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SECRET N°12

« Ayez confiance en vous. Ce n'est jamais de trop lorsqu'on cuisine. »

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- 19 décembre 2007 -

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— J'aime pas les vacances.

Scandalisée par mes propos, Meredith daigna lever les yeux de la revue de mode qu'elle feuilletait depuis le départ du Poudlard Express.

— Tu déconnes ? s'exclama-t-elle, incrédule. On nous offre deux semaines de liberté avec grasses matinées et soirées comme seules occupations, et toi tu oses te plaindre ?

— On m'offre deux semaines d'ennui avec les deux individus les plus chiants de la Terre, c'est loin d'être la même chose, répliquai-je amèrement.

— Tu ne crois pas que tu es un peu trop dure avec tes parents ? tenta prudemment Victoria qui, jusque-là, n'avait suivi l'échange que distraitement.

J'eus envie de lui rappeler à quel point elle était difficile avec son père mais ne le fis pas.

— Non. Vous ne savez pas ce que c'est de vivre avec eux.

— La faute à qui, hein ? grommela Meredith. Si tu nous avais raconté que tes parents étaient des fantômes plus tôt, peut-être qu'on aurait eu le temps de se faire à l'idée !

Je poussai un soupir. Nous nous étions réconciliées, mais la blonde avait toujours du mal à accepter le fait d'avoir été gardée dans l'ignorance pendant si longtemps.

— Vous ne pourrez jamais vous faire à l'idée. Moi-même je viens de comprendre à quel point c'était pourri comme situation...

Meredith et Victoria échangèrent un regard exaspéré face à mon attitude, mais ne cherchèrent pas à me contredire.

— Tu es sûre qu'on ne va pas vous gêner si on s'incruste pour le réveillon ? s'enquit Victoria.

— Tu comptes me poser combien de fois la question avant d'accepter de croire ma réponse ? me moquai-je en dévisageant la métisse.

— Au moins une fois de plus, rétorqua-t-elle avec un clin d'œil.

Je levai les yeux au ciel et reportai mon attention sur le train qui perdait progressivement de l'allure pour venir s'immobiliser à hauteur de la voie 9 ¾.

— Enfin ! s'enthousiasma Meredith en rangeant son magasine dans son sac à mains. Vous venez, les filles ?

Vicky et moi entreprîmes de ranger nos affaires tandis que la Serdaigle descendait déjà nos lourdes malles des filets à bagages à l'aide de sorts de lévitation parfaitement maîtrisés.

— Tu repars avec les Mallister ? me demanda-t-elle alors qu'on avançait à la queue-leu-leu dans les couloirs bondés du Poudlard Express.

— Non, pas cette fois. Susan viens me chercher.

— C'est qui Susan, déjà ?

— Sa tutrice partielle, répondit Victoria à ma place. Tu écoutes ce qu'on te dit, parfois ? s'agaça-t-elle.

— Pas souvent, non, s'esclaffa Meredith en sautant à bas du train avec une grâce que j'étais bien incapable d'imiter. Bon, on se voit le 31, alors !

Et sans plus de cérémonie, elle disparut dans la foule. Nous la regardâmes s'éloigner, puis Victoria ne résista pas à l'envie de me serrer dans ses bras avant d'aller rejoindre son père qui, la figure morne mais toujours fidèle au poste, l'attendait près de l'entrée magique du quai. De nouveau seule, j'ensorcelai ma valise pour qu'elle vole d'elle-même à mes côtés et pris une grande inspiration avant de m'aventurer dans la marée humaine à la recherche de Susan.

Il me fallut bien dix minutes pour la trouver et, en arrivant enfin devant elle, je compris rapidement pourquoi.

— Mais qu'est-ce que tu as fait à tes cheveux ?! m'exclamai-je en guise de salutation, les yeux fixés sur la chevelure autrefois rousse de Susan.

— Je les ai teints en brun, répondit inutilement la jeune femme. Tu n'aimes pas ?

— Bah euh... Disons que ça surprend. Tu n'aimais plus le roux ?

— Sérieusement, May' ? Tu sais très bien que je n'ai jamais aimé le roux. C'est Hannah qui m'a conseillé cette couleur.

— Hannah, c'est celle qui travaille à mi-temps au Chaudron Baveur, c'est ça ?

— C'est ça. Et elle sort avec ton prof de botanique, aussi, s'esclaffa Susan qui paraissait trouver la situation hilarante.

— Hein ? Avec Londubat ? Merlin, Susan, tu sais qu'il y a des choses qu'on préfère largement ignorer à propos de ses profs ?

Elle explosa franchement de rire et remit en place ses cheveux nouvellement bruns sur ses épaules.

— Prête à transplaner ? s'enquit-elle enfin.

— S'il le faut vraiment... soupirai-je, faussement dramatique.

— Tu as conscience qu'un jour ou l'autre tu seras bien obligée de passer ton permis ? Tu ne vas pas te déplacer en Magicobus toute ta vie...

— Ah oui ? Dommage, c'est justement ce que je comptais faire !

Susan roula des yeux et m'empoigna fermement le bras tandis que je me préparai mentalement pour le transplanage. Une poignée de secondes plus tard, l'agitation de Kings Cross n'était plus qu'un lointain souvenir. Le lieu que Susan avait choisi pour atterrir était bien plus calme et, une fois ma nausée passée, je me rendis compte que nous nous trouvions dans la petite cour cachée derrière le Chaudron Baveur.

