Bonjour à tous. Voici le troisième chapitre assez dense.
Suite à une review qui me demandait d'être plus claire, j'ai réécris certaines parties où l'action se passait très vite, pour ne pas perdre le lecteur (Désolée, je débute dans l'écriture ^^). En ce qui concerne la situation complexe des personnages, les informations se dévoilent petit à petit à chaque chapitre. Donc pas d'inquiétude. Mais si vous êtes vraiment perdus, c'est que j'ai dû mal expliquer quelque chose, donc faites-moi savoir ;) .
En attendant, bonne lecture!
3) Confrontation
- Hmm… A quoi tu penses ? me fit Mike, entortillant son doigt dans mes cheveux.
Je réfléchissais. Et les conclusions auxquelles j'arrivais, me troublaient.
- A rien.
Au fur et à mesure que le temps passait, je fus certaine d'au moins une chose : la mort me cherchait. Elle m'avait toujours recherché. Et précédemment, elle faillit y arriver. Je me rappelai d'un navet que Bree et Jane adoraient regarder pour m'énerver : un groupe de jeunes trompaient leur destin en évitant de peu une mort brutale. Une force surnaturelle se lançait donc à leurs trousses pour les ramener six pieds sous terre, là où ils auraient dû finir.
Je ne m'étais jamais sentie aussi proche d'eux qu'en ce moment.
Après avoir quitté le vamp… le docteur Cullen, j'avais filé en direction des ascenseurs. J'avais laissé la porte se refermer et l'habitacle descendre de quelques mètres, avant de me mettre à hurler. Les mains sur le crâne, je me tirais les cheveux afin de revenir à moi. Peine perdue. Intérieurement, je criais de rage, de remords, de regret. Tout cela m'envahissait en même temps.
Merde !
MERDE !
MEERRRDE !
Je me laissai glisser contre la paroi glacée tandis que les émotions qui avaient menacé de m'envahir dans le bureau de l'autre revenaient en force.
Carlisle. Pas l'autre. Carlisle. Il avait un nom. Il avait un clan, une famille, des êtres qui attendaient son retour. Des êtres qui l'aimaient. Combien étaient-ils au juste ? Combien comme lui avaient croisé ma route et y avaient trouvé la mort ? Combien parmi mes victimes avaient le potentiel, la capacité d'arriver à ce que ce… lui avait réussi à faire ? Je n'avais pas voulu le croire, et pourtant il était là. Spécialement placé sur ma route pour m'éprouver, pour me renvoyer en pleine face les actions qui m'avaient semblé si justes, avant. Tous les meurtres que j'avais commis.
Etais-je meilleure que ceux que j'étais censée chasser ? Que ceux que j'avais déjà tués ?
Dans le feu de l'action, tuer devenait un sport. L'instinct prenait le dessus sur la logique, la compassion. Une fois lancée sur l'un d'eux, je ne m'arrêtais pas avant qu'il soit à moi. Et si un autre s'interposait, il mourrait aussi. C'était aussi simple que cela. Pas question de laisser des survivants, ils pourraient revenir se venger. Plus nombreux, plus puissants. Plus dangereux.
Aurais-je pu agir autrement ? Ma famille aurait-elle été aussi complète si j'avais eu de la compassion pour eux ?
Le poids sur ma poitrine s'allégea lorsque mon esprit formula la réponse plus qu'évidente à cette question. Je réussi à respirer et à me contrôler mon excès de rage.
L'ascenseur s'était immobilisé. J'entendis la porte coulisser puis se refermer et d'un coup, je fus affamée. Une présence physique était là. Sans avoir de rythme cardiaque ? Sans respirer ? Le Docteur m'avait-il suivi ?
Je relevai les yeux avec angoisse.
Lui ? C'était le jeune vampire de ce matin. Edward. M'observant, sa curiosité d'alors avait laissé place à un désarroi total. Je faisais pitié à des vampires ! J'avais touché le fond…
Je me relevai lentement pour lui faire face. Il me dominait encore de sa taille. Le lieu confiné diminuait la distance physique, me mettant extrêmement mal à l'aise. Plus précisément, je notai avec angoisse la distance, trop courte à mon goût, séparant le haut ma tête avec ses dents.
