Hello à tous! L'histoire continue avec ce nouveau chapitre. J'espère que vous aimerez!
Peu de temps après l'invasion de mon appartement, Bree s'était mise en tête d'intensifier son entraînement pour sa future vie d'immortelle. N'ayant aucunement l'intention de devenir un poids mort ou de jouer les demoiselles en détresse, le principe même de ses activités tournait autour de sa propre protection. Abritée par l'une des nombreuses clairières qu'offraient les bois environnants, elle enchainait agilement les mouvements d'attaque et de défense que je lui avais montrés. Elle était douée. Toutefois, ses habiletés au combat ne lui seraient actuellement d'aucune utilité face à la puissance et la vitesse colossale d'un vampire ou même d'un autre de notre espèce. Mon intrus pourrait vraisemblablement stopper son cœur sans qu'elle ne se rende compte. Mais, ce n'était pas ce qui la préoccupait le plus, en ce moment.
- Je suis suffisamment mûre maintenant pour savoir ce que je veux. Et je veux être une chasseresse, comme toi. Je suis prête, maintenant.
- Tu ne sais pas ce que tu racontes, soufflai-je en ne l'imaginant pas une seconde capable d'affronter le quotidien d'un chasseur. Et puis d'ailleurs, ce n'est pas moi qui décide de ça. Tu es toujours un nouveau-né. Bientôt, ton statut changera et alors, je t'apprendrai tout ce que tu veux savoir.
- Et mon arme ? Et mes pouvoirs ? Mes ailes, fit-elle impatiente. Je serais capable de maîtriser le feu comme toi ? Ou bien…
- Bree, l'interrompis-je doucement. Nous le saurons bientôt, mais, je te le répète : il est impossible de savoir avant.
J'affichais une patience qui me faisait défaut, à moi aussi. Je me rappelais qu'au bout de ma première année en tant qu'immortelle, j'étais déjà capable d'enflammer des petits objets à volonté, puis de les éteindre. Pas grand-chose, mais c'était déjà bien. Bree affichait déjà deux ans et il ne se passait toujours rien. J'étais certaine de son potentiel, pourtant. « Ça viendra » était devenu ma phrase fétiche avec elle.
Un jour, Mike lui avait expliqué :
« Il y a une période d'attente concernant les nouveaux Phoenix car leurs pouvoirs sont à leur maximum et leur corps n'y est pas encore habitué. C'est un simple réflexe de protection qui agit. Ça ne devrait pas durer plus de deux ans. »
« En clair, plus tu attendras et plus tu seras puissante » lui avais-je dit et j'avais été récompensée par une mine réjouie, remplie d'espoir.
Mais, la situation avait changé. Les enchaînements que je lui montrais ne lui seraient d'aucun secours si elle ne les combinait pas avec l'agilité, la rapidité et la force dont bénéficiaient les immortels matures. Bree adorait vivre chez moi, toutefois, sa sécurité exigeait qu'elle doive vivre avec Mike, à présent. Nos soirées ensemble me manquaient. Je regrettai un peu ma décision de ne pas avoir suivi cette trace. Rester à terre et attendre me semblaient insupportable. Je m'autorisais donc quelques petites excursions nocturnes pour me détendre en dessous des nuages, c'était primordial. Bien sûr, cela ne plaisait pas du tout à Mike.
« Je ne souhaite pas agir de manière irréfléchie si je retombe sur notre intrus. J'ai besoin de me vider l'esprit et de faire le point pour la suite » lui avais-je un jour répondu.
Je finis une énième journée de travail et pris mes affaires afin de partir. J'avais encore passé le plus clair de mon temps à surveiller tout autour de moi, cherchant une présence, une aura différente de celle des humains, qui n'aurait rien eu à faire ici. Pour mes collègues, je dus donner l'impression d'être complètement effacée, d'avoir la tête ailleurs. Donc, je fus à peine surprise lorsque Mme Grace se posta devant moi, un sourire énigmatique sur les lèvres.
- Mlle Swan, il me semble qu'il ne vous reste pas beaucoup de temps à passer avec nous, n'est-ce pas ?
- Ah oui ?
- Si je ne me trompe pas, votre contrat prend fin début Décembre.
La perspective de se débarrasser de moi l'emplissait de joie. J'aurai ressentis la même joie, si je n'étais pas obligée de m'inscrire au lycée de Forks sitôt mon contrat fini.
- Cela nous laisse toujours un peu plus de trois mois pour nous dire au revoir, conclus-je.
- Oui, soupira-t'-elle avec envie. Encore trois mois.
Espèce de g…
Je la contournai et empruntai la sortie. Les sens constamment en éveil, je marchais plus lentement que d'habitude, prenant soin d'enregistrer chaque bruit suspect ou chaque effluve ramené par le vent. Lorsque je me tournai vers le parking, j'identifiai encore cette odeur familière, cette senteur suave et masculine qui me fit frissonner.
