Salut, tout le monde! Merci encore pour vos soutiens. Voilà un nouveau chapitre.


10) Vision De Rêve

Jane avait sûrement raison. J'étais trop permissive avec Mike. Alors que je ne désirais rien d'autre que de m'écraser sur mon canapé et enfouir ma tête dans l'un de ses doux coussins, j'étais embarquée dans sa X6 pendant qu'il roulait à vive allure vers le centre-ville de Port Angeles. Au moins, Jane et Bree se trouvaient sur le siège arrière pour apaiser mon ennui.

- Tout s'est bien passé, aujourd'hui, Bree ? demanda cordialement Mike.

- La routine. Des examens qui arrivent. Des tests-surprises. Bref, le lycée, quoi.

- Je vois. Rien de neuf ?

- Il y a un bal qui arrive avant Noël.

- Oh, tu comptes y aller ?

- Bof…

Difficile d'établir le dialogue avec une adolescente. La tentative de mon ami pour casser ce silence pesant se résuma en un échec cuisant. Seules les vibrations de l'objet qu'elle tenait entre les mains se faisaient entendre. Elle voudrait sûrement discuter de ce bal lorsque nous arriverions à être seules. Tête collée à la vitre, j'observai le paysage défiler d'un air absent. Perdue dans mes pensées, je ne réagis pas lorsqu'une main vint se saisir de la mienne. J'étais focalisée sur le visage fantomatique qui apparaissait de temps en temps dans mon champ de vision. D'une pâleur inouïe, son teint mettait en valeur une paire d'yeux semblable à de l'or en fusion. Le simple souvenir de leur intensité finissait par me figer dans mes mouvements. Cela faisait plus d'une semaine que je ne les avais pas revus. Mais, mon imagination en avait décidé autrement. Lorsque ce n'était pas ses yeux qui me fixaient, j'imaginais les reflets cuivre de ses cheveux. D'autres fois, des lèvres sensuelles m'empêchaient de profiter d'une bonne nuit de sommeil et je me perdais à imaginer leur texture et leur sensation contre les miennes. C'était… très embarrassant.

Mais, je revins à moi brusquement. Ma portière s'était ouverte, éloignant son visage du mien.

- On se réveille, la Belle Aux Bois Dormant.

Mike me tendit une main que je ne saisis pas. Une fois hors de la voiture, je me retrouvai devant la devanture très éclairée d'un cinéma. Je m'attardai sans grand intérêt sur les affiches promotionnelles, en écoutant les commentaires surexcités d'un groupe qui se préparait à entrer dans l'établissement, à propos du film du moment : un film de super-héros, me semblait-il.

- On y va ?

Il tenta de passer son bras sur mes épaules mais, je marchai plus vite pour rattraper mes deux amies à l'avant. Et nous nous dirigeâmes nous aussi vers le cinéma. Mains profondément enfoncées dans les poches, je suivis les deux autres qui me jetaient des coups d'œil agacés et ennuyés, auxquels je répondais par des haussements d'épaule. Bientôt, nous franchîmes les quelques marches menant aux multiples portes de l'établissement, puis nous fûmes accueillis par des odeurs de popcorn et de produits sucrés. Le hall était simple avec des vendeurs de confiseries de chaque côté, des bancs pour s'asseoir et patienter, et plusieurs points de vente automatiques pour l'achat des places. Une lumière vive et chaleureuse éclairait les nombreuses personnes assises ou faisant la queue pour retirer leurs places. Nous laissâmes à Mike ce privilège après tout, il avait insisté pour sortir alors que nous n'en avions aucune envie. Plus exactement, il avait insisté pour que je sorte avec lui, et Jane était venue à mon secours.

- Alors, demanda-t'-elle quand Mike disparut. Ce bal de Noël, tu comptes y aller avec qui ?

- Je ne sais pas, répondit Bree. Personne ne m'a invité. Peut-être que je n'irai pas.

