Bonjour à tous! Cela faisait un moment que je n'avais pas publié, mais ce chapitre m'a donné du travail. Je ne savais pas comment le terminer. Mais, enfin, il est là. Merci encore pour tous vos encouragements, je les lis avec plaisir et j'espère que vous aimerez celui-ci!
Bonne appét... Heu, je veux dire:
Bonne lecture!
14) Fringale
Renesmée était magnifique. C'était une jeune fille vive, intelligente qui profitait pleinement de la vie. Bien qu'en ce moment, elle ne profitait pas de grand-chose dans son habit de serveuse, mis à part des remarques de clients agaçants. Elle travaillait depuis des mois dans un restaurant hype au cœur de Seattle pour renflouer ses économies pour son entrée en fac. Elle avait donc virevolté de table en table toute la soirée, en s'occupant des demandes parfois saugrenues des clients. Sa capacité à garder le sourire et à rester aimable m'étonnait. Cependant, plus les heures passaient, plus sa patience s'épuisait.
- Excusez-moi, Mademoiselle, l'interpela une femme.
Mine revêche, la quarantaine, elle semblait détonner dans un environnement aussi jeune et dynamique. Son collier de perles et sa longue robe s'observaient normalement dans des endroits plus chics. Son visage pincé reflétait aisément le peu de considération qu'elle avait pour la jeune fille.
- Est-ce qu'il y a un problème, Madame ?
- Cette viande est beaucoup trop cuite, répondit-elle avec dédain.
- J'ai cru comprendre que vous la désiriez ainsi…
- Ah non, pas du tout ! Si dans cet établissement, vous ne savez pas doser correctement votre cuisson, nous irons diner ailleurs !
Elle fit un tel scandale que la responsable du service, intervint, lui présentant ses excuses pour le dérangement. L'homme qui l'accompagnait se tassait dans sa chaise, tentant d'éviter les regards des autres individus venus diner en paix. Il semblait aussi mal à l'aise que Renesmée. Je soufflai un bon coup, troublant l'air glacé du mois de Décembre.
Pour qui se prenait-elle, cette espèce de… ?
Mon cœur se serra lorsque Renesmée se réfugia à l'abri de la clientèle, fermant les yeux. Elle s'accorda moins d'une minute quand on l'appela de nouveau. Pourvu que la soirée se termine vite.
Je regrettai de ne pas pouvoir la prendre dans mes bras, en ce moment. Seule ma crainte de la blesser m'empêchait de traverser la distance qui nous séparait. Toujours aux prises avec les effets d'un poison particulièrement vicieux, mon appétit avait augmenté de façon drastique. A présent, même l'aura insignifiante émanant des humains prenait des allures de fumets délicieux. Marcher parmi une foule devenait un calvaire.
J'avais donc privilégié la voie des airs pour venir à Seattle, malgré les risques. Et malgré les engueulades de Mike qui m'attendraient certainement à mon retour. Qu'importe ! J'avais besoin d'air, au loin des malades de l'hôpital de Forks qui risquaient leur vie auprès de moi. Je souhaitais être au loin de Saint Cullen, qui passait son temps à sauver des vies au lieu de les prendre. Je ne devrais sûrement pas ressentir autant de rancœur envers lui, mais il avait le don de rabaisser mon estime personnel. Après tout, c'était lui qui était censé combattre son désir dérangeant pour les humains alités. Pas moi ! Bref.
Le soleil se faisait rare, les vampires aussi. Quoique… depuis la découverte de mes sentiments pour un certain Cullen, je me voyais mal attaquer l'un des leurs avec autant de désinvolture qu'auparavant. Je ne cherchais même plus à me nourrir et cela provoquait l'étonnement parmi les membres de ma famille qui ignoraient tout de mes émois.
- Tu comptes te laisser mourir de faim parce que tu es tombée sur des « végétariens », avait raillé Mike. Tu te rends compte de ta stupidité, j'espère ?
Ses moqueries et son agacement cachaient mal sa crainte de perdre définitivement d'un de ses meilleurs éléments. Je revoyais l'appréhension dans ses yeux gris à l'idée que je ne veuille plus attaquer aucun buveur de sang. A mesure que son image s'évaporait, je me promis d'en parler avec lui. Je restais une chasseresse. Mes sentiments déroutants pour Edward ne m'empêcheraient pas de me nourrir, ni de protéger les miens. J'ignorais comment ce dernier le prendrait mais la perspective qu'il ne souhaite plus me voir me sembla logique, après tout. Toutefois, elle m'était si affreuse que je ne pouvais continuer à imaginer ce scénario sans ressentir une déchirure au plus profond de moi. Que pouvais-je y faire ?
Oui… Comment résister à leur senteur sucrée, me demandai-je en humant l'air autour de moi. Il y en avait un, tout près d'ici. Peut-être essayait-il de se fondre lui aussi parmi les humains, tentant inutilement de rattraper son ancienne vie perdue ? J'eus un rire cynique.
Rattraper sa vie perdue… Quelle idée ! Certes, ma vie d'immortelle était loin d'être parfaite. Mais, je ne l'échangerais pour rien au monde. S'il y avait bien une chose que je ne comprenais pas avec les Cullen, c'était bien ça. Etre immortelle me semblait si peu contraignant face à la vie en société que menait les humains. S'il m'était possible de redevenir celle que j'étais avant, je n'y songerais même pas. C'était un des plus beaux cadeaux que m'ait fait Charlie, avant de disparaître. Je jouissais de mon immortalité afin que son sacrifice ne soit pas vain. Je profitais de ma liberté, de mon détachement avec la société humaine plus quiconque dans ma famille. La simple idée de vivre comme les Cullen, en permanence parmi d'autres humains, se faire accepter d'eux, simuler leurs activités ennuyeuses… Tout cela me hérissait.
Je portai attention aux fins battements de mon cœur, me demandant encore quel phénomène scientifique ou magique m'autorisait à l'arrêter et à le faire repartir à ma guise. J'observai paresseusement la structure complexe et glacée d'un flocon qui venait de se poser sur mon épaule. J'égarai mon attention sur bien d'autres choses encore. Les humains passaient chaque jour à côté de tant de beautés c'en était navrant. Mais, je m'égarais encore. Quelque chose me fit revenir brutalement à moi.
