Salut à tous! Encore une fois merci pour tous vos soutiens! Vous semblez avoir apprécié la dernière partie du chapitre 10 et j'ai voulu approfondir ce passage avec ce nouveau chapitre. J'apprécie beaucoup vos commentaires et j'en tiens compte pour mes chapitres suivants.

Sochic88: Un quatuor amoureux? Humm.. C'est plus complexe que ça, tu sauras très vite qui est l'intrus.


11) Il Mio Cantante* - Point de vue Edward

« C'est ainsi que les Volturi appelle ce phénomène : La tua cantante. Ta chanteuse, en d'autres termes. Ils disent que le sang d'un humain « chante » pour un vampire. Cela résulte en une soif incontrôlable, une envie de tuer irrésistible. »

Je me raclai inutilement la gorge. Le seul souvenir de son parfum poussait un fer chauffé à blanc au plus profond de ma gorge. La partie animale en moi réclamait le délicieux nectar de la malheureuse. Cependant, je mourrais mille fois avant de permettre à ce monstre d'avoir ce qu'il désire. Sensible à la bataille qui se déroulait en moi, Carlisle me lança un regard compatissant, qui peu à peu se mua en une fierté intense. Et une fois encore, mal placée. Me verra-t'-il un jour comme ce que j'étais réellement ? Un être dépravé, ne méritant pas un centième de la considération qu'il me vouait ?

- Si Aro pouvait te voir lutter avec tant acharnement l'influence qu'exerce le sang d'Isabella sur toi, déclara-t'-il songeur. Il n'y croirait certainement pas, même en s'immisçant dans ton esprit.

- Mieux vaut éviter qu'il soit au courant de sa présence à Forks. Enfin, leur présence à tous.

- Oui, Alice surveille, ne t'en fais pas. Auquel cas, les Phoenix devront sans doute s'en aller ailleurs.

Et je ne la reverrai plus. Je n'aurais plus l'occasion de déchiffrer la seule femme qui avait attiré mon attention dans toute mon existence. Ce cas de figure ne plaisait absolument pas.

- Ça te soulagerait beaucoup, j'imagine, de ne plus la revoir. La croiser doit être un véritable enfer pour toi.

Si seulement, ma tentation ne se limitait qu'à l'appel de son sang... Pourtant, lorsque ce n'était le souvenir de son parfum irrésistible qui me hantait, c'était la forme fantomatique de ses yeux ou encore celle de ses lèvres la couleur noire de sa chevelure que j'aurais aimé toucher le teint légèrement basané de sa peau que je devinais douce.

Je fronçai les sourcils lorsque brièvement, il compara mon attitude face à Isabella avec son comportement, la première qu'il avait vu Esmée. Des émotions fortes que ressentirait tout être-humain croisant celle qui lui était destinée, mais amplifié considérablement. D'une manière que seul un immortel pouvait appréhender. Puis, aussi brusquement qu'elle était apparue, cette idée disparue de son esprit. Mais, pas assez vite pour que je n'en capte pas l'essentiel.

Mon souffle se coupa. C'était pire que ce que je pensais.

- Carlisle, fis-je. Que…

« Pensais-tu vraiment arriver à me cacher l'origine de tes émois encore longtemps ? »

- Comment pourrais-je te cacher quelque chose que j'ignore moi-même ?

- Edward, soupira-t'-il. Tu as été suffisamment témoin de ce genre d'expériences pour reconnaître ce que c'est.

- Observer ce phénomène et le vivre ne sont pas comparables !

N'y tenant plus, je me levai d'un bon et fis les cent pas dans son bureau. Carlisle n'avait pas tardé à percer à jour ce que je redoutais. Il y avait enfin un sens à mon comportement étrange. Une raison valable à ma présence dans son bureau.

Il était toutefois, dans mes habitudes de l'accompagner parfois et de l'aider dans ses gardes. Certains patients refusaient de s'exprimer librement et cachaient des informations qui pouvaient se révéler vitales ou d'une grande aide pour leur traitement. Alors, j'intervenais. Cependant, ce petit hôpital était situé aux limites d'une ville où il ne se passait jamais rien. Il n'y avait que des cas communs, que mon père pouvait traiter les yeux fermés. J'avais passé la nuit dans son bureau, attendant comme un animal en cage qu'il finisse ses heures… Attendant qu'elle commence les siennes, à l'aube.

- Elle ne devrait plus tarder maintenant, observa-t'-il en regardant sa montre.

- Aide-moi. Qu'est-ce que je dois faire ? Dis-moi quelque chose qui puisse limiter… empêcher ça !

Ne tenant pas en place, je décidai de m'asseoir à nouveau, même si j'étais certain que je me lèverais ensuite dans une minute. La tranquillité d'esprit qu'il affichait n'était rien d'autre qu'une façade pour m'inciter au calme. Je n'avais pas besoin de Jazz pour deviner son angoisse à mon égard. Je n'aurais pas agi autrement si c'était moi, à sa place, qui regardait mon fils s'éprendre de son ennemie mortelle. Mais, Carlisle, avec ses siècles d'expérience sur le monde, saurait me donner les conseils adéquats pour mettre fin à cette dangereuse addiction, avant qu'elle ne soit trop forte.

- Nous partons, assena-t'-il durement.

Je le regardai sans comprendre.

- Isabella se contrôle face à moi, uniquement parce que nous gardons nos distances, elle et moi. Mais, elle est encore jeune. Sa nature l'oblige à désirer notre destruction. Et la tienne aussi, Edward. Elle ne pourra pas la combattre éternellement. Je ne resterai pas là immobile en train de regarder un de mes fils filer droit vers la mort ! Il faut que cette obsession cesse, Edward !