- Qu'est-ce que tu vas chercher…

J'aurais aimé pouvoir la réconforter comme savait le faire Jane. Mais, je n'avais aucune idée de comment faire. Mes histoires amoureuses étaient inexistantes et ces sentiments qui commençaient à prendre racine en moi étaient voués à l'échec et aux peines de cœur. Je n'avais donc aucun conseil à donner. J'étais inutile.

- Bella ? C'est toi ?

- Jacob, murmurai-je stupéfaite. Qu'est-ce que tu fais ici ?

- Et bien… me répondit-il avec un sourire éclatant.

Le jeune homme s'avançait vers nous, ses yeux noirs, brillant d'excitation. Il avait changé depuis la dernière fois que je l'avais vu : on aurait dit qu'il avait pris quelques centimètres et ses cheveux coupés courts, étaient coiffés en épis sur sa tête. Il semblait fou de joie et ne se priva pas pour le montrer : d'un coup, il me serra fortement contre lui, sous l'œil stupéfait de mes amies. J'en aurais rougi si je pouvais. Moi aussi, j'étais contente de le revoir : mis à part ses secrets avec les Cullen, il émanait de lui une chaleur et une joie de vivre qui contrastait fortement avec un certain vampire dépressif que je tentais d'oublier, en vain.

- Je suis venu avec des amis, voir un film, répondit-il en me relâchant. Tu sais celui dont tout le monde parle ?

- Ah, oui. Nous aussi. Tu es venu avec Quil et Embry ?

- Ouais, Quil est allé prendre nos places et Embry le popcorn. Moi, j'ai préféré venir voir si c'était bien toi que j'avais vu entrer.

Il passa une main dans ses cheveux, soudainement gêné. L'air enfantin de son visage m'attendrissait.

- Hey, Bella, me coupa Jane. Tu nous présentes ?

- Jacob, je te présente ma meilleure amie, Jane Lane. Et ma sœur adoptive, Bree Tanner.

- Salut, Jacob. Enchantée.

- Ouais, ça fait plaisir de rencontrer des amis de Bella, ajouta Bree. C'est tellement rare.

Je lui lançai un regard en biais.

- Comment vous vous êtes connus ?

- Mon ami a eu un accident de moto et est à l'hôpital, répondit-il en perdant un peu de son sourire. C'est elle qui s'occupe de lui.

Celui-ci se tourna de nouveau vers moi.

- Seth a beaucoup de chance de l'avoir à ses côtés.

J'eus un sourire gêné. Après un échange de regard silencieux entre mes deux amies, elles s'éloignèrent aussi discrètement que possible. Qu'allaient-elles encore imaginer ? Jacob et moi restâmes quelques minutes à parler, une fois de plus, de tout et de rien. J'appris que son père aussi était en fauteuil roulant et qu'il s'occupait de lui depuis qu'il était enfant. Je sus aussi que sa mère était décédée, il y a dix ans. Et récemment, l'accident de son meilleur ami lui avait causé un énorme choc, mais c'était sans compter sur le mental en acier de Seth.

Bref, plus je l'écoutais parler, plus Jacob m'impressionnait par sa chaleur et sa maturité. Il faisait partie de cette catégorie de gens qui dégageaient le plus d'ondes positives malgré les malheurs qui s'étaient accumulés sur leur chemin. Appuyés côte à côte, nous passions un agréable moment. Je me surpris même à rire avec lui. Toutefois, j'avais oublié un détail…

- Hey.

Je ne fus pas surprise par le côté froid et brusque de cette voix. Elle correspondait à l'aura qu'il projetait en s'approchant de nous. Je vis Jacob se tourner vers le nouvel arrivant, perdant de son sourire.

- Jacob, je te présente Mike, un ami. Mike, voici Jacob.

- Jacob, fit Mike après un hochement de tête bref et mécontent. Pour le thriller, c'est complet, malheureusement. Elle ne restait des places que pour la comédie romantique.

