9) Sale Caractère
Un nouveau jour dans la ville encore endormie de Forks. Mais, celui-ci était étincelant, littéralement. Les traces de la dernière averse étaient présentes et nous passions dans les rues inondées par les éclats du soleil. J'étais confuse et indécise. Je me divisais entre souhaitant profiter de ce beau spectacle en silence ou en écoutant la voix de velours de mon passager.
- De mon temps, toutes les jeunes filles savaient entamer et entretenir la conversation. Cela me manque énormément dans ce siècle. A croire qu'avec toutes ces nouvelles technologies, la conversation est devenue un luxe que plus personne ne peut s'offrir. Je n'ai rien contre l'évolution de la communication bien sûr, ni contre l'usage du langage « SMS » comme on dit. Cependant, je ne peux m'empêcher de considérer leurs conséquences sur la discussion comme étant plus que catastrophiques.
- Ok.
Je n'avais rien non plus contre les langages SMS. « Ok », c'était simple et rapide, sans s'encombrer d'autres paroles inutiles. Mais, ses traits prirent une telle expression que j'eus énormément de mal à afficher un air impassible. Peut-être aurait-il grogné si j'avais ouvertement éclaté de rire face à lui.
Méchante, Bella. Méchante…
C'était ma petite revanche après m'être laissée embarrassée si facilement par lui. Involontairement, j'accordais trop d'importance à ce qu'il pouvait penser, à ce qu'il pouvait ressentir surtout vis-à-vis de moi. Or, je ne cherchais pas à lui plaire, loin de là. Je supposais que c'était normal, après tout. Toute personne après avoir eu un aperçu de la colossale villa des Cullen, serait même légèrement gênée si l'un d'entre eux venait dans son modeste appartement. Cette personne serait tout aussi troublée si elle devait dépanner d'un sweat un peu élimé, quelqu'un habitué à la haute couture.
D'un autre côté, Je peinais à l'imaginer aussi prétentieux. Après tout, son hésitation tenait peut-être du fait que j'étais son ennemie, plutôt que de la valeur des choses qui m'entouraient.
Oui, surement.
Grrr…. Encore une fois, pourquoi devrais-je me casser la tête sur ce que devait ou non penser Edward Cullen de moi ?
- Je vais où maintenant ? demandai-je arrivée à un feu rouge.
- Tu prends à droite, et tu continues jusqu'à la sortie de la ville. C'est plus court, par là.
- Ok.
- Pff…Ok, fustigea-t'-il. Est-ce l'unique mot de ton vocabulaire ?
- D'où te vient ta soudaine envie de converser ? Je pensais plutôt que tu désirais mettre le plus de distance possible entre nous.
- La conversation est une activité sociale que j'ai toujours appréciée, et ce, depuis mes années en tant qu'humain. A présent, je la considère toujours aussi plaisante puisqu'elle permet de me focaliser sur autre chose que l'appel de ton sang.
- Oh !
Idiote… Lui, devait constamment se retenir. Encore une fois, ce vampire souffrait pour mon bien-être alors que je ne cherchais qu'à l'agacer. Je me creusai la tête, non pas pour trouver des sujets de discussion. Car, bien malgré moi, la vie de ces vampires végétariens m'intriguait. Sa vie m'intriguait. Mais pour l'instant, je cherchais une manière non intrusive de les lancer. Au feu vert, j'avançai dans la direction donnée.
- Quand es-tu né ?
- Je suis né le 20 juin 1901, dans une famille aisée de Chicago. Surprise ?
- Non, admis-je. Cela explique tes manières d'un autre temps.
- Je suis très attaché à l'éducation que j'ai reçue. Mon père, avocat, était constamment hors de la maison. Donc, quand je n'étais pas aux études, je passais la plupart du temps avec ma mère, qui m'a élevé et enseigné comment agir en société. Lorsque des années après, j'ai connu Esmé, elle a continué ce travail. Même si je suis théoriquement plus âgé qu'elle, je la considère comme ma seconde mère. Cette éducation « d'un autre temps » comme tu dis, c'est comme un hommage que je leur rends. Traverser les années en tant qu'immortel n'y a rien changé.