J'arquai un sourcil lorsque je remarquai Edward Cullen, nonchalamment adossé contre ma voiture. Ses cheveux cuivre réussissaient à luire malgré une lune timide et les rares lampadaires orangés éparpillés. Voilà bien plusieurs jours que je l'avais plus revu.
- Hey y'a école demain, fis-je en guise de salut
- Très drôle. Que s'est-il passé ?
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
Je le contournai et rangeai tranquillement mon sac sur le siège arrière. Lorsque je lui fis face, l'inquiétude et la frustration s'affichaient encore sur son visage de pierre. Y aurait-il un seul jour dans l'année où je pourrais voir Edward Cullen détendu et souriant ?
- Quelqu'un est entré chez toi.
- Comment tu… C'est pas vrai !
Bree avait pour ordre de garder cela pour elle. Il n'était pas question de mêler les Cullen à cette histoire.
- Je vais clouer le bec de cette pie, un de ces jours…
- A qui ?
- Bree, bien sûr ! C'est elle qui t'as mis au courant !
- Oh… Ne lui en veux pas. Elle ne m'a rien dit. J'ai simplement d'autres moyens de découvrir ce que les gens cachent.
- Quoi ? Tu vas me dire que tu l'as hypnotisé ?
J'étais à moitié sérieuse. Il haussa les épaules.
- Peu importe la manière dont tu as su. Tu restes en dehors. Ça ne concerne que nous.
- C'est exclu ! répliqua Edward avec rage.
Aïe. Instinctivement, mon dos m'élança d'un coup. Cependant, il dut prendre mon sursaut pour de la peur et continua plus calmement:
- J'y ai réfléchi et je désire, hésita-t'-il, venir chez toi.
Je ne pus m'empêcher de lever les yeux au ciel. Je pensais avoir déjà réglé ce problème, mais cette espèce de « vampire-émo » comptait toujours sur moi pour achever son existence.
- Oh, fis-je exaspérée. Je ne suis pas d'humeur pour une revanche. J'ai d'autres choses à régler au cas où tu n'auras pas saisi.
- Une revanche ? murmura-t'-il. Je ne vois pas le rapport.
- Alors, quel est l'objectif de cette demande idiote ?
- L'intrus devait probablement être un ennemi.
- Merci Sherlock…
- Donc, il représente aussi un danger pour nous, conclut-il en ignorant mon sarcasme. Nous avons passé une trêve avec vous. Je ne pense pas que les autres Phoenix en tiendraient compte, s'ils nous croisaient.
Et d'un coup, sa demande me sembla moins absurde.
- Sûrement, finis-je par répondre. Et qu'attends-tu de moi exactement ?
- Donc. J'aimerais…, commença-t'-il mal à l'aise. J'aimerais humer sa trace sur les lieux mêmes. Il a dû toucher des objets, n'est-ce pas ? Il t'a même laissé un mot. J'aimerais en ramener un échantillon à ma famille. Que nous soyons sur nos gardes si jamais nous venions à croiser cette odeur.
- Cela s'est passé il y a déjà trois jours. Il n'y a plus presque plus de trace à détecter maintenant.
- Ça ne posera pas de problème. Notre flaire est un peu plus développé que ça.
Il finit avec un air suffisant qui m'horripila. Il avait raison mais je n'allais sûrement pas l'admettre à voix haute.
- Monte, grognais-je en ouvrant ma portière.
Le retour chez moi fut tendu. Je ne savais si ouvrir ma fenêtre l'aiderait à calmer ses instincts ou si au contraire, je devais la fermer pour éviter que le vent ne lui ramène mon arôme en pleine figure. Mais, il résistait avec plus de facilité cette fois, ne montrant aucun signe de malaise.
- J'ai chassé avant de venir te voir. Ça rend les choses beaucoup plus simples.
- Ah…Qu'est-ce que tu as chassé ?
Pff… Quelle question à poser à un vampire… D'un autre côté, que pouvait bien chasser un « vampire végétarien » ?
- Nous sommes allés assez loin. Presqu'à la frontière du Canada. J'ai pu avoir deux pumas. Emmett a réussi à dénicher deux ours bruns, il était ravi.
Je ravalai ma salive. Peut-être aurais-je dû me taire finalement.
- Ben quoi, s'exclama-t'-il en me regardant. Ils sont en surnombre cette année, au cas où tu l'ignorerais. C'est juste notre manière à nous d'aider la population locale. Jusqu'à très récemment, ils s'inquiétaient encore sur l'expansion du nombre d'ours. Ils causaient pas mal de frayeurs et dégâts.