Oh, pitié

- C'est pas vrai, râla Jacob. C'est encore complet ! Ça doit faire la troisième fois qu'on essaie de voir ce truc !

- Tu devrais rester avec nous, proposai-je. On se fichera de l'histoire et des acteurs pendant tout le film.

Je sentis Mike se figer pendant que l'indien considérait cette proposition.

- Ça pourrait le faire. Tu seras à côté de moi, bien sûr ?

- Si tu veux.

- Cool, je vais prévenir les autres.

Si les yeux de Mike pouvaient tuer, ce pauvre Jacob serait foudroyé. Mais, il l'ignora éperdument et moi de même. J'allai annoncer la nouvelle aux filles, ravies, et nous nous dirigeâmes vers la salle. Une file de personnes s'y engouffrait déjà. Les odeurs de snack sucrés ou salés s'intensifiaient au fur et à mesure. Les parfums des humains aussi, d'ailleurs. Mais, ce n'était pas l'heure de la chasse…

Qu'est-ce que… ?

- Qu'y a-t'-il ?

Je me retournai brusquement, inspectant mon entourage. Mike et Jane se tendirent, soudainement sur leur garde. Ce que j'avais senti, à l'instant, en moins d'une seconde, ce n'était pas juste une autre odeur humaine. C'était la senteur immortelle qui ne quittait plus mes pensées depuis des jours.

- Bella ?

- Be ?

Après plusieurs mouvements de tête, je dus me rendre à l'évidence. Il n'y avait plus rien. L'avais-je imaginé… ? Les humains continuaient d'aller et venir sans m'accorder le moindre intérêt et je ne sentais plus aucune trace olfactive suspecte. Lorsque je refis face aux autres, je ne rencontrai que stupeur et malaise. Eux, n'avaient rien senti, ni rien vu. Je scannai une dernière fois l'entrée, faisant le compte de toutes les auras se trouvant autour de nous. Mais, je dus me rendre à l'évidence.

- Rien, maugréai-je. Il n'y a rien. Je me suis trompée.

- Hey, pourquoi vous restez dans le chemin, fit Jacob en nous rattrapant avec ses amis. Le film va commencer, on y va ?

Il passa une main sur mes épaules et m'entraîna à l'intérieur. Derrière moi, des grincements de dents se firent entendre.

Peut-être étais-je en train de perdre la tête ? Mon intrus me torturait à tel point que je commençais à l'imaginer un peu partout. Inutile de préciser que j'eus du mal à capter l'histoire du film. Cela rendait mes remarques encore plus drôles pour Jacob, à côté de moi. Je compris vaguement qu'une humaine timide et maladroite était tombée enceinte de son vampire de mari. Ben, tiens ! Et apparemment, le fœtus la blessait de l'intérieur mais elle refusait tout de même d'avorter. Son entêtement la transformait peu à peu en un cadavre ambulant.

Eh bien, les comédies romantiques, ce n'est plus ce que c'était. Le reste était assez gore de mon point de vue. On aurait dit un film d'horreur romantique.

Bien malgré moi, je le trouvai assez intéressant. Pourtant bien que mes yeux soient rivés sur l'écran, mon esprit passait régulièrement au crible le reste de l'établissement : dans les couloirs menant à la sortie, dans la salle où se trouvaient le projecteur ainsi que deux techniciens juste derrière nous, dans le hall où nous avions attendu… Aucune trace d'immortel. J'avais rêvé, c'était certain.

- Waouh, fit Bree. Ce film, c'était quelque chose !

Au moins, une autre d'entre nous avait aimé. Mike aurait sûrement dû lire le synopsis avant d'acheter les places. Alors que notre petit groupe se dirigeait vers la sortie, il faisait une tête de traumatisé.

- Qu'est-ce que je viens de voir, bordel ?

- Bonne question, renchérit Jake.

Je me joignis à Bree.

