre… Jamais

- Aïe, Bella !

Elle se massait l'épaule. Je ne me souvenais même pas avoir passé un bras autour de son épaule. Je me rendis compte que j'avais sans le vouloir serrer un peu trop fort.

- Je suis désolée, murmurais-je.

Je perdais pied. Je ne savais plus ce que je devais faire : laisser Bree ici, même avec Jane veillant sur elle, me semblait… plus ardu que je l'avais prévu. J'étais plus que mal à l'aise avec tous ces yeux jaunes vrillés sur nous.

Ou plutôt, ses yeux à lui. Il avait, à présent, retiré ses lunettes et continuait son introspection. Sans gêne ! Je me vis franchir les cinquante mètres nous séparant et de lui en coller une !

- Prends une photo, crachai-je avec hargne.

J'eus un élan de satisfaction face à son mouvement de recul. J'avais murmuré. Mais, ils m'avaient tous entendu. La montagne ambulante à côté de la Barbie glacée, éclata de rire. Personne n'avait rien manqué de notre échange.

Bree leva les yeux au ciel, plus qu'exaspérée par mon attitude. Je souhaitais qu'elle sèche les cours, je ne voulais pas la laisser ici. Mais, avant que je n'aie pu dire quoi que ce soit…

- J'y vais, lança-t'elle. Sinon, je vais encore me faire remarquer.

La sonnerie avait retentit, en effet. Je la laissai partir. Je la laissai passer à moins cinq mètres du clan des Cullen, figée sur place. Je l'observai adresser un mince sourire à Alice Cullen, qui lui répondit de manière éclatante. Puis, elle s'engagea avec la file d'élèves dans l'enceinte de l'établissement.

- Je serai là, me dit calmement Jane. Ne t'en fais pas.

Elle me caressa l'épaule et partit elle aussi. Je me sentis piégée, je commençais à comprendre la frustration de Mike et de Maggie, hier soir.

- OK, Mike, cédais-je. Emmène-moi à l'hôpital.

A quelques minutes de la petite bourgade morne dénommée Forks, se trouvait Port Angeles, un endroit privilégié surtout les week-ends quand les lycéens désiraient sortir. C'était aussi mon lieu de travail. Dès mon arrivée à mon poste, je sus que je ne survivrai jamais à cette journée. Quel était le pire ? Savoir que par ma faute, un des membres les plus vulnérables de ma famille se trouvait entouré d'ennemis ? Avec pour seule défense, une garde du corps douée mais qui restait tout de même en minorité numérique face à eux, en cas d'affrontement ? Ou bien, était-ce le fait d'écouter pendant deux heures ma collègue discourir sur le merveilleux docteur Cullen et sur toutes ses œuvres effectuées en quelques jours ?

Le jour suivant le début de mes congés, un des Cullen avait été accepté en tant que médecin-chirurgien. Sa renommée acquise dans un prestigieux hôpital de New-York lui avait facilement ouvert les portes de notre centre de soin, largement plus modeste. Il fût donc accueilli à bras ouverts par tout le personnel de l'hôpital de Port Angles.

Si traquer des suceurs de sang était ma spécialité, les éviter se révélait un peu plus ardu. Mais, je m'en sortais. Je poussai mon attention et mon ouïe au maximum, pour tenter de déchiffrer les allées et venues de ce soi-disant « miracle ambulant ». Par chance, il semblait être en salle d'intervention et en aurait pour un bout de temps. Lors de ma pause, j'en profitai pour me renseigner sur ses victi… enfin… Ses patients. En tant qu'employée, je n'eus pas de mal à avoir accès à leur dossier personnel. Je me rendis dans la chambre de quelques-uns, prétextant une erreur administrative ou de prise en charge de leur assurance, ou encore une signature manquante sur tel document pour leur sotie.

Je ne saurais dire si j'étais plus exaspérée ou soulagée ?