Je ne relevai pas. Plusieurs anges passèrent, et pendant tout le trajet, je le sentis me détailler minutieusement, comme s'il me voyait pour la première fois. Je sentis son regard s'arrêter sur mon visage impassible, pourtant torturé par le besoin violent de lui en coller une. Puis, je le sentis observer mon cou, mes épaules, mes bras et aussi mes mains qui tentaient de ne pas briser le volant. Enfin, il se mit à observer mes cheveux attachés en un chignon lâche. Quelques mèches rebelles courant le long de mon visage jusqu'à mon cou semblaient à présent, capturer son attention. Plus mal à l'aise que jamais, je n'osai pas bouger. Je n'osai pas non plus lui dire de cesser ses inquisitions dérangeantes.
Finalement, peut-être valait-il mieux une discussion des plus bizarres que ce silence pesant entre nous. Il fut le premier à casser cette atmosphère. Il fit une remarque sur ma voiture, une vieille Ford Mustang décapotable de 1965, de couleur noire aux bandes orangées sur le côté. Elle était certes vieille et pas très discrète. Mais, les vieilles choses avaient de la valeur à mes yeux et je n'avais pas su résister à son charme. Il me répondit par un « je peux comprendre ».
- Alors, enchainai-je. Comment as-tu su que quelqu'un était entré chez moi ?
- Oh ça…
D'un coup, j'eus l'impression d'avoir une statue de pierre à mes côtés. Il s'était figé, préparant sûrement une réponse satisfaisante. Je m'engageais à présent sur la voie rapide qui nous ramènerait à Forks dans un peu plus de vingt minutes.
- J'ai un don.
- J'avais deviné. Lequel ?
- Il est difficile de dévoiler autant sur moi, alors que je ne sais presque rien sur toi.
Je me tus de nouveau. Il pouvait bien utiliser son super pouvoir secret pour savoir ce qu'il voulait de moi, où était le problème ? Mais, je n'étais plus d'humeur aux sarcasmes. Je lui laissai le choix de continuer ou non cette conversation.
- Tu n'es pas très bavarde, soupira-t'-il.
- Que reproches-tu au silence ?
- Rien, lâcha-t'-il mi souriant, mi agacé. Si ce n'est que je n'y suis pas habitué, c'est tout.
Je crus discerner la même frustration que j'avais vue lors de notre première rencontre au lycée. Ce temps me paraissait très lointain. Nous arrivâmes enfin et je me garai dans le parking de ma résidence. Il regarda les alentours avec une telle indifférence que j'en fus gênée. Les environs n'étaient pas luxueux mais ce n'était pas mal. Après tout, ce n'était pas tout le monde qui pouvait s'offrir des villas colossales.
Une fois sur mon palier, il m'arrêta net.
- Il faudrait peut-être que j'y aille avant que tu n'entres, fit-il en tendant la main devant moi. De cette manière, je pourrai déceler plus efficacement son odeur.
A contrecœur, je lui remis les clés. Celui-ci s'empressa d'ouvrir ma porte et d'entrer. Je regrettai amèrement mes habitudes négligentes en me souvenant de l'état dans lequel j'avais laissé mon chez-moi. J'entendais ses pas souples et discrets, aller et venir entre mon séjour et le couloir menant à ma salle de bain. Il s'arrêta rapidement devant la porte de ma chambre sans y pénétrer et je l'en remerciai silencieusement. Il fit de même devant celle de la chambre de Bree et revint dans le séjour. Enfin, après deux secondes et demie d'inspection, il réapparut dans l'encadrement. Il tenait dans une main, le livre que l'intrus avait utilisé pour écrire son mot. Dans son autre main, le mot en question.
L'air grave, il s'effaça pour me laisser entrer et referma derrière moi. Je fis la lumière, plus par habitude que par nécessité. Ni lui ni moi n'en avions vraiment besoin.
- Qu'est-ce que cela veut dire : « comme tu es belle au soleil ? ». Il a osé t'écrire ça ?
- Il a dû me voir… J'étais allongée quand il est passé. Dans l'arrière-cour.
Je me sentis si bête tandis qu'il me vrillait encore plus intensément du regard. J'eus comme un soudain intérêt pour le rangement. Je ramassai deux CD déposés par Bree sur la table basse devant le canapé et un livre ouvert qui gisait par terre. Je marquais la page et le remis à sa place dans ma chambre.
- Et tu n'as rien vu venir ?
- Non, grognais-je. Enfin, si. J'ai senti une présence dans la forêt.
Bientôt, je n'eus plus grand chose à faire. Lui se tenait planté là, tenant le mot et mon livre du bout des doigts. J'allai dans le coin cuisine récupérer un sac plastique et je lui tendis. Il enfouit prestement le tout à l'intérieur puis le rangea dans sa veste.
- Bree n'est pas ici ?