- Ce n'était pas si mal, dis-je.

- Tu rigoles, j'espère ?

- Arrêtez un peu, intervint Bree. Moi, j'ai adoré ! Elle s'est sacrifiée complètement pour mener sa grossesse à terme, elle a dû faire front à ceux qui étaient contre elle dès le départ. Et surtout face à son mari, qui l'aime plus que tout et qui veut la protéger. Et le plus fabuleux, c'est que la fille qu'elle déteste le plus devient en fait son alliée pour mener à terme sa grossesse…

- La ferme, coupa Mike. Tu vas me faire vomir.

Une fois dans le parking, nous atteignîmes nos voitures respectives. Mais, aucun d'entre nous ne souhaitait vraiment se quitter. Embry semblait vouloir charmer Jane, tandis que Quil et Bree faisaient semblant de vomir, en les écoutant se draguer.

- On peut se revoir, me proposa Jake. Je ne sais pas pour toi mais, j'ai vraiment passé une super soirée.

- Et bien, fis-je gênée. Je ne sais pas encore, Jake. Mais, cette soirée était vraiment super, je te l'accorde.

J'étais mal à l'aise d'utiliser Jake ainsi pour éloigner Mike. C'était vraiment un garçon adorable qui méritait mieux. Je refusais donc poliment lorsqu'il me demanda mon numéro de téléphone. Toutefois, j'eus envie de sauter de joie lorsqu'il me serra encore dans ses bras, juste devant Mike. Cette soirée n'avait pas été aussi pénible que je ne l'avais cru.

Malheureusement, Jacob avait beau être charmant, il ne l'était pas assez pour me retirer un certain vampire de la tête. Il revint me hanter dès l'instant où leur voiture s'était éloignée de la nôtre, et il ne me quitta pas de la nuit. De plus, penser que Mike s'avouerait vaincu aussi vite était pure folie. Je ne m'étonnai donc pas de revoir sa voiture, garée devant chez moi, le lendemain matin.

- Salut, fis-je blasée.

- Monte, je t'emmène au travail.

Je m'attendais à des réactions colériques et butées, voir à des insultes et des remarques vexantes envers Jacob. Or, notre parcours fut très silencieux. À plusieurs reprises, je me retins de dire quelque chose. Je tortillais ma natte nerveusement, mais je n'allais pas débuter les hostilités. Il soupira en manœuvrant à l'intérieur du parking quasi vide derrière l'hôpital, trouva une place et coupa le moteur. Une dizaine de voitures environ se trouvaient éparpillées dans cet espace qui comptait environ deux cent places. Rien ne bougeait dans la grisaille du matin, tout était silencieux. Nous étions seuls.

- Bon, je vais y aller, annonçai-je en ouvrant la portière.

- Attend. Inutile d'y aller si tôt, il te reste bien une trentaine de minutes avant de prendre ton poste.

À contrecœur, je rabattis la portière et me calai sur mon siège. Un ange passa. Puis, un autre. Plusieurs minutes de silence se succédèrent, entrecoupées par le gazouillement des oiseaux ou encore par le bruit du vent dans la forêt environnante, jusqu'à ce qu'enfin…

- Vous allez vous revoir ?

- Qui, vous ? répondis-je innocemment.

Il me lança un regard agacé.

- Ça ne te regardes pas, Mike, fis d'une voix calme. Je peux voir et sortir avec qui je veux.

- Oui, admit-il enfin. Je n'ai pas dit le contraire. Mais, tu ne trouves pas ça trop... rapide ?

- Nous n'avons fait que voir un film, ensemble. Et nous étions en groupe.

Il se détourna brusquement de moi et fixa droit devant lui. Tandis que lui cherchait ses mots, je cherchais de mon côté la meilleure façon de terminer une relation qui n'avait jamais vraiment commencé.

« Les roses sont rouges,

Les violettes sont bleues. »

….