Je ne sentais venir aucun danger de sa part. L'ascenseur descendit de nouveau, vers le sous-sol. Ce n'était pas ma destination. Je voulais déclencher l'ouverture de la porte. Mais, j'avais activé le mauvais bouton.
Et puis, pourquoi attendre l'ouverture des portes de cette cage ? Il me suffisait juste de traverser ces parois métalliques… Facile, non ?
Non. Impossible. Je n'avais pas vraiment envie partir et de quitter cet endroit.
Des vampires n'allaient pas me chasser de mon lieu de travail ! Et puis quoi encore !
Le deuxième spécimen de vampire « Human Friendly », comme disait Mike, était aussi fascinant que le premier que j'avais observé. Nous ne nous lâchâmes pas du regard durant toute la longue descente. Je ma calai dans le coin autant que possible tandis que lui restait immobile au milieu, hésitant. La teinte dorée qui remplissait mon champ de vision peu à peu, était différente de ce matin. Elle semblait s'être légèrement assombrie. C'était à présent, une couleur ambre, très belle et envoutante. Je tentai de le détailler plus, mais mes yeux peinaient à rompre le lien avec les siens. Mis à part ces fascinantes pupilles dorées, rien d'autre ne le différenciait des autres sauvages aux yeux rouge rubis.
Je retins un sursaut.
Avec un tremblement soudain et bruyant, la lumière s'éteignit et nous fûmes immobilisés. Ce n'est pas possible ! Foutue machine à la c…
- C'est bien ma veine, aujourd'hui !
Et puis, tout se passa très vite.
Il allait me répondre. Je le vis prendre une inspiration et porter les mains à son cou, comme s'il étouffait.
BANG ! En un bruit assourdissant, il rejeta un arrière son corps de pierre sur la façade métallique de l'ascenseur, y laissant la trace de son dos.
Bon sang ! Mais, c'est quoi son problème ?
Des grognements et des feulements se firent entendre. Son corps fut parcouru de mouvements brusques, comme s'il ne se contrôlait plus. Très lentement, il leva la tête vers moi, et je rencontrai deux pupilles noires comme la nuit, remplies de rage. Assoiffées. Avides.
Je retrouvais enfin un vrai vampire ! Je faillis presque sourire. Je pouvais toujours m'éclipser à travers les mûrs, mais pas question que je laisse cette créature en liberté, libre de tuer mes congénères. Ou les malheureux humains qui croiseraient sa route. Je devais le tuer, c'était mon rôle. Et je n'avais plus aucun doute là-dessus.
En moins d'une seconde, une brûlure acide envahit mes os, partant de ma colonne, se prolongeant dans le reste de ma structure, la rendant aussi solide que la peau de diamant de mon ennemi. Ma vue, mon ouïe mon instinct, améliorés eux aussi, se focalisèrent sur la créature qui gigotait devant moi. Mon dos continuait de me bruler. Mes ailes exigeaient leur libération, pour relever ce défi.
Désolée, Doc, pensais-je sincèrement.
Des crissements métalliques assourdissants se répandirent. Ses ongles s'enfonçaient dans la matière, essayant sans succès de le retenir. De le retenir ? D'autres sons me parvinrent. Mais, lorsque j'en identifiai l'origine, j'en fus presque malade.
Il avait porté son poignet à ses lèvres et aussitôt des gémissements de douleur émanaient de sa gorge. Des cris étouffés me parvenaient, en même temps que des craquements sinistres m'emplissaient les tympans. Des dents blanches et venimeuses entraient et sortaient de sa main, mettant à l'épreuve ses phalanges. Ses traits affichaient clairement des tourments physiques : sa soif brûlante et sauvage, sa main meurtrie.
Qu'est-ce que… ?
Le manque de sang humain causait-il des envies de cannibalisme parmi sa race ?
Il s'élança vers moi. Je le repoussai. D'un coup de pied retourné, je l'envoyai à travers la paroi. Il défonça en même temps le mur de derrière et retomba deux mètres plus bas, à quatre pattes dans un couloir. Il m'observa ahuri. Puis, il courut. Vite.