Je bondis et atterris souplement sur le toit du restaurant. 23h37 indiquait ma montre. Elle ne devrait plus tarder. Je me dirigeai sur mes gardes vers la sortie arrière. Elle donnait sur une allée glauque et sombre, puant la pisse. J'aimais cette ville, mais il y avait tant d'endroits dangereux pour une jeune fille seule… comme dans toute autre ville, d'ailleurs. Et alors que je me délectais une nouvelle fois du même parfum sucré que tout à l'heure, je me dis que j'avais bien fait de d'être venue la voir, au final. Enveloppée dans mes ailes, j'attendis.
Une lourde porte et en fer s'ouvrit en grinçant.
- A demain, Carlie ! Repose-toi bien !
- Ouais, je n'y manquerai pas. A demain, les filles !
D'autres saluts enjoués se succédèrent tandis qu'elle repoussait la porte. Elle souffla, ramenant sa chevelure noire en arrière et commençant à longer la ruelle vers le boulevard éclairé. Ses traits déjà tirés, se renfrognèrent quand elle leva la tête vers moi. Son regard passa à travers ma forme invisible et foudroya le ciel nuageux d'où tombait la neige. Resserrant son manteau autour d'elle, elle pressa le pas, sans prêter attention aux trois individus qui l'observaient aussi.
Appuyé contre le haut mur qui terminait l'allée, un gars imposant et de petite taille sortit un téléphone de sa doudoune épaisse. Un autre, la tête cachée par un bonnet gris sale, était plus élancé. Ses yeux faisaient la navette entre l'endroit où elle avait disparu et le dernier type. Ce dernier me surprit tant que je doutai de ce que je voyais. Je voyais effectivement des yeux rouge rubis, à peine cachés sous une capuche. Ils surmontaient un nez long qui humait discrètement l'air. Plus bas, des lèvres charnues se tordirent en un rictus méprisant. Comment expliquer la présence de ce vampire à côté de deux humains, qui ne semblaient pas le moins du monde effrayés par sa présence ?
C'est quoi ce délire !
- Derreck, t'en penses quoi ?
- Parfaite, répondit le buveur de sang. Vous savez ce qu'il vous reste à faire.
- Ah, mon vieux… J'me suis jamais faite d'indienne, avant. Je prendrai mon temps avec elle.
J'eus l'impression de recevoir un coup lorsque j'entendis la réponse à peine audible du vampire : « Pas trop de temps quand même. J'ai soif. » Pendant ce temps, le premier type conversait au téléphone.
- C'est parti, Mec ! Elle se dirige vers vous.
Il ne tarda pas à se lancer dans une description très précise de Renesmée.
- …Elle a les cheveux longs, un mètre soixante environ (pause) …Non, elle porte un manteau et des gants blancs (...) Elle passe toujours par l'autre ruelle pour prendre son bus. On se retrouve à cet endroit-là. (Pause) OK. Chopez-la, là-bas. On arrive.
- Amusez-vous, les gars, murmura la créature. Je passerai nettoyer après votre passage.
J'accueillis volontiers la rage incandescente qui me prépara à l'attaque. Je n'avais pas prévu d'ajouter des humains à mon diner, mais je ferai une exception pour ceux-là. Les deux types se mirent à rire grassement et se lancèrent sur les traces de la jeune fille. Une fois disparus, le vampire escalada agilement le mur terminant l'allée, et partit dans la nuit sans me repérer. Enveloppée de mes ailes, il ne m'avait pas vu, ni même senti. Je combattis l'envie de me lancer bêtement à sa poursuite.
Il me fallait agir intelligemment : de un, je n'avais aucune idée des capacités physiques de mon adversaire. Il était très grand, presqu'autant qu'Emmett Cullen et sans doute habitué à la vie en solitaire des nomades. Ces types de vampires étaient les plus dangereux et les plus hargneux. Il était probablement un combattant doué. Je ne pouvais l'affronter dans un endroit aussi exposé à l'attention des humains. Je m'occuperai de lui bien assez tôt. Je devais d'abord mettre Renesmée à l'abri.
Peut-être était-elle naïve ? Ou simplement courtoise ? Dans tous les cas, j'eus beaucoup de mal à conserver mon apparence humaine lorsque je la vis faire un pas en direction des deux enflures qui l'abordaient. Elle sursauta violemment lorsque ma main agrippa durement son bras.
- Oh, Bella… Tu m'as fait peur ! Qu'est-ce que tu fais là ?
Soulagée, elle se jeta dans mes bras, me laissant le champ libre pour foudroyer des yeux les deux hommes derrière elle. Ce n'étaient pas ceux que j'avais observés quelques minutes plus tôt. Ils ne ressemblaient pas du tout à des délinquants mais plus à deux jeunes hommes se promenant en ville. Celui de devant, drapé dans son lourd manteau noir, arborait un charmant sourire en nous voyant ainsi enlacées. Il aurait pu passer pour beau avec ses yeux bleus et ses cheveux blonds bougeant légèrement au rythme du vent. Quant au brun derrière lui, il ne cessait de taper des messages sur son téléphone, sourcils froncés. Ma présence le dérangeait.
- Tu m'as tellement manqué ! Tu es en ville depuis quand ?
- Hé bien…
- C'est génial que tu sois là… Mais, oh, non ! zut !
Je me tournai vers le long couloir sombre et perpendiculaire au boulevard éclairé qu'elle s'apprêtait à prendre. Un lampadaire éclairait à peine l'endroit. Sans surprise, elle ne voyait pas les autres individus tapis dans l'obscurité, attendant son passage. Ceux-là mêmes que j'avais vu tout à l'heure. Non, elle semblait concentrée une soixantaine de mètres plus loin, où un bus venait de quitter un arrêt. Elle jura.
- Je vais devoir attendre plus de trente minutes dans le froid, maintenant. C'est pas vrai !
- Je peux peut-être vous ramener, proposa le blond d'une voix grave. Je suis garé pas très loin d'ici…
- J'ai une voiture, aboyai-je. Ça ira !
Je ne lui laissai pas le temps de contester. Je pris le bras de la jeune fille et commençai à descendre le boulevard, évitant ou bousculant les piétons sur mon chemin. Des bruits de pas souples nous suivirent. De plus en plus rapides, ils nous rattrapèrent en quelques secondes. Aussitôt, je fis volte-face et mis Renesmée à l'abri, derrière moi. Assoiffé de sang et de violence, le dit Derreck plongea ses yeux horribles dans les miens avant de se stopper net, l'air goguenard.