« Comme le temps m'est ennuyeux

Lorsque nous ne sommes que deux. »

Non ! Trouve autre chose !

- Tu ne trouves pas ça injuste, me demanda-t'-il.

- De quoi tu parles ?

- De nous.

Je me tendis, malgré moi. Il parla lentement, pesant chaque mot qu'il prononçait :

- Ça va faire plus de vingt ans que je te connais, Bella. Je t'ai vu t'effondrer. Je t'ai vu affaiblie. J'étais là quand tu t'es relevée. J'ai été témoin de tes combats, de tes défaites, et de tes victoires. De tes joies, comme de tes peines... Ne va pas t'imaginer que tu as été un fardeau pour moi. Non, loin de là. J'ai adoré chaque minute passée avec toi. Et participer à ta transformation de mortelle en immortelle,… de t'aider à te relever de tes cendres… C'était l'une des meilleures choses que j'ai faites de toute mon existence.

Je me sentis mal, bouleversée et en même temps, coupable. Coupable de mon comportement désinvolte et désagréable envers lui. Bien sûr, il le méritait souvent, mais j'aurais dû voir au-delà de ses airs orgueilleux et immatures. Mon héros se cachait toujours sous cette façade. Celui qui m'avait sorti d'une vie sans perspective pour m'offrir quelque chose de mieux, de différent. Une vie beaucoup plus dangereuse, certes, mais tellement plus intense et libératrice. Cette vie m'a permis d'accomplir des choses dont je ne me serais jamais crue capable. Et tout cela, je le devais à Charlie, et surtout à Mike.

- Je voyais tellement de potentiel en toi, continua-t'-il. Même lorsque tu étais petite fille. Je savais que tu étais destinée à cette vie, que ta véritable place était parmi nous. Et des années plus tard, je me suis rendu compte que…

Il saisit ma main et la posa sur sa joue, avant de la faire descendre sur sa poitrine, là où battait faiblement son cœur.

- …Que tu possédais aussi tout ce que je recherchais chez une femme.

Ses doigts vinrent chercher mon menton et tourna mon visage vers lui.

La détermination que je lisais dans ses yeux et l'intensité de sa déclaration auraient pu me décider à lui laisser une chance. Après tout, j'étais persuadée de sa sincérité. Et il avait raison sur plusieurs points : il me connaissait si bien, il avait toujours été présent durant la majeure partie de ma vie et je lui faisais confiance. Un « nous » aurait pu exister,… si Edward Cullen n'existait pas en ce monde. Malheureusement, quelque chose me disait que mes sentiments ne se laisseraient pas guider par la raison, peu importait la pertinence des arguments de Mike. J'étais inconditionnellement et irrévocablement amoureuse d'Edward.

Je ne pouvais pas laisser Mike espérer quelque chose qui n'arriverait jamais.

- Écoute, Mike…

- Une minute. Je n'ai pas encore fini. J'ai peut-être… je veux dire, j'ai eu tort de m'accrocher à toi comme je l'ai fait. Je n'aurais pas dû te pousser ainsi. Tu trouveras sûrement que c'est une excuse lamentable, mais… je suis et je reste persuadé d'être celui qu'il te faut. Si seulement, tu pouvais me laisser une chance afin de te le montrer. C'est tout ce que je demande, une chance de...

Sa voix continua à murmurer cependant que mon esprit était déjà ailleurs. Plus précisément, il était focalisé à quelques mètres de nous sur le chauffeur d'un Volvo argentée. Depuis combien de temps nous observait-il ? Aussitôt et bien malgré moi, la déclaration touchante de Mike passa au second plan.

- Bella ?

- Comment ? Qu'est-ce que tu disais ?

- Je… te demandais de… sortir avec moi. Juste toi et moi.