Je le suivis. Comme je le pouvais, du moins. Il était rapide, celui-ci. Il me fit parcourir cinq couloirs. Et je me laissais distancer, grrrr ! Chacun de ces couloirs donnait sur des chambres occupées. Il les ignorait jusqu'à présent mais, si jamais il rentrait dans l'une d'entre elles,… L'horreur !
Dans un virage, je parvins à bondir sur les deux pans de mur qui en formaient l'angle et à le dépasser en même temps. Je me retrouvai devant lui. J'enchainai de suite avec un saut périlleux avant, jambe tendue. Surpris, il bougea au dernier moment. Deux bras puissants se croisèrent juste au-dessus de sa tête. Et me contrèrent. Me repoussèrent en un choc assourdissant. Roc contre roc.
Je revins à la charge. J'enchainai les coups. Coups de poings, coups de pieds. Il les évita, se baissant, se penchant d'un côté, se penchant de l'autre. Il tenta à peine une attaque. Peut-être essayait-il de m'épuiser ? Peine perdue. Mon cœur ne battait plus, je n'avais plus besoin de respirer. Je pouvais combattre inlassablement.
Son manque de réaction m'ennuyait. Il continuait de ne pas répondre à mes attaques. Je le pris par le bras, me retournai et l'envoyai s'écraser sur le mûr d'en face. Il y atterrit et s'y accrocha de manière agile, tel l'homme araignée, tête vers le bas. Nous nous fîmes face : ses prunelles noires affrontèrent le blanc lumineux qui avait envahi les miennes, jusqu'au moment où la poignée de porte d'une des chambres commença à se mouvoir.
Zut!...
Au bas de l'immeuble hospitalier, un bruit de verre brisé retentit et des exclamations de surprise des quelques passants se firent entendre. Les humains détalaient pour éviter les débris. Mais, ma proie et moi étions déjà loin.
Avait-il manqué ces quelques humains, parce que je le coursais toujours ?
Qu'importe. Il était temps de mettre fin à cette chasse.
Aussi rapides que soient ses jambes, elles ne pourraient rien face à mes ailes, me dis-je en le surveillant du ciel. Je continuais à me rapprocher de lui.
Du moins, je l'eus cru.
Il traversa une rue, vide. Puis, un pâté de maisons. Une deuxième rue. Un autre pâté de maison. Enfin, il s'enfonça dans la forêt environnante. La nuit noire, son passage silencieux parmi les humains, ses pas agiles et rapides,… Bien malgré moi, je pris compte de tout cela tandis que je m'enfonçai moi aussi sous l'orée des bois.
Il filait de plus en plus loin, s'éloignant de plus en plus des potentielles victimes qu'il aurait pu causer. Je calai cela dans un coin de ma tête et accélérai. Sentant ma vitesse augmenter, il émit un feulement rageur et fuit dans les hauteurs des arbres. Même en sautant de branches en branches, il arrivait à maintenir sa vitesse. Je ne pouvais en dire autant. Il manqua par deux fois de me semer et la distance nous séparant se rallongeait de seconde en seconde.
Sûrement pas !
Je refis surface, dominant de nouveau la forêt sombre et silencieuse, et je le suivis, jusqu'à me retrouver juste au-dessus de lui.
Je l'observai se mouvoir parmi les obstacles avec intérêt. Je pris mon temps pour analyser ses mouvements souples et gracieux. Il réussissait à garder son élégance, malgré le péril...
Son élégance? Je... Heu...
Je me ressaisis et filai en une fraction de seconde, ajoutant un bon kilomètre de distance entre nous. Dans le silence de mort environnant la forêt, je me focalisai sur le bruit quasi inexistant de ses pas, sur le chuchotis de la masse d'air déplacée par son corps. Et je replongeai sous les arbres, filant en sens inverse, directement sur lui.
En un instant, je le frappai en pleine poitrine, émettant un craquement sinistre.