- Hmm… Délicieux parfum, jeune fille.
- Bella, qu'est-ce qui se passe ?
Sa voix à peine audible était étouffée par la peur. Je n'avais pas besoin de me tourner vers elle pour savoir que les yeux écarlates de la créature la mettaient mal à l'aise. Elle ne comprenait peut-être pas tout ce qui se passait, mais j'étais certaine qu'elle sentait le danger auquel je tentais de lui faire échapper. Je me rapprochai de lui, le humai profondément avant de soupirer, en ré-ouvrant les yeux lumineux :
- Même compliment, Derreck.
Non sans un dernier avertissement silencieux, je me détournai du vampire et repris la main de Renesmée. Je n'entendis plus de pas derrière nous. Peut-être avaient-ils abandonné à cause du nombre de témoins autour de nous. Quelques mètres plus loin, je m'autorisai à vérifier par-dessus mon épaule, puis m'arrêtai. Renesmée se pencha aussitôt sur ses genoux, à bout de souffle.
- Désolée.
- Tu vas… m'expliquer… Ce qui se passe ?
Comme je ne lui répondais pas, elle leva le menton.
- Qui étaient ces garçons ? Tu les connais ?
- Oui, mentis-je. Ils sont dangereux, Renesmée. Je ne veux plus que tu rentres seule aussi tard.
- Mais…Qu'est-ce qu'ils voulaient ?
- Comment ça, « qu'est-ce qu'ils voulaient » ? Tu veux que je te fasse un dessin ?
De nouveau, la peur apparut sur son visage. Me revint alors un moment banal où j'étais en train d'écouter les infos en compagnie de Mike et de Bree. Juste avant ma rencontre fatidique avec les Cullen, le journaliste radio parlaient de jeunes femmes disparues sans laisser de trace, un mystère qui faisait encore jaser. A ce moment-là, pour moi, ce n'était rien qu'un fait divers comme tant d'autres dans le monde des humains. Mais, ce soir, j'avais bien failli perdre une personne chère de la plus horrible des manières. Tout cela dans l'indifférence des passants qui n'auraient probablement jamais su l'horreur qui se déroulerait à quelques mètres d'eux.
Nous restâmes là, enlacées, pendant ce qui me semblait être une éternité. Face à mon appréhension et à mon soulagement, son parfum ne me blessait presque pas. Il était loin d'être aussi puissant que celui d'Edward. Je savourai chaque battement de son cœur et vénérai chaque respiration saccadée, avant de m'éloigner d'elle. Après m'être assurée une dernière fois qu'elle allait bien, je hélai un taxi.
- Quoi tu t'en vas, déjà ?
- Non, il est pour toi. Monte.
- Je n'ai pas assez d'argent pour…
- Ne t'inquiète pas, coupai-je en lui tenant la porte. Monte.
Je la suivis à l'intérieur de l'habitacle chaud. Un jeune homme noir avec des locks attachées nous salua d'un signe de tête au rythme du reggae qu'il écoutait. Lorsqu'il se tourna vers nous, il perdit de son sourire.
- Wow, hé ben. La soirée a été longue, les filles ? Où est-ce que je vous emmène ?
Je lui indiquai l'adresse des Dwyer et lui donnai tout ce que j'avais sur moi, environ soixante-dix dollars. J'insistai pour qu'il la ramène au plus vite. Il acquiesça, raide, et je sortis de la voiture.
- Qu'est-ce que tu fais, s'exclama-t'-elle à travers la vitre. Remonte dans la voiture, tu es folle !
- J'ai des choses à faire. Je te recontacte dès que possible.
- Non, cria-t'-elle.
Des passants commencèrent à nous regarder. Leur attention était vraiment la dernière chose dont j'avais besoin.
- Ne retourne pas là-bas… Ne retourne pas les voir !
Je caressai son visage, essayant de l'apaiser.
- Rentre avec moi. Renée sera contente de te voir. Je suis sure qu'elle ne dira rien si tu restes dormir à la maison.
- Dis à Renée que je l'embrasse. Je te rappelle, c'est promis.
Je tapai deux fois sur la toiture et le taxi s'enfonça dans la circulation dense. Je soutins son regard à travers la vitre arrière du taxi, malgré les nombreuses autres voitures venant couper notre contact. Enfin, elle disparut au tournant. Je ne perdis pas de temps, et je courus aussi vite que le pouvait une humaine. Je ne pouvais me déplacer plus vite à cause des escargots qui s'agglutinaient devant moi. Je parvins néanmoins à l'endroit où ils avaient approché Renesmée. Ils avaient disparu mais la neige qui continuait à tomber paresseusement n'avait pas encore effacé leurs traces olfactives.
Le groupe d'humains s'était séparé en deux, le vampire avait pris un chemin différent. Je disparus dans la ruelle sombre, libérai mes ailes et pris mon envol. A présent que je traquais des ordures, des gens dont je savais que personne ne regretterait la disparition, ma faim me consumait et m'exhortait à achever leur existence au plus vite. Je suivis l'odeur de Derreck, désirant plus que tout sentir sa chair glacée se briser sous mes dents tranchantes. Je m'impatientais face à la perspective d'arracher la dernière dose d'énergie vitale qui l'animait.
…
Cachée par l'épaisse couche nuageuse qui surplombait la ville, je tentais de comprendre les déplacements de ma cible. Il m'avait fallu trois bonnes minutes pour faire le tour de la ville, suivant ses traces. Il m'avait ramené au point de départ, la ruelle de Renesmée. Essayait-il de me semer ? Savait-il que je menaçais sa vie ?
Tant mieux, après tout. J'avais besoin de me défouler. Il n'y avait rien de telle qu'une bonne bagarre pour faire évacuer une rage incandescente. Tête vers le bas, je me déplaçais avec les nuages au gré du vent. J'étais assez haute pour enregistrer les bruits caractéristiques de Seattle. Je percevais jusqu'à maintenant des bruits de moteur divers, coups de klaxons et autres désordre provoqués par les travailleurs de nuit. J'entendais le bourdonnement de conversations indistinctes, plus ou moins fortes, des cris… des bruits d'une bagarre et des gémissements de douleur ?