Soulagée probablement, par leur absence de morsure, leur niveau sanguin normal, le… le fait qu'ils soient toujours en vie ! Ça, je n'arrivais toujours pas à me l'expliquer! Même ceux qui avaient quitté l'hôpital répondaient à mes appels téléphoniques le plus naturellement possible. Rien ne trahissait un quelconque traumatisme provenant de leur rencontre avec un monstre tout droit sorti d'un cauchemar. Enfin, me dis-je, si le patriarche se tenait aussi bien, je devrais moins m'inquiéter pour Jane et Bree. Après tout, cette dernière me mentait bien depuis bien deux semaines. Or, elle était toujours saine et sauve, malgré sa proximité dérangeante avec eux. Mais, la peur et l'inquiétude se fichaient éperdument du rationnel. Le portable dans ma poche, je guettai la moindre vibration ou sonnerie qui m'annoncerait que j'avais foiré…

J'étais exaspérée aussi. Autant que l'on pouvait l'être lorsqu'une opinion à laquelle on croyait dur comme fer, venait brutalement de voler en mille morceaux sous nos yeux. Toutes mes conceptions sur les vampires venaient d'en prendre un coup à cause de ces… Ces Cullen. J'étais encore une fois, perdue et je détestai ça. Je ne pouvais m'empêcher de réagir ainsi, aussi immature que puisse être mon comportement.

Je ne rejoignis pas mes collègues à la cafétéria pour faire semblant de manger parmi eux. Au lieu de cela, j'appelai Jane.

- Hmm…L'entrevue s'est bien déroulée. Mme Cope, la secrétaire, m'a fait remplir une fiche de renseignements en me demandant de préciser mon expérience avec les jeunes.

- Aïe, fis-je avec regret. Et donc ?

- Ben, j'ai bluffé, bien sûr ! Tu crois quoi ?

Pour la première fois de la journée, mes muscles du visage se détendirent. Sacrée Jane. Mais, je revins vite au sujet principal.

- Hmm… Je l'ai surveillée. Je n'ai pas relâché une seule fois ma concentration…

- Oui, et donc, m'impatientai-je

- Et donc, rien, idiote ! Je te l'aurai dit si quelque chose était arrivé. (je soufflai) Les cours viennent de finir, je reste avec elle jusqu'au déjeuner.

- OK…Ça te dérangerait de…

- De la surveiller toute l'après-midi ? C'était prévu, Bella. Je te remercie de ta confiance. Comment ça se passe de ton coté ?

Plongée dans ma conversation, je rentrai dans quelqu'un au détour d'un couloir.

Oh, merde !

Mais, ce n'était que Mme Grace, ma chef de service. Je soupirai. Enfin, ce n'était que ma chef de service plus que furieuse. La quadragénaire, d'une masse assez imposante me fusillait littéralement derrière ses lunettes rectangulaires, les mains sur les hanches. Oups… je lâchais rapidement un « je te rappelle », avant de couper la communication.

- Mlle Swan, auriez-vous l'obligeance de m'expliquer pourquoi vous dérangez inutilement nos patients, alors que toutes les informations nécessaires se trouvaient déjà dans leur dossier ? Ils ont besoin de repos ! Je ne vous permettrai pas d'aller ainsi importuner…

Je la laissai passer sa colère sur moi. Je l'avais mérité mais c'était nécessaire. Elle finit par se radoucir, une lueur rêveuse dans le regard.

- Enfin, je ne pense pas que vous ayez fait connaissance avec notre nouvel arrivant, le Dr Carlisle Cullen.

Je grognai intérieurement.

- Hmm, et bien… En fait, je…

- Ah, justement le voilà !

Je me tendis. Une porte s'ouvrit et se referma derrière moi en grinçant. Je captai aussitôt une aura particulière, trop alléchante pour être humaine.

Et re-merde…

- Comment s'est passé votre intervention, roucoula-t'-elle (pathétique !). J'ai entendu dire que le jeune Clearwater avait été admis bien mal en point.

- Hé bien, nous avons fait ce que nous pouvions. Il ne nous reste plus qu'à attendre. Et espérer.

Je me fichais éperdument de qui ils pouvaient parler. Seule comptait sa présence derrière moi. J'analysais, j'étais à l'affût du moindre déplacement d'air indiquant un mouvement brusque, une attaque, une tentative…

Quelle déception…

- Je ne crois pas avoir eu le plaisir de rencontrer …

Je lui fis face et sa phrase de politesse mourût de suite. Nous nous toisâmes avec une stupéfaction réciproque. Je ne m'étais jamais approchée aussi prêt de l'un de ces « végétariens » pour observer à ma guise comme je le faisais actuellement.