La sévérité de son expression me coupa le souffle. Ou peut-être était-ce à cause de ce que ses paroles impliquaient. Je ne pouvais pas partir, je ne pouvais pas m'imaginer quitter Forks. Sauf si elle venait me l'exiger en personne. Dans ce cas, je m'en irais. Dès lors, je la vis devant moi, ses yeux de biche me considérant avec une indifférence nouvelle, un masque froid plaqué sur son joli visage. Je pouvais entendre le ton cassant de sa voix mélodieuse : « Je ne veux pas de toi ici ! Ne t'approche plus de moi. ». Je l'aurais mérité, m'étant comporté de façon odieuse avec elle, la dernière fois.

Carlisle s'était déplacé de son bureau et agenouillé devant moi. La structure en fer du fauteuil dans lequel j'étais assis, agonisait bruyamment sous l'effet de mes ongles. Aurais-je été humain, j'aurai respiré avec difficulté. En voyant mon reflet dans l'esprit de mon père, je me promis de ne plus me moquer de ces personnages dans les films ou les livres romantiques dont raffolait Alice. Leur ressenti me semblait bien réaliste, à présent. Beaucoup trop. Encore une fois, mon père me sortit de ma rêverie, en un soupir las.

Comment ? Il bluffait… ?

Il bluffait ! Et accaparé par cette éventualité insupportable, je n'avais même pas remarqué qu'il me testait.

- Tu as changé. Tu as tellement changé en si peu de temps. Je ne t'avais jamais vu aussi chamboulé. Je ne me suis pas opposé lorsque tu m'as annoncé ton départ immédiat chez nos cousins d'Alaska. Mais, j'attendais quand même quelques explications.

- Je suis désolé.

- Nous nous sommes fait un sang d'encre, Esmé et moi. Jamais je n'aurais imaginé que ces bruits que je percevais provenaient d'une bagarre entre elle et toi. Dans un ascenseur en plus ! A proximité d'autres êtres-humains !

- …Suis désolé…

Que pouvais-je dire d'autre ? La honte me submergeait. Je m'étais perdu et je ne me reconnaissais plus. Je pensais avoir quasiment atteint le niveau de retenu de Carlisle, non face à la vue du sang, mais concernant son arôme. Même si j'avais dérapé de nombreuses fois durant mes premières années d'immortel, j'étais fier d'avoir passé ces sept dernières décennies à résister parfaitement aux fragrances dégagées par les humains. Or, elle m'avait fait choir de mon piédestal et la chute avait été douloureuse. Je n'avais pas pu affronter mon père, ma mère, mes frères et sœurs, afin de leur annoncer que j'avais failli révéler notre secret.

- Esmé s'est souvent inquiétée de ton état. Elle te pensait trop jeune pour cette transformation. Elle craignait que tu ne t'habitues jamais à cette vie et que tu ne passes l'éternité seul et sans personne. Tu étais constamment dépressif et renfermé. Même si tu faisais de ton mieux pour le cacher… Nous savions tous qu'il te manquait quelque chose. Ou quelqu'un. Et regarde-toi, maintenant. Tu vis. Je ne saurais mieux te décrire : tu me donnes l'impression d'être en vie.

- Mieux vaut rester léthargique dans ce cas, m'emportai-je. A quoi bon me faire connaitre tout ça si au final je ne peux même pas espérer avoir l'objet de mes convoitises ?

- L'objet de tes convoitises ?

- Je voulais dire… Ce n'était pas ce que je voulais dire…

Quelle humiliation. Il me fit un sourire rassurant, celui qu'il réservait à ses patients lorsque leur condition paraissait soucieuse. Mais, le médecin se devait de garder espoir et de transmettre ses pensées positives au malade, pour ne pas envenimer la situation. Cette méthode marchait une fois sur trois : ferais-je parti des chanceux ? Et pendant ce temps, la honte me consumait. Que savais-je de cette fille pour la considérer comme « un objet de convoitise » ? De « Mes convoitises » ?

- C'est contre-nature…

Je ne devais pas ressentir cela pour elle. Je ne devais pas ressentir un tel manque face à ces quelques jours. Ces quelques jours durant lesquels je n'avais pas eu l'occasion de la revoir. Je n'aurais pas dû faire les cent pas dans ma chambre chaque soir ou presque, combattant mon envie d'aller jusqu'à chez elle pour l'observer. Je valais quand même mieux qu'un vulgaire voyeur, non ?

« Contre-nature ? » Carlisle se fit donc un plaisir de repasser mentalement ce qui pourrait paraître contre-nature, de nos jours. Dans le journal télévisé de la veille, il y avait eu un reportage sur une humaine se mariant à un arbre centenaire. Il avait pensé cela sur le coup de l'humour, mais je n'avais aucune envie de rire, donc il continua.

Il n'y a pas si longtemps, les relations homosexuelles étaient décrétées contre-nature. Du temps où il était encore humain, vers le XIVe siècle, lui semblait-il, ils étaient tués pour cela. Or aujourd'hui, n'était-il pas question de légaliser leur union ?

« Cela ne choque plus personne, maintenant. Presque plus… »

Je répondis à ses réflexions par un grognement affirmatif. Venant moi aussi d'un siècle où ce genre de chose était caché, je faisais des efforts pour me moderniser et suivre la tendance. Je pouvais affirmer maintenant qu'observer deux hommes s'embrasser ne me choquait plus autant qu'avant. Peut-être aurais-je pensé différemment si j'avais été humain, mais, j'étais un vampire, à présent… Ces différences concernant les orientations sexuelles me paraissaient bien insignifiantes.

Comme s'il avait lu mes pensées, Carlisle continua son argumentation mentale :

« Notre existence même n'est-elle pas contre-nature ? Or, nous existons. Nous avons notre place sur Terre, donc nous participons à une sorte d'écosystème, même si celui-ci m'échappe encore. »

Depuis ma discussion avec Bella, qui supposait que j'avais une aura et donc peut-être une âme, j'étais plus ouvert aux théories positives de Carlisle sur les vampires. Pour lui, nous n'avions jamais été des créatures vouées à la damnation. Dans son esprit, rien n'était tracé d'avance nous avions toujours un choix de vie qui ferait de nous soit des êtres méritant une clémence divine malgré notre nature, soit des damnés. Le plus grand changement qu'Isabella ait opéré en moi, c'était de me donner l'espoir.

