Etant déjà sur les nerfs, la file de voitures roulant calmement ne fît rien pour améliorer mon humeur. Mais, il pleuvait si fort qu'un humain ne verrait rien à dix mètres. Ce n'était pas l'idéal pour conduire vite. Je soupirai lorsqu'enfin, je m'engageai sur la bretelle de voie rapide et laissai l'embouteillage derrière moi.

Je marchais désormais sur des œufs avec Mme Grâce. Ma désertion soudaine d'un mois ne lui avait pas plu. J'en subissais donc les conséquences. Depuis des jours, j'écopais donc des tâches administratives plus qu'ingrates. Je m'attendais même à être appelée dans le bureau du gérant de l'hôpital pour me faire renvoyer. Je ne me permettais donc aucun faux-pas, pas même un soupir. Et ce matin-là, j'avais déjà quinze minutes de retard. Flûte !

Je dérapai légèrement lorsque j'arrivai à ma place de parking, à l'arrière de l'établissement. Je parcourus les quelques mètres à toute allure jusqu'à l'entrée de l'hôpital. Enfin,… A toute allure pour une humaine. Mais lorsque j'arrivai devant le perron, j'aperçus Mme Grace à mon poste.

Zut… C'est pas vrai !

Je jouais de malchance. Résignée, je m'avançai vers les portes automatiques puis vers l'enfer… Hmm… Mon bureau, mais ma chef me remarqua à peine. Elle semblait en pleine discussion, complètement captivée par son interlocuteur.

- Ohh, Edward ! Quel charmeur tu fais ?

- Si, si, je vous assure ! On ne dirait pas. Cette nouvelle couleur vous rajeunit.

Ce dernier répondait avec autant d'humeur, lui adressant le sourire le plus éclatant jamais vu. Sauf dans une pub pour dentifrice. J'entendis lorsqu'il prit une grande inspiration à mon approche et me figeai. Mais, il ne fit rien et continua de m'ignorer. Mme Grace n'observa même pas le léger assombrissement de ses pupilles, trop occupée à roucouler avec un mineur. Ou plutôt, une créature avec l'apparence d'un mineur.

Pathétique. Distraitement, elle m'indiqua une pile de dossiers clients à traiter.

- La base de données, Miss Swan, me fit-elle sèchement avant de se plaindre plus doucement à Edward. Oui, j'ai été obligée de remplir ces dossiers à l'ancienne : un stylo et une feuille de papier. Je ne te raconte pas les énervements des patients. Mais, bon avec toutes ces nouvelles technologies, on s'y perd vite, tu sais.

- Par bonheur, vous avez Miss Swan pour vous seconder.

Je levai les yeux au ciel, écœurée par leurs roucoulements. Je le laisserais volontiers se jeter sur elle, si jamais il perdait le contrôle comme l'autre fois ! Edward me lança un regard noir, si bref que l'humaine ne s'aperçut de rien. Oh non, avais-je formulé mes pensées si fort ?

- J'espère que vous n'en voudrez pas trop à Bella d'être partie sans prévenir. Comme l'a dit mon père, une tempête de problèmes administratifs lui est tombée dessus, alors qu'il était certain d'avoir tout régler. Malheureusement, ayant déjà des interventions urgentes planifiées, il ne pouvait se rendre à New York à cet instant.

- Je comprends tout à fait…

- Il a été assez impressionné par le dévouement de votre employée. Il semble plus que ravi de continuer à travailler avec vous tous.

Il finit son discours d'un sourire en coin en penchant la tête, poussant Mme Grace à soupirer de contentement. J'eus envie de vomir.

Je coupai court à leur discussion et me mis au travail. Au moins, je sus pourquoi je n'avais pas été convoquée dans le bureau du directeur. Je me surpris à remercier silencieusement le Docteur Cullen et à sentir ma honte remonter, quant à ce qui avait failli se produire. Son arrivée ici allait me causer autant de problèmes que d'opportunités pour les résoudre. Je n'avais jamais accordé plus d'importance aux dires que les vampires pouvant ensorceler les humains afin qu'ils agissent selon leur volonté. J'avais ma réponse, à présent. L'excuse bancale du voyage à New York semblait fonctionner à merveille sur mes collègues et j'imaginais que son charme et son charisme y étaient pour quelque chose. Personne ne remettait en question ce que disaient le Docteur et son fils, et j'en fus plus que soulagée, n'étant pas vraiment d'humeur à parler.