Tiens, tiens,…
Les cris devinrent plus précis, comme si on avait brusquement monté le son. Là, à seulement une quinzaine de kilomètres plus au nord. Je ne tardai pas à plonger sous l'énorme cumulonimbus qui m'enveloppait. Je tombai en chute libre une dizaine de secondes, me rapprochant à toute vitesse du sol. Je laissais le feu m'envahir, déployai mes ailes et amplifiai ma vitesse en direction du bruit repéré. Je frôlai les gratte-ciels, ma forme se reflétant brièvement sur leurs parois glacées. J'y étais presque. Cette fois-ci, il ne s'agissait plus de ruelles glauques en plein centre-ville. Je survolais des entrepôts, un port, et des espaces de plus en plus vides où des containers étaient entassés les uns sur les autres ou bien disposés ci et là. Des grues de plusieurs mètres de hauteurs faisaient clignoter leurs petites lumières rouges dans le ciel. Les néons des bars de strip-tease projetaient leur lumière vive sur les quelques voitures garées devant et des boites de nuit faisaient résonner les basses des musiques étouffées à travers leur mur épais.
Dans un terrain vague plus loin derrière ces bâtiments, trois grosses voitures étaient garées et cachaient un spectacle pathétique. Les mêmes types que tout à l'heure, et un autre que je n'avais pas encore vu, entouraient une quadragénaire au sol. Celle-ci portait une tenue de scène rose très osées, qui resserrait son corps de façon inconfortable. Peut-être une employée d'un des bars que je venais de voir ? Des traces de coups marquaient ses bras et ses jambes nues, qui se faisaient agresser par le froid.
- Elle est trop bruyante, fit remarquer nonchalamment Derreck.
Assis sur le toit d'une des voitures, il me tournait le dos et semblait s'impatienter. Je doutai de l'utilité des appels à l'aide de la femme. Je n'avais croisé personne au dehors. Les autres se rapprochèrent d'elle, avec l'intention de la faire taire.
- Bon, alors ma Belle. T'avais pas dit que tu t'occuperais de nous ?
- Allez, à genou !
- Si tu es sage, on sera gentil... Hein, Derreck ?
Ce dernier ricana en lâchant un « bien sûr ». J'aurais dû agir depuis plusieurs secondes déjà, mais mon attention s'attardait sur les bleus qui couvraient son corps. D'un coup, je me retrouvai à sa place, des années en arrière, en train de pleurer tout aussi bruyamment. Je me secouai mentalement, chassant mon malaise rampant et avançai d'un pas. Le vampire se détourna d'eux pour me fixer, humant l'air.
- C'est quoi, ce bordel ?
L'incompréhension se lisait facilement sur son visage glacé, avant de laisser place à sa soif intense. Son sourire s'agrandit il ne semblait pas tant déstabilisé par ma forme moins humaine que tout à l'heure. Il lorgna mes ailes, puis de nouveau mes yeux, sans se départir de son air supérieur agaçant.
- Hey, les gars ! On a de la visite.
Dès que les autres me virent, ils eurent du mal à exprimer la même décontraction que la créature. Même s'ils ne voyaient pas mes ailes, ma présence les surprit tant qu'un d'eux sortit une arme à feu. Le blond au long manteau noir, qui avait abordé Renesmée, stoppa net ses tentatives de déshabiller la femme. Il sursauta et me dévisagea, horrifié. Il n'avait plus grand-chose à voir avec le séduisant jeune homme qui avait tenté de draguer Renesmée, tout à l'heure.
- Putin ! A coup sûr, elle a appelé les flics !
- Faut qu'on se tire Derreck…
- Non, je ne crois pas, déclara-t'-il.
D'un mouvement (trop) gracieux, il sauta de la voiture et me fit signe d'approcher.
- Tu veux te joindre à nous, Chérie ? Allez, viens un peu par ici.
- Je la reconnais. C'est l'autre conne qui nous a enlevé la fille de tout à l'heure.
- Ah, bon sang, cette fille… Ce qu'il fallait, où il fallait…Hein, les gars ?
Je serrai les dents.
- T'aurais pas dû venir ici, ma Belle ? J'te jure que tu vas nous le payer.
- Doucement, les gars, intervint Derreck. Occupez-vous de l'autre pute. Je me charge de celle-là.
Profitant de la diversion, la femme se releva difficilement et détala. Elle trébucha lourdement quelques mètres plus loin, s'attirant l'attention de ses agresseurs.
- Hey, où tu cours comme ça ?
Une seconde suffit à l'homme au bonnet sale pour lever son flingue et la viser. Moins d'une demie seconde me suffit à bondir, lui arracher l'arme, lui casser le bras au passage et revenir à mon point de départ. Les cris de douleur de son ami n'atteignirent pas Derreck, pendant qu'il tentait de percer le mystère de ce qu'il avait devant lui. Feignant la nonchalance, je broyai l'arme d'une main, tout en soutenant son regard.
- J'sais pas ce que t'es. Mais je vais me faire un plaisir de te boire en t'écoutant hurler, Petite Garce.
Je levai un sourcil. Comptait-il vraiment m'affronter devant autant de témoins humains ? Leur faisait-il confiance à ce point ou pensait-il les tuer quelques temps après ? La femme se remit à crier tandis que lui bondissait vers moi. Je l'évitai au dernier moment, me retrouvant derrière lui, dos à dos. D'un coup de pied, je l'envoyai valser en avant. Il se remit aussitôt sur pied et me fonça dessus. Il disparut de ma vue, tentant une approche sur ma droite. Je bloquai son poing, esquivai une jambe. Je bloquai de nouveau son bras gauche, saisit son poignet et donnai un grand coup sous son aisselle. Il grogna de douleur et de rage, réussit à me prendre par l'épaule et m'envoya frapper la carcasse d'une des voitures. Il fut sur moi aussitôt, levant le poing pour me défoncer le crane.
Il cria à l'agonie. Un bruit inquiétant émana de sa main, lorsqu'elle heurta mon aile qui protégeait mon visage. Il jura. Je le repoussai d'un bon coup de pied. J'enchaînai les coups et les uppercuts, réussissant à laisser des traces brûlées là où je le touchais. Lorsqu'une énième fois son poing revint en direction de mon cœur, je le lui saisis en tournant sur place, relâchant mon aile. Celle-ci trancha sans mal sa chair d'un bruit strident et un bras d'une blancheur maladive tournoya dans les airs, avant de s'enflammer et de disparaître. Un long cri perçant et inhumain domina largement ceux de la femme, qui se tût aussitôt en l'entendant. Personne n'osa venir voir ce qui se passait derrière les voitures garées nous séparant.