Repoussé en arrière, il fracassa trois immenses arbres avant de toucher le sol. Avant qu'il ne se relève complètement, je m'emparai de son bras, le retournai et le plaquai au sol, face contre terre. Je l'enfourchai pour renforcer ma prise. Il gigotait encore sous moi. Il réussit à se retourner sur le dos et à me faire face.
- Ca suffit ! Ne bouge pas !
Il se figea suite à mon grondement. J'avais glissé mes doigts dans ses cheveux, les tirant en arrière afin qu'il m'expose sa gorge. A présent, mes dents acérées étaient placées très près de son cou, prêtes à arracher sa jugulaire d'un coup. L'énergie et la force qu'il dégageait semblaient phénoménales. Une morsure suffirait à l'en vider, à combler le manque dont je souffrais depuis mon arrivée dans cette ville si couverte et pluvieuse. Sa peau de granit semblait encore plus attirante. Son parfum m'envoutait, comme si son corps tout entier m'appelait. Comme s'il m'encourageait à y plonger mes dents...
J'avais si faim. Faim de lui.
Tue-le.
Allez…Tue-le !
Tue…
- Tue-moi.
Allongé, les bras en croix, Edward m'observait. Terrifié ? Non. Résigné. Toujours soumis à une soif intense, d'après le rictus qui déformait sa bouche. Mais, il ne se battait plus. Il se tordait en gémissant.
Il résistait à son instinct.
- Fais-le, articula-t'-il. Fais cesser la douleur.
Hein…Quoi ?
L'ombre de mes remords menaçait de revenir. Etait-ce donc ça, les dernières pensées de mes victimes ? Non ! Je repoussai ces pensées.
Un cri étouffé lui échappa lorsque j'empoignai brutalement son cou. Je lui fis face, furieuse.
- C'était quoi ce cirque, tout à l'heure ! Pourquoi ? Pourquoi…Ta main !
Sa main, si endommagée qu'on ne pouvait plus appeler cela comme telle, bougea. Il la porta à son champ de vision pour observer les dégâts.
- Je ne veux pas…
Des morceaux de peau pendaient, s'agitaient, essayant vainement de reformer le membre original. Des os d'une blancheur immaculée se distinguaient parmi ce désordre de chairs glacées.
- Être un monstre, finit-il face à mon air horrifié.
La tristesse et le désespoir qui émanaient de ces mots me transpercèrent, laissant le champ libre à la honte et au mépris de moi-même qui ne tardèrent pas à m'envahir. Mes remords, plus puissants cette fois, que dans l'ascenseur, éclipsèrent mes envies.
Je relâchai son cou lentement et joignis ma main à la sienne. Ses traits tordus par la douleur se transformèrent à mesure qu'il observait ses doigts, ses phalanges, sa paume reprendre lentement leur forme. Tout fut bientôt rétabli, mis à part quelques cicatrices laissées par le venin de ses propres dents.
- Qui es-tu, demanda-t'-il d'une voix sans vie.
Je sentis sa main se poser sur sa poitrine. A moins d'un mètre de mon entrejambe. Alors qu'il détaillait mon apparence physique, je remarquai ma position plus que gênante.
- Qu'est-ce que tu es ? Tu n'es pas un v…
Le vent tourna, envoyant mon odeur directement dans sa direction. Je m'éclipsai, lui en fit de-même.
Nous réapparûmes à cent mètres l'un de l'autre. Il me tournait le dos, penché en avant comme s'il reprenait sa respiration après un effort physique intense. Quant à moi, je me retenais tant bien que mal, et je n'en menais pas large. Désespérée, je faisais parcourir mes ongles dans l'écorce d'un pauvre arbre. A moitié cachée derrière lui, je tentais de lâcher ma pro… ce vampire des yeux : il était vulnérable, j'étais hors de son champ de vision et j'étais toujours affamée. Sans son air torturé et la douceur de sa voix, ma pitié et ma compassion s'effaçaient au profit de besoins plus primaires.
- Un… troupeau de cerfs, articulais-je au prix d'un effort herculéen. J'en ai croisé un à 2km plus au nord. Vas-y, je ne te suivrai pas.