Sa peau à la texture si étrange semblait reluire faiblement. La teinte inhabituellement dorée de ses yeux ne semblait refléter qu'une profonde inquiétude mêlée d'ébahissement.

Grâce à ses liens anciens avec les Volturi, il ne devait pas avoir de mal à reconnaître ce que j'étais. Prenait-il en compte à cet instant que la simple employée d'hôpital devant lui, avait un rythme cardiaque plus lent, moins sonore que celui des autres humains ? Entendait-il du sang qui coulait en continu dans mes veines ? Sûrement se rendait-il compte, malgré ces faiblesses, du danger que je représentais pour lui ? Pour son clan ?

- Isabella Swan, notre aide-soignante et assistante au secrétariat est récemment revenue de sa semaine de congé maladie. Elle se fera un plaisir de vous aider pour le suivi post-opératoire de vos patients.

Que pouvais-je répondre à ça ? C'était ce que j'avais déjà fait ce matin. C'était ce pour quoi je venais de me faire réprimander.

Je ne pus ignorer l'inconfort de Mme Grace face à notre échange de regard. L'autre non plus ne semblait pas très à l'aise. Mais, ce qu'il fit ne manqua pas de me surprendre même si j'aurai dû m'y attendre.

- Enchanté, lâcha-t'-il en me tendant sa main. Je suis Carlisle Cullen, le nouveau chirurgien. Il semble que nous aurons de multiples occasions de travailler ensemble afin de mieux nous connaitre.

En un éclair, je considérai sa main, Mme Grace, la situation dans laquelle nous nous trouvions. Il tenait autant que nous à garder sa véritable nature secrète. Il n'oserait pas tenter quoi que ce soit dans un lieu public.

Je serrai sa main dure et glacée. Enchantée ? N'exagérons rien. Il continua, malgré mon silence :

- J'espère sincèrement que nous arriverons à nous entendre.

Le double sens ne m'échappa pas. Il dut mal interpréter mon silence. Mais j'étais trop choquée pour oser dire quoi que ce soit.

Mme Grace n'appréciait pas non plus mon comportement. Elle fit mine de m'ignorer et se lança dans une conversation très insignifiante à propos de l'admiration qu'il lui inspirait, des ambitions de sa fille d'étudier la médecine et de l'effet plus que bénéfique que produirait une rencontre entre ces deux-là. Malgré l'attention polie que lui manifestait le nouveau médecin, je devinai que je restais la cible principale de son champ de vision. Après un moment interminable, ma chef partit enfin, non sans m'avoir lancé un dernier avertissement silencieux.

Moi non plus, je n'avais pu le quitter des yeux, durant tout leur échange. Ma stupéfaction et mon choc prenaient le dessus sur mon envie de l'attaquer. Il était si doué pour la comédie qu'à aucun moment il n'avait affiché de gêne face à la proximité physique de cette humaine inconsciente du danger.

Toujours sans mot dire, je le suivis à travers les chambres des malades. Je le vis examiner, se renseigner, prendre des tensions. Je le vis prendre du sang ! Sans ciller une seule fois…

Le plus naturellement du monde…

Comme n'importe quel autre médecin.

Pas une seule fois, il ne montra un signe de soif, un désir irrépressible de tuer, un quelconque dédain pour la vie humaine. Mon malaise se renforça. Ce n'était pas un vampire que j'avais sous les yeux. Si ? Et comme pour m'agacer ou me faire mourir de frustration, il continua son manège du parfait petit médecin, rassurant les derniers patients, abordant et plaisantant avec les collègues dans les couloirs, donnant son avis sur telle intervention. Heure après heure, je le suivis comme son ombre tout en gardant une distance de sécurité. Toutes les cinq ou dix minutes, il me lançait ce même air d'appréhension, comme si au final,… c'était moi le monstre tout droit sorti d'un cauchemar.

L'étais-je ?

C'était la fin de mon service. La tête contre le métal froid de mon casier, je me repassais sans cesse, les détails de cette journée. Etais-je entrée sans le voir dans une autre dimension ? Une dimension où les vampires seraient bons et où les Phoenix seraient les monstres sans pitié, qui décidaient de vie ou de mort sur les autres ?

« Autant mettre les choses au clair » me dis-je, alors que je me dirigeais vers son bureau au dernier étage. Je marquai l'arrêt devant sa porte entrebâillée et posai y une main faible. Elle s'écarta, silencieusement.