« Et notre mode d'alimentation végétarien n'est-il pas considéré contre-nature du point de vue des autres représentants de notre espèce ? »

- Assurément, répondis-je en me remémorant les moqueries dont nous avons dû faire face. Mais, ça ne me dit toujours pas ce que je dois faire. Elle sent trop bon pour que je m'approche d'elle, sans penser à la tuer. Et songer à m'éloigner est une tout autre torture. Et puis,… elle est recherchée par d'autres Phoenix, probablement pour être tuée. Elle peut tout aussi bien partir du jour au lendemain, sans que j'aie la moindre de chance de la revoir un jour.

- C'est à toi de voir, déclara-t'-il avec gravité. Penses-tu que cela vaille la peine de mieux la connaître, en sachant par avance que toute relation avec elle sera éphémère ?...

Même s'il comprenait mon chagrin, cette idée ne lui déplaisait pas.

« A toi de voir » répéta-t-'il. Puis, d'un coup, il me surprit avec une image si absurde que je n'avais même pas osé l'envisager. Toutefois, elle était loin d'être désagréable. Dans son rêve éveillé, je me tenais près d'elle. Trop près d'elle. Je parvenais à l'enlacer par derrière, la stoppant net dans je-ne-savais-quelle activité elle se livrait. Me baissant, je parvenais à poser ma joue contre la sienne dans un geste tendre, sans succomber à une soif que je devinais atroce. Elle n'avait pas peur, elle ne songeait pas à me combattre pour me détruire. Elle appréciait le contact de ma peau froide sur la sienne et fermait les yeux de plaisir.

Seul mon orgueil me permettait de ne pas me briser en deux devant mon père lorsque cette image disparut de son esprit.

Et pourquoi pas ?

Je voulais dire… Non ! Ce serait impossible…

N'est-ce pas ?

« Désolé »

- Ce n'est rien, mentis-je

- Je te laisse le temps d'y réfléchir et de prendre ta décision la concernant. Mais, tu devines bien qu'une réunion de famille s'impose dans tous les cas.

Je soupirai, exaspéré. Il n'avait pas oublié le dégout de Jasper pour les Phoenix, ni l'animosité que conservait Rosalie à leur égard. A mes yeux, ceux qui se faisaient passer pour des jumeaux dans le monde des humains, malgré l'absence de lien de parenté, se ressemblaient tant en réalité. Tout ce qui pouvait mettre en danger leur famille, et particulièrement leur moitié, était à éradiquer. A exterminer. Seule la terreur qu'avait ressentie mon frère lors de sa première rencontre avec eux, l'empêchait de réfléchir à un plan d'attaque viable. Quant à Rose, elle ignorait tout de ses ennemis elle n'était pas stupide au point de lancer une attaque dans ce contexte. Heureusement, la situation n'était pas désespérée. Je savais sur qui compter pour refreiner leurs pulsions meurtrières. Jasper ne fera jamais rien qui pourrait blesser Alice, or celle-ci aimait Isabella. Et Bree serait consternée si nous touchions à sa famille, bien sûr. Ce serait suffisant pour stopper Rose.

- Ils n'ont pas totalement abandonné l'idée d'une guerre entre le clan des Phoenix et le nôtre. Voilà pourquoi ils doivent être mis au courant de… ta situation nouvelle.

Je tentai de m'imaginer leur réaction face à la nouvelle ça n'avait rien de plaisant.

« Attenter à la vie de l'aimée d'un de ses frères est un acte que je considère impardonnable. Bien sûr, si l'affrontement est inévitable, je me battrai pour vous défendre Esmé, toi et les autres. Mais, nous ne débuterons pas les hostilités. »

Lui revint alors l'image de Marcus Volturi. Le plus mélancolique et dépressif des trois frères semblait mort depuis bien longtemps Il avait trépassé en même temps que son épouse, victime d'un crime odieux orchestré par Aro. Son enveloppe corporelle avait beau être présente à Volterra, il avait beau marcher et parler les quelques rares fois où il y était obligé, Marcus était définitivement perdu dans les abysses de la solitude et la souffrance. Carlisle l'avait vu de près. M'imaginer à la place de ce Volturi était une vision d'horreur pour lui. Un immortel aimait pour l'éternité, aussi longtemps que durait son existence. L'espace, le temps, … La mort. Rien de tout cela ne comptait.

Il coupa court à ses réflexions quand il entendit une voiture se garer dans le parking de l'hôpital quelques mètres plus bas. Je me levai d'un bon. Ça ne pouvait être elle, le bruit de l'engin n'avait rien à voir avec celui de la Mustang qu'elle conduisait. Toutefois, je devais descendre. C'était plus fort que moi. Je quittai le bureau accueillant de Carlisle, acquiesçant à ses mises en gardes silencieuses et je descendis les étages par les escaliers vides de l'établissement.

Ahh ! Etaient-ils obligés de construire tant d'étages !

Pourtant deux secondes plus tard, j'arrivai au rez-de-chaussée, m'obligeant à marcher à lenteur humaine pour ne pas inquiéter les quelques personnes présentes qui m'observaient. Enfin, je passai les portes automatiques. J'atteignis le perron en béton, survolai les deux-trois marches, et longeai le bâtiment afin de me retrouver dans le parking à quelques mètres de la voiture récemment arrivée.

Elle ne m'était pas inconnue. Je l'avais vu la première fois que nous avions officiellement rencontré les Phoenix qui partageraient notre territoire. Elle appartenait à un bellâtre du nom de Michael Newton. Malheureusement, il n'était pas seul. Ses pensées étaient focalisées sur la jeune femme à ses côtés et la réticence de celle-ci face à son… A son charme, d'après ses pensées.