Plus rien ne bougeait dans l'ambiance morte de la forêt. Avec soulagement, je le vis faire un pas, puis un deuxième. Ainsi de suite. Puis, dans un brusque courant d'air, il disparut dans la direction que j'avais indiquée. Je le laissai s'éloigner, comme promis. Il méritait de vivre.
Bien sûr, je ne racontai pas ma rencontre avec Edward, à Mike. Je pouvais déjà prédire ses réactions s'il savait. Il m'était désormais impossible de participer au massacre d'une telle créature. Une créature possédant morale si forte, qu'elle le contraignait à dépasser sa nature, à la combattre en permanence. Une créature si mentalement obstinée à ne pas devenir un monstre qu'elle s'offrait volontiers aux tourments causés par une soif dévorante.
D'un autre côté, je ne pouvais ignorer les menaces qu'il représentait pour nous autres.
Des humains disparaissaient ci et là dans les environs de Seattle. Et nous en ignorions toujours la cause. Les Cullen ? En étaient-ils responsables ? La digestion de sang humain ne provoquait-il pas chez les vampires, une lueur écarlate dans leurs yeux ?
Oui. Or, c'était la première chose qui m'avait frappé chez eux, leurs prunelles de couleur dorée, sans aucune teinte rouge, contrairement à leurs semblables. Le risque que prenaient les humains en les côtoyant n'était pas inexistant, mais modéré tout au plus.
Et nous ?
Nous, Phoenix, étions les ennemis naturels des vampires. Nos sens profonds nous poussaient à nous entre-tuer. Ainsi, il m'était infiniment plus ardu de résister au chant de sirène que représentait Edward, qu'à n'importe quelle autre créature surnaturelle. Tant que je serai en manque de ma source première, le soleil, je me mettrai en chasse d'autres sources d'énergie. Celle se dégageant des humains était bien trop faible pour m'attirer, ils ne risquaient pas grand-chose avec moi. Par contre, je ne pouvais ignorer l'énergie colossale se dégageant des vampires… cette énergie, qui leur donnait le plus délicieux des parfums. Cette même énergie, qui me permettait de les traquer avec efficacité…
Et… vice-versa ?
Edward était-il plus sensible aux effluves de ma race, qu'à celles des humains ? Cela expliquerait sa perte de contrôle avec moi. Jusque-là, aucun être-humain de Forks qui avait disparu, n'avait été retrouvé, vidé de son sang quelques temps plus tard. Mais, alors… (J'en frissonnai) comment arrivait-il se résister à Bree, aussi facilement ? Jour après jour, en classe ? Entouré d'humains si lents, qu'ils ne s'apercevraient de rien, si Edward décidait d'une attaque fulgurante sur ma sœur ?
« Et pourtant, tu es là » avait dit Jane à Bree, aussi suspicieuse que moi, lors de notre dernière réunion. Si Edward n'avait aucun mal à se tenir avec Bree, alors pourquoi moi en particulier ? Je ne pouvais dégager une odeur différente de mes autres semblables, si ? Le comportement tout à fait correct du Dr Cullen avec moi me rassurait sur ce point. Pas une seconde, ce dernier n'avait manifesté une envie refoulée pour mon sang.
Je soupirai et gémis sous l'intensité de mon mal de crane, un signe évident de ma faim. A ce niveau, même la nourriture humaine ne pourrait rien pour calmer mes envies. J'étais mentalement lasse. Et pourtant, il ne cessait de me torturer l'esprit en allant et venant dans chacune de mes pensées. Tantôt, il me vrillait de ses prunelles claires, les traits de son visage n'exprimaient qu'une profonde curiosité face à ma nature. La seconde d'après, ses traits n'exprimaient plus que haine mêlée de dégoût, tout en cachant difficilement un désir insatiable de me tuer.
Une dernière vision de lui, toute dent dehors, bondissant dans ma direction me secoua d'un brusque sursaut. Je me redressai du canapé où j'étais installée, alors que je reprenais conscience de mon environnement.
- Est-ce que ça va? me demanda Mike
- Oui.
Non. Je devais être sacrément chamboulée pour être restée aussi longtemps dans ses bras.