Assis, une pile de dossiers à côté de lui, il semblait m'attendre. Les mains croisées devant lui, il était le stéréotype même du médecin en blouse blanche. S'il n'était pas surpris de ma visite, il démontrait clairement la franche anxiété que causait ma présence. Il ne semblait pouvoir s'empêcher de jeter un coup d'œil vers un cellulaire argenté, lui aussi posé sur le meuble.

- J'aspire… Nous voulons tous vivre en toute tranquillité. La discrétion nous est indispensable. Pensez-vous vraiment qu'une entente soit possible entre… entre nos familles?

Les quartiers du Dr Cullen étaient assez éloignés des chambres et le personnel avait déserté cette partie de l'hôpital pour le moment. J'avais bien choisi mon moment : il pouvait bien jouer la comédie avec les humains mais sa véritable personnalité me serait dévoilée maintenant. Comment allait-il réagir face à son ennemie dans un endroit presque désert ?

Comment prendrait-il mon scepticisme à peine masqué face à cette idée de cohabitation pacifique. Je n'y croyais pas, et je tenais à rester ici. S'ils nous forçaient à partir, tant pis pour les conséquences. Nous nous battrons. Forks était notre territoire ! Tyler et Mike approuveraient sans doute, nous étions là les premiers. Mais, une attaque attirerait aussi bien l'attention des Volturi, que celle des nôtres qui nous recherchaient… enfin, me recherchaient. Que faire ?

- Isabella ? C'est cela ?

- Vous et moi, savons très bien que votre mémoire est infaillible, grognais-je en roulant des yeux. Qu'est-ce que vous êtes ?

Il me considéra un moment, interloqué.

- Comment ça ?…Toi et moi le savons bien.

- Très franchement, j'en doute.

- Nous avons une façon de vivre assez originale, j'en conviens.

Face à mon expression éloquente, il se permit un petit sourire. Mais, il restait toujours tendu. Sans m'en rendre compte, j'avais adopté une posture d'attaque, légèrement penchée en avant, observant ses moindres mouvements, mâchoire serrée. Je fis l'effort de me détendre un peu et refermai la porte sans le quitter des yeux.

- Nous sommes venus pour la première fois à Forks, il y a des années. Nous n'avions aucune idée de votre présence ici, jusqu'à il y a quelques jours.

Voilà qui remettait en cause mon argument principal, à savoir que nous étions les premiers venus.

- Pourquoi Forks ?

- Nous aimons sortir le jour, sourit-il tristement. Le soleil ne pose pas vraiment de problème, ici.

Je me sentis bête. Évidemment, le nord si pluvieux et nuageux leur offrait des conditions propices pour vivre à peu près comme des humains. Ils étaient bel et bien des vampires, essayant de retrouver un semblant d'humanité. Cette réalisation me tordit l'estomac.

- Je crains, hésita-t'-il, avoir entendu des brides de ta conversation téléphonique de ce matin. Une de mes filles semble s'être attachée à l'une des vôtres. J'aimerais simplement dire ceci : mes enfants savent se tenir.

- Vos. Enfants…, répétais-je sans comprendre.

« Était-ce possible », pensais-je horrifiée.

- Oui, nous aimons les considérer comme tel, ma femme et moi. Ce sont nos enfants adoptifs.

Sa. Femme ?! Mis à part son apparence plus qu'originale, il agissait tel un véritable être-humain figé, emprisonné dans un corps d'immortel. C'était un autre médecin, concerné par la santé de ses patients un membre d'une famille, touché par le bien-être des siens.

Il était comme moi…

Ridicule ! Comme l'avait dit Mike.

- Isabella ?

Je revins à la réalité, aussi tordue qu'elle puisse être. Je me demandai vaguement quelle expression mes traits devaient afficher ? Toujours à la même place, Cullen s'était levé. Il m'observait avec cette même inquiétude qu'il montrait en parlant d'un malade qu'il avait opéré quelques heures plus tôt. Une inquiétude qui m'était entièrement dédiée.

C'était le comble.

Mais qui était ce type ?

Je me retournai et partis sans un mot.


Pauvre Bella...

Montrez-lui votre support avec des reviews ^^

A la semaine prochaine pour un autre chapitre.