Son charme, pouffai-je, en me dirigeant vers ma voiture. Je ne comptais pas m'attarder, j'espérais simplement apercevoir Isabella, même une seconde. Une seconde serait suffisante pour calmer le manque causé par son absence. Mais, j'avais espéré la retrouver seule et calme. Pas aussi tendue.

J'avais assisté, à travers les souvenirs de Bree, à quelques une des nombreuses tentatives minables de Mike pour accéder à l'intimité d'Isabella. Bien que les raisons m'aient été inconnues à l'époque, j'avais pris grand plaisir à observer ces scènes. Hier encore, elle me divertissait en me narrant par SMS, les différentes approches physiques du Blond, qui ne mèneraient encore une fois à rien. Maintenant que j'avais fait la part des choses grâce à mon père, j'espérais prendre d'autant plus de plaisir en écoutant la Belle sortir une remarque bien envoyée pour mettre fin à ses fantasmes. Ou bien encore, une gifle méritée.

Oh, oui. J'avais désespérément besoin de rire.

- Vous allez vous revoir ?

- Qui, vous ?

« Cet espèce de connard qui te dévorait des yeux, hier soir. Tu le fais exprès ou quoi ? »

Quel connard ? Qui était ce jeune homme dans les pensées de Mike ? Il ne m'était pas entièrement inconnu. Peut-être un descendant des Indiens de la réserve ?

Peut-être… Et d'un coup, cela me fut égal. En ce moment, je ne pus que partager l'agacement de Newton qui me faisait revivre leur sortie de la veille. Ce Jacob… Jake… ou je ne savais quoi ! De quel droit se permettait-il d'être aussi familier avec elle ? Il avait même osé lui demander son numéro de téléphone ?! Pauvre type !

D'abord Newton, puis maintenant, lui ! J'avais des envies de meurtre. Non pas pour étancher ma soif, juste pour le plaisir de tuer tous ceux qui s'approchaient un peu trop près d'elle. Et Jacob avait dépassé les limites ! Heureusement, Isabella ne s'était pas laissée charmer par ses grands sourires éclatants, ni par ses attitudes désinvoltes qui plaisaient tant aux filles de ce siècle. Elle l'avait envoyé se faire voir. D'une façon plus courtoise que je ne l'aurais souhaité, mais c'était le principal.

- Ça ne te regarde pas, Mike, répondit-elle.

- Oui. Je n'ai pas dit le contraire. Mais, tu ne trouves pas ça trop... rapide ?

- Nous n'avons fait que voir un film, ensemble. Et nous étions en groupe.

« Mouais… Ce n'était pourtant pas le film qu'il mâtait. »

Un feulement bas et rageur m'échappa tandis que je regardais à travers son esprit Jacob se détachant de l'écran pour contempler du coin de l'œil Isabella. Celle-ci semblait focalisée sur un film extrêmement bizarre. « Bizarrement chiant ». Elle ne s'était rendu compte de rien.

Newton tenta de calmer sa colère en réfléchissant aux prochains mots qu'il allait prononcer. Ceux qu'il avait voulu lui dire hier soir, s'il avait pu être seul avec elle.

« Bella, je… Ma chère Isabella,… » commença-t'-il avant de s'arrêter. « Non, trop gnian-gnian ». Il eut presqu'envie de rire de lui-même en se disant qu'il pouvait sortir mille fausses paroles à n'importe qu'elle femme pour qu'elle lui ouvre son cœur, dans une dizaine de langues différentes environ. Mais, il peinait à trouver les mots justes pour exprimer à Bella ce qu'il ressentait.

Je sentis une dose de poison acide envahir ma bouche.

- Tu ne trouves pas ça injuste, demanda-t'-il.

- De quoi tu parles ?

- De nous. Ça va faire plus de vingt ans que je te connais, Bella…

Ces pensées s'enchainèrent si vite que j'eus du mal à en capter le sens. De brèves images m'apparurent : Isabella, jolie petite fille, joyeuse et s'amusant avec d'autres enfants elle, plus grande, intimidée par d'autres dans un collège elle, un peu plus âgée, terrorisée elle, recroquevillée contre un mur elle, le visage ensanglanté elle, gisant à terre Isabella, encore et toujours dans des scènes de plus en plus atroces.

Je désirais ardemment tout connaître de sa vie, mais… Pas comme ça ! Ça me semblait… mal. Si indigne de moi. Je n'étais donc rien d'autre qu'un vulgaire voyeur. Je ne voulais pas abuser de mon pouvoir ainsi. Je détestai cette idée mais partir et les laisser parler seuls à seuls était la meilleure chose à faire.

Et pourtant, j'étais encore là, à regarder les souvenirs de l'autre imbécile. Elle, cernée par les flammes, le regard mort elle, se tordant de douleur elle, devenue immortelle. Elle, prenant part à des luttes sans merci, où elle avait été blessée, fragilisée émotionnellement, mais durant lesquels elle n'avait pas hésité à se relever. Je partageai l'élan de fierté qui envahissait le jeune homme,… pendant deux secondes. Il ranima ma fureur avec sa détermination exaspérante.

« Je la veux. Bella est à moi et je ne la laisserai à personne d'autre. Pas sans m'être battu jusqu'au bout. »

- …Ne va pas t'imaginer que tu as été un fardeau pour moi. Non, loin de là. J'ai adoré chaque minute passée avec toi.

Le cours de ses souvenirs se modifia et au lieu de l'apercevoir dans des situations de plus en plus inconfortables, je la regardais enfin sourire. Ces sourires ne m'étaient certes, pas destinés, mais je préférais ça. Je préférais la voir apprendre à utiliser ses ailes je préférais voir Charlie la consoler et arriver à la faire rire. J'adorais voir son plaisir évident pour les voyages et la découverte de pays étrangers : Angleterre, France, Espagne, Mexique. A présent, les Etats-Unis. Et, bientôt, il lui ferait voir le Japon, la Chine et ...