- Je vois, répondis-je attendrie malgré moi. Comment es-tu devenu un vampire ? Et comment as-tu connu le Docteur Cullen ?
Il se figea telle une statue de granit, le visage dur et je regrettai aussitôt mes dernières questions. Le sujet de la perte de son humanité devait être trop sensible.
« Nous luttons contre une nature qui nous dégoute. Aucun de nous n'a souhaité cette existence… ». Ces paroles, marquées par le désespoir et la tristesse firent douloureusement écho dans un coin de mon esprit. Je me sentis mal.
- Une autre, se contenta-t'-il de dire. Je n'ai pas envie de répondre à celle-là.
- Rien ne t'y oblige, tu sais...
- Je sais. Une autre.
- D'accord. Alors, comment as-tu su que quelqu'un était entré chez moi ?
Un sourire en coin cassa son masque d'amertume tandis qu'il réfléchissait à sa réponse.
- Comment as-tu convaincu Bree pour qu'elle te le dise ?
- Bree n'a rien dit du tout, déclara-t'-il. Elle n'y est pour rien. Il se trouve que... Elle y pensait en cours d'histoire.
Agacée par le silence qui suivit, je me tournai donc vers lui, sans comprendre. Lui, évitait mon regard et fixait droit devant lui. Je n'eus pas de mal à rouler pendant deux ou trois minutes sans vraiment regarder la route, lorsqu'enfin, il soupira et pencha la tête vers moi.
- Tu sais que certains d'entre nous possèdent des capacités surnaturelles ? Des dons ?
- Mouais…, répondis-je, méfiante.
- Le mien consiste à « entendre » ce que les autres pensent. Hmm… Que fais-tu ?
Sans m'en rendre compte, j'avais ralenti l'allure jusqu'à m'arrêter en plein milieu de la route. Je tentai de ne pas briser le volant de mes mains. Quoique, mieux valait le volant que son cou… N'est-ce pas ?
- Qu'est-ce que tu viens de dire ? articulai-je, la bouche sèche.
- Oui, ça surprend un peu, pas vrai ?
- Un peu ?!
- Tout d'abord, répliqua-t'-il sur la défensive, ce n'est pas un don que je peux contrôler. Je ne peux pas décider d'écouter cinq minutes puis décider d'arrêter à ma guise. Ce n'est pas comme une radio qu'on déciderait d'éteindre et d'allumer.
Si je savais transpirer, des sueurs froides couleraient le long de ma nuque. Mon rythme cardiaque s'intensifiait quand je repensais à tout ce qui m'était passé par la tête en sa présence. A ma plus grande honte, je me rendis compte que je l'avais détaillé physiquement à plusieurs reprises. Je m'étais rendue compte à quel point il était… Beau ? Non, pas juste beau, mais à tomber. Magnifique. Et une fois qu'on le connaissait mieux, qu'on prenait en compte sa personnalité, ses craintes et ses problèmes de conscience qui le rendait encore plus humain que certains hommes ou femmes de ce monde, il était quasiment impossible de résister à l'attraction d'Edward.
Zut ! Avait-il entendu ça aussi ?
J'eus envie de crier. Je voulais que mon siège, puis le sol m'aspirent et me fassent disparaître toujours plus bas dans les abysses. J'étais humiliée. Pourtant, mes états d'âme ne semblaient pas le déranger outre mesure. Etait-il si habitué à ce genre de pensées à son égard de la part des femmes qu'il croisait, qu'il en était à présent complètement indifférent ? Ce manque d'empathie contrastait durement avec ce que je connaissais de lui.
