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SECRET N°14

« Une bonne mayonnaise, c'est celle qui attire encore plus le regard que vos aliments. Mettez-là en avant. »

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- 4 janvier 2008 -

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Évidemment, je n'avais pas raconté à Peter la réelle raison de la dispute qui m'avait opposée à mes parents. J'avais arrangé la vérité, lui disant simplement qu'ils avaient mal pris le fait que je veuille habiter seule dès la fin de l'été et que les choses avaient dégénéré, me poussant à prendre la fuite. Et je devais avoir réussi à être plutôt convaincante puisqu'il n'avait pas posé plus de questions et avait rempli la part du marché tacite que nous avions passé, à savoir me dire ce que lui faisait sur le Chemin de Traverse alors qu'il était censé passer la soirée avec sa famille.

Du peu que j'en avais compris, ses parents lui reprochaient déjà depuis plusieurs mois son manque d'implication dans leur vie de famille et, pour leur faire les pieds, Peter avait décidé de foutre le camp alors qu'ils étaient censés passer la soirée ensemble. Ne m'étant jamais douté de l'ambiance familiale plutôt tendue qui se cachait derrière les manières impeccables de Mr Mallister, les sourires forcés de Keryann, la gentillesse de Lya et la froideur de Peter, je n'avais pas pu m'empêcher de les fixer un à un lorsqu'ils étaient venus me chercher pour m'emmener à Kings Cross, comme à chaque rentrée.

Si le reste de la famille avait été surpris des relations plus cordiales (voire amicales, même si le terme me faisait grimacer) que j'entretenais avec Peter, personne n'avait fait le moindre commentaire. À vrai dire, ses parents n'avaient même pas semblé le remarquer et Lya s'était contenté d'un sourire ingénu alors que je me glissais entre elle et son frère sur la banquette arrière de leur voiture.

En revanche, une qui ne manqua pas de le repérer fut Meredith qui semblait plus froide que d'ordinaire lorsque je la rejoignis dans le compartiment où elle avait élu domicile avec Victoria. Comme à son habitude, elle avait dû scruter mon arrivée en compagnie des Mallister depuis la fenêtre du train et s'apercevoir que, contrairement à ce à quoi nous l'avions habituée, Peter et moi nous parlions. Elle se garda néanmoins de toute remarque, prenant simplement en charge ma malle pour la ranger avec la sienne et celle de Vicky.

— Tu ne m'as pas écrit... me reprocha cette dernière en me considérant d'un air faussement réprobateur tandis que je m'asseyais à ses côtés.

— Désolée... Ça m'est complètement sorti de l'esprit, mentis-je.

En réalité, je m'étais bel et bien souvenu que je lui avais promis de lui donner de mes nouvelles avant notre retour à Poudlard, mais à chaque fois que j'avais tenté de commencer une lettre, je m'étais rendue compte que je ne savais pas quoi lui dire. Je ne pouvais pas lui avouer que mes parents avaient été déçus des amies que je m'étais faites et que leur réaction nous avait conduits en plein dans une immense dispute ! Même si elle devait s'en douter au vu de la tronche de six pieds de longs que ma mère avait tiré pendant les trois quarts du repas, je me refusai à lui confier une telle chose. Et, un secret ne venant jamais seul, je n'avais donc pas pu lui décrire l'ambiance tendue qui avait rythmé les derniers jours de nos vacances. La seule avec qui j'en avais parlé était Susan, qui avait été d'excellent conseil, me disant de ne pas m'en faire, d'engager la conversation avec mes parents que si je savais par avance quoi leur dire et me promettant que, de toute façon, les choses finiraient par s'arranger.

— C'est pas grave, m'assura la métisse. Partie d'échecs ? me proposa-t-elle, ses reproches déjà oubliés.

— Tu vas encore me battre... soupirai-je, les échecs étant une discipline que je ne parvenais pas à m'approprier.

— Justement, ça remontra mon ego que Jim piétine dès que je joue avec lui.

Je m'esclaffai et, tout en jetant un regard à Meredith qui faisait mine de lire son manuel de métamorphoses sans nous prêter attention, je m'assis aux côtés de Victoria qui plaçait les pions sur son échiquier.

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- 20 janvier 2008 -

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— Tu ne manges pas avec Meredith, Maya ? s'étonna la voix de Chloé deux semaines plus tard, alors que je dînais avec pour seule compagnie Dubliners de James Joyce.

— Elle est à son entraînement de Quidditch, répondis-je d'un ton détaché tandis qu'elle s'asseyait face à moi.

— Oui, mais d'habitude tu l'attends toujours.

Je poussai un soupir en refermant mon livre. Malgré sa timidité, la brune était quelqu'un de diablement observateur et il était difficile de lui cacher quoi que cesoit.

— Elle m'évite un peu, ces derniers temps, lui confiai-je donc, espérant qu'elle n'insisterait pas. Alors je ne pense pas que ça la dérangera.