« J'aimerais bien visiter l'Australie, un jour » avait-elle dit une fois à sa copine Jane.

L'Australie. Comme j'aurai aimé découvrir ce pays avec elle !

- Et participer à ta transformation de mortelle en immortelle,… de t'aider à te relever de tes cendres… C'était l'une des meilleures choses que j'ai faites de toute mon existence.

Désespéré, j'observais les murs de la jeune femme s'effondrer un à un. Encore une fois, il avait su trouver les mots qu'il fallait pour atteindre sa cible. Bella, contrairement aux autres filles dont il avait l'habitude, n'en avait rien à faire de promesses creuses ou de compliments bien tournés, même si elle les méritait tous. Il avait simplement dû s'ouvrir à elle, un instant. Simple en théorie, mais affreusement compliqué pour une personnalité telle que celle de Newton. Ce type méprisait la vulnérabilité.

La dernière chose qu'il souhaitait, c'était d'être dans un état similaire au mien, pris au piège, soumis aux faits et gestes d'une personne. Je serais facilement devenu un objet de dédain s'il avait connaissance de mon état, de ma dépendance.

Il parviendrait à lui faire partager sa vision des choses. A quoi bon laisser une personne avoir le contrôle sur soi ? Quel bien cela pouvait-il produire ?

- ... Je savais que tu étais destinée à cette vie, que ta véritable place était parmi nous. Et des années plus tard, je me suis rendu compte que… Que tu possédais aussi tout ce que je recherchais chez une femme.

Bella, la compagne parfaite : son clan deviendrait plus uni que jamais, si elle lui cédait. Jane et Bree, qui adoraient Bella, deviendraient moins rebelles et insolentes envers à lui. Tyler serait certes surpris, mais qui d'autre que son meilleur pote pour pouvoir aux besoins de sa petite sœur ? Et un jour, qui sait ? Ensemble, ils parviendraient à ramener Charlie. Il n'avait presque plus de doute sur cette éventualité.

Seul, Newton était un adversaire redoutable. Mais, avec elle à ses côtés, il serait invincible.

Je ne savais pas ce que je haïssais le plus chez ce type : sa folie des grandeurs ou sa possessivité ?

- Ecoute, Mike…

- Une minute. Je n'ai pas encore fini. J'ai peut-être… je veux dire, j'ai eu tort de m'accrocher à toi comme je l'ai fait. Je n'aurais pas dû te pousser ainsi. Tu trouveras sûrement que c'est une excuse lamentable, mais… je suis et je reste persuadé d'être celui qu'il te faut.

Belle, forte et réfléchie. Il ne s'imaginait pas se lasser d'elle un jour. Bella à ses côtés, et c'était le monde qu'on lui offrait sur un plateau. Un monde où encore une fois, il était en contrôle de tout : de ses sentiments, de ses désirs et ses fantasmes.

Elle ne pourrait plus se refuser à lui. Il patienterait et il trouverait encore les mots justes pour la convaincre et attiser ses désirs à elle…

Le grondement de rage qui m'échappa fut si fort que je craignis un instant d'avoir été entendu.

- Si seulement, tu pouvais me laisser une chance afin de te le montrer. C'est tout ce que je demande, une chance...

« De te faire mienne »

- De te protéger.

« De m'immiscer en toi »

- D'être celui sur lequel tu peux compter. Celui sur lequel tu peux te reposer.

« Et te faire découvrir des plaisirs. Des plaisirs que tu n'avais encore jamais soupçonné. »

- Je veux te prouver que je suis celui qu'il te faut.

J'avalai difficilement le poison acide qui envahissait ma bouche.

Il était comme l'autre, sans gêne. Il ne perdait pas son temps à la courtoisie, ni à cacher son désir pour elle. Il allait droit au but. Comme ce Jacob. Ses doigts saisissaient toujours son menton, maintenant son visage proche du sien. Il allait l'embrasser, à présent. C'était une question de seconde avant qu'il ne se lance.

Avais-je été désespéré quelques instants auparavant ? Ce n'était rien comparé à maintenant. Il se rapprochait et elle ne faisait rien pour l'en empêcher. Perdue quelque part dans ses pensées silencieuses, elle regardait ailleurs.

Vers moi.

Que… Oh, non !

Je me figeai instantanément lors que ses yeux chocolat fixèrent leur attention sur moi.

Je me maudissais en silence.

Pourquoi n'étais-je pas parti quelques secondes plus tôt ? Comment je pouvais me fourrer dans de telles situations ? J'étais plus malin que ça… D'habitude !

- Bella ?

- Comment ? Qu'est-ce que tu disais ?

« Tu n'as pas entendu ce que je viens de te dire ? » pensa-t'-il dépité.

« Ah. Peut-être aurais-je dû être plus direct ? »

- Je… te demandais de… sortir avec moi. Juste toi et moi.

Elle redirigea son attention sur Newton, et une fois encore, toute idée de quitter les lieux disparut.

Refuse…

Refuse !...

Si seulement je parvenais à lire ses pensées… Il n'y avait pas pire torture que ses silences !

Sauf peut-être…ça.

L'autre imbécile ne perdit pas son temps à attendre une réponse. Il agrippa ses lèvres et je fermai les yeux, anéanti.

Comme je regrettais ma léthargie d'alors. Je ne pensais pas qu'une créature puisse ressentir autant de tourment. Les pensées de Newton ne me cachaient rien de la sensation qu'il éprouvait en l'embrassant. Elles ne me cachaient rien de la texture de ses lèvres, ni de leur goût. Chaque coup de langue qu'il lui prodiguait me lacérait intérieurement.

Qu'est-ce que j'imaginais ?

Vraiment !… Qu'est-ce que j'imaginais !