Ce fut à mon tour de jeter la forme de Derreck contre l'une d'entre elle. Celle-ci déjà défoncée par ma forme, bougea de quelques mètres vers les humains qui restaient figés. Je n'hésitai pas, je n'eus aucun mal à pencher la tête du vampire sur le côté et de plonger mes dents impatientes dans son cou.
Oh, que c'est bon…
J'en gémis presque lorsque son énergie parvins jusqu'à moi. Phénoménale, elle se mêlait à la mienne avec force, elle s'incrustait agréablement et rapidement dans chaque recoin de mon corps. Je n'aspirais pas, elle s'engouffrait d'elle-même en moi avec une telle vitesse…
Heu… Aïe ?
Perdue dans mon plaisir, je vis trop tard la tentative désespérée du vampire pour sauver sa vie pitoyable. Un faible coup de poing à la joue qui m'avait à peine déstabilisé. En y jetant un œil, je vis que le visage du beau vampire fort et immortel il y a peu, s'était maintenant transformé en une chose craquelée et abominable, à l'article de la mort. Des fissures comblaient son visage à présent grisâtre, qui semblait partir en cendre dans le souffle glacé de la nuit. Son souffle se faisait rare et difficile alors qu'une terreur sans nom se lisait dans ses yeux à présent rosés, sur le point de se refermer à jamais. J'eus une pensée pour Renesmée, enserrai sans mal ses deux mains et mordit rageusement, manquant de lui arracher la tête. De nouveau, mon corps entier se manifesta agréablement face à un festin. Je me sentais être remplie depuis ma structure osseuse, jusqu'à la pointe de mes ailes.
- Putin ! Derreck, qu'est-ce qui se passe ?
- Réponds, Vieux !
Ce Derreck ne fut pas si redoutable que ça. J'aurais pu l'avoir dès le début si nous n'avions pas été aussi près des autres humains qui déambulaient à quelques mètres de nous. J'émergeai et atterris sur le toit de la voiture endommagée. Un silence de mort se fit lorsqu'ils me virent, ainsi accroupie. Je balançai les restes de la créature à leur pied : les vêtements que portait Derreck, habillaient une forme quasi humaine, horrible et grisâtre qui commençait à se dissoudre avec le vent. Pendant la très longue minute qu'ils mirent à relier ce corps desséché à celui de leur ami, j'en profitai pour inspecter les lieux à la recherche d'yeux indiscrets. Rien dans les environs, aucun cœur battant à des centaines de mètres à la ronde, aucune respiration non plus. Toutes les sources d'énergie que j'identifiais étaient toujours entassées dans ces salles à la musique assourdissante. D'autres, très rares passaient en voiture, vitre haussée, un peu plus loin.
- Qu'est-ce que… Merde, c'est Derreck !
- Qu'est-ce que tu lui as fait !
- C'est pas possible… C'est quoi ce truc ?
Je jetai un coup d'œil à la femme gisant dans la poussière, et sentis une nouvelle vague de rage et de faim me submerger. Sa robe courte et voyante relevée au-dessus de ses reins me tordit l'estomac. Prostituée, strip-teaseuse, ou que savais-je d'autre, aucune femme ne méritait les traitements de ces ordures. En un clin d'œil, j'arrivai à quelques centimètres d'eux. Ignorant les exclamations de stupeur, je pris le premier devant moi et le soulevai par son manteau :
- Vous l'avez touché ?
- Bordel ! Mais qu'est-ce que t'es ?!
Je l'attrapai cette fois à la gorge et réitérai ma question. Il se débattit en hurlant, ses coups de pied me faisant à peine broncher.
- On lui a rien fait ! On lui a rien fait !
- Pour l'instant, rajouta un autre.
Il y eut un clic métallique et une arme à feu fut pointée sur moi.
- Pose-le, Pétasse, sourit le brun qui avait tenté d'attirer Renesmée à son triste sort. Je te jure que je vais tirer.
- Bute-là, Rick, cria celui à l'épaule déboîtée. TIRE, BORDEL !
- Ta gueule ! J'ai envie de m'amuser un peu avec elle. Allez, tu m'as entendu ? Pose-le, doucement.
Je le défiais toujours du regard, il pressa donc légèrement la détente.
- Comme tu voudras.
Il baissa son arme et tira sur mon genou. La balle m'atteignit et retomba mollement dans la poussière. Rien d'autre qu'une piqûre de moustique qui me fit légèrement flancher. Je continuai à le regarder, ennuyée, tandis que lui et un autre déchargeaient leur munitions. Ils visèrent mon ventre, ma tête, mon estomac, mes jambes et de nouveau mon ventre. Leur aura m'attirait moins que celle du vampire, mais elle prenait des saveurs intéressantes, légèrement épicée de rage et de peur. Comme précédemment, mes dents s'enfoncèrent dans le cou du blond, plus facilement qu'un couteau dans du beurre. Celui que je tenais hurla une seconde avant que ma main ne se plaque violemment sur ses dents. Son énergie vitale vint à peine compléter celle de Derreck. Comme je m'y attendais, son goût était plus fade, sans arôme particulier. J'eus l'impression d'aspirer une chose insipide, un élément à la limite entre l'eau liquide et son état gazeux.
Il finit par arrêter de s'agiter lorsque la dernière dose d'énergie quitta son corps. Satisfaite, j'ignorai les nombreuses balles qui caressaient ma peau et observai le visage asséché et mort de celui qui venait de me nourrir. Sa peau pale était tirée à l'extrême sur le squelette de son visage qui dévisageait le vide avec horreur.
Bien, pensais-je en le lâchant sans douceur. Aux autres maintenant.
Je vis trois types courir à toute allure plus loin. Seul celui à l'épaule déboîtée n'avait pas osé s'enfuir. Il restait là, tremblant comme une feuille, en me fixant. Ses genoux finirent par céder et il commença à pleurer pour sa vie. Je lui ordonnai de rester tranquille. Une seconde après, j'apparus devant le brun qui désirait tant « s'amuser un peu avec moi ». Il me rentra dedans, ne pouvant freiner à temps et je lui saisis la gorge.
- Combien de femmes avez-vous tué ?
- Lâche-moi, Salope, siffla-t'-il.
Je le lâchai. Il tomba. Je le tuai de la même manière que les autres.