Même si elle continuait à m'adresser la parole comme si de rien n'était, je sentais bien que Meredith était de plus en plus distante, et il n'était pas très difficile de deviner pourquoi... Depuis le réveillon, Peter semblait penser que nous étions amis et venait régulièrement me parler, que ça soit dans les couloirs, dans la salle commune ou pendant les repas.

Au début, j'avais pensé que Meredith finirait par comprendre d'elle-même que la relation que j'entretenais avec le Mallister était à des années lumières de celle qu'elle fantasmait et que le fait qu'il me parle ne changeait donc rien à ce qu'il aurait pu se passer entre eux, mais la blonde était visiblement plus attachée à lui qu'elle ne daignait le montrer. D'autant plus que, même lorsqu'elle se trouvait à mes côtés, Peter ne lui adressait jamais plus qu'un signe de tête ou, dans ses bons jours, une brève salutation.

Extérieurement, je ne laissais rien paraître, mais ce nouvel état des choses me troublait. Entre Peter qui s'immisçait dans ma vie sans que je n'éprouve plus le besoin de le repousser et Meredith qui en sortait à reculons, je ne comprenais plus grand-chose. Même si je m'étais efforcée de le réfuter, la révélation d'Audrey avait bien changé ma vie et je n'étais pas encore prête à l'admettre.

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- 3 février 2008 -

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— Pique-nique ? proposa Victoria à la sortie d'un de nos nombreux cours de botanique.

— Tu plaisantes ? s'écria Meredith. On se les pèle !

— Oui, mais il fait beau, insista la métisse. Quelques petits sortilèges et on sera calées !

— Sans moi, désolée, s'excusa la Serdaigle en s'éclipsant au petit trop pour rattraper Audrey et Lya qui remontaient vers le château.

— Parfait ! s'enthousiasma Vicky avec un sourire carnassier. Toi et moi, on va enfin pouvoir parler... Va t'installer, je m'occupe de la bouffe.

Je levai les yeux au ciel, déjà lassée, mais m'exécutai. Victoria avait l'air si excitée que je n'avais pas le cœur de fuir la discussion qu'elle souhaitait avoir avec moi. D'autant qu'elle était la seule amie qu'il me restait réellement maintenant que Meredith s'éloignait peu à peu et que je persistais à me montrer froide avec Peter dans l'espoir que la blonde cesse de m'en vouloir.

— De quoi tu voulais parler ? m'enquis-je une fois qu'elle fut de retour avec des sandwichs préparés par les elfes de maison.

— De Meredith, obviously, répondit-elle aussitôt, la bouche pleine. Tu as essayé de lui parler pour lui expliquer ce qu'il se passe réellement avec Mallister ?

— Plein de fois, soupirai-je. Mais elle n'a même pas l'air d'être prête à admettre qu'elle m'en veut ! Je pourrais lui expliquer en long et en large qu'elle peut se garder son Peter qu'elle ne m'écouterait même pas et nierait tout en bloc !

— Moi je comprends même pas pourquoi elle t'en veut, me confia la Poufsouffle. Vous ne faites que parler, c'est pas comme si tu lui roulais des patins juste devant elle !

— Que Merlin m'en préserve ! grimaçai-je. Tu imagines ?

— Assez bien, oui.

Je lui envoyai un regard scandalisé et elle éclata de rire avant de mordre avec énergie dans son déjeuner.

— Fais pas cette tête, May ! C'est pas toi qui me donne cette impression, c'est lui.

— Comment ça ?

— Ben, avoue quand même qu'il agit bizarrement... Il t'a pas calculée pendant 5 ans, et maintenant il vient te parler dès qu'il en a l'occasion ! C'est pas vraiment un comportement normal quand tu veux être ami avec quelqu'un...

— Tu veux bien m'expliquer ce que tu sous-entends ?

— Tu sais parfaitement que ce je sous-entends.

Le sourire digne du Chat de Cheshire qu'elle m'adressait me fit rouler des yeux et je m'appuyai contre le tronc de notre arbre en croisant les bras. En romantique inavouée que j'étais, j'avais déjà songé aux potentiels sentiments plus qu'amicaux que Peter pourrait avoir pour moi. Mais, d'une, il ne plaisait pas vraiment et, de deux, pourquoi s'intéresser à moi lorsqu'il était évident pour la quasi-totalité de la Tour des Serdaigle qu'il était dans le viseur de Meredith ?

— Franchement ma vieille, laisse couler.

Je levai un regard interrogateur sur Victoria qui rognai à présent le trognon d'une pomme en fixant le lac gelé qui nous faisait face.

— Arrête de te torturer les méninges pour Meredith, explicita-t-elle en jetant son cadavre de fruit au loin. Pour une fois qu'un mec n'est pas aux pieds de Son Altesse, fonce.