- Carlisle pense qu'on emmène dans notre immortalité, les traits les plus forts de notre personnalité, et qu'ils s'amplifient considérablement. D'après lui, j'avais dû être très sensible aux autres, constamment à leur écoute. A présent, j'ai droit à plus d'informations que je n'aimerais en avoir. (Il grimaça) Bien que ma famille me soit chère, rester avec eux est assez compliqué, parfois. Chaque personne a besoin d'intimité, surtout les couples. Et je ne peux la leur offrir qu'en quittant la maison quelques heures. Ah…
Une main couvrit son visage, sans pouvoir cacher son sourire embarrassé. Enfin, elle remonta, glissant entre ses mèches cuivre.
- Cependant, reprit-il plus sérieusement. Avec Alice, je suis l'une des meilleures armes que nous ayons à disposition en cas d'agressions venant de l'extérieur. C'est un don et un fardeau, à la fois.
- … Je n'en doute pas, fis-je, tout bas.
Il y eut un silence, durant lequel il dut prendre conscience de mon agitation. Mortifiée, je baissai la tête, utilisant mes cheveux comme un rideau entre lui et moi. J'attendais. Des moqueries, peut-être. Une confirmation à mes craintes. Des excuses…
- Et toi, tu es… unique, continua-t'-il sèchement. Il me semble. De toute mon existence, je n'avais jamais rencontré quelqu'un capable de bloquer mon pouvoir. Je ne croyais pas cela possible. Je suis revenu plusieurs fois te voir dans ce parking. D'ailleurs, j'espère que tu me pardonneras de t'avoir importuné ainsi, j'étais juste… curieux. S'il m'était possible de dormir, tu m'aurais flanqué des nuits entières d'insomnie. Je n'arrivais pas à comprendre, Carlisle, non plus. Personne n'était capable de me fournir une explication hypothétique et rationnelle.
Ces derniers mots prononcés tournèrent en boucle dans ma tête, sans que je ne les comprenne. Jusqu'au déclic.
- Je bloque ton pouvoir ? Pourquoi?
- Ça, j'aimerais bien le savoir...
Je sentis alors un immense poids disparaître de ma poitrine, en réalisant ce que je venais d'entendre. Je respirais de nouveau normalement, mais mon immense soulagement n'effaça pas ma honte.
- Tu sembles aller mieux, remarqua-t'-il durement.
- Évidemment !
J'eus de nouveau droit à ce regard concentré et frustré qu'il me réservait le plus souvent. A présent que je connaissais son origine, je sentis bien malgré moi mes lèvres s'étirer, en un pauvre sourire.
- Tu pourrais avancer, s'il te plait ? Les gens ne vont plus tarder à envahir cet endroit.
- Quoi ? Ah,… Oui.
Le temps se faisait plus clair et nous commencions à croiser quelques voitures. Je reçus même des coups de klaxon agacés. Nous continuâmes en silence le reste du chemin. La sortie Est de la ville donnait sur un long chemin sinueux qui s'enfonçait dans la verdure. Bien qu'encore chamboulée par mes récentes découvertes, je réussis tout de même garder une allure supérieure à soixante-dix kilomètre/heure. Mais, ce n'était toujours pas assez rapide pour lui, qui au bout d'un moment montra son agacement.
- Pff, est-ce que tu roules tout le temps à cette vitesse ?
- Aurais-tu un rendez-vous urgent dont je n'aurais pas connaissance ? raillai-je. Auquel cas, tu peux toujours sortir de la voiture et courir. Après tout, il n'y a plus aucun humain, ici. Tu n'as plus rien à craindre.
Il leva les yeux au ciel et pour une raison inconnue, resta avec moi. Au bout d'un moment, l'endroit me redevint familier et je revis le chemin de terre qu'Alice avait pris avec moi pour quitter la nationale et s'engager chez les Cullen. Une centaine de mètres plus loin, la mer de verdure devant leur maison m'apparut.
- Je comprends mieux d'où te venait toute cette aversion à mon encontre, conclus-je en stoppant la voiture. Et moi, qui pensais que tu ne m'appréciait pas.