Il ne tarda d'ailleurs pas, à remettre un bras autour de mes épaules de façon à m'attirer de nouveau contre lui. Je me laissai faire…
Je me laissai faire ?
Nous étions dans son salon, la lumière était tamisée et une musique douce jouait en fond sonore. Un bras autour de moi, il se montrait moins entreprenant que d'habitude, se contentant de jouer avec une de mes mèches. Son attention semblait se porter sur l'écran de télévision qui passait une téléréalité idiote.
En un flash, je me rappelai Charlie, qui, l'air absent me caressait aussi les cheveux dans les moments tendus. Il n'allait jamais plus loin. Notre relation s'était établie d'elle-même, naturellement : celle d'un père et sa fille.
Charlie ayant disparu, Mike tentait de combler le manque. Mais, au fil des années, il semblait s'être dévié de cet objectif. Celui que je considérais presque comme un frère, m'avait toujours vu comme sa promise. Malgré l'espace, le temps et toute la compréhension dont il avait fait preuve à cause de mon passé difficile, il n'avait jamais perdu espoir. Son entêtement m'impressionnait… les fois où il ne m'agaçait pas.
Et, je continuais d'espérer qu'il se lasserait un jour ou l'autre. Lui-même n'hésitait pas à s'afficher avec ses conquêtes devant moi, semant le doute dans mes convictions. Au final, n'étais-je devenue qu'un simple défi à relever ?
Je soupirai de frustration, ce qu'il dut prendre pour un gémissement de bien-être. Il rapprocha sa tête de mon cou. Vite, je devais faire quelque chose.
- Toujours pas de nouvelles de la Garde ?
Je réussis à casser l'ambiance. Soulagée, je le vis se figer et réfléchir à ma phrase.
- Non.
- Dans ce cas, venir ici était une bonne idée, admis-je à contrecœur.
- C'est sûr, lâcha-t'-il après un silence. Ils n'iront pas chercher quelqu'un comme toi dans le territoire le plus pluvieux d'Amérique. On est tranquille pour un moment.
Comme prévu, le sérieux se manifestait sur ses traits. L'inquiétude avait remplacé toute intention de m'attirer dans son lit. Un mince sourire m'échappa et je tentai de le cacher en observant l'aspect pâle et squelettique qu'avaient pris mes mains.
- J'ai besoin me ressourcer…
- Tu comptes survoler les nuages ? Non. Trop dangereux.
- Plus dangereux que de mourir de faim ?
- Tu ne peux pas « mourir de faim », me fit-il remarquer en souriant. Et tu as des sources d'énergie de premier choix à ta disposition, ma Belle. Surtout, ne te prive pas.
Il dut sentir mes muscles se tendre brusquement face à ses mots. Cependant, je ne laissai pas mon visage exprimer la colère sourde qui m'envahissait. Il espérait toujours se débarrasser des Cullen, c'était normal après tout.
- On ne peut pas continuer à se cacher indéfiniment, déclarai-je d'un ton neutre.
- On n'a pas le choix, répondit-il d'un ton dur. Les Gardiens ne doivent pas savoir que tu es ici. Que feront-ils quand ils t'auront en leur possession ? Tu penses vraiment qu'ils libéreront Charlie?
- On ne peut pas le laisser emprisonné, là-bas, sans ne rien faire !
Un rictus lui déforma la bouche, l'empêchant de me répondre un instant.
- Ils te tueront, voilà ce qu'ils feront. Sans hésitation. Nous savons tous les deux que…tout cela n'était que mascarade. Je suis persuadé qu'ils savent Charlie innocent de ce qu'ils l'accusent.
- Et donc, fis-je dépitée.
- Et donc, rien de ce que tu feras…, rien de ce que nous dirons n'aura d'importance pour eux. Tu mourras pour rien, et Charlie aussi, probablement.
Il marqua une pause, pour me laisser digérer. Je soupçonnais déjà cette vérité. Mais, l'entendre de Mike me frappait encore plus. Il s'était attiré beaucoup de ressentiments face à sa décision de me protéger et de s'enfuir avec moi. Je lui en serais éternellement reconnaissante pour cela. Mais, l'entendre dire qu'on ne pouvait rien faire pour mon père attisait ma rage, une rage dirigée injustement vers lui.