Si j'avais été humaine, j'aurais probablement eu des courbatures aux jambes à cause d'un siège aussi confortable d'une planche de fakir. Sans compter mon pauvre dos qui aurait souffert d'être resté penché sur un PC vieillot. Ce même PC qui m'aurait abimé les yeux.

Cette antiquité ramait continuellement, alourdissant ma charge de travail de quelques heures supplémentaires. Je dus le redémarrer plusieurs fois. Je dus aussi faire l'aller et retour entre l'accueil et le bureau de Mme Grace à l'autre bout de l'hôpital pour y prendre ou ramener des dossiers. Comme par magie, au moment où je pensais en avoir fini, il y en avait toujours un qu'elle avait oublié de me donner. Elle semblait y prendre beaucoup de plaisir.

Cependant, mon corps était à présent beaucoup plus résistant. Je sentis bien d'infimes pressions sur mes jambes et ma colonne vertébrale, mais il était impossible que cela puisse me causer une quelconque gêne. Je pris donc un aussi grand plaisir lorsque je répondis à chaque oubli de Mme Grace par un grand sourire, prétextant que cela pouvait arriver. Après tout, l'erreur était humaine. La déception et la colère qu'elle tentait de cacher me faisaient le plus grand bien.

Les bruits assourdissants des ouvriers qui travaillaient à l'étage du dessus ne firent rien pour améliorer l'ambiance de l'hôpital. Plusieurs docteurs et infirmiers se plaignaient dans les couloirs, autour des machines à café. A ce moment-là, je faisais mon possible pour fuir les lieux, évitant de montrer mon embarras. Encore quelques semaines, et l'ascenseur que nous avions abimé Edward et moi, serait de nouveau fonctionnel pour le plus grand soulagement de tous. Un hôpital comme celui de Port Angeles ne pouvait fonctionner normalement avec seulement deux monte-charges.

Je soupirai lorsque 22h arriva. Une autre employée du service de nuit prit ma place alors que je partais. Je souris aux quelques personnes qui attendaient dans la selon en face de l'accueil. Lorsque les portes automatiques se refermèrent derrière moi, je m'arrêtai.

Mon soulagement se dissipait lentement. La vie de l'hôpital aussi pénible et stressante soit-elle, me faisait du bien par moment. Elle me permettait d'oublier durant quelques heures. De faire une pause. Mais, à présent que le stress était passé, je sentis mon humeur s'assombrir d'un coup. Fermer les yeux et succomber au sommeil me ramenaient immanquablement quelques années en arrière à plusieurs kilomètres d'ici. Je redevenais l'être faible et idiote que je tentais désespérément de faire disparaître au fond de moi. Je revoyais la mort de ceux qui se prétendaient être ma famille. Je revoyais les meurtres que j'avais commis.

Durant mes premières années d'immortelle, j'avais accepté et assumé ce fardeau. Mais, à présent, j'avais l'impression qu'il me pesait encore plus.

Je soupirai…

Et respirai profondément.

Hhmm, ce parfum…

- Heu. Bonsoir ?

Au moment même où je captai cette voix douce, je réagis instinctivement face à un danger et un doigt brulant remonta le long de ma colonne vertébrale. Je sentis une poussée désagréable à l'endroit où sortaient mes ailes habituellement.

Pas lui... Pas ici !

Mes jambes tremblantes cédèrent sous mon poids et je me retrouvai agenouillée sur le sol mouillé, mes poings serrés contre moi. Dans cette position, je combattais plus facilement la force qui me poussait à me jeter sur lui. Une force qui se faisait de plus en plus intense et qui me faisait bouillir de l'intérieur. Fiévreuse, je tentai désespérément de me calmer en ravalant ma salive. Inconsciemment, je caressai de ma langue mes canines qui s'allongeaient, impatiente de transpercer une peau délicieuse, plus dure qu'un diamant.

D'un coup, une paire de chaussures noires et cirées apparut sous mes yeux. Je sentis une main glacée se poser sur mon bras, déclenchant toute une myriade de décharges électriques sur ma peau. Était-ce une bonne idée que je retienne ma transition après tout ? Je savais à qui appartenaient ces chaussures, cette voix de velours, cette main. Le danger était présent.

- Est-ce que… ça va ?