- Pourquoi devrais-je t'apprécier au juste, demanda-il d'un ton plus tranchant que d'habitude. Tu restes un des pires danger pour nous, tous.
Je l'observai enlever prestement mon sweat, comme s'il semblait pressé de partir. Pressé de me fuir. S'il m'avait attaqué puis mordu, peut-être aurais-je eu moins mal…
- Tu viens de passer toute une nuit chez moi, sain et sauf... Et tu me considères encore comme un danger ?
- Je viens de te le dire. Tu es une faille dans notre système de sécurité. Je voulais juste savoir comment tu t'y prenais pour me bloquer, en passant plus de temps avec toi. En vain. (Il grogna) Enfin, je suis au moins certain que tu ne souhaites aucun mal à notre famille. C'est ce qui importe le plus, j'imagine.
Et j'avais finalement ma réponse. L'autre soir, dans le parking de l'hôpital, il n'était pas simplement venu s'excuser de son attitude. Mais, aussi pour percer le mystère entourant mes pensées silencieuses. Pareil pour hier soir : il avait insisté pour venir chez moi, humer l'odeur de l'étranger et il en avait profité pour mener sa petite enquête. Voilà pourquoi il avait semblé si intéressé par mon histoire, quelques heures plus tôt. Non pas parce qu'il s'intéressait un tant soit peu à moi, mais simplement pour lui-même. Du moins, pour protéger sa famille, comme il le disait.
- Une faille pour votre système de sécurité ? Ou bien, une faille pour ton égo surdimensionné ?
Un grondement rageur me répondit avant que je n'entende la portière côté passager s'ouvrir puis claquer. Je ne m'étais jamais sentie aussi bête, ni trahie à ce point. Quoique...
- Ça explique…tout, admis-je, lentement.
Mais, à quoi je m'attendais, au juste ?
Il se pencha à la fenêtre, une dernière fois.
- Carlisle te le rendra dès qu'il te verra à l'hôpital, dit-il en me montrant le sac en plastique contenant mon livre. Ça te convient ?
- ...Comme tu veux.
Sur le siège passager où s'était trouvé Edward, reposait à présent le carré soigneusement plié de mon sweat. A allure humaine, il traversa la pelouse en direction de sa maison, sans un regard en arrière. Alors, je fis de même. J'essayai, du moins.
- Edward, criai-je.
- Quoi, dit-il en se retournant.
Qu'avais-je envie de lui dire, déjà ?
Pauvre con !
... A part des insultes qui auraient réduis ma fierté à néant ?
Je braquai le volant, et fis demi-tour brusquement, le pied enfoncé sur l'accélérateur avant de reprendre le chemin en sens inverse. Son air, à moitié ébahi, à moitié furieux, me redonna à peine l'envie de sourire. J'enregistrai une dernière image de lui, ses beaux habits et ses cheveux trempés, éclaboussés de boue.
Pourvu qu'Emmett se fiche de lui.
J'enchaînai ce début de matinée éprouvant avec une autre journée de travail. Dès que j'arrivai à mon poste, je reçu sans surprise un appel du Docteur Cullen confirmant son absence pour cette journée ensoleillée et le retour à son poste à 18h30. Il serait de garde aujourd'hui, et pour tout le reste de la semaine. Je m'en voulus de ne pas mieux profiter de mon espace, libre de tout suceur de sang. Même les effets agréables du soleil sur ma peau n'y firent rien. La journée se contenta de passer, et je pensais me laisser aller avec elle, jusqu'au soir.