- Non, elle habite temporairement avec Mike et Tyler, en attendant de connaître l'identité de l'intrus. Nous sommes persuadés qu'elle était la cible. Les nouveau-nés sont rares dans notre monde. Des clans seraient prêts à nous détruire entièrement pour l'avoir, elle.
- Pourtant, ce mot t'est adressé. Et Bree pense que tu es en danger.
- Comment peux-tu savoir ce qu'elle pense, au juste ? m'impatientai-je.
Je renonçai à cacher mon irritation. Même lui perdit de son assurance et recula de quelques pas face à moi. Tous ces mystères sur lui et sa famille finiraient par me rendre folle. Si Alice pouvait voir l'avenir, de quoi était-il capable ?
- Je cherche simplement à comprendre, reprit-il d'un ton diplomatique. Ce mot t'est adressé, uniquement. C'est un tes livres que l'intrus à utiliser. Tous les objets qu'il a touché t'appartiennent. Il y a une possibilité que cette personne ne soit pas intéressée par Bree.
Tandis que l'éclat doré de ses yeux me submergeait une nouvelle fois, la partie rationnelle de mon cerveau semblait trouver son explication plausible. Moi, immortelle depuis une vingtaine d'années environ, sachant me défendre et me battre seule. Si Edward avait raison, l'inconnu devait être beaucoup plus organisé et redoutable que nous le pensions.
- Est-ce que quelqu'un aurait des raisons de te vouloir du mal ?
Je pouffai de rire. Non, ma situation n'avait rien de drôle mais qui ne souhaitait pas ma peau, à vrai dire ?
- Hé bien, la vie de Phoenix n'est pas de tout repos, déclarai-je en haussant les épaules. Et la vie de chasseresse, encore moins. Je dois avoir quelques idées sur les motivations de certains. Mais, ça risque d'être assez long.
Il me donna le dos et alla s'asseoir sur mon canapé, l'air insondable. Il prit une inspiration profonde et inutile, avant de joindre ses grandes mains devant lui.
- J'ai toute l'éternité.
En un instant, j'avais déjà fait un inventaire de mes ennemis. Cela révélait peu pertinent. J'aurais aussitôt reconnu les traces des plus proches. Mais, si quelqu'un avait agi par l'intermédiaire d'un tiers pour ainsi brouiller les pistes ? En vérité, je n'avais aucune idée sur l'identité du suspect alors autant se focaliser sur les raisons qui aurait poussé un non-humain à venir chez moi.
- Edward, tu sais ce que je suis, n'est-ce pas ?
- Tu es une Phoenix, répondit-il lentement, sans comprendre le but de cette question. Et tu as un statut spécial, n'est-ce pas ? une chasseresse, destinée à tuer des vampires.
- Ce n'est pas faux. Mais, sais-tu ce que sont les chasseurs, par rapport aux autres Phoenix ?
« Lorsque nous naissons en tant que Phoenix, nous sommes vulnérables. Nous ne pouvons pas utiliser nos pouvoirs. Notre corps n'étant pas encore habitué à un tel afflux d'énergie, il bloque automatiquement toute tentative d'utilisation. C'est comme un réflexe de protection inné. Cela ne dure pas longtemps, heureusement. Un à deux ans. Peut-être trois, maximum. Durant ce temps, nous comptons exclusivement sur nos créateurs pour prendre soin de nous, pour nous cacher des autres, pour nous apprendre à nous maitriser et pour nous faire découvrir cette nouvelle vie que nous avons reçue. Une fois qu'un être est capable de maîtriser son potentiel, il peut décider de laisser son créateur, de prendre son indépendance et de parcourir le monde à sa guise. D'autres peuvent décider de rester avec lui et faire partie de son clan.»
La concentration et l'impatience qui émanaient d'Edward semblait similaire à ce qu'on pouvait ressentir quand un mystère allait enfin s'éclaircir. L'intensité de son regard me troublait. Assise à quelques centimètres de lui, j'avais replié mes jambes sous moi, afin d'être confortable. Cela allait être long.
- Et toi, tu es restée avec Mike.
- Oui mais, Mike n'est pas mon créateur, répliquais-je un peu trop vivement avant de continuer plus calmement. Celui qui m'a transformé se nommait Charlie, Charlie Swan. Mike était son ami et son frère. Ils voyageaient ensemble depuis longtemps et c'est lui qui m'a amené à Charlie, quand j'étais encore humaine.
- Où est-il, maintenant ? Je ne crois pas l'avoir rencontré avec vous…
- Nul ne le sait, murmurais-je simplement.
Je me surprenais toujours à regretter que les larmes soient exclusivement réservées aux humains. Comme j'aurai aimé en être capable, de temps en temps. J'aurai voulu avoir n'importe quel moyen pouvant diminuer la peine qui me pesait depuis dix-huit ans. Mais aussi douloureuse que puisse être mon affliction, elle devait être bien inférieure à ce que devait endurer Charlie depuis tant d'années. Où était-il retenu ? Etait-il toujours de ce monde ? Le reverrais-je un jour ?