Plus que deux.
Un des deux vit le sort de son camarade, et il gémit lorsqu'il croisa mon regard. La blancheur de mes iris se reflétait parfaitement dans les siens écarquillés d'horreur. Il leva son arme vers moi, hésita, puis, la tourna contre lui. La détonation brisa de nouveau le silence et l'homme s'écroula, le front percé.
Ben, en fait, non. Plus qu'un.
J'apparus juste avant que le dernier ne franchisse la limite qui séparait le terrain vague mal éclairé de la rue qui menait aux bars de strip-tease et autres boites de nuit. Je l'envoyai en arrière où il roula dans la poussière.
- Pitié !
- Pitié ?!
- Pitié, je veux pas mourir ! Je… Je veux pas mourir comme ça !
- Combien d'autres femmes vous ont supplié de la même manière ?
Il se recroquevilla, atterré, coupable. Il lâcha son flingue, hésitant entre protéger son cou et son visage de moi ou bien mettre ses mains en l'air, comme l'aurait exigé un policier. Il se tourna vers la forme inerte de la femme et plus loin vers ses trois complices. L'un continuait de partir en poussière, le deuxième était raide et sec enfin, le dernier se balançait d'avant en arrière en se tenant les genoux.
- Derreck ! C'est Derreck qui se débarrassait d'elles… Nous… Nous, on les laissait en vie.
Un grondement rageur émana de moi. J'eus envie de vomir.
- C'est vrai ! C'est la vérité !
- Et que faisiez-vous avec ces femmes ? demandai-je, voulant l'entendre de ses lèvres gercées.
- On… On les… C'est Derreck qui nous a dit de faire ce qu'on voulait avec elles. Qu'il se chargerait de nettoyer après nous. On lui ramenait des filles, il nous les laissait quelques heures et après… On partait !
Une image atroce de Renesmée dénudée et ensanglantée me parvint, me faisant gémir puis crier de rage. Mon Dieu… Elle y avait échappé, mais combien d'autres parents, ami(e)s, petits amis ou mari attendaient, angoissés, le retour de l'être chère ? De celle qui leur avait été enlevée si sauvagement ? Combien devraient faire leur deuil sans me corps de leur bien-aimée ? Sans savoir ce qui leur était arrivé ?
- COMBIEN !
- Dix ! Quinze, peut-être… Je sais pas !
- Vous les avez violé, gémis-je. (Il acquiesça) Et qu'avez-vous fait des corps ?
- Derreck… C'est Derreck… Je sais pas…
Je levai la main, prête à le faire brûler vivant pour tout ce qu'il avait fait. Je regrettai même d'avoir tué les autres aussi vite. Ce qui avait été une probabilité dérangeante il y a quelques minutes, était devenu une réalité atroce. Ma main s'enflamma la boule de feu en son creux, était parée à détruire son corps dans la souffrance. Une souffrance qui durerait quelques minutes seulement. Une souffrance bénigne face à celle que ressentaient les proches des victimes disparues. Face à celle que j'aurais pu ressentir, si je n'étais pas venue ce soir. Sans que je ne le sache, la vie de Renesmée serait éteinte en un instant et je n'aurais probablement jamais su la vérité, ni qui lui avait fait du mal. Le monstre se serait tiré avec ses sbires, recommençant ses crimes dans une autre ville, peut-être.
Et merde !
- Lève-toi. J'ai dit DEBOUT !
Levé et tête baissée, il me dépassait toujours de cinq centimètres.
- Vous. Allez vous rendre. A la police.
Je ne pensais pas qu'une simple phrase serait aussi dure à prononcer. J'entendis sa respiration se couper et il murmura « peine de mort ».
Ça, je l'espérais.
- Vous raconterez ce que vous avez fait à ces femmes. (Je lui serrai encore une fois la gorge) Mais, un seul mot à mon sujet et même les murs de vos cellules ne seront pas suffisantes pour vous protéger. Je suis claire ?
- O…Oui.
J'arrachai sa doudoune, le faisant crier et commençai à fouiller ses poches intérieures et extérieures. Je tombai enfin sur ce que je cherchais. Je composai les trois chiffres sur son portable et lui mis à l'oreille.
- Ici le 911, répondit une voix féminine. En quoi puis-je vous aider ?
- Oui… Ici, Trent. Trent Shepard… J'appelle parce que j'ai… agressé plusieurs femmes. Ces derniers mois.
- Dis-leur où tu es, murmurai-je.
- Je suis au Port de Seattle… Au 1735, Thurman Street. Un terrain vague, près des boites de nuit. Je… je… Pitié, une voiture !
- Des agents sont dans votre secteur. Restez où vous êtes…
Je coupai la communication, le poussai brusquement vers le sol et lui balançai son téléphone à la figure. J'allai voir rapidement la femme qui recommençait à geindre et à se mouvoir. Des traces de coups, oui. Mais, heureusement, pas de trace d'agression sexuelle d'après l'analyse simpliste que je lui fis. Je restai encore un peu pour brûler les restes de Derreck et de l'autre corps sec, puis je les jetai à la mer. Avec la disparition du vampire, les deux malfrats seraient probablement condamnés à mort. Ils auraient ce qu'ils méritaient et les familles des victimes pourraient enfin faire leur deuil.
Elles pourront enfin faire leur deuil. Je restai concentrée sur cette dernière pensée. Encore et encore. Plusieurs fois, je me surprenais à regretter ma décision et je décidais de les faire brûler vifs. Bon sang ! Combien de temps allaient mettre ces foutus policiers ?! Enfin, des gyrophares bleus illuminèrent l'obscurité de l'endroit. Je fis apparaître mes ailes et disparus de la vue des humains. Je les observai s'occuper de la victime, interroger puis menotter ses tortionnaires encore apeurés et je m'envolai, une boule de rage au ventre.
Elle ne finit par disparaître que lorsque je revis Renesmée, saine et sauve par la fenêtre de sa chambre. Sourcils froncés, la lumière du portable qu'elle tenait me montrait des larmes qu'elle peinait à retenir. Avait-elle été blessée sans que je ne m'en rende compte ? Était-elle encore choquée par les événements de la soirée ? Elle faisait les cents pas, observant son téléphone toutes les dix secondes. Au bout d'un moment, elle prit une profonde inspiration puis appuya sur une touche. Ma propre voix me parvint.