Le temps égayait certains de nos patients, lesquels souhaitaient en profiter pour se promener à l'extérieur. Les médecins insistèrent pour qu'ils soient encadrés par un moins un membre du personnel soignant. Une fois la paperasse terminée, j'allai accompagner la famille Clearwater, à l'arrière de l'hôpital. Seth, le grand gaillard dont s'occupait le Docteur Cullen, était content de revoir sa mère et sa sœur. C'étaient des amérindiens, habitant une réserve du nom de La Push, à plusieurs kilomètres d'ici. Mais, Port Angeles étant le plus proche endroit ayant un établissement hospitalier qui pouvait prendre soin des blessures de Seth, leurs visites étaient donc irrégulières. L'air frais lui fit du bien à ce que je constatais. Une très mauvaise chute à moto avait coincé cet adolescent de seize ans dans un fauteuil roulant pour la vie. Je fus admirative devant ses sourires francs, ses blagues stupides mais marrantes et son moral en acier trempé. Il m'aida à penser à autre chose qu'à un certain vampire idiot, et sa bonne humeur eut bientôt le dessus sur ma morosité.
Bientôt, sa mère et sa sœur durent partir, me laissant pousser son fauteuil jusqu'à sa chambre. Il commençait à se faire tard.
- Bella, me fit-il suppliant. S'il te plait, tu veux bien qu'on reste encore un peu ? Des amis doivent venir me voir.
- Il commence à faire nuit, Seth. Ils viendront sûrement un autre jour. De plus, le Docteur Cullen va sûrement me…
D'un coup, il se retourna et me lança son regard de chien battu. Le genre d'expression à faire fondre un marshmallow. Je soupirai. C'était vraiment un enfant dans un corps d'homme. Mais, un enfant auquel je ne pouvais pas résister et il le savait bien.
- D'accord, d'accord ! J'attendrai tes amis à l'entrée et je les ferai monter discrètement dans ta chambre. Ça te va ?
Enfin, son visage rayonna de nouveau, pendant que nous rentrions dans l'établissement. Tandis que nous étions dans l'ascenseur, j'envisageai la possibilité de lui rendre l'usage de ses jambes. Il n'y avait rien de compliqué à réparer une colonne vertébrale. Il me suffirait d'une seconde… Allais-je vraiment transgresser une des lois des Gardiens, alors que j'étais déjà recherchée ? J'entendais déjà la voix de Mike dans un coin de ma tête : « On ne se mêle pas aux humains, Bella ! Tu cherches vraiment à te faire repérer ? ». Je soupirai, agacée. Ce jeune garçon n'avait rien à faire dans un fauteuil roulant ! « C'est la vie » me répondit sa voix.
Les portes s'ouvrirent et au moment où nous tournions dans son couloir, nous fûmes accueillis par des exclamations surexcitées.
- Seth ! Vieux !
- Hey, Mec ! Désolé du retard !
- On a fait aussi vite qu'on a pu !
- Chhhttt, fis-je.
Les trois gaillards qui attendaient à l'entrée de sa porte se turent, embarrassés par leur tapage et me firent des signes d'excuses. Ils étaient grands et baraqués mais la façon dont ils se courbaient, les mains devant la bouche, effrayés d'avoir été trop indiscrets me fit pouffer de rire. Je continuai à pousser Seth dans sa chambre, afin qu'ils soient tranquilles et je me reculai.
- Attends, Bella, fit Seth tout sourire. Je te présente Quil et Embry, mes cousins.
Il me montra les deux hommes aux cheveux courts. Ils semblaient tellement plus âgés que Seth. Quil dépassait Embry d'une tête, et me salua de la tête tandis que son cousin me fit un signe de la main. Quant à l'autre que je ne connaissais pas encore, il me regardait de haut en bas, les lèvres entr'ouvertes. Tous trois étaient faiblement vêtus pour la saison: des vestes légères, en t-shirts fins ou en débardeurs, le tout accompagnés de shorts en jean et de baskets. Ils sentaient aussi très bons, pas autant que les vampires, mais l'énergie qui se dégageait d'eux ne pouvait être ignorée.
- Et voilà Jake… Enfin, Jacob, mais tout le monde l'appelle Jake. C'est mon meilleur pote.
- Enchanté, Bella, fit Jacob en me tendant la main.