« Il nous est défendu de transformer un humain qui n'aurait aucune sensibilité vis-à-vis de nous. Il doit obligatoirement avoir, ce que nous appelons, un septième sens ; c'est une sorte d'extra perception qui lui permettrait de différencier facilement un humain d'un non-humain, par exemple. Humaine, j'en étais capable. Quand je me suis réveillée en tant que Phoenix, une rumeur a circulé et les Gardiens ont douté de ma légitimité. Ils voulaient me rencontrer et me tester pour en avoir le cœur net. Même si cela signifiait m'exposer aux autres clans. Or, il est primordial qu'un nouveau-né reste caché pour éviter les kidnappings et les enrôlements de force par d'autres clans plus puissants.
Avec seulement Mike pour l'aider à me protéger, Charlie ne m'aurait jamais laissé prendre ce risque. Il a endossé la responsabilité même s'il était innocent. Depuis, Mike et moi sommes restés ensemble et nous ne l'avons plus jamais revu. »
- Je suis désolé.
Sa sincérité me toucha et me réconforta quelque peu. Il était agréable de lui parler.
- C'est Mike qui a fait de toi, une Chasseresse ?
- Non, répétai-je. Après mes deux jours de transformation, je me suis réveillée avec… ça.
Je tournai mon buste suffisamment pour qu'il puisse voir le symbole noir au bas de mon dos, à la base de ma colonne vertébrale. Une bouffée de chaleur monta en moi alors qu'il détaillait les deux petites courbes symétriques, formant une sorte de « v » calligraphié. En leur milieu, un simple point noir.
Je réprimai un sursaut, comme si un courant électrique m'avait traversé. Je ne m'étais pas attendu au contact glacé d'un de ses doigts.
- Désolé, répéta-t'-il.
Je lui refis face, faisant mon maximum pour maitriser ma voix.
- C'est à cela qu'on reconnait un Chasseur. En fonction de la personne, la marque peut apparaître n'importe où et prendre n'importe quelle forme.
- Les autres Phoenix ont aussi une marque ?
- Non, répondis-je. Nous sommes les seuls. Nous sommes « les marqués », « les maudits » ; de vulgaires tueurs sans âme. Notre propre race nous craint et nous déteste.
Je soupirai, esquissant un sourire las, et posai ma tête sur le canapé. Je ne le lâchai pas du regard, souhaitant connaître chacune de ses pensées grâce à ses réactions. Peu à peu, le vampire taciturne et dépressif laissait son impatience le gagner et modifier ses traits. Son intérêt grandissant pour notre monde me flattait quelque peu. Sous ses sourcils froncés, ses prunelles brûlaient de désir de connaissances.
- Pour quelle raison ?
- Il y a quatre statuts bien distincts chez nous. Les Veilleurs sont impressionnants par leurs capacités de guérison, mais leurs attaques sont limitées. Les Combattants, comme leur nom l'indique, sont des bagarreurs et des stratèges. Grace à leur pouvoirs offensifs et à leurs armes, ils sont respectés par les autres de notre race, et surtout par les Gardiens.
- Les Gardiens…
- C'est un groupe qui rassemble les plus puissants, peu importe leur classe. Ils sont chargés d'assurer notre sécurité et de châtier ceux qui n'obéissent pas aux règles. Ils ont à peu près le même rôle que jouent les Volturi dans votre monde. Et enfin…
- Enfin, on en arrive à toi, finit Edward en se redressant.
- Les Chasseurs sont des Combattants aussi. Plus furtifs, cependant. Nous ne cherchons pas la bagarre, ni la gloire du combat. Nous sommes des tueurs, en théorie. Notre seul but est d'atteindre notre cible. Et de survivre par tous les moyens possibles… Nous sommes extrêmement difficiles à tuer puisque nos méthodes pour subvenir à nos besoins sont variées… et déplaisent à beaucoup d'entre nous.
Une totale incompréhension avait pris possession du visage parfait d'Edward.
- Je me nourris d'auras, l'énergie vitale qui entoure tout être se mouvant sur Terre, tout ce qui a une âme. Elle peut être humaine ou bien provenir d'un immortel. De n'importe quel immortel.
- De n'importe quel immortel ? Des vampires…
- Oui, des vampires, mais aussi d'autres Phoenix, répondis-je en l'observant toujours. Voilà pourquoi nous sommes craints.
