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SECRET N°11

« Une erreur dans la recette n'est jamais irrattrapable pour un cuisinier. En revanche, pour vous... »

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- 14 décembre 2007 -

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Comme tous les faits divers soulevant les entrailles de Poudlard, ma situation familiale finit par ne plus susciter autant d'intérêt et les rumeurs courant sur mon compte par s'essouffler. Je sentais encore les regards que certains inconnus laissaient traîner sur moi lorsque je quittai prématurément la Grande Salle pour aller travailler dans mon dortoir, mais, globalement, l'engouement qu'avait suscité la révélation de mon secret finit par se tasser. S'il n'y avait pas eu la bouderie de Meredith, la gêne de Lya et Audrey dès qu'on se retrouvait dans la même pièce et l'étrange manie qu'avait désormais Peter Mallister de me saluer quand on se croisait dans les couloirs, on aurait presque pu dire que rien n'avait changé.

À mesure que ma petite vie bien rangée retrouvait un semblant d'équilibre, je sentis également ma rancœur envers Audrey s'amenuiser. Je lui en voulais toujours de s'être permis de dévoiler la condition de mes parents au grand jour, mais je devais admettre que ne plus l'entendre me chercher des noises lors de nos séances de travail communes aidait grandement à me la rendre plus sympathique qu'auparavant.

Le projet n'en avançait que mieux : au début du mois de décembre, nous reçûmes notre Filet du Diable que nous installâmes dans la serre souterraine du château et nous prîmes la décision de nous relayer tous les deux jours pour nous en occuper. Le dossier avançait quant à lui à raison de deux heures de travail à la bibliothèque tous les samedis durant lesquelles nous recherchions l'origine, l'histoire, l'évolution et les propriétés de notre plante, d'ores et déjà établies par les nombreux botanistes nous ayant précédé dans l'étude de ce sujet.

À la fin d'une de ces séances, Audrey finit même par formuler à voix haute les excuses que je lisais sur son visage depuis notre dispute dans la Grande Salle. Elles avaient été longues à venir, mais elles me firent l'effet d'une victoire militaire. Enfin quelqu'un abdiquait face à moi, et que ce quelqu'un soit Audrey était la cerise sur le gâteau.

Ma satisfaction fut cependant de courte durée. Alors que je remettais en place les livres dans leurs rayons respectifs, je surpris une conversation à mon propos parmi un groupe de Serdaigle de sixième année qui avait élu domicile pile devant les étagères réservées à la botanique.

— Avouez qu'elle est étrange, cette fille ! gloussait une petite rousse rondelette. Rien ne l'intéresse ! Je ne comprends même pas comment elle peut être amie avec Meredith Marson. Elles n'ont rien en commun !

Toujours cachée dans l'ombre, je serrai les dents. De quel droit cette imbécile se permettait de dire une telle chose ? Elle n'avait pas forcément tort, bien évidemment, mais tout de même ! J'avais horreur qu'on se permette de parler de moi dans mon dos et les derniers jours m'avaient déjà suffisamment mis à l'épreuve pour qu'elle n'en rajoute pas.

— C'est vrai ! approuva l'un de ses amis, indifférent à la colère qui commençait à pulser dans mes veines. Marson cherche toujours à se mettre en avant et elle c'est comme si elle essayait de devenir transparente ! Comme ses parents, en fait...

Je ne pus m'empêcher d'exploser de rire en sortant de ma cachette.

— Bien trouvé, ricanai-je en dépassant le petit groupe pour rejoindre l'entrée de la bibliothèque avec la ferme intention de ne plus penser à cet incident sitôt la porte franchie.

C'était sans compter sur Peter Mallister qui, je ne l'avais pas remarqué, était assis avec eux et se leva pour sortir à ma suite. Avec son endurance et ses grandes jambes, il n'eut aucun mal à parvenir à ma hauteur et attrapa mon bras pour me forcer à m'arrêter.

— Je suis désolé que tu aies eu à entendre ça, soupira-t-il. Ne les écoute pas, ils racontent n'importe quoi.

J'haussai un sourcil et analysai longuement son visage. Il paraissait sincère, mais je n'arrivais pas à comprendre pourquoi il m'avait suivie.

— Euh... D'accord, finis-je par répondre. T'étais pas obligé de me courir après, hein ? Je m'en serais rendue compte toute seule.

— Pourquoi tu réagis toujours comme ça quand on s'inquiète pour toi ? s'irrita Peter devant le ton blasé dont j'avais fait usage.