- Moi aussi, répondis-je en la lui serrant.
- Dis donc, Seth, dit Embry. Tu nous avais caché que les infirmières ici étaient aussi jolies.
- Oh, je sens que je vais tomber malade souvent, rajouta Quil, une main sur le front. D'ailleurs, je commence à me sentir mal. J'ai dû attraper quelque chose. Bella, tu veux bien voir ce que j'ai ?
- Arrêtez les gars ! C'est quoi votre problème ?
Seth, embarrassé, ne put s'empêcher de se joindre à l'hilarité générale. Moi non plus, d'ailleurs. L'ambiance était bon enfant. La présence de ces types était si chaleureuse, que je restai un moment avec eux. Le temps passa vite et Jacob entretenait la conversation avec moi. Je lui sortais les mensonges que j'avais appris : « J'ai vingt-quatre ans. Je travaille ici et je m'occupe, en même temps, de ma sœur adoptive. Mes parents sont morts… Un accident de voiture.» Etc… Etc…. Il semblait ravi et sous le charme, ce que les deux autres firent remarquer.
- Hey Jake, tu pourrais nous laisser faire un peu connaissance avec Bella ?
- Ouais ! Si c'est pas trop te demander, Monsieur Le Tombeur !
Et là, d'autres éclats de rire nous saisirent. Malheureusement, l'heure marquant la fin des visites était déjà dépassée depuis longtemps. Je regrettais déjà d'y mettre fin.
- Le Dr Cullen va arriver et je risque d'avoir des remarques s'il vous voit dans la chambre de Seth…
Ce fut comme si j'avais cassé la bonne ambiance d'un coup, avec cette phrase. Leur mine devint sombre et leur regard noir. Étonnée leur animosité soudaine, je leur suggérai de revenir demain, beaucoup plus tôt. J'allai même jusqu'à m'excuser pour une raison inconnue. Après tout, je ne décidais pas des horaires de l'hôpital.
- Cullen ? demanda Quil, devenu agressif. C'est Cullen, ton médecin ?
- C'est lui qui m'a opéré, se défendit Seth. Dans l'état où j'étais arrivé, je ne pouvais pas faire le difficile. Et puis, il est très aimable. Il ne m'a jamais menacé ou mis en danger une seule fois.
Les autres le regardèrent comme s'il était devenu fou. Et moi, je ne comprenais plus rien : pourquoi une telle aversion contre le Docteur, alors qu'il avait réussi à se mettre tout l'hôpital dans sa poche ? Que savaient-ils de lui, exactement ? J'allai leur demander d'ailleurs, quand on toqua à la porte.
- Bonsoir, comment va notre jeune malade…Oh!
Mauvais timing, Doc…
Sa voix enjouée s'éteignit face au public qui le fixait avec rage. Quil et Embry se firent deux pas en avant, malgré les incitations au calme de leur ami en fauteuil. Et quelque chose me poussa à intervenir. Ils s'arrêtèrent net lorsque je leur fis barrage. Ils avaient beau me dépasser de plusieurs centimètres, cela ne les empêcha pas de ressentir un certain danger provenant de moi. Et moi de même, je fus certaine que ces types n'étaient pas vraiment humains.
- Comme je vous l'ai dit tout à l'heure, menaçai-je, l'heure des visites est terminée. Vous pourrez revenir demain, si vous le souhaitez.
- Je ne te conseille pas de donner ton dos à ce… type, me prévint Quil, rageur. Tu ne sais pas qui il est.
Un autre mystère de confirmé : ils savaient qu'il était un vampire… Mais, comment avaient-ils été mis au courant ?
- Je sais très bien qui il est, répondis-je. C'est le médecin qui a sauvé la vie de votre cousin.
Ma dernière phrase sembla faire diminuer ses tremblements. Puis, Jacob vint à la rescousse en posant une main sur l'épaule de Quil. Il s'excusa auprès de moi, mais ignora Cullen quand ils passèrent la porte, tous les trois.