Il s'était figé, le regard perdu dans le vide. Je m'empressai de préciser :
- Je n'ai jamais touché à un autre individu de mon espèce. Et je ne le ferai probablement jamais. Celle des humains est trop beaucoup faible pour nous être attrayante. Mais, lorsqu'un humain devient immortel, celle-ci est amplifiée et devient démesurée. Tristement, certains Chasseurs n'ont pas hésité à attaquer des Veilleurs ou des Combattants. J'ignore encore la raison. Cependant, ces accidents ont été assez rares dans notre histoire, le dernier cas remonterait à cent ans plus tôt ; Et pourtant, c'est bien de là que nous vient notre mauvaise réputation. On nous voit comme de potentiels prédateurs pour nos propres confrères ; des voleurs d'âmes.
Toujours pas de réponse. L'avais-je choqué avec mes révélations ? Pourtant, je connaissais aussi le monde des vampires, un univers pouvant être aussi cruel que le nôtre.
- Je préfère l'énergie naturelle, repris-je espérant une réaction de sa part. Elle est plus saine, à mon avis. La source diffère en fonction de l'individu et de ses pouvoirs. Ceux maitrisant l'eau aimeront peut-être avoir l'océan à proximité pour se ressourcer. D'autres maitrisant le vent vivront certainement dans les hauteurs et dans un endroit venteux...
- Et toi, tu ne maîtrises rien ?
Sa voix semblait morte. Il était redevenu le vampire qui avait toute la peine et la consternation du monde sur ses épaules.
Pour toute réponse, je lui montrai une bougie parfumée sur une de mes étagères, situées juste en face du canapé où nous étions. Il ne sursauta pas mais resta un long moment interdit lorsque la mèche s'enflamma brusquement devant lui. Enfin, la stupéfaction s'empara de lui, accentuant le côté juvénile de son visage mi-adulte, mi-enfant. Il fixa encore et encore la petite flamme apparaître, disparaître puis réapparaître, et enfin changer de couleur.
Néanmoins, la confusion et l'inquiétude vinrent bientôt (bien trop tôt) reprendre leur place, le faisant vieillir de plusieurs années en à peine quelques secondes.
- Les maîtres du feu aiment les endroits ensoleillés. Ce sont les rayons solaires qui sont ma principale source de nourriture.
- Tu dois vraiment te plaire ici, fit-il remarquer.
- En effet, admis-je en riant. Forks n'est pas le plus meilleur endroit pour vivre, je te l'accorde. Mais, c'est justement le meilleur endroit pour s'y cacher.
- C'était le meilleur endroit, répliqua-t'-il tel un automate. Plus maintenant. Un de ces Gardiens est peut-être venu ici, pour toi…
Un Gardien serait venu et m'aurait laissé un mot, avant de repartir ? Peu probable. Mais, à part eux, qui d'autre me voudrait du mal ?
- Les Gardiens ont souhaité pendant longtemps nous voir disparaître mais ils tolèrent beaucoup plus notre présence, dernièrement.
- Vraiment ?
Ce n'était plus la curiosité qui le poussait à me demander plus de détails. J'avais l'impression que c'était juste par politesse.
- Depuis un siècle environ, les rixes entre vampires et Phoenix ont augmenté. Considérablement. De plus en plus des nôtres se faisaient massacrer, sans que les responsables ne puissent être retrouvés et être châtiés. Les Gardiens ont découvert que… les Chasseurs préféraient largement l'aura des vampires à celui d'autres Phoenix.
Je sentis la fine chaleur qui s'était installée entre nous voler en éclat. Avec regret, je l'observai outrepasser son choc et accentuer son expression froide et distante.
- C'est bon ! fit-il brusquement. Ça suffit maintenant ! Tu espères vraiment me faire croire ça ?
Je m'arrêtai, le laissant digérer ce qu'il venait d'entendre et maitriser sa rage. Un temps, je décelai de l'incrédulité, tandis qu'il secouait la tête de gauche à droite. Il murmura si bas que je ne fus pas sûre d'avoir compris.
« Une aura ? Une âme… chez des vampires ? ». Il se tourna de nouveau vers moi. Ignorant que faire d'autre, j'acquiesçai. Edward était vraiment étrange. Parmi tout ce que je venais de dire, la seule information qu'il retenait était l'aura des vampires ! Oui, les vampires avaient une aura, et alors ? Sans cette fine couche d'énergie qui l'entourait, il n'existerait pas. Il ne pourrait ni se mouvoir, ni parler et encore moins réfléchir. Il n'aurait plus aucune conscience.
Il se figea quelques secondes supplémentaires avant de pointer un doigt accusateur vers moi.
- C'est complètement ridicule !
- Qu'est-ce qui est ridicule, osai-je prudemment.
- Toute ton histoire ! Comment pourrais-tu chasser ce qui n'existe pas chez nous ?
Il avait bondit en un éclair et entamait à présent les cent pas devant moi. Il ne riait plus.
- Comment pourrions-nous avoir une quelconque énergie vitale en nous ? Nous sommes morts !