Newton avait un avantage considérable sur moi, il connaissait les femmes. Il utilisait son talent de séduction d'une manière que je méprisais mais, c'était indéniable. Il savait viser juste. Il avait des décennies d'avance sur moi qui, tel un imbécile, pensais que je me suffirais à moi-même pour l'éternité. Je m'étais complètement isolé de la gente féminine. Aucune femme n'avait su attirer mon attention en cent trois ans. Alors, à quoi bon tenter de courtiser…

Courtiser ? me dis-je en étouffant un sourire amer. C'était complètement passé de mode aujourd'hui.

Aujourd'hui, on draguait. Il la draguait ouvertement sous mes yeux et j'étais impuissant.

Même ce gamin de Jacob avait plus d'avance que moi ! Il était habitué aux mœurs de l'époque, il avait dû observer ses amis interagir avec d'autres filles peut-être avait-il eu un certain succès lui-même…

Quelle ironie.

Eux, ne la désiraient pas comme moi, je la désirais. Elle ne leur était pas indispensable. Elle avait rejeté Jacob hier peut-être l'avait-il déjà oublié en tentant d'en séduire une autre. De même que si elle repoussait ce bellâtre en cet instant (Oh, pitié ! Qu'elle le fasse !), il irait probablement compenser sa peine dans les bras d'une autre…Puis d'une autre, puis une autre encore.

Pour moi, il n'y aurait pas d'autre femme. Il n'y aurait pas de compensation.

Il n'y avait qu'elle et elle m'était indispensable. J'avais creusé ma propre tombe en laissant mon égo démesuré prendre le dessus et la repousser. Je m'évertuai à ne pas penser à tout ce temps gaspillé, à toutes ces opportunités gâchées… Je souffrais suffisamment comme ça. Je n'avais pas le pouvoir de revenir en arrière. J'avais perdu la partie avant de savoir que j'étais dans le jeu. Probablement le jeu le plus crucial de toute mon existence.

Je ne pus soutenir une nouvelle fois son regard gêné quand elle se dégagea de lui.

Je décidai de partir… Oui, une fois que j'aurai repris le contrôle de mes mouvements. Mon corps me paraissait si lourd en cet instant. Comme si le poids du monde s'était abattu sur moi, d'un coup. Et Newton continuait de m'achever en hurlant ses fantasmes vers moi.

- Nous ne sommes pas humains, mais nous avons des besoins. Tu n'en as pas assez de rester constamment seule ?

- Et bien…

« Bien sûr que oui. »

Il la dévorait littéralement des yeux. Son visage hésitant, son cou qu'il souhaitait aussi goûter, sa poitrine qu'il rêvait de caresser… Ses cuisses.

« Qui voudrait rester seul éternellement ? »

En effet, qui ?

- Laisse-moi répondre à tes envies.

- Mike... Non…

- Une chance, Bella. C'est tout ce que je demande.

Et il recommença à l'imaginer allongée sous lui, les mains enfoncées profondément dans ses cheveux, savourant chaque gémissement, profitant de chaque expression provenant du plaisir qu'il lui procurait…

Elle a dit « non » !

Etait-il sourd ? Ou est-ce qu'il faisait partie de cette catégorie de sous-merdes qui négligeaient l'importance du consentement !

La rage reprit le dessus quand je sentis la situation déraper. Isabella me semblait assez forte pour arrêter Newton si elle le désirait mais, je ne pouvais m'empêcher de penser qu'elle ne voulait pas aller plus loin.

Les insultes défilèrent dans ma tête tandis qu'il approfondissait ses baisers, en dépit de ses réticences. Elle se laissait faire pour l'instant et tentait même de lui répondre. Oui. Elle tentait… J'avais déjà vu la passion et le désir un nombre incalculable de fois. Parmi les humains et… (J'eus un frisson de dégoût) parmi les membres de ma famille. Cela n'y ressemblait pas du tout.

« Ah, enfin ! Elle se décide à me répondre. »

« Allez, ma Belle, tu peux faire mieux que ça.»

« Jessica me faisait plus de choses avec sa langue… »

Ce fils de p…

Si cette espèce de bâtard se permettait de passer outre le manque désir d'Isabella à son égard,… S'il se pensait en mesure d'agir avec elle de cette manière malgré ses refus répétés, pourquoi devais-je me diminuer ainsi ? Pourquoi n'aurais-je pas droit à une autre chance, moi aussi ?

Newton considérait que tomber amoureux était pathétique ? Or, c'était lui que je trouvais pathétique en cet instant. Je ne l'aurais jamais embrassé aussi intensément alors qu'il était clair qu'elle ne me désirait pas. Aurais-je eu la moindre chance de me tenir près d'elle, sans penser à la tuer, j'aurais attendu un désir sincère de sa part pour me lancer dans une telle entreprise.

Si elle pouvait être mienne…

- …Mike, attends.

- Qu'est-ce qu'il y a ?

« Tu vas arrêter de me résister, bon sang… »

Et je le vis avec fureur embrasser ses pommettes, accentuant probablement son malaise. Or, ce n'était pas le cas. L'attention d'Isabella m'était entièrement accordée, au point qu'elle se souciait à peine des efforts de son ami. Je voyais ce que je n'avais osé imaginer quelques secondes plus tôt : de l'envie. Mais pas pour lui. C'était comme un appel silencieux dirigé vers moi.

Peut-être que je laissais encore mes espoirs candides m'emporter. Celui de Carlisle était si vif dans mon esprit il attendait depuis toujours que je trouve celle qui me ferait voir mon existence moins comme un enfer perpétuel qu'une opportunité de vivre et d'aimer au-delà de tout ce que j'avais connu durant mon humanité. Et peut-être l'avais-je aussi attendu ? Celle qui apporterait un éclat soudain à ma sombre existence.

Je ne me pardonnerai jamais d'avoir été aussi stupide avec elle. Mais, je ne me supporterais plus si je n'essayais pas au moins une fois de l'avoir pour moi. Pourquoi devais-je me restreindre ? Parce qu'elle était une Chasseresse ? Ce Jacob n'était qu'un humain insignifiant et l'autre ordure, qui embrassait maintenant son cou (…Qui… Qui embrassait son cou !), ne valait pas mieux que la poussière sous les roues de ma voiture.