Et comme si cela ne suffisait pas, il tenta de me relever, au lieu de s'éloigner de moi, comme devaient lui hurler son instinct. Ainsi, je me surpris à confirmer une énorme facette qui composait le caractère incompréhensible de ce buveur de sang. C'était le premier que je rencontrais avec une telle envie d'achever son existence. Je parvins à maitriser mes tremblements. Je guettai tout de même le soudain accès de fureur qui me pousserait à lui arracher la tête. Cependant, rien ne vint. Après une très longue minute à être rester figée, je m'autorisai de nouveau à le regarder.

L'incompréhension devait se lire aussi clairement sur mon visage qu'il ne l'était sur le sien. Le danger émanant de lui semblait plus modéré que la dernière fois et ma brûlure était désormais un écho de ce qu'elle avait été deux secondes plus tôt.

- Merci, parvins-je à souffler.

Trop choqué pour parler, il fit un signe de tête et me lâcha. Malgré cela, nous étions toujours à moins d'un mètre, l'un de l'autre. Je reculai d'un pas et fis mon possible pour garder mon calme. Edward avait pris le risque de venir à moi seul, malgré ce qui avait failli se passer l'autre soir. Je ne voyais qu'une raison valable pour expliquer un comportement aussi stupide. Quelque chose de grave était arrivée.

- Carlisle est parti, il y a une heure, lâchai-je sur la défensive. S'il n'est pas rentré chez vous, sache que je n'ai à voir dans sa disparition. Je ne lui ai pas parlé de la journée.

- Je sais.

- Et... je peux te garantir que le reste de ma famille n'a rien voir dans ça, non plus.

En réalité, je n'avais aucune idée ce qui avait pu se passer du côté des autres, aujourd'hui. J'espérais que s'il y avait eu un problème, on m'aurait appelé pour m'avertir. Bref, en ce moment, je bluffais. Il le vit et haussa un sourcil, jusqu'à ce que je me décide à me taire.

- Je suis simplement venu parler.

Je le sentis hésiter. C'était étrange de le voir mal assuré pour une fois.

- J'aimerais. Te présenter mes excuses pour mon attitude déplaisante. Nous avons mal commencé, toi et moi, mais si nos deux familles doivent en venir à une entente, je préfèrerais qu'il n'y ait pas de tensions entre nous.

- Ce serait plutôt à moi de te demander des excuses, pour l'autre soir. Tu essayais simplement de te défendre et de fuir ta soif. Pensant que tu irais attaquer quelqu'un, je me suis mise à te traquer. À tort, je l'avoue. De plus, je suis celle qui a attisé ta soif. C'est à cause de moi que tu as perdu contrôle, donc…

C'était ce que j'avais voulu dire lorsque nous étions chez lui, au lieu du bégaiement stupide que j'avais produit.

Le mouvement au coin de sa bouche ne m'avait pas échappé lorsque je lui rappelai ces événements. Le souvenir devait être encore plus marquant pour lui. Je me tus. En ce moment, il arrivait à résister à mon sang et cela me convenait. Je n'avais pas besoin d'excuses.

Inutile de tenter le diable, cependant.

- Bien… Je vais. Y aller.

- Puis-je t'accompagner. Jusqu'à ta voiture, j'entends ?

Comment ? Mon cœur s'emballa et j'ignorai une seconde vague de douleur, exigeant ma transition immédiate.

- Pour tout te dire, tu ne sembles pas très apte à conduire.

- J'ai connu pire, soufflai-je.

Si je devais malgré tout céder à ma brûlure, autant que cela se fasse dans un lieu plus discret. J'étais assez forte pour m'éloigner de lui sans heurt, s'il le fallait. En ce moment, nous avancions avec prudence, l'un à côté de l'autre. J'étais toujours aux prises avec moi-même lorsque je touchai une carcasse métallique froide et accueillante. J'y appuyai mon dos en soupirant.

« Tu es sûr de pouvoir conduire » « Reste un peu avec moi, le temps que tu te sentes mieux… » « Tu ne préfèrerais pas que je te ramène ? Tu pourrais laisser ta voiture ici, il ne lui arrivera rien ».

Ma méfiance envers sa race était si ancrée que je prenais ses moindres phrases pour des menaces ou des tentatives de meurtres. Mais, j'avais vu de près des vampires essayant de mentir, de séduire dans le but précis de massacrer leurs victimes. Edward n'affichait qu'une sorte d'anxiété, mêlée de crainte.

- Es-tu certaine de pouvoir rouler, demanda-t'-il pour la énième fois.