« Salut, vous êtes bien sur la messagerie de Bella ! Je ne suis pas disponible pour l'instant. Mais, laissez-moi un message et je vous rappellerai ».
Zut ! Elle ignorait que j'avais perdu mon téléphone depuis ma dernière confrontation avec la gardienne. Je ne pouvais décemment pas sonner à sa porte et me montrer à Renée et Phil.
- Salut, c'est encore moi. Ça fait deux heures, maintenant. Rappelle-moi, d'accord !... S'il te plaît…
Je me retrouvai de nouveau dans les airs, fendant le ciel comme jamais. Je ne pouvais pas la laisser mourir d'inquiétude. A mon avis, Renesmée avait eu suffisamment d'émotions fortes en une soirée. Elle méritait une bonne nuit de sommeil.
Je tranchais les couches épaisses et grisâtres composées de pluie et de glace, depuis quelques minutes déjà. D'un coup, la brume en dessous de moi se dispersa, je me retrouvai à survoler une autoroute. Une voiture noire se faufila à travers la circulation étrangement dense pour une telle heure. Sa dextérité et sa rapidité m'indiqua aisément l'identité du conducteur. Lorsqu'elle emprunta la sortie direction Forks, je perdis rapidement de l'altitude et atterris silencieusement sur la toiture. Je me laissai glisser à travers la toiture métallique et m'assis sur le siège passager.
- Bien mangé ?
- Mouais, répondis-je à Mike. J'ai besoin de ton téléphone.
- Fais vite, alors. La batterie est encore faible.
Je composai rapidement le numéro et attendis impatiemment qu'elle décroche. Trois sonneries plus tard, sa voix mal assurée me répondit.
- C'est moi, Renesmée. Tu es bien rentrée ?
- Bella, soupira-t'-elle de soulagement avant de s'énerver. Tu sais depuis combien de temps j'essaie de te joindre ! Et puis, pourquoi tu m'as laissé toute seule dans ce taxi, au lieu de rentrer avec moi ! Ces types auraient pu nous suivre et… et te coincer ! Exactement comme avec moi !... J'ai failli appeler la police pour toi… Et d'ailleurs, pourquoi tu ne répondais pas ? C'est quoi ce numéro ?
Étrange, j'eus l'impression d'avoir échangé les rôles avec elle. C'était moi qui devais m'égosiller contre elle. Ne savait-elle pas qu'il fallait éviter les inconnus croisés dans la rue ? Mais, je n'étais pas sûre que cela aurait changé quoi que ce soit. Au moins, il y avait six pourritures de moins dans cette ville.
- Mon téléphone est HS depuis une semaine, Renesmée. Je m'en rachèterai un autre rapidement.
- Oh,… Ça n'explique en rien ton attitude, bouda-t'-elle.
Je soupirai. Je n'avais pas d'excuse à lui fournir sur cela. Elle laisserait rapidement tomber l'affaire maintenant qu'elle me savait saine et sauve. Je décidai donc de changer de sujet, en lui demandant des détails sur son job de soirée. La conversation s'éternisa encore quelques minutes jusqu'à ce qu'un bip-bip sonore m'indiqua que le téléphone allait rendre l'âme.
- Je suis désolée, Renesmée. Le téléphone va se décharger bientôt. Je te rappelle dès que possible, OK ?
- Ok. On peut se voir demain ?
- Je rentre à Forks, en ce moment. Je reviendrai te voir, promis.
Dans de meilleures conditions, j'espère.
Je coupai et connectai de nouveau l'objet à son câble USB. Je me tournai vers la fenêtre, n'étant pas d'humeur à parler. Mais, ce n'était pas du goût de Mike.
- Tu as ajouté des humains à ton menu. Ça ne te ressemble pas.
- C'était exceptionnel.
Il poussa sa voiture à ses limites pendant que nous nous engagions sur une route nationale plus sinueuse. Le rythme des lampadaires orangés de plus en plus espacés s'accélérait devant mes yeux et m'apaisait. Je soupirai.
- Je vais sûrement le regretter, mais… Vas-y. Tu peux t'énerver contre moi.
- Charlie ne t'a sûrement donné ces pouvoirs pour que tu restes sagement à la maison. D'ailleurs, c'est une bonne chose que tu sois venue, ce soir. J'ai compris ce qui s'est passé par la suite.
- Tu m'as suivi, fis-je agacée en me tournant vers lui.
- Oui, répondit-il sèchement. Je t'ai suivi et tu ne m'as même pas repéré.
Je me détournai de lui, gênée. Il avait raison. J'avais été tellement préoccupée par mes activités que je n'avais rien vu venir.
- Ça me prouve que tu dois rester quelques semaines de plus chez moi. Du moins, jusqu'à ce que tu retrouves toutes tes capacités.
- Je resterai quelques jours, précisai-je. Pas plus ! Je compte bien retrouver la tranquillité de mon appartement, au plus vite.
Après ma nuit de torture chez les Cullen, Alice avait pu avertir Bree du lieu où je me trouvais. Mike était venu me récupérer et j'avais été si fatiguée que je n'avais pas protesté longtemps sa proposition de rester chez lui.
« Je n'ai pas l'intention de te laisser seule chez toi. La Gardienne pourrait revenir » « Bree s'ennuie de toi. Ça lui ferait plaisir que tu restes ». « Je me tiendrai tranquille. Juré » « Que tu le veuilles ou non, tu vas rester chez moi ! » « Soit raisonnable, c'est uniquement pour ta sécurité que je fais ça. »
Jusque-là, je n'avais pas eu à me plaindre de son comportement mais sa proximité me dérangeait toujours autant. Je l'avais laissé m'embrasser… avant de le repousser… à cause d'un certain Edward Cullen qui m'excitait à quelques mètres de lui ! J'avais l'impression d'être une vulgaire allumeuse. C'était plus que perturbant ! Alors, comment réagir avec lui après ça ?
- Tu ne les as pas vu non plus, j'imagine ? reprit-il le visage fermé.
- Vu qui ?
- Les Cullen qui t'ont suivi.
Sa phrase se répéta encore et encore dans ma tête et je me sentis partir au loin… Toute pensée cohérente s'était évanouie à l'instant, tandis qu'une poigne glacée se referma sur ma poitrine et sur ma gorge, m'empêchant de respirer correctement. Non, c'était impossible. Il devait se tromper !