- Pourrais-tu… parler moins fort ?
De l'autre côté du mûr, j'entendis les ronflements de ma voisine cesser puis reprendre. Toutefois, mon invité n'en avait rien à faire. Une main accrochée à ses cheveux, il semblait perdu dans le vide, comme s'il essayait de se faire à une vérité qui contredisait toutes ses croyances.
Âme, aura ou énergie vitale. Pour moi, c'était la même chose : lorsque la totalité en était consommée, l'être ne se relevait pas. A ce moment, je le considérais comme définitivement mort.
Or, le fait que nous interagissions, Edward et moi, prouvait qu'il devait y avoir un état, autre que la vie et la mort… Un état « immortel », situé entre les deux, peut-être ?
- As-tu envie de me tuer, en ce moment ?
D'un coup, il s'arrêta et se tourna vers moi, furieux. Sans réfléchir, je hochai la tête, brièvement.
- Je veux dire, non !
Il émit un rire bref et amer. Mon désarroi devait être risible, après tout. Ou bien, peut-être perdait-il la tête ? Les vampires pouvaient-ils perdre la tête ?
- Je sais me contrôler, Edward. Une qualité qui n'est certes, pas donnée à tout le monde.
Satisfaite, je le vis couper court à ses moqueries. Je n'oubliais pas l'embarras qui s'était emparé de lui quand Jane avait osé souligner son manque de contrôle à mon égard. Et ce, devant toute sa famille. C'était sans aucun doute un sujet très sensible pour lui. Sûrement aurais-je dû être plus compatissante envers lui.
Au diable, la compassion...
- Tu as autre chose à raconter, demanda-t'-il sèchement.
- Il n'y a rien de plus à dire, répliquai-je sur le même ton. Je ne pense pas être la cible principale de l'intrus. C'est Bree le nouveau-né qui doit être protégé. Toutefois, si c'est moi qu'on recherche, l'intrus devait être soit un des Gardiens, ou bien un de leurs nombreux espions envoyés pour me capturer.
Si tel était le cas, il fallait savoir dans quel but : était-ce parce qu'ils avaient repris la traque des Chasseurs, car nous devenions trop nombreux ? Comme la dernière fois, à Lima en Amérique du Sud ? Ou étais-je la seule visée ? Un Combattant avait-il été engagé dans le but de me ramener aux Gardiens afin de me juger ?
- Et si c'était le cas, continua Edward en me prouvant que j'avais raisonné tout haut. S'ils te voyaient telle que tu es, tu pourrais ramener ton créateur ?
- Mike en doute. D'après lui, il s'agit d'un complot et me livrer à eux n'arrangera rien. Au contraire, ils finiront par me tuer et Charlie aussi… Si ce n'est pas déjà fait.
Je sentis ma gorge se serrer, douloureusement. Là sur l'étagère en face de nous, il y avait tous mes effets personnels, des souvenirs ramenés de pays étrangers, des photos de ma famille. Mais, rien qui n'était lié à Charlie. Il n'apparaissait sur aucune photo, si bien qu'on pourrait douter de son existence. La seule preuve que j'avais de lui, c'était moi-même. Alors que j'étais proche de la mort, des années auparavant, il s'était présenté à moi en rêve, et m'avait demandé de le suivre dans une nouvelle vie totalement différente de celle que j'avais vécue avant.
Le siège à côté de moi, s'affaissa de nouveau. Il émanait toujours de mon invité une agitation qu'il parvenait néanmoins à mieux maîtriser. Il semblait si inquiet, lorsqu'il se tourna vers moi. Le mélange de choc, de colère, de tristesse e de désespoir que je lisais dans son regard fit disparaître ma colère. J'ignorais ce qui le choquait tant dans cette histoire d'âme chez les vampires, mais je revins au sujet principal qui le concernait. Je me fis rassurante.
- Le plus important à savoir concernant les Gardiens et les autres classes de Phoenix, c'est qu'ils ont horreur des vampires. Beaucoup en ont peur. Ils prendront leurs distances avec un groupe aussi nombreux et civilisé que celui de ta famille.
Moi, qui pensais alléger quelque peu l'atmosphère, j'en fus déçue. Un instant passa durant lequel il resta immobile, et moi de même. Rien à part les bruits de la nuit ne venait troubler ce silence lourd en révélations.
« Nous sommes dotés… d'une aura. Comme les humains ?… »
Tandis que lui devait se perdre en réflexions philosophiques et complétement abstraites sur le statut des vampires, je remarquais à quel point, une fois encore, je me rapprochais un peu plus de la mort. Cette vieille amie aimait jouer au chat et à la souris avec moi depuis mes années humaines, à telle point que même mon statut d'immortelle ne pouvait l'arrêter. D'ailleurs, je trouvais ce qualificatif déplacé. Même si le temps n'opérait aucun changement sur nous, physiquement du moins, qui pouvait réellement se prétendre immortel ?