Je hochai la tête tout en déplaçant mon dos endoloris contre l'habitacle froid et humide de ma voiture. Le bien-être s'intensifia.

- J'aimerais savoir.

- Qu'est-ce donc ?

- Tu as parcouru une vingtaine de kilomètres. Seul ! Uniquement pour venir me présenter tes excuses ? Tu penses honnêtement que je vais croire ça ?

Il rompit notre contact visuel, regardant ses pieds, mon rétroviseur à ma droite, puis au loin au-dessus de ma tête. J'attendis, exaspérée, en fermant les yeux. Mauvaise idée : sans ses airs frustrés et inquiets qui le rendaient si humain, sa présence et l'énergie qu'il dégageait envahissaient pleinement mes pensées.

- Qu'es-tu prête à croire alors ?

- Bonne question ! raillai-je, en faisant semblant de réfléchir. Voyons voir… Ces dernières semaines ont été plus que surréalistes ! Tomber sur un clan de vampires, tellement avides de prétendre être humain !… Alors que, d'habitude… les vampires, ils ne sont pas censés réagir comme… Comme vous ! Vous nous compliquez la vie avec vos pratiques dérangeantes… Ce n'est pas normal !

Je m'interrompis, en grognant. Ma vie était beaucoup plus simple avant. C'était trop leur demander que d'aller tuer deux ou trois humains, tel que le voulait l'ordre normal des choses. Tel que le voulait la nature, leur instinct ! Hé bien, non ! Ces « végétariens », ce « végétarien » en particulier compliquait tout, avec ses états d'âme changeants et difficiles à suivre. Là, par exemple, il souriait. Il souriait malgré la fureur qui brûlait derrière ses prunelles. Hein ? Les vampires pouvaient-ils avoir des troubles psychologiques ?

- Nous luttons contre une nature qui nous dégoute ! Aucun de nous n'a souhaité cette existence, aucun de nous n'a souhaité être emprisonné d'une soif constante, dans ces corps figés et glacés qui n'évolueront jamais ! Nous sommes morts, tu comprends ! Des morts-vivants qui n'auront droit à aucune évolution, aucune perspective d'avenir. Il n'y aura aucune fin à ce calvaire, nous restons et resterons à jamais tels que nous sommes !

Bouche bée, je me repassai à toute vitesse les mots, les phrases qu'il m'avait balancé à la figure. Je l'avouais, j'étais loin de m'attendre à cette tirade. Décontenancée, je fixai son doigt accusateur pointé sur moi.

- N'est-ce pas ton rôle de nous délivrer de cette vie ? N'es-tu pas « la chasseresse » ? La « tueuse de vampires » dont ton ami blond nous avait vanté les mérites ?

Je sentis mon estomac se tordre. Douloureusement. Ma prise de conscience sur le ressenti des morts que j'avais causé m'envahit encore. Mais ainsi allait le monde. Je ne pouvais pas rester à l'écart et laisser ma famille se faire tuer. C'était une des choses que j'avais eu le temps de discerner durant mon voyage : je n'avais pas à m'en vouloir pour ça. Les Cullen n'étaient qu'un cas sur un million. Les autres étaient bel et bien les monstres qui s'évertuaient à tuer sans aucun remord. Et moi, je n'étais qu'un autre monstre qui chassait ces monstres-là.

- Je ne tue pas pour le plaisir.

Bien qu'avant, cela ne m'empêchait pas de ressentir une certaine satisfaction lorsque j'atteignais ma cible. Comme s'il était semblait conscient de mes pensées, il émit un rire bref et méprisant.

- Je protège simplement les miens. J'ai aussi une famille, Edward.

Il regarda de nouveau au loin, pensif. Sa colère semblait s'évaporer. Je décidai de dévier la conversation sur lui.

- Je pensais que le sang animal aidait à…

- À affronter notre soif, à lui résister. C'est un repas de substitution qui ne l'étanche jamais complètement. Nous aurons toujours envie de tuer des humains, conclut-il avec une grimace de dégoût. Au moins, cela suffit à les épargner.

Ce fût comme si la fatigue du monde entier se lisait sur son visage. Il s'adossa à côté de moi et s'accroupit la tête dans les mains. Je comprenais mieux, à présent. Le souvenir d'Edward alors qu'il me suppliait de prendre sa vie me revint avec force. « Je ne veux pas être un montre », avait-il dit face au choix de prendre la vie de son ennemie, moi. De mon point de vue, il était soudainement loin d'en être un.