- On reviendra Seth. Désolé.
- T'inquiète, Jake. Rentrez bien !
Jacob me lança un dernier avertissement de ses yeux sombres, puis disparut dans le couloir. Lorsque je me tournai vers Cullen pour des explications, il reprit son rôle du parfait docteur avec son patient, les traits plus tendus que d'habitude. Lorsqu'il finit avec lui, mon heure était arrivée. Nous sortîmes ensemble de la chambre et je ne pouvais déjà plus contrôler ma curiosité.
- Tiens, me fit le Docteur en me rendant mes affaires. Je te remercie de nous avoir permis de sentir cette flagrance. J'espère que vous le trouverez vite, afin qu'il ne vous cause pas trop d'ennuis. De notre côté, nous préviendrons si jamais nous tombons de nouveau sur cette trace.
Mon humeur s'assombrit au moment où je récupérai mon roman. J'imaginais qu'il n'y aurait plus personne pour m'attendre à la sortie de l'hôpital, ni pour me raccompagner jusqu'à ma voiture.
- Est-ce ça va, Isabella ? Tu ne sembles pas au meilleur de ta forme.
Votre fils est simplement un sale con...
- Ça va, maugréais-je, puis je changeai de sujet. Vous les connaissez, les amis de Seth ?
- Connaitre est un bien grand mot, répondit-il en balançant la tête de droite à gauche. Disons que j'ai connu leurs ancêtres.
- Pardon ?
Il s'assura que personne ne pouvait nous entendre et continua.
- Nous avons fait une trêve avec les Indiens Quileutes. Nous avons promis de ne pas aller sur leur territoire et de ne mordre aucun humain. Eux, en retour, ont promis de ne pas dévoiler notre identité aux autres populations.
- Ils savent ce que vous êtes ? Et vous avez pris Seth en charge, malgré tout ?
Mal à l'aise et inquiet, le Docteur affirma d'un hochement de tête.
- J'étais un des seuls disponibles lorsqu'il est entré, dans un état grave. J'espérais aussi pouvoir apaiser les tensions, entre les Indiens et nous. Mais, certaines choses ne changeront jamais, j'imagine.
- Je vois.
Nous arpentâmes le couloir et nous nous arrêtâmes devant les ascenseurs. J'eus un bref sourire, lorsqu'il annonça son intention de prendre les escaliers. Je ne le retins pas, évidemment.
- Bonne soirée, Docteur.
- Bonne nuit, Isabella, répondit-il avant que la porte métallique ne se referme complètement.
Une bonne nuit, voilà ce qu'il me fallait, me dis-je en sortant de l'établissement. Une bonne nuit de sommeil, sans rêve. Je déverrouillai puis entrai dans ma voiture sans n'avoir croisé personne, pourtant une délicieuse odeur avait envahi mon habitacle et caressai actuellement mes sens. Bientôt, mes yeux tombèrent sur le linge soigneusement plié, à côté de moi. Je le pris avec précaution, débattant si je devais le balancer par la fenêtre ou le brûler. Au final, j'inspirai fortement dedans, avant de l'enfiler. Le tissu était froid, glacé, et rempli de son parfum. En soupirant désespérément, je me repassai la scène de la nuit dernière, jusqu'au petit matin. J'identifiai tous les détails dont je me souvenais, ses intonations, ses expressions faciales, ses mouvements, de même que les miens. En analysant encore et encore mes interactions avec Edward Cullen, je me demandais…
Comment j'avais pu être aussi stupide…
Au point de m'être laissée séduire par un vampire ?
C'est tout pour ce nouveau chapitre. Qu'en pensez-vous?
Pauvre Bella... Vous n'en voulez pas trop à Edward, j'espère ? C'est nouveau pour lui aussi, après tout. Et enfin, Jacob a fait son apparition dans l'histoire. Il était temps!
A la semaine pro, pour la suite. XOXOXO