Oui, il m'écoutait. Il semblait focalisé sur moi, sur notre discussion et… probablement sur les pensées de Mike aussi. Sa pose décontractée dissimulait mal la tension qui s'accumulait dans sa main celle-ci menaçait de casser son volant en cuir. Ses mâchoires se resserrèrent soudainement tandis que son regard se faisait suppliant. Je me rendis compte trop tard de la proximité des lèvres de Mike, et bien sûr, il profita de mon manque d'attention.

Son assurance m'étonnerait toujours. Il prit son temps, savourant chaque parcelle de peau que touchaient ses lèvres. Il ne tenta pas non plus de forcer l'entrée de ma bouche, mais demandait à passer. Ce que je lui refusais. Encore une fois, ma raison me suppliait de le laisser faire et d'ignorer le vampire à quelques mètres, toutefois, je ne pouvais m'empêcher de trouver cela inapproprié. La personne qui m'embrassait n'était pas la bonne. Je me dégageai.

Des pupilles sombres comme l'onyx vacillèrent au moment où ils croisèrent les miens. Apparemment tourmenté, Edward baissa les yeux et j'eus toutes les peines du monde à ne pas filer de cette voiture afin d'aller l'enlacer, lui.

- Nous ne sommes pas humains, mais nous avons des besoins. Tu n'en as pas assez de rester constamment seule ?

- Et bien…

- Laisse-moi répondre à tes envies.

- Mike, soupirai-je. Non…

- Une chance, Bella. C'est tout ce que je demande.

Et il recommença à m'embrasser. Différemment. Il ne se contenta pas de demander l'accès, il entra prendre possession de ma langue, alors que sa main s'enfonçait dans mes cheveux et que l'autre resserrait sa prise autour de moi. Stupéfaite, j'obéis à ma raison et le laissai faire.

Je fis mon possible pour donner à Mike l'attention qu'il désirait en bougeant mes lèvres contre les siennes, même si cette relation courrait à sa perte. Il se passa moins de dix secondes avant que mes yeux ne retombent le chauffeur de la Volvo. Et, je fis face à un véritable vampire, calculateur, déterminé, sûr de lui. Son changement d'expression me surprit tant que je me figeai, de nouveau :

- …Mike, attends.

- Qu'est-ce qu'il y a ?

Perdu dans son monde, il se doutait pas de l'étrange spectacle qui se déroulait derrière lui et s'attaqua à mon cou, me laissant par la même occasion, une meilleure vue du vampire. Je ne me rappelais plus les fois où ma mémoire avait tenté de combler le manque laissé par son absence. Sans succès. Ces pauvres souvenirs n'avaient pas su rendre justice ni à la perfection de ses traits, ni au charisme qu'il dégageait.

- Heu… Non, rien.

Je ne me lasserais jamais de lui accorder mon attention, de le dévorer des yeux. Etre séparée de lui, même quelques jours, n'avait servi qu'à accroître mon étrange fascination pour lui. Alors, j'en profitai : je l'observai plisser des yeux de manière séductrice je contemplai son sourire en coin qui me faisait fondre je succombai à une langue mutine venant à peine caresser sa lèvre supérieure. J'en eus le souffle coupé.

Aurais-je l'occasion d'y goûter, un jour ? Ne serait-ce qu'une seule fois ?

- Tu aimes ?

- Oui…

Edward pencha la tête d'un côté, accentuant son emprise sur moi. Ses lèvres s'entrouvrirent encore mais je ne pus lire les mots qui en sortaient, résultant en une immense frustration. Je regrettai amèrement de ne pas savoir lire sur les lèvres ou de ne pas celle qui lisait dans les pensées. Mike me refit face et j'eus toutes les difficultés à m'arracher de cette vision de rêve à quelques mètres derrière lui. J'ignorai ce qu'il avait pu lire sur mon visage, mais il fut amplement satisfait. Par chance, il se remit à embrasser de nouveau mon menton, puis mon cou, et je revins immédiatement à Edward, qui arborait une férocité nouvelle. Et cette fois, je pus facilement comprendre le simple mot qu'il prononça à mon égard.

« Mienne ».