Cependant, son égoïsme… S'il devait m'inspirer un quelconque dégout, ce ne serait pas à cause de ce qu'il était mais plutôt à cause de son attitude.

- Serais-tu prêt…, lui dis-je en m'approchant. Si je décidais de te tuer maintenant, serais-tu toujours consentant ?

Troublé, il affronta mon regard et je dus respirer lentement pour m'efforcer de rester calme. Je n'étais pas en chasse après tout, j'avais longuement profité de mes vacances pour faire le plein d'énergie. Je continuai donc :

- Tu ne sentiras rien. Je promets de ne pas te faire souffrir.

Edward semblait sérieusement considérer cette éventualité comme une bonne chose. C'en était triste : les bons souhaitaient la mort tandis que les plus mauvais se battaient bec et ongles pour l'éviter.

- Bien sûr, tu comprends ce que cela présuppose ?

- Plait-il ?

- Ta mort mettrait sans aucun doute les miens en danger. C'est une règle d'or lorsque l'on chasse. Il ne faut jamais détruire un individu appartenant à un clan, mais le clan tout entier.

De l'incompréhension, son visage passa progressivement à une rage folle. Je ne pus m'empêcher de sourire froidement.

- C'est évident, Edward. Ainsi, ma famille évite les actes de vengeance. Je n'ai rien contre les tiens. Il s'agit juste de sécurité.

Ses lèvres fines retroussèrent, dévoilant une dentition parfaite et dangereuse. Je m'arrêtai net, le cœur battant. Encore une fois, je faisais fî des distances de sécurité avec ce vampire.

- Mais, regarde les choses du bon côté…

Un nouveau feulement émana du plus profond de son torse, accentuant son aura déjà imposante. Il m'enivrait.

- Je suis certaine que les membres de ta famille accepteraient la mort beaucoup plus facilement que l'idée de vivre sans toi pour le reste de l'éternité. C'est un cadeau que je leur fais.

Ainsi, une forte émotion comme la colère pouvait faire varier la couleur des yeux des vampires j'en apprenais tous les jours sur eux. Actuellement, la couleur ambre que j'aimais (Que j'aimais ?) était passée au noir ébène. Et sa présence,… l'aura qui se dégageait de lui était moins troublée, plus dangereuse… Encore plus exquise. J'en salivais presque…

Je secouai la tête lentement, lui faisant comprendre que je bluffais. Il se détendit quelque peu.

Son mal-être était flagrant. Je l'imaginai plus douloureux encore que sa soif insupportable. Son air torturé lors de notre première rencontre continuait de me hanter, à mes heures perdues. Je pouvais entendre distinctement les craquements sinistres de sa main, tandis qu'il essayait de se détruire lui-même. Je stoppai net un mouvement pour la lui prendre. Mais, il le remarqua encore. Il me la montra, de sorte que je puisse l'observer sous toutes les coutures. M'y attardant, je vis effectivement des traces de morsures laissées par ses dents venimeuses. À part ça, elle était intacte. J'étais presque fière de moi.

- Merci.

- Ouais, ouais, fis-je impatiemment.

- Et non… Je ne souhaite pas mourir. Pas vraiment. Comment pourrais-je les abandonner…

Je lui fis un sourire amer : cette conversation resterait dans les annales. En particulier, ce que je m'apprêtais à lui sortir.

- Je peux te trouver des tas d'autres Phoenix qui pourraient te donner la délivrance que tu recherches. Tu n'auras même pas besoin de te justifier face à eux. Ils se feraient un plaisir de t'égorger et d'aspirer la dernière parcelle de ton énergie. Malheureusement, je ne fais plus partie de ceux-là.

Je m'installai dans ma voiture et fermai la portière. Depuis quand ma vie était-elle devenue aussi bizarre ? Je faisais la psychologue pour mes ennemis, maintenant.

- Et pour quelle raison ? ricana-t'-il à ma fenêtre. Pourquoi refuserais-tu de me tuer ? Et d'ailleurs, qu'en as-tu à faire de ce que pense ma famille ?

Qu'en avais-je à faire, en effet ? Pourquoi serais-je écrasée de culpabilité si le Docteur humaniste perdait un fils à cause de moi ? Pourquoi ma honte me suivrait éternellement si Alice, qui espérait secrètement que je sauve sa famille de je-ne-sais-quoi, me voyait désormais comme celle qui l'avait privé de son frère ?

- Je ne veux plus être un monstre.