— On ne va pas chez moi ? m'étonnai-je.

— Je me suis dit que tu aurais peut-être envie de te changer les idées avant qu'on y aille, m'expliqua-t-elle en m'entraînant à l'intérieur du bar où elle commanda familièrement deux Bièraubeurres à une blonde que j'identifiai comme étant Hannah.

— Tu as très bien fait.

— Les premiers mois de cours ont été durs ? se désola Susan.

— Oh, pas tant que ça...

Je ne m'autorisais jamais à parler en mal de Poudlard et de ses professeurs avec Susan. Je savais que les derniers souvenirs qu'elle en avait emportés n'étaient pas les meilleurs et je ne voulais pas être celle qui les lui balancerait dans la face en osant me plaindre du château tout tranquille dans lequel j'avais la chance d'étudier.

— Flitwick me met juste la pression pour les études supérieures. Il est persuadé que je fais une erreur en me contentant de mes ASPICS et, tu me connais, je n'arrive pas vraiment à lui faire face. J'ai bien essayé pendant le rendez-vous d'orientation, mais, depuis, il remet le sujet sur le tapis dès qu'il peut... Et puis il y a aussi Groover qui a trouvé que ce serait rigolo de balancer à la face du monde que mes parents étaient des fantômes, alors je te dis pas le nombre de ragots dont j'ai été victime après...

Emportée par mon élan de confidences, je lui racontais tout. La dispute avec Meredith, l'incompréhension de Victoria, la discussion que j'avais surprise entre les Serdaigle de mon année, comment j'avais envoyé bouler Peter... Puis, comme toujours, j'en revins à mon sujet de plaidoirie préféré : mes parents. La rancœur que j'entretenais à leur égard, les lettres du Ministère, la maison que j'allais devoir garder, mes projets d'avenir compromis...

Et Susan m'écouta, compatit, me donna des conseils. Comme elle le faisait à chaque fois. Elle savait exactement quoi dire et quoi faire pour me canaliser, et ce depuis la première fois qu'elle m'avait emmenée hors de la maison pour qu'on fasse connaissance sans que mes propos ne soient orientés par les oreilles inquisitrices de mes parents. Susan avait toujours été très perspicace, comprenant d'emblée que je n'étais ni touchée ni heureuse de la décision de mes parents d'être revenus après leur mort. Même maintenant que je n'avais plus rien à voir avec la gamine de neuf ans que j'étais alors et qu'aucun contrat juridique ne nous liait plus, elle continuait à m'écouter avec la même patience. Rien que pour ça, elle méritait d'être l'unique personne au monde à qui je me confiais.

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— Je suis rentrée ! m'exclamai-je alors que, le pas de porte de la maison franchi, je m'adonnais à mon petit rituel de lancer de chaussures et de sac à dos à travers l'entrée. Vous êtes où ?

Après deux bonnes heures à discuter au Chaudron Baveur, Susan avait finalement conclu qu'il valait mieux que je rentre avant que mes parents ne s'inquiètent et m'avait déposée devant chez moi. La maison était plongée dans le noir et je m'empressai d'y remédier, allumant les lumières du salon qui émirent un gémissement de protestation alors que j'enclenchais l'interrupteur.

Mon père fut le premier à se montrer et, face au sourire qu'il arborait et qui semblait un instant le ramener à la vie, je n'eus d'autre choix que de l'imiter et de le laisser me serrer dans ses bras, plus pour le symbole que par réel réconfort. Ma mère ne mit pas longtemps à l'imiter et elle répéta les mêmes gestes, m'assaillant de questions par millier comme elle savait si bien le faire.

— Tu nous as tellement manqué... finit-elle par conclure en m'enjoignant à m'asseoir avec eux sur le canapé.

Je souris, mais le cœur n'y était déjà plus. En réalité, plus mes absences s'accumulaient et plus les retours étaient douloureux. À chaque fois, je me demandais comment ils feraient pour supporter une éternité lorsque je ne serais plus là pour leur rappeler les raisons de leur choix. Il me paraissait évident qu'ils finiraient par sombrer dans la folie, enfermés tels qu'ils le seraient entre les quatre murs de notre misérable maison de banlieue. Et leur cacher cette interrogation devenait de plus en plus difficile.

Pourtant, ce soir-là, je me sentais d'humeur gentille, et je répondis patiemment à chacune de leurs questions, enjolivant un peu la réalité au besoin et dissimulant soigneusement tous les détails que je ne confierais jamais à personne d'autre qu'à Susan.

— Au fait ! me rappelai-je alors que la conversation tournait autour de la dernière sortie à Pré-au-Lard que j'avais effectuée avant les vacances en compagnie de Victoria et Meredith (ce qui ne nous était pas arrivé depuis longtemps). Ça vous dérange si Meredith et Victoria viennent passer le réveillon avec nous ?

— Tu nous présenterais enfin ? triompha aussitôt ma mère, qui faisait des pieds et des mains depuis de longues années pour que j'amène mes deux amies à la maison.

— Bah, si vous êtes d'accord, oui...