- Ils étaient à bonne distance de toi. Tapis sur une des grues du port où tu as réglé tes comptes. Y'avait le type blond là… et l'espèce de masse épaisse. Ils sont partis tout de suite après t'avoir vu défoncé l'autre vampire. Oh et, (il sourit) bien joué, d'ailleurs… tu l'as eu en quelques secondes. Ça me rassure, un peu. Ils savent de quoi tu es capable, maintenant. Je redoute moins une attaque surprise de leur part.
Jasper et Emmett étaient présents ? Ils raconteraient sans doute toute l'histoire à leur famille. Pire encore, Edward verrait toute la scène dans leurs souvenirs. Je me murai dans le silence.
Merde. Merde… Et merde ! Était-ce ce que mon subconscient tentait de me dire tout à l'heure, quand il me fit imaginer les conséquences de mon régime alimentaire sur le comportement d'Edward à mon égard ? Qu'allait-il advenir de « nous » ? Enfin, si telle chose avait jamais existé. Alors, qu'allait-il advenir de moi. Je fermai les yeux sous le coup de la déchirure dans ma poitrine.
- Bella ? Ça va ?
- … Fatiguée…
Il soupira fortement et ne m'adressa plus la parole.
Étendue de travers sur mon lit, je maudissais encore les six ordures qui avaient transformé ma soirée tranquille et sans histoire en enfer. Ma raison me dit que j'aurais été confrontée à ce problème tôt ou tard. Ça ne m'empêcha pas d'étouffer mes cris de rage dans mon pauvre oreiller. Il était quinze heures et j'avais passé la journée entière à me lamenter, à me tracasser l'esprit ou à me faire des scénarios invraisemblables sur un futur dans lequel Edward voudrait bien encore de moi. Lorsque ce n'était pas ça, je me faisais des films où nos différences ne m'empêcheraient pas de le voir, voire de l'aimer.
Puis aussi lentement que les heures passaient, la résignation vint écraser mes espoirs les plus fous. J'avais presque terminé le repas de Bree, qui n'allait plus tarder. Tandis que je m'évertuais à préparer du poulet frit épicé, la colère remplaça tout sentiment.
Qu'étais-je censée faire ? Laisser ces ordures agresser Renesmée ! Les laisser en vie et les remettre à la police ?! Peut-être seraient-ils sortis de prison après quelques années derrière les barreaux, afin de recommencer leurs activités ? Peut-être que cette fois, Renesmée n'aurait pas eu autant de chance ! L'assiette entre mes mains se brisa en deux. Si pour la protéger je devais mettre en périls les sentiments d'Edward à mon égard, je n'avais aucun regret. Si je devais recommencer, je n'aurais pas hésité une seconde. Ils méritaient leur…
- Pff, quel imbécile, ce prof ! Il nous a assommés de devoir pour le week-end ! Encore !
Le bruit caractéristique de la voiture de Mike me fit sortir de mes songes. En un éclair, je me débarrassai de l'assiette fendue et disposai le repas dans une nouvelle. Je plaçai le tout dans le micro-onde et filai dans ma chambre. J'ouvris la fenêtre, laissai l'air glacial emporter ma rancœur.
- Hey, Bella, salua Bree en entrant dans la chambre.
- Comment était ta journée ?
- À chier.
Elle lâcha son sac au pied du lit et s'affala sur le lit.
- Surveille un peu ton langage, dis-je en refermant la fenêtre. Je t'aiderai à faire tes devoirs, comme d'habitude. Ça ira vite.
Je lui fis face et fus surprise de constater l'expression suspicieuse sur son visage. Les mains croisées derrière la tête, elle plissait les yeux, les lèvres pincées.
- Qu'y a-t'-il ?
- À toi de me dire, répliqua-t'-elle simplement avant de laisser le silence s'installer.
- Je peux jouer à ça toute la nuit.
Je croisai les bras et me figeai sur place, adoptant son expression. Ennuyée, elle abandonna rapidement au bout de dix minutes et se redressa. Elle tira son sac vers elle et en sortit une petite boite argentée.
- C'est pour toi.
- C'est quoi ?
Elle indiqua la porte encore ouverte. D'un geste de la main, je la refermai à distance et m'emparai du paquet. Aussitôt, mon souffle se coupa sous l'effet de la surprise. Un parfum que je pensais ne pas humer de sitôt s'en dégageait. Celui l'adonis qui hantait toutes mes pensées.
- Tu ne l'ouvres pas ?
- Si, si… Bien sûr.
Lui faire quitter la chambre aurait paru beaucoup trop suspect. J'ouvris donc le paquet et une carte s'en échappa. Elle amorça un mouvement pour le rattraper mais je fus plus rapide. Je lus rapidement l'écriture élégante et penchée qui devait lui appartenir et observai le smartphone flambant neuf qui se trouvait dans ma main.
- Il me l'a remis juste avant la fin des cours.
- …
- Tu n'aurais pas quelque chose à me dire ?
- …
- Bella, fit-elle à peine audible. Pourquoi et depuis quand est-ce qu'il t'offre des cadeaux ?
Je me triturai l'esprit, jugeant le pour et le contre. Étais-je vraiment prête à lui expliquer sur tout ça ? À expliquer ce que je ne comprenais pas encore ? Mais, je n'allais quand même pas mentir à Bree. Que devais-je lui dire ? Et surtout qu'allait-elle en penser ? Elle semblait proche d'Alice et, pour une raison qui m'échappait encore, de la Barbie glacée aussi. Mais, là… Il s'agissait d'autre chose qu'une simple amitié. Quelque chose de plus fort et intense. Ravageur.
J'évitai soigneusement son regard tandis qu'elle se levait et se retirait de la chambre.
- Ne t'en fais pas, au fait. Je n'ai rien dit aux autres, ajouta-t'-elle avant de refermer derrière elle.
Je me retrouvai enfin seule. Seule et perdue. Mais, au combien heureuse. Je relus encore le mot qui m'était adressé.
« Mes yeux se languissent chaque jour de ton visage. Accorde-moi le plaisir d'entendre ta voix. E. »
Fébrilement, j'allumai l'objet déjà paramétré. Deux contacts étaient déjà enregistrés :
« Alice Cullen »
« Edward Cullen ».
Vous êtes arrivés jusqu'au bout? Cool! Qu'est-ce que vous en avez pensé?
Trop long? Pas assez? Comme il faut?