Lorsque de nouveau, je croisai ces yeux marron chocolat que j'avais appris à savourer, je m'étais promis de tout mettre en œuvre pour rattraper mon retard. Je lisais dans les esprits, après tout ! Et j'apprenais vite de mes erreurs. J'en étais capable, c'était certain ! Et si elle ne voulait pas de moi, je la laisserais en paix. Mais, pas avant de m'être battu, moi aussi.

Je serais le prochain à l'embrasser.

- Heu. Non rien.

J'admirai la flamme que j'avais réussi à animer dans son regard ses lèvres rosées, légèrement entr'ouvertes n'attendant plus que les miennes ; son expression d'abandon total de soi. Aussi longue que soit mon existence, j'étais certain que ce visage-là ne quitterait jamais mes pensées. Mais, une faible brise me fit redescendre sur Terre, apportant avec elle, sa délicieuse flagrance. Je sentis de nouveau l'intérieur de ma bouche s'emplir de venin et mes lèvres s'assécher.

Venait-elle de geindre ? En me voyant… passer ma langue sur mes lèvres ?

« Enfin, elle succombe »

- Tu aimes ?

- Oui, répondit-elle.

Elle me fixait comme si j'avais posé la question.

Oui, imbécile. Elle succombait, mais pas pour toi ! En cet instant, son excitation et son désir étaient miens. Et malgré l'impasse qu'impliquerait une relation avec elle, en ce moment, je ne ressentais qu'une immense félicité.

Il mio cantante.

Ces mots effleurèrent mes lèvres, lentement. Doux et sensuels, telles les caresses que j'aurais voulu lui prodiguer.

Ma jolie petite chanteuse, qui fronçait les sourcils, frustrée de ne pas comprendre les termes que je venais de prononcer. Connaitre l'italien n'était pas donné à tous. S'opposerait-elle à ce que je lui donne des cours de langue ? Dans quelques mois, quand nous nous connaitrions mieux ? Dans quelques années, peut-être, quand je m'habituerai à l'appel de son sang ? Si telle chose était possible ! Le temps ne comptait pas pour moi ; là où elle serait, j'irai. Elle me trouverait en permanence à ses côtés. Parce qu'elle était mienne.

Mienne, lui fis-je comprendre.

Et elle comprit.

….

- Mike ! s'exclama-t'-elle, outrée.

Brusquement, plusieurs choses se passèrent en même temps. Une lueur rougeâtre emplit ma vision et accrut chaque détail des deux personnes se trouvant devant moi. Je sentis vaguement mon volant se briser dans ma main. J'entendis aussi une portière claquer et je me retrouvai dehors sous une pluie fine. J'allais apprendre à cette ordure deux ou trois règles de savoir-vivre ! Comment avait-il osé… !

Bien sûr, elle avait aussitôt repoussé sa main d'entre ses cuisses. Dieu merci, Isabella semblait être le genre de filles à aimer les pantalons en jean.

- Non ! Arrête !

Je m'arrêtai à mi-chemin entre nos deux voitures. Elle venait de s'adresser à moi et je ne pus faire autrement que de brûler de l'intérieur, immobile. Newton avait cessé lui aussi. Il s'éloigna d'elle, déstabilisé par son comportement mais certain de son effet. Elle emplissait sa vision à tel point qu'il ne me sentait même pas à quelques pas de lui.

Ce serait tellement facile de…

- N'y pense même pas, ordonna-t'-elle.

Et toute idée d'attaquer Newton s'éteignit. Temporairement… Le moins-que-rien se décida enfin à tourner la tête ayant remarqué les coups d'œil qu'elle lançait par-dessus son épaule.

Qu'il se tourne dans ce cas ! Qu'il sache qui Isabella regardait avec autant d'envie !

- Mike, reprit-elle plus doucement en saisissant rapidement son visage.

Zut !

- J'ai entendu tout ce que tu avais à dire. J'en suis très touchée…

- Mais ? suggéra-t'-il.

- Mais, je… Je ne peux pas. Agir de cette manière avec toi.

« Oh, Chérie »

Ce n'est pas ta Chérie !

- Tu viens de me prouver exactement le contraire, ma Belle. Ecoute, je ne suis pas un adolescent en pleine puberté. J'attendrai le temps qu'il faudra pour que tu sois confortable. D'ailleurs, c'est toi qui établiras le rythme et je te suivrai sans objecter. Tu seras en contrôle de notre relation.

Il était sincère, je ne pouvais le nier. Il allait définitivement laisser ses habitudes de Don Juan pour elle. Mais, il ne parvenait plus à la convaincre. Il le voyait. Elle avait fait son choix et semblait chercher comment le repousser en douceur, lui aussi.

Bien qu'extrêmement soulagé, je levai les yeux au ciel. Ce type ne méritait aucun ménagement !

- Ça ne change rien, Mike. Je ne pourrai jamais te donner ce que tu attends de moi.

- « Jamais » est un bien grand mot… Surtout nous concernant.

- Est-ce que tu m'aimes ?

- … Bien sûr que oui, répondit-il sans comprendre.

« Où veux-tu en venir, Bella ? Evidemment que tu comptes pour moi. »

- Je voulais dire… Est-ce que tu es amoureux de moi ?

Ce fut au tour de Newton lever les yeux, exaspéré. Alors que moi,… Qu'est-ce que je n'aurais pas donné pour pouvoir lui répondre.

- Je tiens à toi. Plus qu'à aucune autre femme de mon existence et ce n'est pas prêt de changer. N'est-ce pas suffisant ?

- Oui, sourit-elle. C'est amplement suffisant pour moi.

« Victoire » pensa-t'-il tandis que je retenais mon souffle.

- Parce que je ne veux pas aller plus loin.