Nous restâmes assis là, longtemps. Dans le silence. Ni lui, ni moi ne souhaitions troubler cette agréable tranquillité : elle pouvait bien être la dernière en ce qui me concernait. Etrangement, mon assurance sur le faible risque que courrait sa famille ne l'avait pas déridé. Renfrogné, il continuait à fixer le sol, en pleine discussion avec lui-même. La teinte de ses cheveux variaient lentement, passant d'un auburn sombre à une couleur plus chatoyante. Sa peau aussi s'illuminait sous l'effet d'un rare rayon de soleil qui pénétrait l'appartement.
C'était bel et bien un ciel moins couvert que d'habitude qui se dessinait au-delà de ma fenêtre. Je me sentais déjà plus légère à l'idée d'une autre journée ensoleillée.
- J'attirerais sans doute moins l'attention en restant dans la forêt, chuchota Edward si bas que je ne fus pas sûre d'entendre.
- Ne sois pas idiot, répondis-je en prenant conscience de son problème. Je te ramènerai chez toi.
- Il n'y a pas de temps à perdre dans ce cas.
Il se leva et me donna le dos. Je fis de même et allai chercher mes clés de voiture. Je m'arrêtai d'un coup devant mon armoire, ayant sûrement à l'intérieur quelque chose qui pourrait peut-être le couvrir. Lorsque je revins avec mon vêtement, il était face à ma porte-fenêtre, mélancolique une fois encore. Son pull beige moulait son buste de façon exquise et révélait par devant le haut de son torse par une forme en V. Le pantalon noir qu'il portait tombait droit sur des chaussures noires en cuir, soigneusement lacées, et masquait complètement ses jambes. A présent que je n'étais plus captivée par les expressions changeantes de son visage, je me rendais compte de la valeur de ce qu'il portait. Ce pull et ce pantalon, sans parler des chaussures, devaient valoir plus que la caution de mon appartement.
- Tu as fini ?
Surpris, mon cœur rata un battement. Il se retourna et vint vers moi, arquant un sourcil en remarquant ce que je tenais. Je me contentai de déplier et de lui montrer mon sweat à capuche surdimensionné. D'habitude, il me cachait complètement, jusqu'au ras du genou. Cela devrait amplement suffire à masquer sa tête et son cou du soleil. Mais, il considéra si longtemps mon linge que je crus qu'il refuserait. La différence de qualité entre ses habits et les miens me sautaient d'autant plus aux yeux. Je crus étouffer de honte. Toutefois, il dézippa mon sweat et l'enfila prestement, sans mot dire.
La descente fut tout aussi silencieuse. Devant moi, il se mouvait en donnant à mon habit une grâce et une classe que je ne lui connaissais pas. Déjà à fleur de peau par son attitude, je me laissai submerger par l'agacement. La notion de ridicule n'existait-elle donc pas chez les Cullen ! Autant s'y faire, me dis-je désespérément en observant sa démarche souple. Il descendit avec grâce cinq autres marches avant de rabattre d'un geste souple ma capuche sur sa tête. Plus bas, j'entendis un rythme cardiaque lourd et le chuintement régulier, caractéristique d'un balai qu'on passait.
James s'arrêta dans son activité et observa d'abord Edward. Mais aucune partie de son apparence ne lui était identifiable sous mon sweat, il se tourna alors vers moi, l'air mauvais. L'ignorant, je continuai mon chemin, sentant son regard gênant jusqu'à ce que je referme la porte d'entrée avec soulagement. Nous parcourûmes la cinquantaine de mètres nous séparant de ma voiture à vitesse humaine, par sécurité. Nous fûmes accueillis par un ciel bleu dégagé et par une fraiche brise matinale. Je lui déverrouillai ma voiture et Edward s'y engouffra côté passager. La main sur la portière, je stoppai net, me sentant de nouveau observée. Automatiquement, ma vision se fit plus précise sur la résidence que nous venions de quitter, sur une fenêtre située au-dessus de la mienne.
Zut…
- Des problèmes, me demanda-t'-il lorsque je me glissai à mon tour dans l'habitacle.
- On peut dire ça.
Il s'attendait peut-être à ce que je développe mais je n'en fis rien. Un grondement agacé me répondit. Lui aussi, l'avait probablement repérée. Je démarrai et sortis du parking, laissant Jane se fabriquer sa propre explication après avoir vu Edward sortir de chez moi, au petit matin. Oh… Pouvait-elle vraiment imaginer que… ?
- Qu'est-ce qui te fait rire, encore ?
- Rien.
Alors, ce long chapitre vous a plu?
Jacob fera probablement partie de l'histoire dans le prochain chapitre.