La règle n°1 de notre monde se résumait ainsi : « on ne se mêle pas avec les humains ». Il était interdit de les enlever à leur monde pour en faire des êtres comme nous. A quelques exceptions près : certains d'entre eux étaient sensibles à notre monde, ils pouvaient voir ce qui ne pouvait normalement être vu à leur niveau. Ils étaient forts spirituellement et considérés comme légitimes à une transformation qui ferait d'eux des Phoenix. A la fin de ma vie humaine, Charlie, l'ami et père spirituel de Mike, avait accepté de me faire une des siens.
- Ça n'aurait jamais dû arriver, me dit-il, les yeux dans le vide. Personne n'aurait pu douter de ton extra perception. Je me souviens de ce matin-là sur la falaise, tu as surpris bon nombre de personnes…
Son regard vide devint rêveur, comme s'il évoquait de bons souvenirs. Ces souvenirs-là n'avaient rien de bons pour moi.
Je me rappelai vaguement d'un petit groupe de personnes, assise sur l'herbe, parlant et discutant gaiement. Je me souvenais vaguement m'être avancée et leur avoir demandé comment faire pour avoir ces grandes et belles ailes sur le dos. J'avais surpris du monde ce jour-là et ces gens avaient parlé de moi autour d'eux, d'après Mike.
L'extra perception était généralement le signe qu'un humain était prêt à nous joindre. Pourtant, mes sept ans répugnaient quiconque à entamer une transformation. Trop douloureux à supporter pour un être aussi jeune.
- Charlie et moi tenions tellement à te revoir, murmura-t'-il en dégageant mon visage d'une mèche rebelle. Et découvrir si ce qui se disait était vrai. Nous sommes restés à New Delhi, espérant t'apercevoir encore une fois. Et…
Toute trace de sourire s'effaça. Il commençait à se douter de la tension qui grandissait en moi. Comme d'habitude, je ne laissai rien paraître. Cette histoire débouchait tôt ou tard sur la fin de ma lamentable vie humaine, et des dégâts que j'avais causés. Cependant, l'écouter nier ma responsabilité dans cette situation n'arrangerait pas mon humeur, bien au contraire.
- Il se fait tard, dis-je en me dégageant.
Il ne tenta pas de me retenir. Sans mot dire, je traversai son salon et claquai la porte derrière moi. Depuis quand Mike avait-il cessé de représenter l'espace de réconfort dont j'avais besoin ?
Dans ma voiture, ce n'était que lorsque j'eus pris le volant que je constatai que je tremblais.
Encore une fois, je me surpris à fixer sans vraiment le voir, mon reflet sur le pare-brise, où des dizaines de gouttes de pluie semblaient perler lentement sur mon visage. Je me secouai et démarrai en trombe. J'avais d'un coup, hâte d'atteindre les limites de la ville. J'avais hâte de laisser derrière ses tons verts et grisâtres maladifs. Ils m'étouffaient.
Je ne ralentis pas lorsque je dépassai le panneau « Nous espérons vous revoir très bientôt ». Le plus tard serait le mieux. Comme à chaque fois que je me trouvais dans ce genre de conflit intérieur, j'avais envie de partir. Cela faisait à peine un an que nous habitions dans la région Nord-Ouest des États-Unis, mais je n'en pouvais déjà plus. Je ne fus donc pas surprise de constater que j'étais garée depuis quinze minutes dans un parking familier.
Je coupai le contact.
Mike m'en voudrait. Bree m'en voudrait encore plus. Mais, je ne pus retenir l'immense soulagement et le plaisir que me procurait cette vue. L'aube apparaissait juste derrière un bâtiment imposant. Le vent m'envoyait des effluves de kérosène tandis que j'examinai la queue blanche d'un avion manœuvrant sur le tarmac.
L'aéroport de Port Angeles.
Je vais faire un petit tour, pensais-je aussi excitée que mal à l'aise. A New Dehli.
J'espère que vous avez aimé.