— Et toi, pourquoi tu réagis comme si on était amis et qu'il était de ton devoir de venir t'excuser pour ce qu'ont dit tes imbéciles de copains ? Je m'en branle de ce qu'ils peuvent penser !

— Et de ce que je pense aussi, c'est ça ?

— Mais c'est toi qui as passé les six dernières années à m'ignorer et à me prendre de haut ! Qu'est-ce que tu veux que je te dise ? Que je te suis très reconnaissante de t'être assuré de mon état ? Eh bien désolée, non, je ne le suis pas ! Je ne l'ai jamais été envers personne, et ce n'est pas avec toi que je vais commencer !

Un voile de peine glissa sur ses yeux gris et je me sentis un peu coupable, mais pas suffisamment pour lui présenter des excuses. Certainement fière de pouvoir enfoncer le clou à l'aide d'une réplique bien placée, je repris même la parole et lançai :

— C'est ça le truc, hein ? Là, je te force à reconnaître qu'on n'a jamais été amis, et toi tu m'as forcée pendant six ans à voir à quel point j'étais insignifiante à tes yeux. On est quittes, tu ne crois pas ?

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- 15 décembre 2007 -

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— Salut, Maya.

Alors allongée sur mon lit, je me redressai aussitôt en entendant la voix de Meredith. Debout à côté de mon baldaquin, elle se balançait d'un pied sur l'autre, mal à l'aise.

— Euh... Salut. Tu vas bien ?

La blonde eut un sourire triste et vint s'asseoir sur mon matelas. Sans me demander la permission, évidemment. Meredith était comme ça. Elle prenait sans qu'on lui donne et, avec sa gueule d'ange, on lui passait tout.

— C'est plutôt moi qui devrais te demander ça... Maya, je suis vraiment désolée de t'avoir fait la tête pendant tout un mois. Je... Je me rends compte que c'était puéril de ma part maintenant que j'y repense. J'étais juste vexée que tu ne me fasses pas assez confiance pour me confier ce qui était arrivé à tes parents, mais maintenant je comprends que tu avais tes raisons de ne rien dire.

— Je ne t'en veux pas, lui assurai-je. Mais merci. Merci de me dire tout ça.

Meredith se mordit un instant la lèvre, comme elle le faisait lorsqu'elle hésitait à ajouter quelque chose.

— Qu'est-ce qu'il y a ? m'enquis-je avec une légère pointe d'amusement.

— En fait, on... on m'a dit que, hier, à la bibliothèque, certains sixièmes années avaient parlé à propos de notre amitié à toutes les deux...

Intérieurement, je levai les yeux au ciel. Peter ne pouvait-il pas se mêler de ce qui le regardait une bonne fois pour toutes ?

— Ils disaient qu'ils ne comprenaient pas pourquoi on était amies, qu'on n'avait pas grand-chose en commun et je ne voudrais pas que tu te mettes à penser que c'est vrai... C'est sûr qu'on a beaucoup changé depuis notre première année, mais on partage encore beaucoup ! On a tellement de souvenirs ensemble, de délires, de petits rituels...

— Je n'ai pas accordé de crédit à leurs propos une seule seconde.

Meredith se fendit d'un grand sourire et, timidement, me prit dans ses bras.

— Tu m'as manqué, May, chuchota-t-elle avec émotion.

— Toi aussi, répartis-je aussitôt, sans vraiment réfléchir.

— On va dîner ? proposa-t-elle en se reculant. Je crève de faim !

— Pars devant, je te rejoins dès que j'ai mis des chaussures.

La blonde sourit et s'exécuta tandis que je farfouillai sous mon lit à la recherche d'une paire quelconque tout en repensant aux paroles de Meredith. Elles m'avaient touchée, je devais l'avouer. Cependant, à force de les repasser en boucle dans ma tête, je pris conscience de quelque chose. Elle avait raison : nous partagions nos souvenirs, nos anciens fou-rires et nos petites habitudes telles que le pique-nique près du lac. Mais c'était tout. Notre amitié ne reposait que sur des choses passées ou bien si profondément établies que ni elle ni moi n'osions y toucher.

Mais n'appartenait-il pas qu'à moi de donner un nouvel élan à notre relation ? C'est ce dont je réussis à me convaincre alors que je trottinai pour la rattraper dans le couloir et c'est pourquoi, une fois mon pas calé sur le sien, je lâchai :

— Au fait, ça te dirais de venir à la maison avec Vicky pendant les vacances ? Maintenant que tu ne risques plus d'être choquée en voyant mes parents...