- Je ne te suis pas, fit-il en s'adossant à son siège. Je n'y comprends plus rien.

Après une (très longue !) minute de silence, elle s'expliqua enfin, prenant son temps :

- Tu es très beau, Mike. Je le pense. Je ne suis pas surprise de voir toutes ces filles te tomber dans les bras. Mais, je ne t'aime pas de cette manière. Je ne ressens pas ce type de sentiment pour toi.

- Oh, Bella ! Tu compliques tout. Qui parle de sentiment… ?

- Moi ! Pour moi, sexe et sentiment vont ensemble. J'ai besoin d'être amoureuse pour faire l'amour !

Tous deux se figèrent si longtemps que je me demandai ce que je devais faire. Retourner à la voiture ? Ou continuer mon chemin pour casser la figure de Newton. Et quand il commença à rire, la deuxième option me sembla encore plus tentante.

- Je dois avoir l'air d'une parfaite idiote, admit-elle sous le ton de l'excuse.

Elle semblait embarrassée mais ne s'offusquait pas de son comportement. Tout le contraire de moi. Elle attendit qu'il se calme.

- Tu vas être retard, lui fit-il doucement.

Il se détourna d'elle et saisit ses clés sur le compteur.

- Heu, répondit-elle, surprise. Ok… Et, donc…

- Et, donc rien, soupira-t-'il en contrôlant son fou rire. J'ai eu ma chance. C'était tout ce que je voulais. Je vais te laisser tranquille, à présent et garder un minimum de dignité.

Hébétée, elle sortit enfin de sa voiture avec ses affaires et se tourna vers lui une dernière fois. Elle tenta de répondre à son sourire et fila vers l'entrée de l'hôpital, en prenant bien soin de ne pas croiser mon regard. Maintenant appuyé contre le capot de ma voiture, je l'observai s'en aller à grand pas, avant de rediriger mon attention vers l'autre. Il me remarqua enfin, et une fois sa surprise passée, nous nous affrontâmes du regard. J'ignorai combien de temps je restai là, souhaitant de tout cœur arracher la main qui venait de toucher Isabella de manière inappropriée, mais je décidai de me remettre en route quand d'autres employés vinrent remplir peu à peu le parking. Lui, non plus ne tarda pas à redémarrer et à filer.

Dire qu'Esmé était souriante aurait été un euphémisme. Radieuse, elle avait posé ses plans de rénovation pour une petite maison à quelques kilomètres de chez nous, et était descendu s'asseoir au salon. J'eus honte, ayant oublié à quel point elle aimait m'entendre jouer du piano. Cela faisait des mois que je n'avais pas recommencé à composer. Pour l'instant, je me contentai de jouer simplement les morceaux qu'elle préférait. Je me promis aussi de parcourir plus souvent ces touches d'ébène et d'ivoire que j'avais trop souvent délaissé.

« Edward s'est remis à jouer »

Esmé ne semblait pas être la seule à être enchantée. Alice revenait de chasse, Jasper sur ses talons. Lui aussi sembla surpris en entendant les notes résonner, se demandant même ce qui m'arrivait. D'un coup, la petite brune stoppa sa course et sa vision d'un futur proche me parvint. Ce soir, lorsque Carlisle rentrerait, nous serions tous de nouveau en proie à une discussion plus ou moins houleuse. A propos de ma nouvelle situation, comme avait dit Carlisle. Comme je m'y attendais, ce ne serait pas beau à voir.

- Alice, l'appela mon frère. Tu vas bien ? Qu'as-tu vu ?

- Pas grand-chose, mentit-elle.

D'abord peinée, elle se ressaisit très vite.

- C'est juste que… C'est un de mes morceaux préférés. Il est si sensuel, tu ne trouves pas ?

Jasper eut le temps de se demander depuis quand je me mettais à jouer de telles mélodies, avant de succomber aux lèvres et au regard de braise de sa chère et tendre. Je me reconcentrai (de suite !) sur mon clavier. Je savais ce qu'essayait de faire Alice. Bien sûr, ce soir, j'aurai son soutien. Et Jasper serait loin d'être du même côté. Je me sentis mal de devoir diviser un des plus beaux couples qui m'ait été donné de voir. Mais, je savais aussi que ce n'était sûrement pas ça qui allait diminuer l'attachement de l'un envers l'autre. Bientôt, la BM coupée de Rosalie se fit entendre sur la nationale. Elle et Emmett revenaient d'une balade en amoureux. Sa conduite impeccable restait stable en dépit des caresses d'Emmett.

Argh ! Le clavier ! Concentre-toi sur tes touches !

Je regardais mes doigts parcourir l'instrument, puis sentant sa main se poser sur mon épaule, je souris à ma mère de substitution. Esmé s'assit sur le banc à côté de moi, l'air peiné. Elle n'avait pas manqué l'arrivée d'Alice et de Jasper, suivie par celle de Rose et d'Emmett. A présent, tous étaient occupés à leurs affaires de couple et Esmé pensa alors que c'était sûrement pour cela que j'avais arrêté de jouer la musique stimulait ce besoin d'intimité, et me rappelait par la même occasion que je n'avais personne pour partager ces moments.

Je ne sus que répondre pour la réconforter. Moi-même, je n'y avais pas songé. Je n'avais jamais fait ce rapprochement, mais je ne pus dire s'il était exact ou non. Je jouais selon mes envies, et en ce moment, c'était le cas. Mais, j'avais aussi envie qu'elle m'entende. Je me demandais si ce morceau lui plairait. Comment réagirait-elle si elle l'entendait ?

Quant à Esmé, elle dû prendre mon long silence pour une affirmation. Je la laissai passer ses doigts fins dans mes cheveux tandis que les miens harmonisaient les diverses notes des touches qu'elles caressaient pour Isabella.


*Il Mio Cantante : Ta chanteuse, en italien. C'était un peu long comme chapitre.

Qu'est-ce que vous en avez pensé ?